LIVRE TRENTE-HUITIEME
9aite â» It Théorie de la Géographie. — Des débrU foMllei dei ooipt organique!, Tégétan et «alflifta.
« Les restes d*ètres organiques enfouis dans les entrailles de la terre sont autant de médailles géologiques, mais des médailles sans date (1).
» Les corps organiques fossiles appartiennent à trois classes : les débris qui ont conservé leur état naturel, du moins en partie; les substances pétHfiéeê , et les empreintes.
» Les débris de la première classe sont principalement des ossements et même des squelettes entiers, qui , après avoir été dépouillés de la peau et des chairs qui les couvraient, sont restés les uns enfouis dans la terre , les autres cachés dans de profondes cavernes (^).
9 Les pétrifications , en prenant ce terme dans le sens vulgaire , comprennent tous les corps pierreux qui ont la figure d'un corps organique. Il y a eu des cas où un suc pierreux a coulé dans une cavité^ formée par un corps organique, lequel a disparu. Alors la masse pierreuse s'est écoulée dans la cavité qui était l'éstée vide, et a pris les formes extérieures du corps organique qui y était auparavant. Si ce corps était, par exemple, une branche ou un tronc d'arbre , la pierre aura à son extérieur des nœuds , des rugosités ; mais, dans Tintérieur, elle offrira tous les caractères d'une vraie pierre ; elle ne sera , pour parler avec Haùy , « que Ta statue de la substance qu'elle a rem- M placée, i
» D'autres fois une substance végétale ou animale , en se décomposant successivement et par degrés marqués , est déjà entourée et pressée par un suc pierreux. A mesure qu'une molécule organique se dissout et disparaît, une molécule pierreuse la remplace. Ainsi , de molécule en molécule , la matière pierreuse s'arrange dans les places restées vides par la re-
(•) Nous indiquons par desj/uillemeis les passages du texlc de Malte-Bran que nous avons conservés , comme pouvant servir d'Introduction à ce Livre.
(0 On peut ranger dans la même classe les débris que les glaces de la Sibérie nous ont conservés avec quelques restes de chair et de peau. J. H.
traite graduée des parties végétalesou animales; et , en se moulant dans ces cavités, elle copie, trait pour trait , la contexture du corps organique. Voilà comment on explique communément la formation de ce qu'on appelle bais pé^ trifiés ; imitation si fidèle du vrai bois , que , sur la coupe transversale , on distingue l'apparence des couches concentriques qui ^ dans l'arbre vivant, provenaient de son accroissement annuel. Quelquefois on est même en état de reconnaître , dans les linéaments de la contexture, l'espèce à laquelle appartenait Farbre qui a été reproduit en pierre (').
» Les corps métallisés, et ceux qui ont été changés en bitume ou en charbon, appartiainent au même système de formatioD.
» Les empreintes se trouvent entre les feuillets de certaines argiles ou de certains schistes et de quelques calcaires ; ce sont des reliefs ou des creux représentant des moulesde coquilles, quelquefois de polypiers , surtout des feuilles, des roseaux, des plantes entières, principalement de l'espèce des fougères. Ces dernières empreintes ont cela de singulier, que si Tuo des feuillets ofTre l'empreinte en creux de la face opposée à celle qui porte les fructificatiQQS (ce qui est le cas le plus ordinaire], l'autre feuillet offrira, non pas le creux de la fiacedes fructifications , mais le relief de la même £bkx, qui est en creux sur l'autre feuillet. Apparemment, comme Brugmbres l'explique pj , la fougère, déposée sur l'argile molle, a été recouverte par un nouveau dépôt. Dans la suite, cette plante, réduite en matière charbonneuse, ou pénétrée par les parties les plus déliées du dépôt schisteux, s'est comme incorporée d identifiée avec celui-ci ; et comme la face des fructifications est inégale , celle opposée plus lisse , il est naturel de croire qu'il y a eu moîos d'adhérence entre l'argile et cette dernière face.
(•) Monge le Jeune , Journal de physique , ITSl , pag. 965 et suivantes. ( Comp. Daubenton » dans les Leçont de C École normale ^ tome III, pag. 393 etsaiv.) — (•) Journal d'Hiftoire naturelle, n« 4, pag. m et suiv.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
VoRà pourquoi c'est ordinairement celle-ci qui 86 présente lorsqu'on sépare les feuillets du schiste argileux.»
Nous allcms considérer successivement les diverses classes de débris fossiles.
Dans les dépôts de différentes roches, telles que les calcaires , les grès et les schistes qui renferment des débris organiques, il est facile de remarquer que les restes d'animaux ou de plantes ne sont pas tous semblables. Cette observation, qui ne souffre point d'exceptions, a dû conduire à une idée féconde en résultats, et qui a déterminé tant de naturalistes à étudier et à comparer les monuments d*un monde qui n'est plus : c'est que tous ces êtres n'ont point vécu à la même époque, et qu'ils appartiennent, pour ainsi dire, à diverses créations qui ont été modifiées en raison des changements que la température de la terre parait avoir éprouvés.
Première époque des êtres organisés. — U est difiQdle de décider si, comme la Genèse nous le dit , les végétaux ont précédé les animaux, ou s'ils sont contemporains, ou enfin si quelques mollusques marins ont vécu avant la plupart des plantes. Cependant, comme il est probable que, lors de Tappantion des premiers êtres, toute la terre était couverte d'eau, il importe peu de rechercher si les mollusques marins eurent la priorité sur les végétaux; lien ne répugne à penser que les uns et les autres ont pu vivre à la même époque : c'est ce que confirment aussi les premiers terrains à débris organiques, puisque dans quelques uns on ne trouve d'abord que des végétaux, et dans d'autres que des animaux.
Les schistes ardoisiers, ainsi que les plus anciens calcaires, renferment des restes d'animaux de la division des polypiers; d'autres connus des géologistes sous le nom d'orthocèresy et qui, appartenant à l'ordre des céphalopodes, avaient leurs pieds autour de la tête, et d'autres qui, sous le nom de trilobites, sont regardés comme étant de la classe des crustacés. Ces singuliers êtres n*ont plus d'analogues vivants au sein de nos mers; cependant leur race parait s'être propagée jusqu'au moment où parurent différents mollusques, comme les peignes, les arches, les bucardes et les térébratûtes, animaux à coquilles bivalves, qui appartiennent à des genres encore vivants.
Les plantes fossiles n'offrent poLnt| conmie
les animaux, des caractères qui en facilitent la détermination : à l'état vivant, ces caractères se retrouvent dans les organes de la fructification, mais il n'en est pas de même de celles dont on voit les restes ou les empreintes dans la pâte de certaines roches ; ce n'est donc que par des comparaisons fondées sur la forme des feuilles, que les végétaux fossiles ont pu ' être groupés d'une manière plus ou moins nette. On a remarqué que ceux qui appartieur nent à Tépoque dont nous nous occupons ont quelque ressemblance avec les fucus, lespré^ les et les fougères.
Deuxième époque, — Nous n'avons point vu de vertèbres parmi les animaux de la première époque ; il semblerait que les circonstances propres à leur développement n'eussent point encore eu le temps d'étendre leur influence, puisqu'on ne trouve aucune de leurs dépouilles. La fonnation des roches granitiques, encore toute récente, annonçait pour ainsi dire la fin du chaos; mais il fallait du temps pour que la terre fût en état de nourrir les animaux dont nous allons nous occuper, et cette foule innombrable de végétaux auxquels les houillères doivent leur origine.
Dans la première époque, nous avons vu qu'il est difficile de décider si les plantes se sont montrées avant les animaux ; mais dans la seconde il n'en est pas de même, c*est au règne végétal qu'appartiennent les premiers débris organiques.
Ce sont, comme dans la formation précédente, des tiges de roseaux, et d'autres graminées; des impressions de différentes fougè^ res; d'autres qui ressemblent à des lycopodes, àdes marsileacées,kdes prêles ou équisétacées et à des palmiers.. Leur nomlNre est si prodigieux, qu'à moins de supposer un laps de temps énorme, on ne conçoit pas que tant de plantes aient pu s'accumuler sur la même place. On remarque même dans les schistes qui les renferment quelques unes de leurs feuilles qui se sont changées en véritable charbon de terre ; qu'on juge alors quelle immense quantité de végétaux il a fallu pour former ces vastes dépôts houillers qui ont quelquefois près de six pieds d'épaisseur, et qui occupent des contrées souvent fort étendues. La flore de cette époque présente at\|ourd'hui jdus de 250 espèces qui ont été décrites.
Ces plantes I auxquelles on ne peut compa-*
LiTic qnu»TE>HUin£iie.
rar que eelles qui ctoiiigof: étos Im régkmt éqofiioxiales, sont somrent extraordinairet par leur grandeor : ainsi, la foogère aiiwreaoeDte, ^ qui vit tous les tropiques, s'élève quelquefois à Irait ou dix pieds; tandis que, d'après les déhns que Ton en trouve dans les houillères , la même fougère fossile atteint une hauteur huit à neuf firis plus considérable. Suivant les observations de M. Ad. Brongniart, qui s'est spécialement oceupé des plantes fossiles, les dicotylédones, qui forment aujourd'hui les trois quarts des plantes connues, ne font pas le tiers des v^étaux que l'on connaît à l'état ibssîie. (kl est donc forcé de conclure de ce fait et de la ressemblance de la plupart des plantes observées dans des dépôts analogues sur les différents points de notie globe, dans toute l'Europe, au Groenland, dans l'Amérique septentrionale , dans l'Inde et la Nouvelle- Hollande, qu'aux anciennes époques géologi*ques, la terre offrait partout une haute température : vérité aussi grande que l'application en est générale, et qui ccHncide d'une manière admirable avec les belles expériences du savant Fourier , pour prouver que la terre a été douée d'un feu central qui a d'abord été d'une grande intensité, et qui ensuite a favorisé la naissance et le développement d'un grand nombre d'êtres du règne animal et du règne végétai, auxquels une haute température était nécessaire^
Les tiges et les feuilles ne sont pas les seuls restes de végétaux que l'on trouve fossiles; on a souvent recueilli dans les terrains houii- 1ers des fruits et des empreintes de fleurs; les fruits sont très difOeiles à déterminer. Cependant on en a observé plusieurs qui ont dû appartenir à des pins, à dai cocotiers et à quelques autres arbres dont quelques «m^ing^ffr seulement végètent encore sur la terre,
Cq^endant qu'on ne croie pas que les végétaux auxquels les houillères doivent leur origme aient pu vivre accumulés ainsi sur la même place, ils ont été entraînés par des cours d'eau dans des golfes ou à l'embouchure des fleuves, et ont formé ainsi d'énormes amas.
Les mollusques qui appartiennent à la seconde époque ont pour envdi^pe des coquilles uQivalves et bivalves* Parmi les fossiles à coquilles univalves , on ne remarque généralement quedes eloUotméê» Les priadpaux gen- ,
res qui les eonstitVMit «ont i im amménitMy les arthocères, les nautiU$ et h» héUmmiUs. Plus de 80 espèces d'ammonites ont été décri tes : un grand ttMnbre d'antres ne le sont point encore.
Les mollusques à coquilles bivalve» appartiennent aux genres tàrébratuU , gryphée , ikkfuU, huître, moule et mulette. Bans qudques dépôts de la même époque, on trouve aicore des trilobiteê , plusieurs espèces d'cnmniteiy ainsi qu'un grand nombre d'autres polypiers, accompagnés dEproduetus mollusques qui existaient déjà dans l'f^oque précédente. On pourrait en tirer la conséquence que les circonstances qui avaient fovorïsé l'existence de ces êtres à la première époque agissaient encore à la seconde. Cependant les différents dépôts qui constituent cette damière montre incontestablement que d^ plusieurs modifications agissaient sur la série animak. Ainsi dans les terrains de sédiments supra-inférieurs, les peignes et les oursim sont peu nombreux ; ils commencent à paraître avant la formation de la craie, et dans celle-ci surtout les oursins deviennent très communs; de même sur une scHxantaine de genres qui constituent la famille des polypiers^ dans la formati<m des sédiments moyans , plus de qsêr rante appartiennent aux dépôts antérieurs à la craie , et une vingtaine seulement à ceux qui lui sont postérieurs.
Il n'a encore été question d'aucun animal vertébré dans les terrains renfermant les êtres de la première époque; c'est à la seconde seulement que Ton voit paraître les premiers poissons ; ils sont généralement si différents de ceux qui vivent dans l'Océan , que les zoologistes qui se sont occupés de leur étude et de leu» description ont été obligés d'inventer des mots pour les désigner. Ainsi^ dans les ssi^ftm de Claris, en Suisse, on a trouvé une angoUie inconnue, que M. de BUipville a nomoftie ananchelum glarùianum , et un poisson qui diffère de tous ceux que Ton connaît, et qu'il aappelé|)a/iBorAync^m glarùianum. D'antres localités en ont présenté un qui se rapproche des estuj^eons, malA qui, par plusieurs caraetères, a mérité le nom de palmomeeum ; cinq espèces du nouveau genre appelé paUBothrie" êum; enfin d'autres qui semblent appartenir à plusieurs genres connus , tels que le hareng {clupea) , le zée (xêuê ) , le brochet ( etox), le
GÉOGRAPHIE PHTSIODE.
^trovuxiée (tir&nmlmiê)^'^ dhrersei espèces des gaaeii€yprm,4eomhre, spore, haUsU et ekœtodan. ,
Dans les dépMs qui appartieaaent àia première et à la seconde époque on &'a trouvé aa- Cfui débris de nammilères ; Uestdoncprc^Mbie que les premiers vertâ>rés sont des poissons et des reptiles. H parait même eonstant que le liquide dsms leqvel eeux-ci vécurent étut propre à nourrir des poissons d'eau douce et d'eau marine, puisque leurs dépouilles appartiennent à ces deux grandes classes. Les reptiles les plus remarquables sont les sut- Yants:
Le xMmxiQT, espèce de lézard qui vivait sur les bords des rivières et des étangs de TAncicn— AïoncK.
Le geoêomnu, animal qui, parla dimension de ses débris , devait atteindre la longueur de 12 à 13 pieds , et qui servit peut-être de passage des monitors aux erooodiles.
Le mtgelosaurus , lézard gigantesque, dont la longueur iJlait au-delà de 30 pieds , et qui , par la dimension de quelques ossements récemment découverts, pouvait en atteindre 60. L*iilustre savant dont les recberdies anatomiques ont ftift connaître tant d*animaux perdus, a ealenléque cet animal devait être élevé de terre dsflus de 4 pieds. La forme de ses dents tranchantes a servi à lui prouva aussi qu'il devait être très voraee.
Le moioêottrui est un reptile qui semble avoir servi de passage des saurims sans dents au palais aux êeturimt à dents palatines. Sa longueur pouvait être de 20 à 24 pieds.
Le Btmroeephaluê diffère de tous les sauriens fonnus. Ses débris ont été découverte près des bords du Missouri.
Les ossements de Vi§tuimo$auruê , animal de plus de 50 pieds de longueur , ont été tiouyés au milieu de terrains qui anncmeent qu'il vivait Indifféremmcait dans les lacs et dans rOcéan.
Viehthyosauruê tenait du pdsson et du lézard ; chacune de ses mâchoires était garnie de 60 à 90 dente. L*étude de son squelette a Mt voir à M. G. Cuvier qu'il était pourvu de deux yeux énormes qui lui facilitaient la vision pendant la nuit ; ses menabres courte l'obligeaient à nager , nuJs il devait ramper sur le rivage à la manière des phoques. II habiteit les mers, et sa taille , selon les espèces , que
Ton porte à quatre eu ateq , variait ipour la longueur de S ii 15 pieds.
lApUêioiâurw était un lézard nemarquable pour la longueur de son cou, composé de 35 vei^ tèbres. Le ventre de cet animai était peu bombé, ce qui devait donn^ à Tensemble 4fi son corps une forme très allongée. A en juger par quelques débris , il avait depuis 9 j^eds jus* qu'à 27 de longiiettr.
Tous ces reptiles , si différente de ceux de nos jours, paraissent les avoirprécédés. Jamais ils ne sont accompagnés de crocodiles semblabl(e« aux aêtres.
Gq[>endant le teUouturvâp trouvé dans le calcaire des environs de Caen, offre des caractères qui semblent prouver qu'il dut être l'inetermédiaire entre les reptiles andeas et les reptiles modernes.
Les tcfrtueê , voisines du genre thélonée , appartiennent, avec les poissons, aux animaux les plus anciens du groupe des vertébrés. Dans les terrains de sédimente moyens de Lunéville , de Soleure , de Maéstricht et de l'Angleterre , on n'a trouvé que des individus qui diUGèrent cousidéndilemeDt de ceux qui vivent sur la terre , quoiqu'ils aient quelque analogie arec le genre précédent et les im^de$.
La seconde époque de l'apparition des êtres organisés sur la terre nous montre aussi des débris d'oiseaux ; mais ils dépendent tous de l'ordre des nageurs et de celui des échassiers : on ne doit point être étonné de n'en trouver aucune espèce des antres ordres ; ii fallait que des portions de continent fî»»8ent tout^-fait à sec pour que des gallinacés, ou ceux qui ont ri^abitude de se percher , trouvassent de quoi se nourrir ; ainsi la géologie atteste encore ici la grandeur des vues de la nature et la sagesse de sa mardie , puisque chaque espèce d'êtres n'a puru sur cette terre qu'à l'époque la plus convenable pour sa conservation. Les oiseaux aquatiques ont néeessairemeut vécu avant les mammifères terrestres , parce qu'ils prennent leur nourriture dans^les eaux, et qu'ils n'ont besoin que de quelques portions de terre pour reposer. Le calcaire de Pappenheim recèle des ossemente d'oiseaux nageurs ; ce qui prouve qu'à l'époque où ils vivaient, qudques rivages peu étendus circonscrivaient de vastes amas d'eau ; mais les débris d'oiseaux échaswers trouvés en Angleterre mofiUrent, par leur organisation même, qu'à
UVRB TRENTE-HUITIÈME.
répoqae où des terrains secondaires se formaimit encore , des lies s'élevaient au sein de rOcéan, et que, sur ces premières plages, des oiseaux à longs tarses , au k>ec effilé, au vol rapide , pouvaient trouver, dans une vase que leur conformation leur fait rediercber, les larves et les petits mollusques qui forment leur nourriture habituelle.
Trotiième époque. — Les animaux mollusques qui appartiennent à cette époque forment une série de genres et d'espèces extrémemait nombreuse. Ils constituent trente-six genres de polypiers , cinq à'oursini ou à'éckinidei, quatre de steUerideê, deux à'annélides , trois de serpiUéSy cinq de tubicolés , deux dephola-dères; cinquante-un genres de mollusques à coquilles univalves, dix à coquilles cloisonnées et neuf de erustacéê.
Les mollusques de Targile plastique, d^t que nous avons vu être placé entre la craie et le calcaire grossier, se divisent entre deux groupes, dont Tun n'est composé que d'animaux d'eau douce et terrestre, et Tautre d'animaux marins ; les premiers se rapportent aux genres suivants : planorbe, lymnée , paludine, mêlante , phy$e , mélanopside, nérite et cyrène. Au-dessus de ceux-ci se trouvent des kuitreSf des céritei et des ampullaires.
Les mollusques qui ont succédé à ceux de Fargile plastique, et dont on trouve des traces dans le calcaire grossier, comme la pierre à bâtir des environs de Paris , en offre tant de preuves , sont des tiummulites et diverses espèces de polypiers, des cérites^ des lucines, des buccardei, des volutes, des craesateUes, des turrilelles, des eardites, des pétoncles, des calyptrées, des cythérées^ des ampuUaires, des olives, des fuseaux^ des vénus^ des huU- 1res, etc., auxquels il faut ajouter de petits mollusques multiloculaires appelés ovuliles et miliolites. Ces divers mollusques , et beaucoup d'autres qu'il serait trop long de nommer, diffèrent généralement de ceux qui vivent dans nos mers.
Le nombre des vertébrés aquatiques dont on retrouve les débris dans les terrains appar^ tenant à cette époque , forme une réunion de 55 genres. Ils sont beaucoup plus riches en espèces que les précédents ; plusieurs paraissent voisins des nAtres; un grand nombre se retrouve encore dans nos mers. Nous pourrions faire une longue liste de ces animaux ,
si nous vouli<ms en détailler les genres et les espèces , et si nous y i\(outions celles que Ton ne connaît que par les dents fossiles , que Too a si long-temps appelées glossopèires, ou Uuh gués pétrifiées, parce que ces fossiles étaient regardés autrefois comme des langues de serpents; opinion qui se répandit d'abord à Malte, où sahit Paul pétrifia tous les serpei^ parce qu'il avait été mordu par un de ces ve^ tiles.
L'Océan de l'Anciâi-Monde a nourri , ainsi que tout le prouve, des mammifères d'une taille considérable ; on en jugera par rénumération du petit nombre de ceux dont on retrouve les ossements*
Les phoques sont rares à Tétat fossile. Deux espèces seulement ont été trouvées dans les environs d'Angers ; elles diffèrent de celles qui vivent dans nos mers ; l'une est deux fois plus grande que le phoque commun , l'autre est wi peu moins grande que celui-ci.
Les espèces fossiles que l'on peut attribuer aux lamantins se rapprochent un peu de celles du Brésil , quoiqu'elles en diffèrent par des caractères tranchés et par une taille plus considérable. Il est à remarquer que ces animaui, qui ne vivent plus que près de la zone torride, ont dû être très communs dans les eaux marines qui couvraient le sol de la France, puisqu'on les trouve dans les terrains tertiaires d'Angers, de Bordeaux, de l'Ile d'Aix, et dans les environs de Mantes, d'Étampes et de Longjumeau , et qu'en 1830 nous en avons découvert des débris dans l'enceinte même de Versailles.
On connaît une espèce gigantesquede lamantins fossiles, qui a été découverte dans les terrains argileux de la c6te occidentale du Mary land, en Amérique.
On a trouvé plusieurs espèces de dauphins en France et en Italie. Mais celle dont on a découveit le squelette presque entier dans la vallée du PA, en 1793, diffère des espèces vivantes par ses caractères autant que par sa taille ; elle avait environ 13 pieds de longueur.
Les hyperoodonsj animaux qui servent de passage des cachalots aux dauphins, ont laissé des débris plus ou moins considérables dans les terrains de sédiments supérieurs. M. Cuvier en a reconnu trois espèces distinctes. On sait jusqu'à présent qu'ils ont dû habiter l'espace compris depuis Anvers Jusqu'à Mar^e,
GÉOGBAPHIB PHYSIQUE.
à en juger par les ossements trouvés dans les environs de ces deux villes.
Les débris de baleines fossiles diffèrent complètement de ceux des baleines vivantes. En 1806, on découvrit à mi-dyte du mont Pulgnasco, à environ 600 pieds au-dessus du sol de la vallée du P6, pkisieurs ossements appartenant à une baleine du sous-geure rorqual , dont la taille ne paraissait point avoir excédé une vingtaine de pieds. On en a également découvert aux environs de Bordeaux, en Angleterre et dans l'Amérique septentrionale. Le^ restes de ces animaux sont rares dans les environs de Paris ; cependant, en 1779, un marchand de vin de la rue Dauphine trouva, en creusant dans le fond de sa cave, au milieu de Targile jaunâtre qui recouvre les bancs pierreux du calcaire grossier, un os qu'il brisa pour ne pas se donner la peine de le retirer en entier. Ce fragment pesait 227 livres. Le^ savants de cette époque reconnur3nt bien qu'il appartenait à un cétacé*, mais ni Lamanon ni Daubenton ne purent dëciner à quelle espèce. M. Guvier ayant eu depuis ce temps l'occasion de le comparer avec des os de baleines, reconnut que cet ossement était un fragment de mâchoire, d'une espèce inconnue , voisine de la baidne du 6i*oenland, et que l'animal avait dû avoir 60 pieds de longueur.
C'est dans les dépôts appartenant à la dernière époque géo1<^que que l'on retrouve des reptiles qui peuvent être rapportés à diverses fspèces de crocodiles; on a même reconnu parmi leurs débris une espèce qui paraît être voisine du caïman à lunettes. D'après les calculs de M. Cuvier, leur taille a dû avoir de 9 à 15 pieds de longueur.
Si nous parlons des tortues, nous dirons que les restes de ces animaux sont assez nombreux dans les dépôts de sédiments supérieurs ; on y a reconnu des tortues trionyx et des émydes. Leurs caractères spécifiques les rapprochent des tortues exotiques ; ainsi le genre trionyx fossile ressemble beaucoup à la même tortue qui vit à Java et dans les eaux du Nil.
La quantité prodigieuse d'ossements fossiles de mammifères terrestres, recueillis depuis le peu d'années que la science s'occupe à les rassembler, prouve que les animaux perdus, voisins des tapirs, sont très nombreux ; que plusieurs réunissent les caractères de divers antres animaux, comme les lofkiodimi, qui se
rapprochent des tiq^irs et des rliinocéros, et' Vanthra eotheriwn, qui offre quelque rapport avec l'hippopotame. Quant aux terrains qui renferment la plupart de ces débris, leur origine d'eau douce, attestée par un grand nombre de lymnées, de planorbes et de beaucoup d'autres coquilles, prouvent Texistence d'an- ciens grands lacs répandus à la surface de notre continent, et particulièrement sur le sol de la France. Ces lacs ont été long-temps peuplés de crocodiles et de diverses espèces de tortues qui habitent les eaux douces des pays chauds. Les d^ts calcaires sur lesquels les lacs se sont formés annoncent aussi la présence antérieure des eaux marines. Ainsi, nous le répétons, il faut admettre dans les mêmes lieux le retour successif des eaux salées et des eaux douces, ou, ce qui est plus conforme avec ce qui se passe encore sur la terre, que dans des mers intérieures il se formait^ par l'action des grands cours d'eau , des dépôts fluviatiles.
Cependant nous devons encore faire remarquer un f^t qui n'a point échappé à la saga * cité de M. Cuvier, c'est que nos carrières à plâtre fournissent la preuve de l'antique existence de deux animaux qui ne trouvent leup ressemblance que parmi ceux du Nouveau- Monde, ie tapir et le sarigue.
Outre ces animaux, les bancs de gypse des environs de Paris recèlent les ossements de plusieurs herbivores dont les genres et les espèces ne vivent plus sur la terre. Ils appartiennent aussi , comme les tapirs et les rhinocéros, à l'ordre dss pachyderines, ou animaux àpeau épaisse. C'est à M. Cuvier que l'on en doit la connaissance complète. La première espèce de son genre palœotherium , c'est-àdire animal ancien, ressemblait par la taille à un petit cheval, mais elle en différait par ses formes lourdes, par ses Jambes grosses et"'' courtes, par ses pieds que terminaient trois doigts enveloppés chacun d'une corne arrondie. Comme le tapir, cet animal avait la queue courte etefQlée, le museau allongé et recourbé comme une sorte de petite trompe ; enfin il avait avec celui-ci la plus grande analogie par la conformation de sa tête et par l'arrangement et la forme de ses dents. M. Cuvier l'appelle palœotherium magnum; c'est la plus grande espèce du genre ; elle avait plus de quatre pieds et demi de haut jusqu'au garrot.
Les autres espèces différaient plus de celle-d
LIYHE TBENn-HOmtMB.
fkarleurtallleqttepartaiiiitaiieesdtsprtadiMHa caredères içédflqiies. La •eeaiiâ# [palmoêkê^ rium mêêium) ett comparée par M. CQvier au èabirouata; la troisièiDe (paUÊOthênum croê^ mm) ne différait da tapir d'Amérique qoe par sa taille, qui ne dépassait pas oeile d'un cochon de médiocre grandeur; la quatrième (fàimiH thêrmn latum)^ plus ramassée dans sa forme et plus petite que les précédoxtes, devait être la plus lourde et peut«étre la plus paresseuse de toutes les espèces du genre ; la cinquième {faîmothsrium etthhÊm) ne différait de la précédente que parée qu'elle était plus petite; la sixième (paùfothmum imm») avait seize à dix-huit pouces de hauteur ; ses jambes grêles et fines lid donnaient Textérieur d'un tapir presque aussi élancé qu'un chevreuil ; la septième {folfiBotherium mimimum) resseonblait au Bèvre par sa taille*
Les espèces et les sous-genres compris d'à-* bord sous le nom ù'anoplotkmium, c'est-àrdire mUmal sam défemes, ont pour caractère un ' système dentaire qui les rapproche des ruminants, et particulièrement du chameau, et deux . doigts eomnoe. celui-ci renfermés diaeun dans une corne.
La première espèce {anaplothmmn eom^ mune) avait plus de trois pieds de haut; son corps était long de cinq pieds et quelques pouces, sans y comprendre la queue, dont la longueur, de près de trois {rieds et demi, lui donnait quelque ressemblance avec la loutre. Comme le rat d'eau ou l'hippopotame, elle vivait tantôt sur terre, tantôt dans l'eau, où elle allait cbereher les racines et les plantes qui y croissaient. La seconde espèce (anoplotherium iêeundarwm) ressemblait parfaitement à la précédente; mais au lieu d'avoir la taiUe d'un Éae, elle avait celle d'un porc.
Le sous-genre œyphodim, remarquable par l'élégance de ses formes, était la gazelle de FAnden-Monde ; sa queue était courte, et, comme tous les animaux agiles, légers et crain^ tifs, il avait de longues oreilles propres à être averties au moindre danger. Le sous-^enre iiehobune comprend trois espèces dont l'une, appelée leporinum, avait la taille et les habi* tudes du lièvre, et les deux autres celles du rat.
Le xyphodon et le diehobun$ avaient le poil ras, et n'étaient point aquatiques comme l'anoplotherium.
Pour compléter la série des animaux de ta troisième époque, nous dev<»is dire un motdet rongeurs , des cerfs, des carnivores et des oiseaux. Lm premiers paraissent être voisina des campagnols et des castors; les débris des ae» couds, trouvés dans les couches régulières pierreuses, diffèrent de tou# ceux qu*oa oonnatt vivants. Les troisièmes stM peu nombreux; ils sont voisins dti gmre oam$, quoiqtt*iis diffèrent de nos diverses espèces de chiens, ainri que du loup, du renard et du chacal. Quelques uns cependant paraissent appartenir aux coatis, aux ratons et aux genettes. Un seul, dont la taille est un peu au-dessous de celle du loup et de l'hyène, vivait sur le sol des enviions de Paris, à la même époque que les «noplolA^ rtiMiM etque les palœotherùimê, et devait faire de grands ravages parmi ces herbivores.
Quant aux oiseaux , ils font g^iératement partie de la famlMe des gallinacés* Les gypses des environsde Paris recèlent des os qui ont appartenu à une espèce voisine de la caille, d'autres qui se rappnx^ent de ceux de la bécasse, de l'alouette de mer, de l'ibis^ du cormoran , du busard , du balbusard et de la chouette. Mais ce qui peut paraître extraordinaire, c'est qu'on a même trouvé des œufr d'oiseaux ; nous avons eu occasion d'observer en Auvergne quelques uns de ces «eufs, ^ros comme ceux d'une poule, qui ont été découverts dans les carrières de calcaire d'eau douce de la Sauvetat, à quelques lieues dlsswe.
L'époque dont nous nous occupons ccnnprend un trè» graijid nombre de poissons fossiles. Il serait trop long de relater ici toutes les espèces que l'on a cru y reconnaître; presque toutes diffèrent des espèces vivantes; il en est même quelques unes qui n'ont aucune analogie avec celles de nos mers.
On pourrait croire que les restes oi^aniques dont nous venons de donner l'énumération r^ posent tous, oomme aux ravirons de Paris, dans des terrains placés à une médiocre élévation au-dessus de l'Océan ; cependant il en Mt tout autrement: il existe, par exemple, en Suisse, une localité intéressante par les nombreux ossements qu'elle renferme, c*est le mont de la Molière, près du lac de Genève. Sa formation parait être d'une époque analogue à celle des terrains parisiens; on y a trouvé des débris de toutes sortes d'animaux : parmi les poissons en ette des vertèbres et des dents sf-
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GËOOBAPMIB PHYSIQUE*
{mrtenant à des requins, à des roHêêetteê, à des marteaux, à des griseis et à des cestraeione; parmi les reptiles, des tortues terrestres ;phrmi les mammifères eamassiers, des hyènes incon- Sies; parmi les pachydermes, des éléphants, des rhinoeéros et me espèce de eoehon onta^ pir; enfin, parmi les mminants, un animal voi* sin de VantUope. La roche qoi renferme ces débris est placée à plus de 680 mètres aunlessos du niveau de la mer [').
Quatrièmeépoque,^LeBasï\m9mx dantnous alkms rappeler les espèces paraissent appartenir à une époque qœ nous considérons comme étant la quatrième. Elle diffère des précédentes plut^ par la nature des terrains qui renferment ces débris que par ces débris mêmes; cependant nous n'y verrons plus les palœotheriums ni les anoplotheriums , ou du moins ils sont fort rares; nous y trouverons encore moins les animaux d*une ^^ue plus ancienne: tout semble annoncer que, vietimes de quelque éruption dei eaux, ils avaient disparu de la surface de la terre. Nous trouverons à leur place des rhinocéros , des éléphants, des mastodontes «t an grand nombre de ruminants. Il est probable que ceux-ci se virent pendant long-temps paisibles possesseurs des continents ou des Iles qui constituaient la partie sèche de notre globe Jusqu'à ce que de nouvelles irruptions des eaux, descendues de bassins plus élevés, vinssent entraîner leurs dépouilles dans les vallées où on les trouve aujourd'hui.
Quelques uns de ces animaux étonnent par leur taille; des ossements réui^s avec soin ont prouvé rexistence de tapirs hauts de 11 pieds et longs de 18; celle de quatre espèces de rhinoeéros, l'une à narines cloisonnées, l'autre dépourvue de ce caractère ; une troisième munie de dents incisivss , et une quatrième qui diffère principalement des autres par la taille. Celle à narines cloisonnées para^ avoir habité particulièrement la Sibérie, quoiqu'on en ait trouvé quelques ossements en Allemagne; elle avait la tète plus grosse et le ventre plus près dé terre que l'espèce unicorne qui vit encore. Sa tête n'était point, comme dans celle-ci, couverte de protubérances et de callosités irrégulières ; elle était lisse comme cel'e du bicorne qui habite la contrée du cap de Bonne-Espé-
(•) Bourdei: Sar le gisement des ossements fossiles évimoni deUiiionéi%.jiimaksdêhSociéUlmn4eime de PmtU. IS^.
rance, mais elle était tellement couverte de poils, principalement aux pieds, qu'il y a lieu de croii^ qu'elle était destinée à vivre dans les pays froids. Gomme on n'en trouve plus ctons les contrées byperboréennes , on doit ajouter eette espèce à toutes celles qui ont disparu ckl lasurikcedelàterre.
Nous ne détaillerons point la description que Pallas donne de la découverte qui fbt foite au mois de mars 1772, défis un dépôt d'alhi viens, sur le bord du VHhoui en Sibérie, d'unriiimH céros appartenant à l'espèce dont nous ven<ms de parier, et qui était couvert de sa diair et de sa peau. Cette découverte euraj^lle une autre beaucoup plus récente et qui prouve qu'à Té^ poque dont nous nous occupons , un animal voisin de l'éléphant et appelé mammouth habitait l'Asie septentrionale.
Le nom de mammouth ou de mammont pa« ralt venir du mot tatar mamma^iui signifie terre; parce que, suivant les idées pq^laires des Tatars et des Sibériens , ce grand animal vit dans la torre et meurt dès qu'il voit la lu* mière. Le même préjugé existe ches les Chinois pour le même animeJ , qu'ils nomment tyn-^hu, et dont ils trouvent, comme les Sibériens, de nombreuses dépouilles dans leurs provinees septaitrionales.
Ce sont principalement les rivières qui des^ cendent vers la mer Glaciale qui mettent à découvert le plus d'ossements de mammouihe, parce que, coulant au milieu des vastes plaines sablonneuses ou limoneuses de la Sibérie, elles s'enflent considérablement à l'époque du dégel^ et entraînent facilement des portions de leurs rivés, qui, dans les dédiirements que cause la orue des eaux , emportent ces nombreux osse* ments. Cependant , il Aiut dire que partout oà dans les plaines basses on creuse un puits ou des fondations , on découvre un grand nombre de ces débris. C'est surtout dans les bassfais qu'arrosent la Lena, VJnéighirka, l'Anadyr, ïirtyche, Y Angara, la Tounyousha, la Mhatanga , VOb et le lenim, qu'on ^ trouve le plus ; mais les bords de l'Irtyche en renferment surtout une quantité prodigieuse.
Plusieurs corps de ces mammouths ont été trouvés revêtus encore de leur peau et de leurs chairs. En 1799, un pêcheur toungouse aperçut, IM^ de l'embouchure de la Lena, une masse informe recouverte de glaces ; Tanikée suivante U . vit que cette masse était un peu moins en-
UVRE l'RENTE-HUmÈME*
gagée dans les gla^ns ; mais pendant Tété de 1801 il découvrit les flancs charnus et les défenses d'un grand animal que la fcmte des glacées avait mis en partie à découvert. Ënûn, en 1804, les chaleurs ayant été plus grandes et les glaces ayant fondu plus vite, cette masse vint échouer sur la côte. Le pécheur enleva les défenses et les vendit; mais M. Adams, membre de l'académie de Pétersbourg , qui voyageait alors dans la Russie asiatique, instruit de cette découverte, se rendit sur les lietix en 1806. Il y trouva Tanimal fort mutilé: quelques Iakoutes l'avaient en grande partie dépecé pour en donner la chair à leurs . chiens ; les ours et les loups en avaient dévoré le reste; cependant, à l'exception d'un pied de devant, le squelette était resté intact. La peau sèche de la tête pouvait donner une idée de celle qui recouvrait le corps , et dont quelques lambeaux se voyaient, ainsi que plusieurs ligaments, sur des parties peu charnues assez bien conservées. M. Adams remarqua sur une des oreilles, restée entière, une touffe de crins ; il distingua même la prunelle de l'œil , et de plus il retrouva dans le crâne la cervelle desséchée. Le cou était garni d'une longue crinière , et quelques portions de peau couvertes de crins noirs et d'une lame rougeâtre lui prouvèrent que ce mammouth en était entièrement revêtu. En effet , la masse de poils que les chiens et les autres animaux avalent laissée en dévorant les chairs pesait plus de 30 livres. Cet animal était mâle; ses défenses, que M. Adams retrouva et racheta à Iakoutsk , étaient longues d'environ 12 pieds en suivant leur courbure -, une seule pesait 280 livres. Sa tête , sans les défenses , en pesait plus de 400. M. Adams observa que l'animal devait avoir une queue très courte et épaisse. La peau est d'un gris foncé ; elle ne diffère de celle des éléphants des Indes que parce qu'on n'y distingue pas les points bruns qu*on remarque dans la peau de ces derniers. Les poils dont il était couvert sont de trois sortes : les plus longs, qui ressemblent à des crins, ont 12 à Ik pouces: leur couleur est brune; d'autres n'ont que 9 à 10 pouces : ils sont plus minces et de couleur fauve ; enfin, une laine de 4 à 5 pouces de longueur, mais fine et douce, et de couleur fauve clair, garnissait la racine des autres. Tout annonce donc dans le mammouth un animal destiné à vivre dan3 une C(mtrée
firoide avec les rhinocéros de la mèçe e^èee que celui de Vilhoui (*).
Les défenses du mammouth sont géDéralement très grandes , plus ou mdns arquées en spirales et dirigées en dehors, de manière qse cell^ de gauche et celle de droite se distinguent facilement , parce que le côté extérieur est toujours usé par les frottemedts que leur a fait subir l'animal. Sa taille ne dépassait généralement que de 2 à 3 piedj celle de l'él^^hant des Indes , qui en atteint 'ordinairement 9 de hauteur ; mais il avait des formes plus trapues, et quoique Tespèce des Indes soit celle dont il se n^pproche le plus , on remarque entre ces deux animaux, dit M. Cuvier, plus de différence qu'il n'y en a entre l'Ane et le dieval p).
Le mammouth n'était point un animal particulier à rAsie«eptentrionale ; malgré les longs poils qui recouvraient sa peau, il habitait plusieurs contrées méridionales de l'Europe orientale. En 1820 , on en découvrit un fémur sur les bords du Boug, à quelques lieues de rembouchure de cette rivière dans le Dnieper; il annonce un animal de 15 pieds de hauteor : on en voit un fragment dans le Muséum d'histoire naturelle de Paris] celui de Pétersbourg en possède un crâne long de 4 pieds, qui fut découvert près du Volga, dans une couche éA sable ferrugineux ; le même établissonent en renferme une mâchoire gigai^tesque qui M mise à découvert par les flots de la mer à peu de distance d'Azof.
Il parait que tous les restes de nuunmoutii se rapportent à la même espèce; mais il n'en est pas de même de ceux des rhinocéros. M. Cuvier a divisé ceux-ci en quatre espèces : celle à narines cloisonnées, qu'il appelle rMnoeeros tichorhinus, appartient plus spécialement à la Sibérie; celle dont les os du nés sont plus minces, et qu'il nomme pour cette raison leptorhinus, se trouve en Italie; il donne le nom à*inci$ivu$ à celle que l'on tronve en Allemagne, parce qu'elle est mimie de denlB
(') Mémoires de l'Académ'e de Pétertbourg : année
(•) Voyez dans YEneydopidie méthodique , DictkMinaire de Géographie physique» noU« article Gkmmenufossiieê : et dans les Annales des Sciences ncfi»relles, t. X^ notre Mémoire intitulé t Quelques eonêi-' déraUons géologiques sur la présence du débris <f ai»maux vertébrés dam ht différentei couches de noim globe. J. H.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
tod sives ; enfin la plus petite espèce, appelée MifiiiltM^ et qui dépassait à peine la taille du tapir ordinaire, a été trouvée en France, dans les environs de Moissac (^].
Un savant naturaliste étranger a reconnu dans des ossements fossiles découverts en Sibérie un animal qui n'existe plus sur la terre et qu'il a nommé elasmotherium P). M. Cu- "vier présume qu'il devait tenir à la fois de l'éléphant, du cheval et du rhinocéros dont il avait à peu près la taille, et qu'il se nourrissait de graminées.
L'innombrable quantité d'ossements fossiles d'éléphants a de quoi fatiguer l'imagination la plus familiarisée avec l'idée de la fécondité de la nature, lorsque l'on considère que depuis les temps les plus reculés, l'ivoire fossile est connu ; que Théophraste et Pline en ont parlé, et que, dans les temps modernes, on en a découvert en Espagne, en Italie, en France, en Allemagne, en Bohème, en Hongrie, en Suède, en Danemark, dans presque toute TEurope, en Amérique et dans l'Asie septentrionale. On en connaît plusieurs espèces ; elles sont ordinairement plus grandes que celles qui vivent dans les conti*ées méridionales de l'Asie et de l'Afrique; on peut s'en faire une idée par les dimensions de leurs défenses : la plupart dépassât 8 pieds de longueur, et quelques unes ont au-delà de 13 pieds.
Plusieurs auteurs ont imaginé que les débris de rhinocéros et d'éléphants que l'on trouve en si grande quantité jusque dans les contrées les plus septentrionales de l'Asie prouvaient que ces contrées avaient jadis éprouvé la même température que sous les tropiques, et que ce n'était que depuis que le climat en avait changé que ces animaux avaient péri. Il faut avouer que la question est difQcile à résoudre. M. Guvier nie la possibilité d'un changement graduel de température : • Ea effet, dit-il en pariant du rhinocéros qui fût trouvé revêtu de sa peau, comment serait-il arrivé des Indes, ou d'un autre pays chaud, sans se dépecer ; comment se serait-il conservé, si la glace ne l'eût saisi subitement? et comment l'eûtelle pu saisir de cette manière, si le changement de climat eût été insensible? »
Un changement subit de climat, dans Tune
(•) M. G. Cuvier : Becherches sur les ossements fossiles.— (*) M. Gotelfde Fischer: Mémoires de la Société Impériale des naiuralisles de Moscou.
des grandes contrées de la terre, est inadmissible en physique, si l'on suppose qu'il ne puisse être produit que par un changement également subit dans l'axe de la terre : ce dont le savant Laplace a prouvé l'impossibilité. Mais le soulèvement des grandes chaines de montagnes, prouvé par tant de faits qu'il n'est pas un savant familiarisé avec les questions géologiques qui se refuse à l'admettre, ne peut-il pas conduire à la solution de cette grande question ? Déjà M. de Humboldt a reconnu , en parcourant l'Asie , que les monts Durais ont dû être soulevés à une époque assez récente. D'autres faits rapportés par ce savant expliquent la conservation des grands animaux qui nous occupent. Ainsi il est constant que depuis le 64« jusqu'au-delà du 63« parallèle, la terre conserve une très basse température pendant les grandes chaleurs de l'été. Sous le 62« degré, le sol reste gelé à 12 ou 15 pieds de profondeur ; à Iakoutsk, à 4 degrés et demi au sud du cercle polaire, la glace souterraine est un phénomène général et perpétuel. On peut donc concevoir comment du 62* au 72" degré de latitude, de Iakoutsk à l'embouchure de la Lena, l'épaisseur de cette couche de terre congelée doit augmenter rapidement. On peut par conséquent concevoir aussi comment dans le nord de la Sibérie on trouve de grands animaux fossiles qui ont conservé leur chair et leur peau.
Quant à la cause qui doit avoir changé brusquement la température de cette contrée, ne pourrait-elle pas êti'c attribuée au soulèvement de l'Oural et de TAltaï, qui, en élevant le sol de la Sibérie, en la privant de l'influence des vents du sud pour la livrer au soufûe glacial de Borée, aurait tout-à-coup fait périr des animaux qui y vivaient auparavant à la faveur d'un climat tempéré ?
Au surplus, voici comment M. de Humboldt explique le phénomène qui nous occupe :
«Parmi les animaux, quelques unes des races les plus vigoureuses se sont retirées sans doute vers le sud, et ont vécu quelque temps encore dans des régions plus rapprochées des tropiques. Des espèces ou des variétés (je rappelle les lions de l'ancienne Grèce , le tigre royaldelaDzoungarie, la belle panthère Irbis à longs poils de la Sibérie) sont allées moins lohi ; elles ont pu, par leur organisation et les ^ effets de l'habitude, s'acclimater au centre de