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Tout autre était le spectacle offert par la navigation dans les mers de la mousson. Il est bien remarquable que les Chinois, premiers découvreurs des propriétés de l'aiguille aimantée, ne s'en soient servis, pendant longtemps, que pour voyager dans les déserts sablonneux de l'Asie centrale, et n'aient pas songé à mettre des boussoles sur leurs bateaux. Ils croyaient n’en avoir pas besoin. Pour la navigation qui leur importait, entre la Chine méridionale et les îles des épices, de même que pour la navigation hindoue entre l'Inde et l'Insulinde, et entre l'Inde et la côte orientale d'Afrique, la mousson dispensait les hommes de toute recherche nautique et de toute étude assidue du métier de la mer, soit pour la construction, soit pour la manœuvre, soit pour la route des ba- ‘teaux. Les jonques chinoises, ces lourds bâtiments si peu marins, du port d'environ 600 tonneaux, se réunissaient en flottilles, à époques fixes, pour aller dans l'Insulinde et pour en revenir à la faveur de la périodicité de la mousson, comme Marco Polo l'avait remarqué dès le xin° siècle ‘. Comme les voiliers qui allaient de l'Inde en Afrique, ces bateaux n'étaient pas gréés pour marcher contre le-vent. La navigation chinoise, indienne et même indonésienne dépendait, plus qu'aucune autre au monde, du régime météorologique qui donnait aux bateaux des routes d'aller et de retour assurées, mais qui leur interdisait tout changement de route et toute recherche du mieux. « Les sommes chinoises, disait Le Gentil en 1781, ces bâtiments si peu faits pour tenir contre le vent, qui de tous les vaisseaux des mers orientales ont le plus besoin de vents réglés, prennent bien garde de ne pas entre-
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prendre des voyages contre mousson. Il va tous les ans d’Emouy [Amoy] à Manille plusieurs de ces sommes ;
elles arrivent toutes au plus tard en avril. et repartent toujours de Manille à la fin d'août ou dans les premiers Jours de septembre. Sans cette précaution, elles ne gagne-=
raient jamais Emouy, dont la position, à l'entrée du canal, en défend l'approche à tout vaisseau venant des
mers de Chine ou de celle de Manille, pendant la saison des vents du Nord-Est !. » Sur la côte du Malabar, La mousson du S. W. suspendait, pendant sa période iolente, toute activité maritime. « Dès que la mousson du S. W. commence à faire sentir son approche par des orages et des chaleurs, les bateaux rentrent dans les ports, et cherchent un refuge pour six mois ; les caboteurs se déchargent pour franchir les barres des rivières, se halent ordinairement à terre, enlèvent leurs mâts, leur gréement, et attendent, couverts de feuilles de cocotier, que la belle saison les rende à l’activité ; ils servent même souvent d'habitation à leurs équipages, lorsqu'ils sont ainsi remisés loin de leur pays 2. » Si Bombay est devenue le grand port de la côte du Malabar, en détrônant Goa, Galicut, Surate et même Cochin, c'est que cette lle est le seul port du Malabar où il soit possible de mouiller pendant la mousson du S. W. : elle est, en même temps qu'un grand centre commercial, un vrai port de refuge. Le seul peuple des mers simo-indiennes qui fût habile dans l'art nautique était le peuple arabe dont nous avons étudié, plus haut, les bateaux et les marins ($ 22). Les « Arabes trouvaient bien, comme les Chinois et les Hin—
$ Le Gexris, t. Il, p. 794 ? Paris, p. 16-17.
dous, un secours dans la mousson, lorsqu'ils faisaient le commerce de l'Inde en Afrique; mais leurs voyages s’étendaient au delà des zones de la mousson, et les conduisaient dans des mers difficiles pour les voiliers, comme la mer Rouge, le golfe Persique, le canal de Mozambique, où les aptitudes nautiques des marins arabes s'exerçaient et s’assouplissaient en luttant contre les obstacles.
68. Jonction des faisceaux méditerranéens et sino-indiens : la route de Suez et la navigation à vapeur. — a jonction des faisceaux de la Méditerranée et des faisceaux sino-indiens s'est opérée, comme nous Favons dit plus haut ($ 67). d’abord au moyen du périple africain de Diaz et de Gama. qui a conduit dans les mers
* de la mousson les voiliers européens de l'Atlantique et de la Méditerranée. Cette route de la voile, seule suivie pendant quatre siècles, de 1498 à 1869, pour les communicahons entre l'Europe, l'Inde, les îles des épices et l'Extrème-Orient, détrôna l'ancienne route terrestre des pays d’entrepôts (Arabie et Egypte) par laquelle, au Moyen Age, les marchands arabes trafiquaient avec les marchands vénitiens ($ 69). Elle détourna la circulation de la voie la plus courte, dans l'espace, pour la reporter sur la voie la plus longues ; elle vérifia ainsi d’une manière éclatante, pour la circulation méditerranéenne, l'exactitude du principe du raccourcissement dans le temps, et non dans l’espace, que nous avons posé à propos de la circulation océanique ($ 62). C’est pour éviter les retards et l'incommodité du transbordement terrestre, et aussi les retards qui dépendaient du régime météorologique peu favorable de la mer Rouge et du golfe Persique, que les