LIVRE QUARANTIÈME
eaux est égale à la quantité dont les fleuves l'augmentent, et que son étendue n'estui diminuée , ni augmentée. Mais des circonstance locales, comme, par exemple, le défrichement des terres, la destruction des forêts, l'engorgement ou le déblaiement des rivièi*es, peuvent pour un certain temps faire varier le niveau de quelques mers intérieures. D'autres causes temporaires ou locales peuvent produire dans l'Océan même, non pas une augmentation ou une diminution de volume, mais de petites oscillations qui, en faisant sortir lei eaux de leur équilibre, occasionnent d'un c^ les petites retraites de la mer, par conséquent la formation de nouveaux terrains ; et, d*un autre côté, de petites invasions de la mer sur la terre. Ces changements se compensent matuellement, et sont de trop peu d'étendue, et surtout trop variables , pour influer sensiblement sur la forme des grands continents.
» La mer actuelle travaille en deux manières à changer la forme de ses rivages^ Elle crée de nouveaux terrains en y déposant du sable, du gravier, des coquilles et des plantes marines; en repoussant et retenant le limon et les autres matières apportées par les fleuves, en minant les montagnes qui bordent la côte, ce qui produit des éboulements ; en se retirant elle-même, soit parce que les fleuves apportent une moindre quantité d'eau , ou parce que d'un autre côté elle a conquis quelque terrain sur lequel elle a étendu une partie de ses eaux. Elles envahi des terrains anciens en les minant et les faisant crouler, ou en s' élevant au-dessus desoo niveau, lorsque, par une cause quelconque, son bassin aura été resserré en d'autres endroits (i).
« Les mers d'Europe étant les mieux obse^
(*) Ce n'est pas seulement l'action delà mer qui (end A dégrader les Talaises: les sources qui irsTfrsenl certains terrains qui tardent les côtes parviennenl au même résullal. C est ainsi que loos In ans les falaises de la Noimandie cèdent une partie de leur masse à l'Océan. Ces falaises sont fonnées île masses de craie reposant sur des couches d'argile et de sable; dans certaines localités les sources, en imbik>ant sans cesse les couches argileuses , font glisser celles-ci sur les couches plus lolldes qui les i^up portent, et par leur propre poids elles sont enlratnées vers le rivage; ailleurs, l'arlion des eaux pluviales dégrade les masses supérieures de craie et eu provoquent la chute sur la plage. Ces elTcU semblent ne s'arrêter que lorsque les Ealaises ont acquis une inclinaison d'environ ^5 degrés. ^' ^
GÉOGRAPUIE PHYSIQUE, vées, Doas fourniront les preuves de nos asser* tiens. Commençons par la Méditerranée.
»• Nous avons vu qu'en prenant dans Homère le nom à"Egypto$ pour celui du fleuve , et non pas pour celui du pays (>) , on pouvait se dispenser d*admettre que la mer a comblé le prétendu ancien golfe qui entrait dans TÉgypte Jusqu'à Thèbes, et qui séparait d'une journée de navigation Tlle de Pharoê de la terre ferme, comme on Taffirme communément p). Quelques atterrissements moins considérables out sans doute eu lieu depuis Fépoque où Hérodote nous donne la première description de ce pays; ils sont dus moins encore au limon qu'entraîne le fleuve, qu*aux vents qui emportent avec eux les sables des déserts voisins. C'est ce qui arrive encore journellement sur les côtes de l'Egypte (*).
(*) Voyez ci-dessns liy. II, p. 30.
(•) Une savante disserUtion de M. Letronne, Intérée dans le Bulletin universel ( section des sciences naturelles» Juin 1831, tom. XXV), prouve que le mot Af/v^Toç bignifie dans Homère l'égypte, et non le Nil , attendu que Irrsque le poète grec parle de ce fleuve, il se sert toujours du root irerVe? • auquel il ajoute AcV^Toç, pris adjectivement. Il suit de la que l'Ile de Pharos , dont il e«t question dans l'Odyssée , était, selon l'expression d'Homère, éloignée du continent de touu la distance que peut jrunchir en un jour entier un agile vaisseau dont un vent favorable enfle les voiles. Mais comme l'Ile de Pharos qui , réunie depuis au continent pour Termer le vieux port d'ilexandrie , n'en était éloignée que d'environ 7 stades ou 700 toises, et non d'une Journée de navigation , il fallait admettre qu'Homère, qui d'ailleurs ne connaissait pas l'Egypte , était tombé dans une grave erreur en parlant de cette Ile, ou suppo>er que depuis l'époque dont parle le poète, les atterrissements du Nil avaient considérablement rapproché nie da continent. Ce dernier parti est celui qu'ont pris les scoliastes et les anciens auteurs mêmes , tels que Strabon , Plutarque, Pline. Sénèque et Pomponius Mêla. Ce sont seulement les modernes qui ont imaginé que par le mot Af/vnrof Homère avait désigné le Nil : par là ils Jusliflenl è peu près la position qu'il donne è l'Ile de Pharos, en ayant soin cependant de ne prendre pour le Nil que la branche de ce fleuve appelée canopique, dont l'embouchure était à un peu plus de 6 lieues de l'Ile, bien que eette distance même fût bien petite pour être assimilée A celle d'une Journée de navigation ; mais ils se rejetaient sur l'imperfection des procédés nautiques A l'époque d'Homère. Tel est en substance fobjetde la dissertation de M. Letronne. Il reste donc prouvé que pour expliquer une erreur évidente commise par le poète, les anciens et les modernes ont eu recours è difl'éreutcs suppositions également Inadmissibles. J. H.
( S) Après ces mots , Malte-Brun ajoutait: « Le port d'Alexandrie s'encombre; la ville deDamlette, dont
» Le long des cétcs orientales de la mer Méditerranée et de ses golfes, on observe peu d*atterrissements ; cependant Ftle de Tyr a été
la mer baignait les murs au temps de Louis IX, s'en trouve aujourd'hui considérablement éloignée. En compensation, le lac Menzaieh parait s'être formé, soit par l'écoulement d'un bras du Nil, dont on aurait négligé le curage, soit par une irruption de la mer. »
Nous avons retranché ce passage do tette , parce qu'il tendrait à perpétuer des erreurs trop longtemps accréditées, môme parmi les savants. De nouvelles recherches historiques les condamnent pour Jamais.
On a beaucoup trcp exagéré la marche de« atterrissements /ormes à l'embouchure des fleuves. On a calculé fort légèrement qu'ils s'étendaient de 2 A 3 lieues par mille ans. tandis que leur accroissement est extrêmement lent. Si le port d'Alexandrie s'encombre depuis long-temps, c'est que définis longtemps cette ville a perdu son Importance commerciale; c'est que depuis long-temps l'Egypte est soumise à l'influence du gouvernement turc, dont l'imprévoyance est bien connue, et qu'aujourd'hui , malgré les vues d'amélioration introduites dans ce pays à la faveur du crédit dont y Jouissent les Européens, le mal e*t devenu pour ainsi dire sans remède. D'un autre côté, si Damiette n'est plus située au bord de la mer , ce n'est point aux allerrissemeuts du Nil qu'il faut l'allribuer, mais à un fait historique resté inconnu Jusqu'au moment où un savant orientaliste a prouvé, par l'autorité des historiens arabes, que l'ancienne ville de Damiette ayant été trop long-temps, pour le repos des Musulmans, le rendez-vous des armées de croisés, fut détruite et reportée à 2 lieues plus loin dans l'intérieur des terres.
On lit à ce sujet dans l'ouvrage de M. Reynand, intitulé : Ejctraivt des historiens arabes relatifs aux guerres des croisades, que. vers l'an ]2àO, au rapport de Makrizi, les émirs de l'Egypte , dans la crainte de quelque nouvelle Invasion de la part des chrétiens de l'Occident, se déterminèrent à raser Damiette, ville où se dirigeaient depuis long-temps les flottes ennemies; que cette cité fut renversée de fond en comble, et que les hablunts s'établirent loin des bords de la mer; ce qui donna naissance è la ville d'aujourd'hui. En ]2G>), le sultan Bibars fit fermer la branche du Nil qui passait à Damiette, afin d'ôter aux vaisseaux chrétiens tout mo>en de pénétrer dans le cœur du pays. « On enfonça des troncs d'arbres dans le lit du fleuve é l'endroit où II se Jette dans la mer, et il devint impossible aux gros navires de le remonter. Encore aujourd'hui , poursuit Makrizl , les gros bâtiments qui viennent par mer ne peuvent franchir ce passage; on est obligé de décharger les marchandises sur des barques pirticulières nommées germes , qui les transportent à la nouvelle Damiette: un gros bâtiment ne pourrait (enter le passage »ans de grands dangers. La Damiette aclueltc n'e>{ pas à U même place que l'ancienne : elle est plus éioijsnée de la mer : elle commença par des cabanes de roseaux, et aujourd'hui eUe est devenue une ville