LIVRE TRENTE-NEUVÎÊME
» Ces divin systèmes s'éclipsèrent devant oelui que créa Buffon (<) , ef auquel sa plume brillante donna tout Téclat d*un poème. Ce grand écrivain suppose qne les soleils et les comètes ont été produits comme nous les voyons et avec les forces nécessaires pour leur faire parcourir leurs orbites. Mais il y a 96,000 ans qu'une comète tomba obllquemeut dans le soleil et en détacha la 650Tpartie. Cette masse lancée dans Tespace se divisa et forma toutes les planètes de notre syrtème solaire, qui, par le mouvement de rotation , acquirent une figure sphéroldale. Notre globe était dans un état d'incandescence , mais sa sUHàce se refroidit et se consolida ; Il s'y forma toutefois des cavités immenses. Une partie des vapeurs qui s'étalent élevées dans l'atmosphère se condensa et forma les mers. Ces eaux attaquèrent la partie solide du globe et en dissolvèrent une portion; c'est ainsi que se formèrent les terres et les pierres. Les eaux de l'Océan, attirées vers réquateur par les marées, y entraînèrent une graïKle quantité de substances dissoutes; c'est ainsi, dit Buffon, que naquirent les grandes ehaines'de montagnes dirigée^ d'orient en occident. Malheureusement ces chaînes n'existent point ; la grande rangée de montagnes qui environne le globe a une autre direction ; Buffon s*est donné le tort d'expliquer par une supposition iuvraisemblable en elle-même un fait absolumentimaginaire. Mais continuons à exposer sa théorie. Les eaux primitives du globe s'enfuirent dans les cavités dont on a déjà parlé, alors les continents parurent. La terre , dans l'espace de 43,600 ans, se refroidit au point que les végétaux et les animaux purent vivre à sa surface. Ces êtres naquirent vers le pôle et se répandirent successivement vers les régions équatoriales. Les couches secondaires se formèrent par la décomposition de la matière vitriliée mêlée de sédiments marins; des causes accessoires , les vents, les courants d'eau, les éruptions volcaniques et les tremblements de terre, modelèrent ensuite les montagnes et les vallées. L'Océan change lentement ses rivages, en attaquant par son mouvement général les cotes orientales qu'il détruit; il a de cette manière pu faire plusieurs fois le tour du globe (2).
» Le système de Buffon , réfuté dans ses
(0 A. 1745.— (•) Batfon, Théorie de U Terre, dans le 1" volume de soa UUtoirj» naturelle. Paris, 1745.
points principaux par des naturalistes diaervateurs, ne compte plus de partisans exclt»!fs, même parmi ceux qui regardent le feu comme l'agent prlndjpal qui a formé notre globe. On regarderait aujourd'hui comme une folie toute hypothèse qui tendrait à expliquer la première origine de notre globe et la manière dont il a été lancé dans l'espace. La géologie ne diercfae plus qu'à remonter, par l'examen des monuments physiques , d'une époque à une autre, jusqu'à ce qu'elle arrive à un état de choses antérieur à tous les monuments (•).
» La théorie la plus fortement soutenue et la plus vivement contestée de cette époque moderne, est celle de Deluc ('). Ce savant suppose que la terre et tous les corps célestes étaient des masses d'éléments confus dans lesquels une volonté divine, en leur conununiquant une certaine quantité de lumière, fit naître les précipitations chimiques par les* quelles se formèrent les croûtes de rodies solides dont nous voyons les fragments. Cette croûte consolidée s'affaissa plusieurs fols ; ses bords qui sont cités, appuyés sur des dœsons de cavernes souterraines, formèrent les moBr tagnes. Les eaux , qui d'abord couvraient Tè globe entier, s'infiltrèrent dans les parties centrales où subsista toi^urs Pancien chaos. Alors parurent les premiers continents plus étendus que les nôtres, mais suspendus au-dessus des immenses cavernes. Le soleil ne les éclairait pas encore. Lorsqu'il y naquit des végétaux d'une nature différente des nôtres, leurs débris formèrent nos houillères. Les continents actuels, cachés sous la mer, se couvrirent de dépôts de coquillages; les éruptions volcaai* ques y répandirent des couches de laves. Par un grand et dernier affaissement, les contineflis primitifs s'écroulèrent au sein des cavités souterraines ; la mer se précipita sur ces terres et engloutit dans ses profondeurs les générations qui les habitaient; cette catastrophe est le d^ luge universel décrit par Moïse, et dont on a cru retrouver le souvenir chez beaucoup de nations. C'est alors que parurent soudain à la face du jour nos continents actuels formés sous la mer. Dans les terrains meubles de nos continents se trouvaient ensevelis péle-méle les restes de quadrupèdes qui avaient habité des tles écroulées avant le déluge universel, et les
(') Deluc, ÉlémenU de géologie, S 10, p. 11.— (•) A. 1770-1810.
Qt)Ogle
GÉMBAPHIK PHYSIQUE.
débris des cétacés qui avaient peuplé la mer. La conservation de ces restes qu'on trouve encore presque entiers dans les pays froids, et le peu d'épaisseur des couches de terre végétale formée au-dessus de nos continents, concourant à prouver que leur antiquité, ou pour mieux dire leur apparition au-dessus des eaux, ne date point dç siècles extrêmement éloignés de nous (*).
» Telle est la théorie du célèbre naturaliste de Genève. L'idée principale de ce système , celle de plusieurs affaissements de la surface du globe, et plusieurs détails, surtout ceux qui regardent l'origine des restes d'animaux , réunirent les suffrages des savants. On trouve quelques difQcultés à concevoir les vastes cavités dans lesquelles le monde antédiluvien à dû s'engloutir ; il semble que cette idée, empruntée de Woodward , n'a été introduite dans la théorie que par le désir d'expliquer le dtiuge.
»• Divers naturalistes , qui tous admettent avec Deluc que la terre s'est formée dans un fluide aqueux , diffèrent sur le rang qu'ils assignent aux agents qui ont opéré les révolutions et les ruptures de la croûte du globe. Saus^ êwrê (^1 s'est quelquefois exprimé comme s'il admettait des soulèvements du terrain par le feu volcanique m ou par d'autres fluides élas- » tiques , » afin d'expliquer comment les couches granitiques qui servent de base à toutes les autres ont été élevées en certains endroits^ au point de former les crêtes de montagnes (>]« Mais l'idée qu'il a le plus constamment souto* nue, c'est celle des courants très violents qui, en agitant l'ancienne mer, ont entraîné à de grandes distances les débris de roches primaires , surtout du granité que l'on trouve épars À la surface des terrains de sédiments supérieurs [^i. Il est difficile de concevoir des courants doués d'une force capable de rouler au loin des pans entiers de montagnes , même en supposant les vallées comblées et formant un plan incliné. Il est phis naturel d'attribuer le phénomène dont il s*agit aux glaces marines qui ont pu porter ces débris de montagnes à travers l'anciemie mer.
f Le célèbre Wemer, en attribuant aux afbisflemen(s une grande influence, pense pour-
(') Deluc , Lettres sur Thistolre de ta Terre , adres- Èéiê à M. Mamenbach. Id , Éléments de géologie. — (•} A. 1770 178S. — (3) Saussure , Voyage dans les àlpes, S 919. — (^) Id., iàid., SS 687-l&sa , elc
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tant que divers ftits , entré autres le glsemoil des basaltes, ne s'expliquent que par upe hausse et baisse périodique de la masse des éléments fluides (')•
» Lorsque Palloê p), poorexiOiquer la présence des débris d'éléphants en Sibérie, fait déborder toute la masse de l'oeéan Indien qui, selon lui , aurait couvert et traversé le plateau central de l'Asie , en roulant du sud-est au nord-ouest , c'est par des éruptions volcaniques etdes tremblements de terre qu'il veut produire un mouvement si extraordinaire et si inconcevable (*).
» Le savant et laborieux Delaméikeriê a composé uue théorie très circonstanciée , très riche en faits et en idées , dans laquelle il cherche à ramener les révolutions du globe à des lois chi-' miques , sans pourtant dédaigner les causes mécaniqiies (^). Toutes les montagnes , toutes le» vallées se sont formées par cristallisation dans un immense fluide dont ce chimiste se débarrasse au moyen de l'évaporation, parce qu'il s'est décidé à regarder la masse centrale du globe comme un cristal solide.
» L'opinion de Deluc sur l'antiquité peu re« culée de nos continents a été adoptée par un grand observateur qui , sans faire de système, a lancé dans le monde savant des idées isolées* maisfécondes en résultats. Dolomieu ^^|, ce nous semble , ne tendait guère qu'à épurer le système de Whiston de ce qu'il av^t de trop hypothétique, 'l outes les bases géologiques de ce savant, la dissolution de toutes les substances terrestres dans un dissolvant qui a été détruit; la coagulation de ces substances qui , après la destruction du dissolvant primitif, se précipitèrent et se cristallisèrent pour former une écorce; la cauie extérieure quelconque qui vient briser et concasser cette écorce ; enfin , les marées de dix-huit cents ioiset (f élévation qui remuèrent toute la masse des eaux, balayèrent le fond d^ mers, soulevèrent et transportèrent des bancs de coquillages , creusèrent les vallées et modelèrent tout le terrain secondaire; toutes ces bases , dis-je , existent déjà dans le système de Whiston. Il est même difScile de concevoir la possibilité de toutes ces révolutions violentes et subites , sans la concurrence d'un corps céleste quelconque; or, comme tout
(•) A. 1791. — p) A. 1791. —(3) Pallas , ObservûtioDs sur Torigioe des montagnes, p. 74 , Uraëuction française. — (^} A. 179S. — (A) 1794-lSOO.