‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 129 sur 229 · LIVRE TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-DEUXIÈME

ce que les Eimq^éens modernes , en pénétrant dans la zone toriide, presque inconnue aux anciens 9 découvrissent que cette merveilleuse qualité appartenait à beaucoup d'autres fleuves que le Nil.

0 On sait aujourd'hui que, dans tous les pays situés entre les deux tropiques, il pleut continuellement pendanf un certain temps de Tannée. L'époque varie selon les circonstances locales; mais il suffit de savoir que la zone torride , privée en grande partie du bienfiait des neiges et des glaciers , en est dédommagée par des pluies immenses qui , toutes à la fois, se versent par torrents sur ces climats brûlés pendant la saison sèche. Alors tous les lacs , tous les fleuves s'enflent et se débordent.

» Si une rivière, soumise à l'influence de ces pluies tropiques, coule le long d'ime plaine et dans une direction parallèle à l'équateur , ses eaux débordées doivent se répandre avec une certaine égalité sur toute l'étendue de ses rives. Tel est en grande partie le cas de TOrénoque en Amérique, du Sénégal, et probablement du Niger en Afrique.

i Si au contraire une telle rivière coule d'un terrain fort élevé , d*un massif de montagnes vers des plaines et des vallées basses , ou si la direction de sa course est perpendiculaire à l'équateur, c'est-à-dire nord et sud , alors il est évident que l'action des pluies tropiques aura lieu dans des proportions très inégales sur les différentes parties de cette rivière; il est également nécessaire que le trop plein des eaux se porte presque tout entier sur les parties plus basses du territoire riverain. Yoil^ Justement ce qui arrive dans les crues du Nil ; ce fleuve, comme les anciens l'avaient dît, et en dépit de l'Anglais Bruce, descend des montagnes de la Lune, qui font probablement partie d'un centre ou plateau très élevé occupant le milieu de l'Afrique, et prolongé surtout vers Test et le sud. En Asie, les fleuves de Siam et de GamlKM^e coulent presque sous les mêmes latitudes que le Nil, mais dans un sens opposé : c'est du nord au sud. Ces deux fleuves ont des crues qui ressemblent à peu près à celles du Nil. L'Inde, le Gange, et en général tous les fleuves qui coulent entre les tropiques , présentent ce même phénomène avec des variations qui dépendent des localités. Aucune rivière, hors de la zone torride, n'est si^ette à des crues régulièrement périodiques; les débor-

dements qu'on éprouve dans les zones tempérées dépendent uniquement de la foote des neiges dans le printemps , et de la quantité des pluies tombées sur les montagnes (>).

» Les fleuves qui se perdent sous terre ool excité la curiosité des anciens et des modernes. Les poètes ont célébré l'Alphée, qui, sdoa eux, passe du Péloponèse en Sicile, sous la mer Ionienne , pour venir confondre ses flots amoureux avec ceux d'Aréthuse. Les aneiens ont indiqué un grand nombre de rivières qui se perdent sous terre pour reparaître à un niveau plus bas (^). Mais ce phénomène, qui tient la plupart du temps à celui des cavernes souterraines, n'a été examiné de sang-flroid que par les modernes.

» Une rivière rencontre dans son cours un banc de roches solides qui barrent son lit; sous ces rochers s'étend une couche de substances plus molles; les eaK, en les rongeant, se fraient une route souterraine plus ou moins longue. Telles sont les causes qui ont formé le perte du Rhône, entre Seyssel et l'Ecluse C), le pont de Yéja, près de Vérone, dont l'arc a plus de 114 pieds d'élévation (^), et surtout le magnifique Rockbridge en Y ii^inie, voûte étonnante qui réunit deux montagnes séparées par un ravin de 270 pieds de profondeur, dans lequel coule le Cedercreek (^j. Il se peut que la chute d'un rocher forme des ponts naturels, comme celui d'Ioononzo au Mexique. On a vu, dans la Louisiane, des arbres, ou plutôt des forêts entières , tomber sur une rivière , se couvrir peu à peu de terre végétale, et donner ainsi naissance à un pont naturel qui, pendant des lieues, dérobe à la vue le cours du fleuve. Enfin, la Guadiana voit ses eaux s'épaipiller et s'infiltrer dans des terrains sablonneux et marécageux , d'où elles ressortit plus abondantes. La France offre en petit beaucoup d'exemples de ces diverses espèces de fleuves qui se perdent («).

» En s'écoulant dans la mer, les fleuves of-

(•) Farenius, Géographie géoértle , cb. xvt, prop. 20. Lulof. Géographie physique, II, 202 (eo aDemand). Bergmann , Géographie physique , I, 387 «44. (en suédois ). — (*) Ptin., II , 103, Sen., Qusst. mL, III , 36. Strab.,\, IX , AU ; XI, 518 , éd. Alm. 3ItBkiim^ Dtssert de fluviis qui intercidunt et enascuolur. — * (») Annalet des f^oyages, IV, 81. — C*) Z. Betti, Deicrizione d'un maraviglloso ponte, 176S. Forti», dans le Giomale ifltaliat VI, 241. — \^^) Jtffersom^ Notes sur la Virginie.

(«) Nous donneront rexplieation de l'orlgiiie êe

GEOGRAPHIE PHYSIQUE

front en'co'r& des phâ(K>inène8 variés et intéressants. Un très grand noji^re forment des barreê de êobU, comme le Sénégal et le Nil. D*autres , comme le Danube, s*élancent avec une telle force dans la mer, que Ton peut, pendant un certain espace de temps, distinguer les eaux fluviatiles de celles de la mer. La petite rivière de Syre , en Norv^, fait remarquer ses eaux , . sinon à deux lieues dans la mer, du moins à une distance considérable (i). Ce n'est guère qu*au moyen d*une embouchure très élargie, comme celle de la Loire, de TElbe ou de la Plata, qu*un fleuve peut seféunir tranquillement à la mer. Cependant , les fleuves même de cette nature éprouvent quelquefois Tinflucnce supérieure de la mer qui refoule leurs eaux dans leur lit. Ainsi la Seine forme à son embouchure une barre tfeau; ainsi la Garonne, ne pouvant verser assez rapidement les eaux qu'elle tf^umule dans l'espèce de golfe qu'elle forme entre Bordeaux et son embouchure, voit cette montagne aquatique arrêtée par la marée montante, rouler en arrière, inonder les rivages et ballotter les navires; ce phénomène, nommé le mascaret, n'est qu'une barre d'eau refoulée.

» Le plus beau phénomène dans ce genre est celui qu'offre le giéant des fleuves, l'Orellana, . dit la rivière des Amazones. Deux fois par jour if verse ses ondes, ou, pour mieux dire, ses mers prisonnières dans le sein de l'Océan. Une montagne liquide s'élève k une hauteur de trente toises. Elle se rencontre assez souvent avec la marée montante de la mer ; le choc terrible de ces deux masses d'eau fait trembler toutes les lies d'alentour ; les pécheurs, les navigateurs s'élqignent avec effroi. Le lendemain ou le surlendemain de chaque nouvelle ou pleine lune, temps où les marées sont les plus fortes, l'Orellana semble aussi redoubler de puissance et d'énergie. Ses eaux et celles de rOcéan se précipitent au combat comme deux armées; les rivages sont- inondés de leurs flots éçumeux; les rochers, entraînés comme des galets légers, se heurtent sur le dos de Yoùde ' quf les porte. De longs mugissements roulent . d'Ile en Ile. On dirait que le génie du fleuve et le dieu de l'Océan se disputent l'empire des

certains ponts naturels lorsque nous parierons des eafemes. J. H.

(•) Pontoppidan , Hlstoiia naturelle do la Norreg^ , p. 146. ,

flots. Les Indiens désignent ce phénomène sous le nom de pororoca,

» Les recherches qu'on a friites sur la masse d'eau que roulent les fleuves, ainsi que sur l'espace qu'ils parcourent dans un temps donné, n'ayant amené ni ne pouvant amener aucun résultat général et positif [<] , nous passerons à la théorie des lacs.

» On appelle lacs des amas d'eau entourés de tous côtés de terre et n'ayant aucune communication hnmédiate avec l'Océan ou avec une autre mer. Les lacs sont de quatre espèces distinctes.

» La première classe comprend ceux qui n'ont point d'écoulement et qui ne reçoivent point d'eaux courantes. Ces étangs sont ordinairement très petits et ne méritent généralement que peu d'attention. Quelques uns, comme celui d'Arendt dans la ci-devant Vieille-Marche, sont formés par l'aflaissement des terres circonvoisinesp) ; on en trouve de semblables au nord de la mer Caspienne et dans l'Asie centrale; d'autres, comme le lac Albano, près Rome, paraissent être d'anciens cratères de volcans remplis d'eau : ce sont ceux qui offirent le plus de régularité.

>• La deuxième classe renferme les lacs qui ont un écoulement, mais qui ne reçoivent aucune eau courante. Un tel lac est formé par une source ou plutôt par une multitude de sources qui, placées à un niveau plus bas, dans une espèce d'entonnoir, sont obligées de remplir cehii-ci avant de trouver un écoulement pour leurs eaux. Ces lacs cependant sont toujours nourris par de petits filets d'eau presque invisibles qui descendent des terrains d'alentour, ou bien par des canaux souterrains. Quelques grands fleuves et plusieurs rivières ont de semblables lacs pour source. Ces lacs sont naturellement situés à de grandes élévations.

» La troisième classe des lacs est très nombreuse ; nous y plaçons ceux qui reçoivent et émettent des eaux courantes. Chaque lac peut être regardé comme un bassin alimenté par les eaux voisines; il n'a ordinairement qu'un seul débouché, et celui-ci porte prçsque toujours le nom de la plus grande des rivières qui s'y

(•) fdecioH, Géogr. réform., X, c. vu. Zw/o/, Géographie physique > §§ 338-392. Marioite, Traité, du moavemenl des eaux , etc. , eic. — (•) Le« mémoirea cités dans Kant, Géogr. pbys., TU, part. I^ p. 92.

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