LIVRE QUATRIÈME
Saite de rHisloJre de la Géographie. - Périples d'Haniion et de Scyllax. - Eadoxe , Aristote et quelques aulMs. — A. M. 8670-3660, ou Jusqu'à rcxpédlllon d'Alexandre.
i G>mme nous n'ayons voulu donner que Tanalyse de la gé(^raphie d'Hérodote , et non pas présenter ses notions éparses sous la forme d'un système, qu'il n'eût pr(^)ablement pas reconnu lui-même , nous avons dû laisser nos lecteurs dans une sorte d'incertitude sur le prétendu voyage des Phéniciens autour de l'Afrique. Le père de l'histoire, avec sa bonne foi accoutumée, ne prend aucun pdrti positif sur cette tradition populaire, qu'il rapporte en la livrant au jugement de ses lecteurs. Nous gâtons que les partisans du voyage des Phéniciens peuvent encore dire : « Cette tradition, à moitié effacée, renferme le souvenir des grandes expéditions que les Phéniciens ont feites dans les siècles les plus reculés ; les circonstances en sont défigurées, mais le fait principal est vrai. » Nous allons prouver que cette manière de voir n'est point conforme aux règles de la saine critique.
0 Et d'abord, comment une découverte aussi étonnante, une découverte qui aurait dû changer toutes les idées reçues parmi les contemporains , eût-elle pu se perdre et disparaître
(0 GoMc/Zin, Recherches, etc., I, 199-210, Mannert, Géogr. des Grecs et des Romains, I. — (*) Hérod, III, 107. — (^) De Mun, Journal pour l'Histoire des Arts, YM12 (en ail.).
sans laisser de trace, même chez le peuple à l'habileté duquel on l'attribue? Pourquoi les Carthaginois n'auraient-ils pas mis à profit les connaissances acquises par les navigateurs du roi Nécos, qui, à lieur retour, avaient dû toucher à Gades, ville alliée de Carthage ? Au contraire, les Carthaginois ont non seulement ap-
(•) Gossellin, Recherches, etc., 1 , 212. — («) Posid. ap.Sirab, II, 153. Alm. Mêla, III, 9. P/fit. II, 67, etc.
M. Miot , autear d'une traduction de THistoire d'Hérodote ( Paris , Didot, 1822 ) , se range de l'avis des savants qui admettent la réalité du voyage des Phéniciens autour de l'Afrique. Il appuie son opinion principalement sur le fait qui parait incroyable à Hérodote. Il est évident, dit-il , que lorsque les Phéniciens eurent passé le tropique du Capricorne pour aller doubler le cap de Bonne-Espérance , ils voyaient , en se tournant vers le soleil , le mouvement apparent de cet astre de droite à gauche , car ils avaient le nord devant eux , l'orient à droite et l'occident à gauche. Quand ils naviguaient dans la Méditerranée d'orient en occident , ils avaient constamment le soleil à leur gauche; lorsqu'ils eurent franchi le détroit de Bab-el-Mandeb pour atteindre l'extrémité de l'Afrique , voyageant d'orient en occident, ils voyaient âu contraire le soleil constamment à leur droite, circonstance qui, toute naturelle qu'elle soit, dut les étonner d'autant plus qu'ils ne pouvaient en concevoir ni en expliquer la cause.