LIVRE QUATRIÈME
pris à Hérodote la tentative du Persan Sataspes, qui , voulant faire le tour de TAfrique (*) , fut arrêté par les herbes flottantes aux environs des Canaries; mais ils en ont eux-mêmes fait un essai infructueux, et dont il nous reste une relation authentique que nous allons traduire sur Toriginal ('-').
» Les Carthaginois ordonnèrent que Han- » non naviguerait au-delà des Colonnes d*Her- » cule, et y fonderait des villes Libyphénicieni nés. Et Ûannon mit à la voile, conduisant une t flotte de soixante navires à cinquante rames, t <*hargés de trente mille individus, tant hom-
• mes que femmes, de vivres et d'autres objets
• nécessaires. Après avoir mis en mer et na- » vigué pendant deux jours au-delà des Colon- » nés, nous fondâmes une ville qui fut nommée i Tkymiaterion; elle domine sur une vaste » plaine. Continuant de naviguer à Toueft, nous » arrivâmes au promontoire de Libye, nommé » Soloé, et couvert de bois épais; nous y éle-
• vâraes un autel à Neptune. Du cap Soloé,
• nous naviguâmes un demi-jour en tirant vers » Test, jusqu'à ce que nous parvînmes à un i étang voisin de la mer et plein de grands » roseaux ; une multitude d'éléphants et d'au- » très bêtes sauvages paissaient sur ses bords, j» Ayant, dans une journée de navigation, passé i> cet étang, nous fondâmes les villes suivantes » sur la mer : Caricum-Teichos, Gytte, Acra, t Melitta et Aratnhe, Continuant notre route, i nous arrivâmes au grand fleuve Liants j qui » vient de la Libye. Sur les bords de ce fleuve, )»les Lixites nomades faisaient paitre leurs
• troupeaux. Nous y séjournâmes quelque » temps, et nous conclûmes avec eux un pacte » d'amitié. Au-dessus de ces peuples habitent »des Ethiopiens sauvages, dans une contrée M montagneuse et pleine de bêtes féroces, où » le Lixus prend ses sources; ces montagnes » étaient habitées par les Troglodytes, hommes w d'une configuration extraordinaire, et qui, à » la course, surpassaient la vitesse des che- >• vaux ; c'est ce que disaient les Lixites. Après » avoir pris des Interprètes chez les Dxites, » nous suivîmes, pendant deux jours, une côte >» déserte qui s'étendait au midi ; tournant en- » suite vers Test pendant un jour de naviga- »tion, nous trouvâmes, au fond d'un golfe, >• une petite île de cinq stades de toui', que
(') Hérod, IV, 43. — {* Hannonis periplus, in Geog. Grec, min., I.
» nous nommâmes Cerné, et où nous établîmes » des colons. A Cerné , nous calculâmes la » route que nous avions faite depuis notre déw part ; et en l'évaluant, nous reconnûmes que »> cette lie était à l'opposite de Carthage, par » rapport aux Colonnes ; car notre navigation >« depuis Carthage jusqu'aux Colonnes avait » duré autant que celle depuis les Colonnes "jusqu'à Cerné. Après avoir remonté l'em- » bouchure d'un grand fleuve nommé Chretes, » nous arrivâmes à un étang dans lequel étaient » trois lies, plus grandes que celle de Cerné. » Nous parvînmes au fond de cet étang eu un » jour de navigation. Là s'élevaient de hautes » montagnes , habitées par des hommes sau- » vages, vêtus de peaux de bêtes féroces, et » qui, nous ayant attaqués à coups de pierres, >» nous forcèrent de nous retirer. Nous entrâmes » ensuite dans un autre fleuve, grand, large, » plein de crocodiles et d'hippopotames. De là >» nous retournâmes à Cerné. De Cerné, recom- » mençant le voyage au midi, nous voguâmes » douze jours le long de la côte, habitée par » des Ethiopiens qui paraissaient nous éviter, » et qui fuyaient à nojhre approche. La langue » de ces peuples n'était plus entendue par les » Lixites , nos interprètes. Le douzième jour, » nous fûmes.près de grandes montagnes oou- » vertes d'arbres odoriférants de diverses e^ » pèces. Ayant navigué deux jours plus loin, » nous nous trouvâmes dans un golfe Immense, » bordé de plaines. Pendant la nuit, on voyait )» briller de tous côtés une quantité de feux, » tantôt plus grands , tantôt plus petits. Nous w renouvelâmes notre eau en cet endroit, et, >» ayant suivi pendant cinq jours les côtes de » ce golfe , nous arrivâmes à une grande baie » nommée par nos interprètes la Corne du Cou- » chant. Dans ce golfe était une grande fie, et » dans cette île un lac d'eau salée, dans lequel » se trouvait une autre île. Y étant descendus, » nous n'apei*çûmes pendant le jour que des »forèts; mais pendant la nuit, nous vimcs » briller un grand nombre de feux, et nous cn- » tendîmes retentir des flûtes, des cymbales et » des tambourins , au milieu de cris effroya- » blcs. Nous en fûmes épouvantes , et nos de- » vins nous ordonnèrent de quitter prompte- » ment cette île. En étant partis, nous voguâpfies » le long d'une côte embrasée et odoriférante; » partout des torrents de feu s'écoulaient dans » la mer. Le sol était si brûlant, que les pieds
HISÎOmE DE LA GEOGRAPHIE.
» ne pouvaient en supporter la chaleur. Nous » nous en retirâmes au plus vite ; et durant » quatre jours que nous tînmes la mer, la terre » nous parut remplie de feux toutes les nuits. N Au milieu de ces feux , il s'en élevait un « beaucoup plus grand que les autres : il sem- 9 blait atteindre jusqu'aux astres; mais de jour H on n'y distinguait qu'ime haute montagne » appelée Théon Ocliema, le Char des Dieux, j» Après avoir passé pendant trois jours ces tor- » rents de feu, nous arrivâmes à une baie nom- » méé la Corne du Midi. Dans le fond de ce » golfe existait une île qui , comme la précé- «dente, renfermait un lac, dans lequel se M trouvait ime autre lie peuplée de sauvages. » Les femmes, plus nombreuses que les hom- » mes, avaient le corps velu, et nos interprètes n les nommaient Gorilles, Nous ne pûmes sai- » sir aucun homme, car ils fuyaient à travers » les précipices et se défendaient à coups de » pierres ; mais nous primes trois femmes : >» elles rompaient leurs liens , elles nous raor- » daient et nous déchiraient avec fureur; nous » les tuâmes donc, et les ayant écorchées, » nous rapportâmes leurs peaux à Carthage. »♦ Nous ne pûmes naviguer plus loin , n'ayant » plus de vivres. »
« Cette importante expédition, dont les uns ont voulu faire remonter la date jusqu'à l'obscure époque de la guerre de Troie (»), tandis que les autres la rapportaient aux temps d'Alexandre-le-Grand P), semble, d'après les recherches les plus exactes, avoir été faîte à peu près du temps d'Hérodote (3); c'était le plus beau siècle de Carthage (*) : le système commercial de cette république, depuis si infortunée, n'avait pas encore été dérangé par des guerres dispendieuses. Il parait que l'amiral carthaginois, de retour de son expédition, voulut en éterniser la mémoire par une inscription gravée dans un temple, où quelque voyageur grec l'aura copiée , probablement d'une manière peu exacte, ou du moins sans une fidélité scrupuleuse. Cette relation était connue en Grèce avant le temps de Scyliax, qui, dans son Périple, cite les établissements fondés par Bannon, et qui, ainsi que nous le verrons
(') Fossii, Observ. ad Pomp. Mel. 594. Comp. Gosselliny Uecb. I, 13C.-— (») Dodwell, Disscrt.de peripl. Hann. in Hudson , Géogr. aiic. I. — (^) Man^ /ler/, Géograph. anc. 1 , 50-52. Cora p. BougainvUle^ Jlrequùjmjt Cimpomams, clc— 0) \u du monde 3500 à 3G00.
dans la suite, écrivit à l'époque de la guerre du Péloponèse.
» Le traducteur grec de l'inscription carthaginoise ayant tantôt indiqué, tantôt omis le nombre des journées de navigation em* ployées par Hannon, il est impossible de fixer avec exactitude les lieux visités ou découverts par ce navigateur. Des savants du premier ordre ont mis en faveur deux opinions sur ce sujet. Bochart, Campomanes etBougainville, en se tenant principalement aux circonstances physiques, ont étendu les découvertes de Hannon jusqu'à la Sénégambie , et même jusque sur les côtes de Guinée (*). Ce n'est que là, disent-ils, qu'on retrouve les Nègres, les crocodiles, les hippopotames et les grands fleuves mentionnés dans la relation. Gossellin (2), en s'appuyant de la position connue du fleuve Lixus et de la ville du même nom, ainsi que de quelques mesures itinéraires données par Polybe , a borné les courses d'Hannonaux environs du cap Noun, au sud des Etats de Maroc; il retrouve la fameuse île de Cerné dans celle de Fédal; et comme les tables de Ptolémée, telles que nous les avons, conduisent évidemment les connaissances des anciens plus au midi que le cap Noun , notre savant critique démontre, d'une manière presque irréfragable, que les mêmes noms de lieux ont été répétés jusqu'à trois fois dans ces tables, et il cherche à faire voir qu'en réduisant ces répétitions à leur valeur réelle , les notions de Ptolémée ne s'étendent pas au-delà du terme qu'il a cru devoir fixer i la navigation d'Hannon.
n Quelque respect qu'on doive aux savants dont nous venons d'exposer les opinions, on ne saurait se cacher qu'il y a beaucoup de vague dans leurs hypothèses. Ceux qui restreignent la course d'Hannon dans des limites étroites ont négligé une circonstance importante; c'est que sa relation marque deux voyages distincts, l'un pour fonder des colonies jusqu'à Tlle de Cerné, l'autre pour faire des découvertes jusqu'à rtle des Gorilles. Dans la première de ces navigations, il escortait un immense convoi; dans la seconde, libre de toute entrave, il a dû
(') Bochart, Canaan, I, 37. Campomanes , pérlpl. d'Hannon , dans son Antiguedad de Carthago. Boui» gainvUle , mém. dans le Rec. de FAcad. des B.-L. XXVI. 10. XXVIII, 200. — (-) Gosteltin Ilech.I, 61-1C4,
UVRE OUATMEMR.
naviguer avec plus de rapidité et phis de hardiesse (^j. Ceux, au contraire, qui ont conduit Haunon jusqu'au cap des Trois-Pointes, en Guinée, auraient^ penser à Tinvraisemblance qu'il y aurdt à supposer qu'un navigateur eât doublé le cap Blanc et te cap Vert sans en fsubre l a remarque positive. Or, dans la seconde partie de son voyage, depuis Cerné, Hannon ne trouve plus de promontoire (^), mais seulement de grandes ouvertures semblables aux bras d'un fleuve; car c'est le véritable sens du mot grec qu'on a traduit par corne (^j , sens méconnu par Gossellin et Bougainville, quoique cependant on ne saurait y voir des promontoires sans faire violence aux mots précédents et suivants. Si donc on veut conduire Hannon plus au midi que Gossellin ne le fait, on doit au moins s'arrêter aux baies appelées sur les cartes espagnoles golfe dos Medaios et golfe de Gonzalo-de-Cintra; le fond de ces golfes présente l'apparence trompeuse d'une grande rivière; les montagnes qui bordent la côte du grand désert sont coiivertes d'une herbe odoriférante assez semblable au thym (*), et l'air, rempli de vapeurs ignées, y offre souvent l'image de plusieurs volcans enflammés (s). Voilà la côte des Thymiamata, ou de l'Encens , où Hannon vit pendant le joui^méme des torrents de feu qui semblaient s'écouler dans la mer. C'est ici que les vivres durent lui manquer ; tandis que s'il était parvenu aux embouchures du Sénégal [dans lesquelles il eût d'ailleurs été si naturel de voir les cornes ou rivières d'oueàt et du sud) , il eût trouvé un pays fertile , abondant, et habité par un peuple doux et hospitalier.
î Ce qui, au milieu de nos incertitudes, nous encourage à reculer les découvertes d'Hannon plus au raidi que ne le fait Gossellin, c'est l'étendue des navigations d'Himilcon , entreprises dans le même siècle (^). Après un voyage de quatre mois, cet amiral atteignit les côtes d'Albion, ou de la Grande-Bretagne. Il n'y a point de doute que les marchands de Gades et de Carthage ne soient allés chercher ici l'étain, métal alors précieux , et que fournissent encore
(•) Heeren, Idées sur le comm., elc. L. — (') Axpo- TY)pta. — (5) Kcpaç. ffug. progr. inperipl. Hann. p. ZO sqq, { Fribourg en Brisgau , 1808. ) — (4) Forsler , Mag. des Voyages, V, 312. — (*) Brisson , trad. de Forsl. 24, 36, 36. — (6) PUn. VII, 67. Fest. Avien, Ora Hiarit. 80 415.
les mines de Comouallles (<). Si même on von laît nier que les Carthaginois eussent pénétré plus au nord; si, malgré les^ traces qu'ils semblent avoir laissées sur les côtes du Jutland méridional (2) , on voulait fixer dans les Asturies le siège de leur commerce d'ambre jaune (matière qui, à la vérité, se trouve dans ce pays] , on serait toujours obligé de reconnaitre que leurs navigations septentrionales s'étendaient à plus de quatre cents lieues marines an nord du détroit de Gibraltar : pourquoi donc n'auraient-ils point été à deux ou trois cents lieues au sud?
» It parait encore que les Carthaginois ont eu connaissance d'une partie des iles Canaries. Diodore nous a donné la description d'une lie romantique, ccmsidérable et lointaine, où les Carthaginois avaient décidé de transférer le si^e de leur république, en cas d'un désastre irréparable (3). Avant lui, Aristote avait parlé d'une Ile semblable, dont les charmes y avaient attiré beaucoup de Carthaginois, jusqu'à ce que le sénat défendit , sous peine de mort , d'y aller davantage {*]. Ces rapports étaient même par^ venus en Egypte, d*où Platon les transporta en Grèce, revêtus du coloris de son style poétique. Il n'est pas trop d'accord avec lui-même sur la grandeur de cette lie Fortunée: tantôt V Atlantide est , selon lui , une terre de l'Océan occidental plus grande que l'Asie et l'Afrique prises ensemble, située vis-à-vis l'entrée du détroit d'Hercule (^J ; tantôt ce n'est qu'une ile de 3,000 stades de long et de large ^^) : toujours c'était une des plus belles et des plus fertiles contrées de l'univers. Elle produisait quantité de vin, de grains et de légumes , des fruits exquis et de toute espèce : on y trouvait de vastes forêts, d'abondants pâturages, des mines de divers métaux, dès eaux chaudes et minérales ; en un mot , tout ce qui peut servir aux besoins et aux agréments de la vie. Le commerce y florissait sous un gouvernement admirable. Toute l'île, divisée en dix royaumes, était gouvernée par autant de rois , tous descendants de Neptune , et qui vivaient entre eux dans un parfait accord , quoique indépendants les uns des a\itres. L'Atlantide avait plusieurs grandes villes,
(•)/>iodor. rv, pag. 301. Wechel. Strab. I, 265. Alm. , etc. — (2) Muller, DIss. sur les cornes d'or de Tondern. Copenh. 1806. — (3) Arist. de Mirab. c. 85. édlt. de Beckmann, BOt. — (4) Diod, ÏV, 300,— (6\ Plat, in TlnuBO. — (6) Id. in Critia.
fflSTOraE DE LA GEOGRAPHIE.
avec un grand nombre de boui^ et de villages très riches et très peuplés : on y voyait des ports où venaient continuellement aborder des marchands de divers pays , et qu*on avait munis d*arsenauK ou magasins pour la marine, abondamment fournis de toutes les choses nécessaires pour la construction et pour l'équipement des flottes de la nation. Neptune était non seulement le père et le législateur, mais encote la divinité principale des Atlantes; il avait dans nie un temple long d'une stade, large de trois arpents et haut à proportion : Tor, Fargent et Tivoire brillaient de toutes parts sur les lambris de ce grand et superbe édifice. Entre diverses statues dont il était orné, on remarquait celle du dieu, qui était d*or, et si haute, qu'elle touchait au plafond. Les descendants de Neptune, nous dit encore le même philosophe, régnèrent de père en fils dans cette lie pendant Tespace de 9,000 ans , et étendirent au loin leur domination par leurs conquêtes. Ils subjuguèrent les îles voisines , toute l'Afrique jusqu'à FEgypte, et. l'Europe jusqu'à la Tyrrhénie. La Grèce même ne fut pas à l'abri de leurs incursions; mais ils en furent repoussés par la valeur des Athéniens. Enfin, cette nation guerrière, après avoir rendu son nom célèbre dans le monde, disparut tout-à-coup: une inondation considérable, causée par un tremblement de terre, engloutit en un jour et une nuit la vaste contrée qu'elle habitait.
i C'est sur un récit aussi incertain, sur im récit que plusieurs savants regardent comme ffeibuleux, que les modernes ont bâti l'hypothèse d'ilne découverte de l'Amérique par les Carthaginois ; comme si Platon, en abîmant son île au fond de l'Océan, ne les eût pas dispensés d'en chercher la position, soit en Amérique, comme on l'a déjà fait, soit en Asie, comme a tenté de ie faire un savant entomologiste (>). D'autres (^J , en prenant au pied de la lettre le
(1) M. Latreille, dans un mémoire Bur rAtkmtlde la à TAcadémie des sciences le 5 juUlet 1819, élablil qne la Perse occape remplacement de TAtlanlide , et que Jadis elle dut former une lie, alors que la mer Caspienne, TOius, et particulièrement l'Indus, occupaient une plus grande étendue. J. U.
(•) Bory Saim^Pmcent ( Essai sur les Iles Fortunées) admet que l'Atlantide se composait des lies Açores, à son extrémité septentrionale ; de Madère , à sa partie orientale» et des Iles qui l'entourent ; des Canaries, au sud de Madère; enfin des lies du cap Vert, à son extrémité méridionale. Cette opinion est celle queMcntellc avait précédemment exposée, mais
récit du philosophe athénien, ont cherché ingénieusement à démontrer là possibilité de la disparition subite de cette célèbre Atltintide.
» Pendant que les Grecs d'Athènes arrangeaient en forme de romans les voyages des Carthaginois, d'autres Grecs s'élançaient sur les traces de ces hardis navigateurs. Du temps de la guerre du Péloponèse, un Scyllax, différent à la fois de celui que Darius avait employé à faire le tour de l'Arabie, et de celui qui écrivit contre Polybe (*) , rassembla les itinéraires des navigateurs de son temps P). Ce qui nous reste de son recueil embrasse les côtes du Palus-Méotide, du Pont-Euxin, de l'Archipel, de l'Adriatique et de toute la Méditerranée, avec les côtes de l' Afiique occidentale, jusqu'à l'Ile de Cerné. « Plu^loin, la mer, dit-il, n'est pas navigable , à cause des herbes épaisses dont elle est couverte p). » Il veut parler de la mer de Sargaise, au sud des lies Canaries. Infiniment mieux instruit qu'Hérodote à l'égard des côtes occidentales de la Méditerranée, Scyllax y connaît une foule de villes, panûi lesquelles brillait déjà Marseille ; il prononce, le premier parmi les Grecs, le nom encore obscur de Rome; et quoiqu'il s'exagère la grandeur de la Sardaigne , erreur qu'il partage avec d'autres écrivains de son siècle {*) , il est en général bien informé sur les établissements des Carthaginois en Afrique et en Sicile; mais son ouvrage paraît n'avoir été que peu connu , même des Grecs d'Asie, puisque, long-temps après, Timosthène, amiral de Ptolémée Philadelphe, acquit une grande réputation par des relations en partie moins exactes sur les contrées occidentales (^).
» Un den)i-siècle plus tard , Eudoxe, de Cnide, composa un Voyage autour du M onde ^ ou plutôt un Itinéraire universel, dont il ne reste que des citations en petit nombre (•);, perte d'autant plus à regrettei', que cet ami , ce compagnon de voyage de Platon , avait le premier entrepris d'assujettir la géographie à des observations astronomiques , et qu'il a eu
avec moins de détails. (Voyez l'art. Atlantica imula, Dictionnaire de Géographie ancienne , dans l'Encyclopédie.) J. H.
(') Manneri , Géogr. anc, 1 , 07 sqq. Comp. Dod-tbcU, Dissert, in Gcog. min. I. De Sainte-Croix, Mém. de l'Acad. des Inscr. XLII, 350. — (>) An du monde 3500. — P) ScyU, 5l, édit. —(4) Strab, XIY... — (5) Id. XII, 379. Car. XIY, 451. XVH, 55», 655. - (c) An du mondc,3';00.