‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 9 sur 229 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Salle de Phistoiro de U géographie. — Voyages et connaissances d'Hérodote. — Analyse des prindpaui points do la géographie de son siècle. A. M. 3500—3570.

» Les vagues traditions et les contes merveilleux qui régnaient dans la géographie primitive des Grecs auraient long-temps perpétué leur empire , si des guerres extérieures et intestines n'eussent forcé une partie des habitants de la Grèce de chercher dans des contrées éloignées une nouvelle patrie, ou du moins une mine de richesses et de puissance (*). Les Milésiens et les Mégaréens fondèrent des colonies de commerce tout autour de la mer Noire, où les Phéniciens n'avaient probablement jamais pénétré ^2^. Corinthe inventa les trirèmes, et peupla la Sicile de colonies dont pourtant la navigation parait avoir été de peu d'étendue ; ritalie méridionale reçut d'elles le nom de Grande Grèce, Les Phocéens, en fuyant le Joug des despotes , firent connaitce la Sardaigne, la Corse, la Gaule, où Marseille devint le terme de leurs destinées errantes ; le Samien Ck)léus, entraîné par une tempête, passa le détroit des Colonnes, et fut le premier des Grecs qui navigua sur le véritable Océan , bien différent de l'Océan fabuleux où la muse d'Homère avait conduit Ulysse; Coléus rapporta de Tartessus^ pays de l'Espî^e méridionale, des richesses qui enflammèrent le courage des navigateurs. Le Jaloux Phénicien voulut en vain arrêter cet essor ; il parait que les Grecs surent même parvenir à se procurer quelques unes des cartes géographiques et nautiques qui avaient servi à guider leç vaisseaux phéniciens. Le Milésien Anaximandre^ disciple de Thaïes, indiqua, dit-on, la grandeur de la ten^e, composa même une sphère, et traça la première mappemonde coimue i^j : son compatriote Seeatie corrigea cette carte et l'accompagna d'un itinéraire du monde, cité par Strabon [*\

• Mais, comme Hérodote nous dit expressé-

(<) Heyne, Gomm. sup. Cast. Epocbis popoloruro 6«>aTroxoflm}9«vTMy , In Nov. Comm. Coll. I et II. — (») An du monde 3200 à 3500. (3) Diog. Laërt, Il.l. Agathmer, 1 , i.Slrab. 1, 13. Alm. Plin. Il 9. VII, 66. -> (^) Strab, XII. 838. Alm.

ment que les géographes de^son temps, postérieurs à Anaximandre et à Hécatée, figuraient la terre comme un disque exactement rond baigné par l'Océan, il devient fort probable que la mappemonde des Milésiens ne s'éloigna point ou peu de cette idée reçue. Plutarque nous apprend qu' Anaximandre comparait la terre à un cylindre; Leucippe en fit un tambour, Héraclide un bateau ['); d'autres préféraient la forme cubique; il y en avait qui, avec Xénophane et Aiiaximène , regardaient la terre comme une haute montagne dont la base s'étendait à l'infini, tandis que les astres en éclairaient les différentes parties en circulant autour d'elle (^;. Tous ces tâtonnements prouvent que la prétendue science géographique des philosophes ioniens était bien vague et bien obscure. Les cartes qu'ils tracèrent ont néanmoins pu renfermer les connaissances mutilées et dénaturées d'un peuple plus savant que les Grecs ne l'étaient alors.

• Dans une semblable situation des esprits, c'était un phénomène que de voir s'élever un homme d'un jugement assez sain et assez ferme pour rejeter toutes les idées reçues, et n'ajouter foi qu'à ce qu'il avait vu de ses propres yeux ou appris de témoins oculaires (^j. Cet homme extraordinaire, né à Halicamasse, se nommait Hérodote. Citoyen distingué d'une petite république commerçante, il est à présumer qu'il fut lui-même négociant ; du moins c'est ainsi qu'on explique le plus naturellement et ses longs voyages et les nombreuses liaisons qu'il sut se procurer parmi des peuples peu amis des Grecs, et son silence affecté sur la plupart des objets qui touchent au commerce (*). Quoiqu'il en ait été, Hérodote sut s'ouvrir des routes inconnues avant lui ; il pénétra chez les Péoniens, qui pa-

{*)Plin. de plant, phllosopb.— (*] Àrist. de cal. If, 13. Meteor. II. 1. Diog, LaBri. Il, in Anaxira. (^) An du monde 3530.

(i) Mannert, Géogr. dei Grecs et des Rom. (eu tlt.)«

msToiBE DE LÀ geogbaphië;

ralflsc&t alors avoir habité la Servie actuelle (<} ; il visita les colonies grecques du Pont-Ëuxin, et affirmé avoir lui-même mesuré retendue de cette mer du Bosphore au Phasis (^ ; il parcourut Fintérieur des pays situés entre le Borysthène et THypanis, qui font partie de la Bussic méridionale (') ; peut^tre fit-il la route du Palus-Méotide au Phasis , ou du moins il se procura, sur cette route comme sur rétendue de la mer Caspienne , les renseignements les plus exacts (*). A Torient, ses voyages ont dû s'étendre jusqu^à Babylone et à Susa, capitale de la monarchie persane; il indique les moindres détails de la route et parle souvent en témoin oculaire (*) ; le reste de la Perse lui était connu par les dénombrements officiels des armées et des gouvernements dont il eut connaissance. Au midi, ses courses s'étendirent probablement aux extrémités de TEgypte ; il décrit les choses mémorables du pays, de manière à prouver qu'il y a Mt un long séjour; il semble même connaître les routes commerciales des caravanes venant de l'Afrique intérieure, tant il sut capter la confiance ou flatter les intérêts des prêtres ^yptiens qui, probablement euxmêmes, dirigeaient le commerce deleurpays(*). Hérodote visita les colons grecs de Cyrène et tira d'eux quelques renseignements utiles ('). Il avait certainement vu de ses propres yeux la Grèce d'Europe , sa description du célèbre défilé des Thermopyles étant la plus claire qui nous en soit restée (>). Enfin, il termina sa carrière dans l'Italie méridionale ou la Grande Grèce, et c'est probablement là qu'il acheva sa précieuse histoire (*).

» Une seule nation refusa de communiquer à cet infiatigable voyageur des découvertes qu'elle regardait comme le secret de sa propre grandeur. Hérodote visita Tyr (*•) ; mais l'extrême faiblesse de ses connaissances sm* l'occident de l'Europe et de l'Afrique prouve assez qu'il ne sut obtenir aucun renseignement des Phéniciens ni de leurs colons.

» Dépourvu, comme tous ses contemporains, des connaissances astronomiques et mathématiques , Hérodote ne pensa pas à réunir

(0 Uérod, IV, 33. Ib. 49. — (•) Id. IV, 81. Ib. 85. Il, 104. — (3)ld. IV, 62. Ib. 81. — W Idem, 1,202, 203. 1V.28. — (5) Idem . I, 178. Ibid. 192, 193. V, 52. — (<) Heeren , Idées sur le commerce des anciens, I, 290. 446 ( en ail.). — p) Uérod. IV, 153 sqq. Ib. 199. II, 82. — («) Id. VII, 176.— (9) Plin, XII, 4. Lucion. Entôb.^tVc., ete,^(,*<0 tiérodAl, 44.

dans un système ses nombreuses découvertes partielles ; seulement il sent que ces découvertes s'accordent mal avec les idées reçues , il se trouve à l'étroit dans le monde d'Homère et d'Hécatbîée ; il se permet même des railleries sur le flmve Océan, qu'il n'a jamais pu trou* ver, dit-il , et sur la rotondité du disque de la terre, dont il n'a aperçu aucun indice («). Il ne sait pas, et croit qu'aucun homme de bonne foi ne peut prétendre savoir si la terre est , ou non, entourée d'eau de toutes parts (^). On Ta dit, ajoute-t-il dans un autre passage, mais on ne l'a jamais prouvé. Ces doutes, parfaitement raisonnables dans la position où se trouvait Hérodote , ne l'ont pourtant pas empêché de retomber lui-même dans le système homérique , lorsqu'il veut donner quelques idées générales et positives. Il refuse encore d'admettre trois parties du monde ; l'Europe, séparée, selon lui , de l'Asie par les fleuves Phasis et Araxès et par la mer Caspienne, lui parait plus longue que l'Asie et la Libye ou l'Afrique , prises ensemble (3) : il n'en connaît pas les bornes ni à l'est ni au nord : pour l'Asie , au contraire , il croit qu'une fl(ftte envoyée par Darius en a fait le tour depuis l'Indus jusqu'aux confins de l'Egypte (*). Un autre voyage, exécuté par les Phéniciens , sous les auspices du roi Nécos, a démontré, dit-il , que la Libye ou l'Afrique s'étend dans la même direction que l'Asie (*), c'est-à-dire qu'elle se termine au nord de l'équateur. Cette opinion est encore clairement exprimée dans l'endroit où il dit que l'Arabie est la partie la plus méridionale de la terre habitable (^). Ces idées tiennent toujours au système homérique, dans lequel l'Asie et la Libye foimaient la moitié méridionale et orientale du disque de la terre.

• Si maintenant nous considérons les détails de la géographie d'Hérodote, en commençant par l'Europe, nous y verrons des espaces parfaitement décrits, mais séparés par d'immenses lacunes, a Les Phocéens, dit-il, ont découvert « VAdriatiqut, la Tyrrhénie, VIbérie et Tar' » tessuê (^j. » Ce dernier pays, fameux par ses métaux précieux, était hors des Colonnes d' Hercule (*), dans l'Andalousie d'aujourd'hui; il y connaît Gadeira ou Gades, célèbre colonie

(•) Hérod. IV, 86. — (•) Ib. 46.. — P) Hérod. IV, 40, 42, 45. — (4) Ibid. 44. — (*) Ibld. 42. Comp. 4î In fine. — (6) Id. m, 107. — (^) Id. III, 163, — (a) Id. IV, 152. q

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