LIVRE TRENTE-NEUVIÈME
autour du oâitre du globe, conformément à leur pesanteur; l'eau surnagea de toutes parts('; . Cependant, des matières bigleuses plus légères que l'eau formèrent peu à peu une dernière couche qui enveloppait les eaux et tout le globe. Sur cette croûte extrêmement fertile vivaient dans un printemps perpétuel les générations antédiluviennes. Le déluge fit tout changer de face , la croûte se dessédia , et le^^ux accrues firent des efforts contre cette enveloppe l^|pre; elle creva et s*écroula dans l'abîme des eaux. Sa chute fit changer l'axe du globe et par conséquent la température des climats. Les bords redressés de la croûte formèrent nos monta*
gnes.
» Il n'est pas nécessaire de démontrer à nos lecteurs combien ce système, puisé dans la seule observation des îles flottantes , est peu suffisant pour expliquer la naissance de ces lourdes et dures roches dont se com|io6ent les montagnes.
» Deseartes P) et Leibnitz {>; prirent un essor plus audacieux : la terre, disaient-ils, est on petit soleil qui s'est couvert d'une croûte opaque, laquelle, en s' affaissant, a donné naissance aux montagnes. Leibnitz considérait toute la masse du globe comme ayant été vitrifiée, idée dont BuDfbn s'est emparé.
» Un autre système arbitraire ftit proposé par l'Anglais Wkiston (^). Cet astronome regarde la terre comme une comète qui aurait quitté sa marche primitive par une cause qu'il n'indique point, pour prendre la mardie circulaire d'une planète ; n'étant plus sujette à des altemadves d'un extrême édmufTement et d'un extrême refroidissement, la matière diaotique de l'ex-comète se précipita selon les Irâ de la pesanteur spécifique. Une partie de h chaleur primitive de la comète se conserva dans son centre ; ce centre était e&touré d'eau, la croûte extérieure du globe était d'une ferrf tilité extraordinaire , et les hommes vivaient plusieurs siècles. Mais la trop grande dialeur leur échauffait trop le sang ; ils devinrent si impies que le Créateur n'y vit pas d'autre remède que de les noyer. A ce dessein il fit ve- <iir une autre comète qui enveloppa la terre dans sa queue immense ^ or, comme une queue
(') Theoria telliiris sacra, etc. Londres, 1681. — ('} A. 1670. Principes de philosophie, pari. IV, n<>2. — (3) A. 1083. Protogœa, in Acl. erud. — (*) A. 1708,
A nc\^ Theory of ibs^rlh. Londres.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
de comète est composée de vapeurs et d'eau (qui oserait en douter?), la terre fut considérablement rafraîchie. D*ailleurs, l'attraction de la comète troubla l'équilibre des eaux intérieures ; il y eut dans ces eaux un violent flux et reflux; la croûte extérieure de la terre, ébranlée dans ses fondements, s'écroula dans un endroit, se fendit dans un autre : voilà comme quoi le déluge universel arriva. La comète exécutrice de la volonté du Créateur s'en alla ; les eaux, reprenant leur équilibre, rentrèrent dans les cavités souten^aines, lesquelles avaient été assez élargies pour recevoir les eaux de la comète ; la froideur et autres mauvaises qualités de ces eaux ont réduit la tenre à ce degré de stérilité et d'épuisement où elle se trouve aujourd'hui.
» Cette hypothèse de Whiston a été souvent renouvelée en tout ou en partie. Dolomieu y a puisé ses principales idées.
t Un compatriote de Whiston, un observateur infatigable et scrupuleux, Wooduoard, composa une théorie bien plus modeste («). Il admet que toutes les substances terrestres ont été dans une fluidité aqueuse. Comme il faut pour cela une grande masse d'eau, il suppose que tout l'intérieur du globe n'est qu'un vaste abime d'eau. Le déluge de Moïse consista dans un écroulement de la croûte du globe dans ce grand abime, dont les eaux, selon Woodward, eurent une force dissolvante toute particulière, laquelle cependant n'agit point sur les coqidllages et les autres restes du règne animal. On voit que l'esprit observateur de Woodward lui feisait sentir qu'il est impossible d'expliquer par une seule inondation passagère la position de tant de couches de coquilles au milieu de bancs pierreux. Mais sa force dissolvante est, èèmme il en convient lui-même, une qualité occulte et miraculeuse.
f Un savant allemand, Camerarius, en attaquant Woodward, émet l'opinion, aujourd'hui démontrée, que les bancs de coquilles n'ont jamais été transportés ni pu l'ôte par un déluge quelconque, et qu'au contraire les animaux auxquels ils doivent leur existence ont vécu et sont morts dans l'endrc^lt même où on les trouve (^). Il est vrai que Camerarius exposa cette opinion d'une manière très con-
{')ff^oodward, A. 1708. An Essai loward tbenatural hlsloryoflhe^artb I723. — (>) Camerarius , \n Dlsiert. Taarineos., p. 22e.TubiDg., ilti.
fuse. En lui répliquant, Woodwarf avança que les éruptions volcaniques n'ont donné naissance à aucune montagne considérable, encore moins à des tles et à des contrées entières (').
» Nous ne parlerons point de la végétation des pierres qu'avait rêvée le célèbre Tourne^ fort pj, ni de quelques propositions isolées de Scheuchzer, dont le grand génie observateur était enchaîné par les préjugés qui attribuaient tous les changements du globe à un seul déluge iftj. Le spirituel Fontenelle a eu le mérite de dire le premier qu'il a certainement fallu plusieurs révolutions pour modeler la surfecc du globe et pour amonceler ces vastes ruùies qui nous environnent de toutes parts (*).
»Le système volcaniquetrouva à cette même époque plusieurs défenseurs ardents et habiles, que l'on aurait tort de passer sous silence. Ray croyait qu'au moment même de la création, lors de la séparation des substances humides et solides, il y eut des tremblements de terre qui soulevèrent les montagnes (*). La terre sortit peu à peu de l'Océan, ce qui donna aux animaux marins le temps de déposer leurs dépouilles au sein des eaux (»). Hook, en supposant l'origine primitive des couches par la voie de sédiment dans un fluide , admettait des éruptions volcaniques assez fortes pour soulever de vastes terrains , et même pour les Ignare et les calciner ('). Lazaro Moro, en observant qu'il y a des montagnes qui n'offrent ni débris de corps marins ni indice de stratification (»), attribuait à toutes les montagnes secondaires une origine volcanique; ce sont, à ses yeux, des coulées de lave qui ont pris naissance sous les eaux. Eu modifiant et Cûiabinant ces diverses idées, le savant Raspe en compost sa théorie volcanique de la naissance des îles nouvelles, ouvrage souvent copié avec mexactitude par des vulcanistes célèbres {»).
(') Nalural hisiory, of Ibe carlb enhrged and defended, elc . p. 116 sqq. Londres, 1786. — (») A. 1700. — (3) A. 1700. —(4) A. 1716. — (5^ A. Ï693. — (**) Ratj , Three pbysico-lheological discourscs, p. 164. Londres, 1093, 2* édit. — H A. 1706. édookiiy Oper. poslbum., S99-310. Édit. LoDd., 1706, In-foUo. — (8) A. 1740 Laz, Moro, de l'Origine dea coquillages fossiles^ cb. su et xiii. — (9) A. 1763. Jia*pe , Spécimen historié naturalis globt lerraquei prscipaè de novis è mari natis insulij. Leipzick^