LIVRE TRENTE-DEUXIEME
lacsêoléif t'Asie centrale en est parsemée.
» D*où vient cette nature saline qui caractérise la plupart des lacs sans écoulement? Les uns disent que le sol voisin de ces lacs a été primitivement imprégné de sel ; c'est trancher le nœud , mais il serait difficile de montrer les énormes bancs de sel qu'exigerait cette hypothèse. D'autres regardent tous ces lacs salés comme des restes- de Tancien Océan , qui, pour le besoin de nos théories de la terre , a dû jadis couvrir tout le globe. Mais pourquoi l'ancien Océan aurait-il spécialement affecté ces terrains? Pourquoi tous les lacs ne sont-iis pas restés salés ou saumâtres par la même cause ? Enfin des observateurs très sages et circonspects , entre autres Halley (*j , penchent à croire que tous les lacs qui reçoivent beaucoup d'eau douce , et qui se trouvent dans un état de stagnation , doivent prendre un goût saumâtre ou salin , par la corruption de leurs eaux et par la décomposition des matières animales et végétales que les fleuves y apportent. Il n'y a qu'une objection à faire : pourquoi la salure > et surtout l'amertume de ces lacs n'augmenten^elles point? Mais n'esMl pas possible de réunir, en quelque sorte , ces trois opinions ? Nous accorderons que l'ancienne mer ait couvert ces contrées ; mais nous la ferons disparaitre par imbibition et vaporisation , et point du tout par un écoulement lent ou subit; nous dirons ensuite que des terrains plus compactes, plusglutineux, plus froids, en un mot des terrains constitués d'une manière particulière , auraient pu retenir en plus grande quantité les molécules salines de l'ancienne mer, qui d'ailleurs s'étaient déjà cristallisées ; enfin, la décomposition des eaux douces et des matières animales ou v^étales doit, de son cûté , produire des sels. Quant à la question de savoir pourquoi cette salure n'augmente pas , nous croyons qu'il est sage d'avouer qu'on n'en connaît point les causes. » ^
La température élevée de certaines eaux thermales a été expliquée de bien des manières : on l'a attribuée à la décomposition des pyrites sur lesquels elles passent, à la combustion des couches de charbon de terre {^) et au voisi-, nage des volcans. Aiiyourd'hui tout porte à croire qu'elle est due à la chaleur intérieure du
;•) Philoiùph. rran»aci. — (»)A:/flprwA, Mémoires cliiinle,I| 318. I
globe ('). Quoi qu'il en sdit , les io^ffces chidiaes ou thermales sont un des phénomènes les pli» curieux pour la géographiephysique. Leurchaleur s*élève quelquefois à un degré étoihiant ; la source de Krabland en Islande va jusqu'à 82 degrés du thermomètre 4e Béaumur ; la moyenne température de celles de Carlsbad en Bohême est de 5^8 degrés, celle de Bade en Suisse et celle de Chaudes-Aiguës en France de 88 ; en Amérique il en est plusieurs qaî dépassent cette température : ainsi celle de Trincheras en Colombie dépasse So degrés, et celle de Guanaxualo en a 96. On cite aussi Ja Pisçiarelli-de-la-Solfatare près de Naples, dont la température est de 93 degrés. On assure même que les eaux de l'Ile d'Amsterdam s^élèvent en température à 100 d^és,
» Il y a des eaux qui s'enflamment sansêto» chaudes. Ce phénomène est dû aux vapeurs d'hydrogène qui s'exhalent de leur superficie ; telles sont les fontaines de Porretta-Nuova, de Barigazo et autres ; tel est le ruisseau près de Bergerac , auquel on met le feu avec de la paille allumée (2). Tantôt ces eaux sont mélangées avec des bitumes , surtout du naphte
(') Ce qoi prouve que les eaui thermales ne dofyent pas leur chaleur à la décomposition des pyriUi et A la combustion de vastes «mas houillerf , c'est que depuis ?000 ans que quelques unes de ce« eaux sont connues , elles sont toujours restées aussi chandes, ce qui ne pourrait être si elles ne devaient leqr température qu'A des dépôts de combustibles qof , dans un aussi long espace de temps , se seraient comsumés ou auraient au moins diminué de manière 1 afTaiblir sensiblement la chaleur de ces eaux. U Uni donc attribuer cette chaleur au voisinage du feu qhl occupe le centre de la terre, et qui» aUroentépir des décompositions chimiques sans cesse renaissuteS| et d'ailleurs occupant un espace immense en comparaison du volume de notre planète, ne peut, dans un intervalle de 3000 ans , présenter aucune diminution sensible. C'est probablement à Vàctkm de ce reu , pour ainsi dire élémentaire, que les ea^jL minérales doivent la propriété de conserver be«scoup plus long-temps leur température que reaa ordinaire , portée au même degré de chaleur par aot moyens artificiels ; c'est enfin à l'action de œ fim qu'il faut attribuer la propriété remarquable qn'ellet ont de pouvoir être bues racilement , tandis que de l'eau ordinaire , portée à la même température , ne serait pas supporUble , et atUquerait les organea qu'elle toucherait. Ces deux faits seuls sufllsent pour indiquer que la cause qui produit la chaleur det eaux minérales est toute différente de celle que noua employons dans l'usage domestique. J. H.
(*) Mémoires de l'Académie det sciences de Parie, année 1699, p. 26.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
et du pétrole qui , eu général , flotte à leur dtirface et brûle au sein de Feau ; c*est ce qu'on voit à Bakou et dans plusieurs endroits de la Perse. Le lac bruinant dlsiande parait tenir ,au premier genre, et il n'est pas iuvi*aisemblable qu'il &t pu quelquefois s'enflammer de soimême. Des personnes dignes de foi assurent avoir vu des feux follets voltigea à la surface du lacWetter, en Suède.
» Les eatix inertutanteê doivent être soigneusement distinguées des eaux fiétrifiantes. Ces dernières, chargées départies siliceuses extrêmement déliées, pénèti*ent les pores des bois et d'autres substances, et substituent aux éléments dél;es'eorpsd*autres éléments cristallins, arrangés et disposés de même. Cette vertu se montre plus forte qu'ailleurs dans le lac dit Lùugh Neagh en Liande , et dans quelques sources peu nombreuses (') ; mais la plupart des eaux la possèdent jusqu'à un certain degi'é ; le Danube et le Prégel pétrifient dans le cours de quelques siècles les pieux qu'on y enfonce (2\
>» Les eaux inerustanteê ag^sent d'une ma-
mère plus manifeste , en déposant comme une croûte les parties terreuses dont elles sont chargées. La source de Guancavelica qui, en déposant des sédiments calcaires , fournit les moellons dont les villes voisines sont bâties ; le beau travertin aussi blanc que l'albâtre que forment les bains de Saint-Philippe en Toscane, et une source chaude près de Tours ; la fontaine de Saint-Alyre à Clermont-Ferrand , les dépôts coufius sous le nom de dragées de Tivoli, le magnifique bassin que les sources de Carlsbad se sont construit elles-mêmes , et beaueoup d*autres exemples que nous pourrions citer , seraient inutiles pour éclaircir un fait aussi simpîe. Observons plutôt que cette qualité d'incruster, appartenant plus particulièi-ement aux sources chaudes , se trouve pourtant dans plusieurs eaux froides. Les dépôts ordinaires consistent en tuf calcaire ; le Geyser dépose un tuf siliceux.
» Ces aperçus peuvent suffire pour la théorie des eaux douces et minérales rassemblées sur la terre ferme. Uneplus vaste scène nous appelle: il faut parcourir Timmensité de l'Océan. »