‹ Géographie sociale. La mer, populations maritimes, migrations, pêches, commerce, domination de la merChapitre 32 sur 77 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

50. Migrations océaniques en sens inverse des vents et des courants

généraux. — 91. Développement précoce et arrêt de l’art de la navigation. — 52. Les Maori en Nouvelle Zélande. — 53. Peuplement de la Tasmanie. — 54. Peuplement malais à Madagascar.

00. Migrations océaniques en sens inverse des vents et des courants généraux. — Le Pacifique et,àun moindre degré, l'Océan Indien sont les'seuls espaces océanîiques où il est possible de constater, avant l’établissement de la circulation maritime générale, des traces certaines de grandes migrations. Pour se répandre sur la surface des mers et dans les archipels océaniques, entre Madagascar et l'ile de Pâques, en passant par l’Insulinde, les peuples n'ont pas eu besoin du paquebot en acier de dix mille tonneaux, ni même du grand voilier de haut bord qui a fait la découverte de la planète. C'est un des faits les plus intéressants de la répartition maritime des hommes ; car c'est un fait que le déterminisme physique, sauf peut-être pour l'océan Indien, n'explique pas entièrement ou explique mal. Aucune cause naturelle ne semble avoir été assez puissante pour entrainer, à elle seule, ou même combinée avec d'autres causes, les Malayo-Polynésiens vers les archipels éruptifs et coralliens du Pacifique. Cela est si vrai, queen présence de l'insuffisance bien démontrée des causes géographiques on a mis en avant,

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pour expliquer ces migrations, l'hypothèse géologique …

de la disparition de tout un continent équatorial, dont les îles du Pacifique ne seraient que les rares débris émergés. La théorie de Darwin sur le développement progressif des formes coralliennes a donné quelque force à cette hypo— thèse, encore que les idées darwiniennes soient à rectifier sur plusieurs poinfs. Mais, comme nous l'avons déjà indiqué /$ 16), nous devons séparer, autant que possible, l'étude de l’évolution géologique et celle de l'évolution humaine, parce que nous n'avons presque aucun moyen de vérifier leur concordance sur le plan du temps, parce que leur coexistence sur le plan de l’espace amène de trop faciles confusions. L'argument géologique est de ceux qui se prêtent aisément aux interprétations les plus diverses. Nous exposerons donc, tels qu'ils sont, les faits géographiques et les faits sociaux, sans dissimuler les obstacles qui entravent ou qui semblent entraver leur rapprochement.

Dans sa partie occidentale et centrale, le Pacifique est un océan semé d'archipels. A l'exception de la Nouvelle Guinée, de la Nouvelle Calédonie et de la Nouvelle Zélande, qui se rattachent en réalité, non aux îles océaniques, mais à la série d’arcs insulaires qui borde les côtes orien— tales de l’Asie et de l'Australie, les archipels du Pacifique sont tous composés de micronésies, véritable poussière d'îles qui semble s’éparpiller davantage dans l’immensité marine, à mesure que l'on avance vers l'E., pour se terminer, aux Marquises et à l’île de Pâques, très loin encore des côtes américaines, dont les sépare un des plus grands vides de la planète ($ 41). Dans ces archipels, les débris éruptifs sont nombreux : et plus nombreuses encore sont les constructions coralliennes, des Gambier aux

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Pomotou, sur l'axe insulaire du Pacifique, où se succède une multitude de récifs-barrières et surtout d'atolls, ces îles annulaires composées d'une sorte de chapelet circulaire de corail, où quelques grains seraient absents, - autour d'une lagune centrale peu profonde. Le grand nombre de ces iles compense en quelque sorte leur petitesse. D'un archipel à l’autre, il n’y a jamais l’espace d’un grand vide : tout au plus cinq ou six degrés en latitude et en longitude. Mais on peut remarquer que le nombre des archipels et même la grandeur des îles principales diminuent à mesure qu'on avance de l’W. à l'E. Il n'est donc pas inexact de dire que la topograplue insulaire, prise à elle seule, trace aux migrations humaines leur voie d'W. en E. Les grandes terres de l’'Insulinde et de la Nouvelle Guinée sont très voisines des premiers archipels coralliens. d’où les tribus errantes des Malayo-Polynésiens ont pu essaimer, par étapes, jusqu'aux extrémités orientales du monde insulaire, aux Marquises et aux Pomotou.

Mais si la topographie fait admettre l'établissement d'un courant de ce genre, l'étude des causes qui sont toutes . puissantes sur la navigation primitive, en particulier dans les mers tropicales et équatoriales, c'est-à-dire les vents el les courants généraux, inspire des doutes très forts sur Ja réalité du mouvement. :

Au point de vue de la circulation atmosphérique, les vents dominants sont les alizés dans la zone tropicale ; la présence de grandes terres au voisinage de l'équateur, comme la Nouvelle Guinée et les principales îles de l’Insulinde, prolonge ces vents, parintermittences saisonnières, jusqu'à l'équateur et même au-delà, en déterminant le phénomène de la mousson. Or ces vents sont opposés, dans les deux hémisphères, à la direction hypothétique

La Mer. 13

218 MIGRATIONS MARITIMES Le

des migrations. Ils soufflent du N. E. dans l'Héniaphets nord, de S. E. dans l'hémisphère sud. Au lieu de porter vers les archipels océaniques, ils portent vers les terres de la Nouvelle Calédonie, de l'Australie, de la Nouvelle Guinée et de l’Insulinde. Et la mousson étend leur action, pendant six mois, jusqu'aux approches de l'équateur. Sans doute, lorsque la mousson, simple prolongement de. l'alizé, dépasse cette ligne, sa direction est très sensiblement modifiée, suivant une courbure qui fait de la mousson du - N. E. un vent du N. W.,et de la mousson du S. E'un vent du S. W. Cette extension ultra-équatoriale de la « mousson, tantôt au N., tantôt au S., concorderait, au voisinage de l'équateur, avec la direction des migrations supposées des Malayo-Polynésiens. Mais la portée de cette extension semble trop faible pour qu’on lui attribue lé peuplement des archipels coralliens du Pacifique. En effet, l'extension de la mousson, qui suit les oscillations de l’équateur thermique*, ne dépasse pas 3 ou 4 degrés en latitude au S. de l'équateur, 7 ou 8 degrés au N. Par conséquent, elle ne saurait rendre compte du peuplement d’archipels comme les Sandwich, les Marquises, les Pomotou, Taïli, Samoa, les Tonga, les Fidji, les Nouvelles » Hébrides, — c'est-à-dire la majeure partie du monde … insulaire du Pacifique. En dernière analyse, les directions « des courants atmosphériques ne concordent pas avec celles des migrations.

Même chose pour les grands courants marins de surface. Ces courants, sans doute, sont moins rapides et moins" nettement déterminés dans la partie centrale du Pacifique, ouverte de toutes parts, qu'ils ne le sont dans les parties resserrées des Océans et surtout des mers secondaires. Toutefois, leur existence est certaine, et l'on peut admettre

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