LIVRE TRENTE-CINQUIÈME
bancs puissants qui, par l'ahui qu*on en retire, sont une richesse pour les pays qui les possèdent.
Le carbonate de chatix, considéré comme roche, prend le nom de calcaire; il comprend la pieiTc à bâtir la plus grossière, les albâtres veinés et unis employés à divers objets de luxe et cette grande variété de marbres qui , chez les anciens et les modernes, semblent destinés ù Tornement des temples et des palais. L'albâtre est un calcaire concrétionné qui se forme journellement dans certaines cavernes par le sédiment que des eaux calcarifères déposent sur leurs parois. Ce sédiment forme des concrétions appelées stalactUes lorsqu'elles descendent de la voûte caverneuse, et stalagmites lorsque, déposées par les eaux qui tombent des premières, de nouvelles concrétions s'élèvent sur le sol de la caverne.
« Les albâtres veinés les plus connus sont ceux de Bastia^ en Corse, de Mont-Réal , de Caputo et de Saguna , en Sicile. Celui de Malago, en Esffagne, dont le palais du roi à Madrid est décoré, présente un mélange de veines jaunâtres et d'autres de couleurs foncées; il offre beaucoup d'analogie êVec celui dont on voit une belle colonne antique au Musée du Louvre. Deux autres colonnes également antiques, que l'on remarque dans le même établissement, peuvent donner une idée de l'albâtre tacheté, qui ne diffère du précédent que par la manière dont il est taillé, les restes de végétaux et les graines de chara que l'on y remarque , et dont quelques analogues vivent encore dans nos étangs.
» Les albâtres unis étaient estimés des anciens, qui les réservaient pour les ouvrages les plus délicats. Le blanc était recherché; on l'exploitait aux environs de Rome, mais on ne coimatt plus le lieu d'où on le tirait. L'albâtre d'Aracena, en Andalousie, est d'un blanc nébuleux, avec quelques veines opaques d'un jaune aurore qui tranche d'une manière fort agréable sur la belle transparence du fond. Les anciens ne l'auraient point estimé, parce qu'ils recherchaient dans l'albâtre la translucidité plutôtquela transparence. L'albâtre de Sienne, presque transparent , est d'une couleur jaune de miel unie ; il ressemble parfaitement à celui que l'on tire de Malte et dont on fait de si jolies statues. Mais le plus remarquable est l'albâtre blanc jaunâtre, appelé Mental; le Musée
du Louvre possède une bellestatuegrccquc dan^ le goût égyptien, représentant Bonis, faite de cette substance. Il est à présumer que cet albâtre fut tiré de l'Egypte. On en exploite de semblables aux environs d'Alicante et de Valence, en Espagne, et près de Trapani, en Sicile.
M L'histoire des marbres antiques seraittrès intéressante si l'^n pouvait connaitre exactement les lieux d'où les anciens statuaires et sculpteurs les tiraient. A propos des souvenirs de l'antiquité, nous devons nq^ler que le mot latin màrmor, dérivé du grec fiopfiapoç, qui signifie blanc, prouve que ce nom fut particulièrement donné , dans l'origine, au véritable marbre statuaire. Le premier et le plus célèbre qui ait été -employé est le tnarbre de Paras; c'est de celui-ci que s<mt faites la Vénus de Médicis et la Diane chasseresse qui remplace au Musée du Louvre TApolkm du Belvédère. Le marbre pentélique, que l'on tirait du mont Pentélès, plus fin et plus serré, mais d'une teinte mohns unie, se reconnaît dans plusieurs statues antiques du Musée : le fameux torse est le reste d'une statue qui avait été tirée d'un bloc de ce marbre. Dans la suite, les statuaires grecs abandonnèrent le marbre de Paros pour celui de Luni, près Carrare, que son grain saccharoîde rendait plus propre à la sculpture ; l'Apollon du Belvédère prouve l'antiquité de l'époque à laquelle on commença à s'en servir. Le notr antique, surnommé màrmor luctUleum, parait avoir été tiré des carrières des environs d'Aix-la-Chapelle. Le rouge if Egypte ou rouge antique ^ marmor Mgyptium, dont les carrières onj; été retrouvées oitre le Nil et la mer Rouge , est dev^u plus rare encore ; les morceaux que l'on en rencontre dans le commerce servent à faire de petits ornements. Le vert antique est une brèche composée de fragments de serpentine réunis par un ciment calcaire mélangé de talc: on l'exploitait dans les environsMe Thessalonique. Ou en voit quatre belles colonnes dans l'ancienne salle du Laocoon , au Louvre. Le hU» antique, d'un blanc rosé avec des taches d'un bleu ardoise, en zigzags interrompus, ne doit pas être confondu avec le bleu twrquin antique, dont on sait que les carrières se trouvaient dans le nord de l'Afrique , tandis que Ton ignore d'où les anciens tiraient le premier. Le petit antique, que la finesse de son grain a fait
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
nommer ainsi par les marbriers, est veiné de blanc et de gris d'ardoise ; il se tirait de Stareroma, en Toscane. Le jaune antique s'exploitait en Macédoine: la grecque qui entoure les deux tables de lapis-lazuli de la galerie d'ÂpoUon est faite de ce marbre. Legrand antique est une belle brècbe entièrement calcaire, composée de fragments et de linéaments d'un noir foncé, mélangés de fragments du plus beau blanc: on ignore d'où les anciens le tiraient* Le cipolin antique est une chaux carbonatée magnésifère dans laquelle le talc forme des veines : (m croit qu'il est originaire de l'Ile d'Ëubée. La brèche molette antique, appelée anssi brhche £Alep, ce qui a fait croire qu'on la tirait de Syrie, s'exploitait probablement âans les environs de Carrare où l'on en trouve encore de lAmblables. Ses couleurs sont très variées ; le plus souvent elle présente des fragments anguleux de couleur lilas sur un fond bnin-violàtre La brèche africaine antique n*est pas moins variée par les couleurs de ses fragments rouges , gris, violets , etc. , sur un fond noir ; ce marbre produit un très bel effet, ainsi qu'on en peut juger par une colonne placée dans la salle du Musée du Louvre. On ignore si les anciens le tiraient de l'Afrique , conmie son nom semble l'indiquer. La brèche rose et la brèche jaune antiques, la première composée de petits fragments rosâtres sur un rouge clair, la seconde d'un jaune clair avec des taches plus foncées, sont d'une origine inconnue. Nous pourrions encore parler de la brèche arlequine, présentant des taches rondes de diverses couleurs ; de la brèche rouge et blanche, dans laquelle ces deux couleurs dominent; delà brèche vierge, composée de fragments anguleux blancs, bruns, rouges et jaunâtres; de la brèche fleur de pécher, qui offre de grajddes taches violettes ou lie de vin sur on fond blanc ; de la lumachelle jaune et de la lumachelle noire 'et blanche, qui, comme toutes leslumachelles, sont remplies defiragments de coquilles; et d'autres marbres dont l'origiiTe est ^alemetit inconnue; mais comme nous avons cité les plus importants, nous allons dire un mot des marbres modernes. »
Il est peu de contrées qui ne renferment du marbre : les voyageurs en ont rapporté des différentes iles de rOcéanie; nous avons vu que les anciens tiraient de l'Afrique quelques uns de ceux auxquels ils attachaient le plus de prix;
la dvilisation , qui fait de si grands pas en Amérique , et qui propage sur ce continent le goût et le luxe européens , a fait chercher et découvrir différentes variétés de marbres, depuis les bords du Saint-Laurent jusqu'à l'extrémité méridionale de la chaîne des Andes ; l'Asie paraît être la partie du monde la plus riche sous ce rapport : la Chine, THindoustan, la Syrie, la Perse et la Sibérie, renferment des marbres de toutes les variétés ; ceux de l'Europe sont les plus connus, parce que Tantique civilisation de cette contrée en a rendu l'emploi presque vulgaire. La Suède et la Norvège ont des carrières exploitées depuis longtemps. L'Allemagne , si riche en autres produits minéraux , en possède plusieurs qui ont acquis de la réputation : on connaît celui de Hesse, d'un jaune-paille et orné d'herborisations ; les marbres rouges de Bohême , les marbres verts du Tyrol , celui d'Osnabruck , recherché pour sa couleur noire, et celui de Ratisbonne , re« nommé pour sa blancheur. Les montagnes de la Suisse en fournissent une grande variété. L'Italie , plus riche peut-être que toutes les autres parties de l'Europe, a ses marbres jaunes de Sienne et celui de Vérone , d'une belle teinte rouge , sur laquelle se détachent des ammonites. Florence a son marbre vert, et celui qui p'résente ces apparences de ruines qui en font rechercher les plaques pour les cabinets des curieux. Prato, Bergame et Suze ont leurs marbres vei*ts tachetés de blanc ou de gris , qui doivent leurs principales couleurs à la serpentine. On exploite dans les Abruzzes des marbres coquilliers, connus dans le commei*ce sous le nom de lumachelle grise d'Italie ; mais la côte de Gênes est , de toute l'Italie, la partie qui fournit le plus de marbres à nos statuaires. C'est là que l'on trouve ces brèches si variées par leurs couleurs , ces beaux bleus turquins , ces marbres serpentineux verdâtres , ce portor noir, tacheté de jaune et veiné de blanc, enfin ces marbres statuaires de Carrare, qui l'emportent sur tant d'autres par leur finesse et leur netteté.
La péninsule hispanique pourrait rivaliser par ses marbres avec l'Italie ; ceux des environs de Molina passent pour être d'un grain aussi beau que celui de Carrare ; les royaumes de Grenade et de Cordoue en possèdent qui ne lui cèdent point en blancheur. Les marbres espagnols colorés les plus renommés sont : le