‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 162 sur 229 · LIVRE QUABANHÈMÏ · texte numérisé non relu

LIVRE QUABANHÈMÏ

» On conçoit facilement les désastres qui de temps en temps manifestent l'existence de ces lacs souterrains dans des endroits où personne ne les soupçonnait. En 1792 , ou vit un lac se former dans la ville de Lons-le-Saulnier ; plusieurs maisons y disparurent, ainsi qu'une portion de la grande route de Lyon à Strasbourg (V). On pense que c'était un ancien étang d'eau salée, où il s'était d'abord formé une pellicule, puis une croûte légère de végétaux, et enfin un terrain solide en apparence ; mais une grande sécheresse ayant fait baisser les eaux souterraines, cette croûte manqua de support et dut s'enfoncer. Le mont Jura présente de nombreux vestiges d'enfoncements semblables. Les Pyrénées , dans leurs parties calcaires, en offrent également. BufPon rapporte qu'une montagne, en 1678, s'étant écroulée dans des cavités souterraines remplies d'eau , causa une forte inondation dans une partie de la Gascogne. Les Alpes Juliennes , où est le fameux lac de Zirknitz , renferment dans leurs nombreuses cavernes beaucoup de réservoirs semblables.

» Sénéque avait donc raison de dire : t Dans » quel lieu du globe la nature n'a-t-elle pas des » eaux à sa disposition pour nous assaillir

• quand elle voudra? Presque partout nos

• fouilles aboutissent à trouver de l'eau. Ajou-

• tez ces immenses lacs invisibles, ces mers

• souterraines, ces fleuves qui roulent dans

• une étemelle nuit. Combien de causes d'inon-

• dation dans ces eaux qui coulent et au-des-

• sous et autour de nous 1 Long-temps capti- » ves, elles se mettront en liberté Les

• roches entr'ouvertes de toutes parts fourni- » ront autant de courants d'eau qui s'élance-

• ront vers l'Océan Ces déluges d'eau

» ou de feu arrivent quand il platt à Dieu 9 de recommencer un ordre plus parfait de m choses. »

i Nous allons parler des éboulements dans lesquels l'eau n'a pas exercé une influence immédiate et dominante ; car rarement il arrive un désastre auquel cet élément soit tout-àrfait étranger.

i Beaucoup de montagnes , ainsi que nous Tavons vu , sont originairement composées de grandes pierres absolument détachées l'une de l'autre. Il y a beaucoup de montagnes sem-

(*) Bertrand f Nouveaux principes de géol&çle, p. 198.

blables entre la Norvège et la Suède. Une coupe transversale du mont Quedlie montre un banc de 40 toises, composé de petites pierres plates , tantôt calcaires , tantôt sablonneuses, et toujours sans aucune liaison, sans aucun ciment. La plus faible secousse suffit pour faire ébouler ces amas formés par des révolutions antérieures ^ux temps historiques.

)• Assez d'autres causes concourent à décomposer les montagnes les plus solides. Le froid extrême fait souvent crever et sauter de gros blocs de rocher. Dans la Westrogothie , jh^ Hunnebei^, on voit deux piliers réguliers détachés d'un rocher par la seule force du froid ('). La Norvège éprouve beaucoup de ravages par des avalanches de pierres, dues à de semblables effets du froid. Dans les climats plus doux, l'action successive du froid et du chaud n'est pas moins destructive quoique plus paisible. Dans ces mêmes montagnes de Westrogothie dont nous venons de parler, Bergmann a observé que les rochers de trapp avaient une croûte plus pâle et plus poreuse du côté du soleil.

» En beaucoup d'endroits, les squelettes des montagnes attestent ces changements. Près d'Adersbach, en Bohême, on se promène dans un labyrinthe de blocs de grès, posés perpendiculairement, hauts de 100 à 200 pieds et d'une périphérie égale à la moitié de leur hauteur. Ces colonnes, ou plutôt ces tours carrées, occupent un espace d'une lieue et un tiers de long sur une demi-lieue de large. Un ruisseau y serpente et s'y perd dans im gouffre. Des arbres et des arbustes mêlent leur verdure aux masses grisâtres des rochers. Ce labyrinthe est évidemment le i-este d'une montagne dont les parties les moins solides se sont écroulées et ont été entraînées par les eaux courantes. D'autres contrées en offrent les pendants, tels que le Stonehenge, en Angleterre; le Creinfenstein, en Saxe ; les rochers de Svit-Fééne, à la Chine, et plusieurs assemblages d'énormes pierres dans les Cordillères du Pérou. Les nations primitives choisirent ces lieux, pleins de la puissance divine, pour y exercer le culte qu'elles vouaient à des êtres d'une nature supérieure.

« L'action lente, mais continuelle et combinée de toutes les causes que nous venons d'in*

O i^erymonn , Géographie physique, II, 241.

OEOGRAPHIE PHYSIQUE.

diquer, amène les catastrophes les plus étonnantes.

» Les débris du mont des DIablerets , en Suisse, offrent, dit-on, une scène très pittoresque : des portions de bois et de pâturages échappés au désastre commun, des rochers brisés , démantelés , fendus de haut en bas et qui semblent annoncer de nouveaux bouleversements; des torrents qui, forcés de se creuser un nouveau lit, rongent le tronc des mélèzes et des sapins , à demi noyés dans leurs flots : tels sont les groupes variés qui ornent ce théâtre de dévastation.

» Ce fut, selon THistoire de FAcadémie des sciences, au mois de Juin 1714, mais, selon Bourrit et autres écrivains du pays, le 23 septembre 1713, que les sommets des Diablerets tombèrent tout-àrcoup et couvrirent une étendue d*une bonne lieue carrée de leurs débris , qui forment souvent un lit de pierres épais de 30 verges et davantage. Quoique plusieurs centaines de cabanes eussent été ensevelies dans ces ruines, il n'y périt heureusement que dixhuit personnes. Les bœufs, et surtout les chèvres et les moutons, en furent les principales victimes. La «poussière qui s*éleva lors de la chute de la montagne produisit pendant quelques instants une obscurité semblable à celle delà nuit, quoique Tévéneraent eût lieu à trois heures après midi, par un temps serein ('].

» Nous avons une relation plus satisfaisante de Véboulement d'une montagne qui eut lieu en 1751, près de Sallanche, en Savoie. Le naturaliste Donati décrit ainsi cet événement: Une grande partie de la montagne située audessous de celle qui s*écroulait était composée de terres et de pierres, non pas disposées en carrières ou par lits, mais confusément entassées. D'anciens éboulements de ces pierres avaient laissé peu à peu sans appui le rocher principal de la montagne supérieure. Cette masse se composait de cinq l)ancs horizontaux et distincts. Les deux premiers étaient

(•) Bourru, Description des Alpes Penolnes. etc. Ebel, Uioértire, II, Î6. Ce dernier rapporte que la eatâstropbe de 1714 se renouvela en 1749 , et fil périr plusieurs personnes. Ce fol par suite de ce dernier événeroent que les eaui de la Liseme,-arrélés par les débris, formèrent le peUt lac de Derborenlzee. Les glariers des DIablerets , par leur poids et par les eaux qui en découlent, sont probablement la principale cause de ces éboulemenU , en agissant sans cesse sur une it>che calcaire facile & décomposer. J. H.

d'une ardoise fktiglYe; les deux suivants offraient un marbre coquiller, fendu transversalement à ses couches; dans le cinquième Tardoise reparaissait, mais ses feuillets étalent dans une position verticale et entièrement désunis. Les eaux des trois lacs, creusés dans ce dernier banc, pénétraient continuel lement par les fentes de la montagne; les neiges abondantes de Tan 1751 augmentèrent les efforts de ces eaux , et déterminèrent la chute de trois millions de toises cubes de rochers, volume qui seul suffirait pour former une grande montagne. La chute de cette montagne avait été accompagnée d'une poussière extraordinalrement fine , et qu'on avait prise pour de la fumée, parce qu'elle se soutint plusieurs jours. Le bruit se répandit qu'un volcan avait fait une éruption au milieu des Alpes, où Ton n'avait jamais connu les ravages des feux souterrains. Mais Donati, envoyé sur les lieux, dissipa ces craintes mal fondées (0-

)• Il y a encore un autre genre de catastrophes qui n'est pas moins curieux dans ses causes ni moins funeste dans ses effets : c'est lorsqu'une couche de terre ou de roche glisse sur un autre terrain sans se briser , sans se morceler.On a vu, vers Tannée 1806, le commencement d'un événement de cette nature à Solutré, près de Mâcon. Après de grandes pluies, les couches de terre qui se trouvaient sur la montagne de Soluti'é glissèrent sur les Imncs de pierres calcaires qui forment le corps de la montagne : elles avaient déjà cheminé plusieurs centaines de toises, déjà le village allait être enseveli , lorsque les pluies cessèrent , et ce terrain mouvant s'arrêta. On cite encore dans ce genre un fait bien plus étonnant : une partie du mont Goima^ dans l'État de Venise, se détacha pendant la nuit , et glissa avec plusieurs habitations, qui furent entraînées jusque dans la vallée prochaine ; le matin , à leur réveil , les habitants, qui n'avaient rien senti, fureut très étonnés de se voir au fond d'une vallée , et crurent long-temps qu'un pouvoir surnaturel les avait transportés par l'air dans quelque climat lointain , jusqu'à ce qu'en examinant les environs , ils aperçurent les traces de cette révolution qui les avait si merveilleusement épai^és p).

^i) Donati , cité par Saussure , Voyages • S 493. (') Du 22 an 26 juin 1737 , une partie de U

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