‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 10 sur 229 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

phénîcîenne ; U sait que l'on reçoit de Tétaiii et de Tambre jaune des extrémités de ^Europ^J mais 11 n*ose fixer la position des îles Cassit^ rides, d*où venait la première de ces marchandises, et le fleuve Eridan n'est à ses yeux qu'une fiction poétique (*). Dans ces contrées obscurément connues, il place quelque part aux lK>rd5 de l'Océan, deux peuples, les Cynésiens et les Celtes; ses successeurs ont cru les avoir retrouvés vers l'extrémité sud-ouest de la pénînj5Ule hispanique (^. On lui demanderait en vain des détails plus positifs sur les pays voisins de la Méditerranée. La Corse, nommée Cynios, et la Sardaigne, Sardon, étaient connues par les colonies phocéennes ^]. MassUia ou Marseille se trouve indiquée dans un passage, à la vérité très douteux (*).

• Dans le même passage, il est, selon quelques éditions, fait mention des Ligyes ou Liguriens; ce nom joue un grand rôle dans la géographie la plus ancienne. Hésiode nomme les Liguriens à côté des Ethiopiens et des Scythes, deux grands peuples (*) . Eratosthène donne à l'Espagne le nom.de péninsule ligustique (s) ; Thucydide, copié par Etienne de Byzance, étend leur puissance jusqu'à TEbre, et même Jusqu'au fleuve Sicorus, aujourd'hui Xucar, ^rès de Valence (') ; d'autres écrivains bornent la Ligurie aux Pyrénées ou aux bouches du fchônep). De l'autre côté, une tradition place des colonies liguriennes sur le Tibre (9). Un poète appelle Circé une magicienne de Ligurie (*•] , et les cygnes mélodieux de l'Eridan sont unanimement placés en Ligurie ("] . L'accord de tant de circonstances ne permet guère de méconnaître ici le grand peuple des Celtes dont les tribut maritimes portèrent, dans leur propre langue, lenomappellatif de/4/-^0Mr, c'est-à-dire habitants des côtes.

9 Rome est encore inconnue à Hérodote ; le nom &! Italie ne désigne que la Grande Grèce. La Sicanie commence à s'appeler Sicile. Les Hefieti ou Veneti habitent sur l'Adriatique. L'IUyrie, avec ses peuples, est vaguement men^ tionnée. La Macédoine parait indépendante de

(•) Uérod. m, 115. — (>) Id. n , 38. - (3) Id. I. 170. V, 106. Comp. Paus, IV et X. — (4) HéfOd. V, fn Princ. — (5) Mes. ap. Strab. VII , 300. — («) Eratott. ap. Strab. Il, 92. — (7)*2>Mc. VI, 2. StephAn voce Ligysllne.-— (») Scymn. 200 sqq. Scyll. 2. Apol-^ Ion. JV, 653. — (9) Dion. Bal. aul. rom. I. — ('•) Earip, Troad, 437. — (") fFots, LetlreiMyttiol. II, 12, en allemand.

la Thrace; la Grèce européenne présente des détails très étendus , mais que nous ne pouvons exposer id, où il ne s'agit que de la marche générale de la science.

» Nous devons plutôt nous arrêter sur les bords de l'Ister, du Borysthène et du Tanaïs , où Hérodote a singulièrement avancé la géographie. Dans sa description du cours de l'Ister, il remonte depuis l'embouchure vers la source, en nommant les rivières qui s'écoulent dans ce fleuve, et qui sont au nombre de six du côté septentrional , et de dix du côté du midi (')• Parmi les premiers , on reconnaît avec certitude le Porata, notre Pruth , et le Maris qui est le Theiss, accru du Maros. Parmi les dix rivières venant du midi, « la septième, nom- • mée Citês , descend du mont Rhodope , et » traverse la chaîne de l'Hémus ; » ce qui , appliqué aux meilleures cartes modernes, indique positivement l'Isca, près de Sophia, nommé Oscius par Thucydide P). Si maintenant nous voulons, pour un instant, supposer qu'Hérodote ou quelque autre voyageur, en remontant le fleuve , ait pris la Save pour le bras prUidpal au lieu du Danube (comme de nos temps il est arrivé pour le Mississipi et le Missouri), nous retrouvons sans difficulté les trois rivières restantes dans la Morawa , le Drin de Bosnie et la Guipa: le premier est, comme le Brongus d'Hérodote, formé par la réunion de deux rivières dans une belle plaine ; le dernier descend du mont Albius, dont le nom rappelle VAlpis de notre auteur. Il résulterait de cette hypothèse de grandes facilités pour résoudre plusieurs questions embarrassantes. Pourquoi Hérodote place-t-il la source de l'Ister chez les Celtes, près d'une ville nommée Pyrène[^)7 C'est que les peuples celtiques occupaient la chaîne des Alpes, et que le nom des Pyrénées (*j, correspondant aux noms celtiques et germaniques Èrenner et Firner, était appliqué à tous les pics colossaux parmi lesquels le plus voisin des Grecs était le mont Terklou; c'est au pied du Terklou que la Save prend sa source. Pourquoi tant d'auteurs (5} ont-ils représenté l'Ister comme s'écoulant à la fois dans le Pont-Euxin et dans l'Adriatique? Cette erreur s'excuserait aisément si l'on admettait que l'Ister des Grecs

(•) Hérod. IV, 49. — (•) Thuc, II. 6. — (3) Hérod.

II , Ô3. — (4) Arist. Mél. 1,13. Basil. Hexaem. Ilom.

III , 5. Orteil, ad, Sali, fragm. p. «6. — (s) Scyllax, Ariit, Apollon eic>

HISTOItlE DE EA GÉOGRAPHIE.

et des niy riens n'était dans le fait que la Save, dont les sources sont très rapprochées de celles des rivières de Tlstrie; circonstance que Pline a fait servir à expliquer la navigation des Argonautes , en supposant qu'ils avaient transporté leurs vaisseaux d'une source à rautrej(*).

» On conçoit, dans cette hypothèse, comment Pindare a pu transporter vers les sources de rister l'heureux peuple des Hyperboréens avec leurs bosquets de laurier^ et d'oliviers i^) ; opinion qui semble aussi avoir été celle du siècle d'Hérodote, puisque c'est par l'Adriatique qu'il fait arriver les présents que les Hyperboréens envoyaient à Dôdone en Epire, et de là à Dé- Ibs {\ Ce déplacement dans le monde fabuleux en occasionna beaucoup d'autres; bientôt les Eleetrides ou îles à ambre jaune {*) furent transportées aux embouchures du Pô', auquel on attacha le nom d'Eridan; elàts on pouvait dire queTambre jaune naissait au pied des PyréiiéeÊ, c'est-à-dire des Alpes (5) ; il y eut même des historiens qui placèrent dans ces environs des Cassitérides ou îles à étain («). J\ est probable qu'une ancienne ronte de commerce, aboutissant du nord de l'Europe à la mer Adriatique, a fourni quelque fondement à ces traditions.

» Pour en revenir à la géographie d'Hérodote, cet historien convient lui-même qu'il ne connaît pas les sources du Borysthène; et, ce qui est plus sfaigulier, il ne parle pas des cataractes de ce fleuve : il nous a pourtant donné la meilleure relation que nous ayons sur leâ Scytlies, peuples nombreux qui habitaient depuis rister jusqu'au Tanals , divisés en plu-sieurs tribus. Les plus puissants étaient ceux des bords du Tanaîs, appelés les Scythes royaux; plus à l'orient , les Scythes nomades vîvïiient avec leurs troupeaux dans la plaine au nord de la Crimée, où, encore aujourd'hui, il ne vient ni arbres ni blés('). Les Scythes agriculfet^s occupaient les rives fertiles du Borysthène jusqu'aux environs de la ville actuelle de Kief . Une autre branche des Scythes cultivateurs s'étendait vers les sources de VHyfams ou Boug, qui, de même que celles du Tyroê ou Dniester, étaient alors de grands

(•) Plin, ni. 18. — (•) Pind. Olym. III, 25. Pyth. X, 4^. -. (3) Uirod. IV, 33, 34. Càliim. Del. 208, elc. — (4) Theopomp. ap. Scymn, 369-373. Strab. V, 215. Mêla, II. 7. — (s) P/i«. XXXVI. 2. -C») Ttteop. ap. Scywn.aWsqq. — C^) Uérod. IV, 19.

lacs changés depuis en marais (*) ; les Scythes, selon Hérodote, étaient une branche des SaceSy grande nation nomade à l'est de la mer Caspienne. Pour arriver en Europe, ils avaient passé VAraae^ rivière à quatre embouchures, qui parait ne pas être lé Rhas ou Volga p), quoique Hérodote n'ait pensé qu'à TAraxe de Médîe ; mais il a pu fticilement se tromper en exposant d'aussi vagues traditions. Les Scythes avaient expulsé des bords du Palus-Méotide un peuple auquel les Grecs , et Hérodote à leur tête, appliquèrent le nom probablement fabuleux de Cimmérieris, emprunté à la géographie d'Homère et des autres poètes. Le peuple di*painit promfltement de l'histoire , mais le nom resta au Bosphore cimmérien , qui est notre détroit de Kefa ou Kaffti.

» Aucun mot scythique cité par Hérodote ne se rapporte à ki langue gothique ; aucune ressemblance ne se trouve entre les divinités scythîques et celles des Goths. Us avaient les cheveux roux, le corps gras et trapu ; ils vieillissaient de bonne heure ; tel est le portrait qu'en trace Hippocrate('), voyageur presque contemporain d'Hérodote , et non moins véridique : ce portrait semble convenir aux tribuà finniques, aujourd'hui reléguées ad nord et à l'est de la Russie.

n Parmi les nations voisines des Scythes , Hérodote distingue les Gètes^ qui tenaient probablement à la race des Slavons , comme nous le démontrerons dans notre Europe; ils habitaient alors la Bulgarie actuelle et passèrent ensuite l'Ister (<). Les Agathyrsi occupaient la Transylvanie; les Alazones^ peuple agriculteur, s'étendaient dans l'Oukraine polonaise; les Nenri cultivaient du blé dans les plaines de la Volhyriie. On ne saurait guère fixer la demeure des Budini^ mêlés avec une colonie grecque, ni des Melanchlœni^ ou ((gens. à manteau noir, » accusés d'anthropophagie. Les Sauromatœ ou Sarmates, devenus dans la suite habitants de la Lithtianic , vivaient entre le Don , le Volga et le Caucase. Très loin^u nord-est, et vers les monts Ourals, étaient les Argippœi (^)^ qui étaient chauves, c'est-à-dire qui portaient la tête rasée; ils avaient le nez

(•) Rzacxinski, Hlst. Nat. Polon. pag. 164. — (•) Bayer, de Orlg. Scyth. in Acl. Petropol. 1, 358, etc. — (3) Hipp. acr. aq. loc. § 92-113. Coray. — (4) Hirod. IV, 93. Thuc. II , OC. — (s) Hérod. IV, 23.

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