‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 165 sur 229 · LIVRE QUARANTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTIÈME

unie au continent iHir nne main plus paissante que eelle d'Alexandre. Le Méandre a comblé peu à peu la vallée dans laquelle il coule , et qui Jadis était un golfe. Les habitants de Miiet et d^Éphèse ont plusieurs fois changé remplacement de leurs villes , en suivant la mer qui B^éloignait de leurs murs. En Grèce on ne voit aucun atterrissement considérable sur les c^tes d*est; mais sur celles d*ouest, la célèbre lie de Leucate est devenue une presqu'île. Un grand nombre d'Îlots situés devant les embouchures des rivières se sont joints à la terre ferme (*).

» Dans le golfe de Venise des dmngements très remarquables ont eu lieu. RamaMZini, ayant observé que tout le pays modenois est suspendu au-dessus d'un lac souterrain, et que Ton y trouve beaucoup de coquilles , s'est même persuadé que la Lombardie avait en grande partie été formée par les atterrissements combinés du Pô et de la mer. Tout ce qu'il y a de certain, c'est que le Pô faisait autrefois de très grands ravages en inondant souvait des provinces entières ; on l'a enchaîné par de fortes digues ; mais en renouvelant ces remparts , qui préservent le pays d'une submersion totale, on a forcé le fleuve à exhausser lui-même son lit; ce qui fait que le niveau des eaux du Pô est aujourd'hui élevé de plusieurs pieds au-dessus des terrains qui l'environnent.

»• Les environs de Ravenne , d'Aquiléja et de Venise offrent des faits plus constants et mieux prouvés. 11 est hors de doute, d'après les observations de Manfredi (^) , que le sol auprès de Ravenne a baissé tellement que le pavé de la cathédrale n'est qu'à 6 pouces audessus du niveau de la haute marée; mais en même temps la terre s'est étendue de manière que cette ville , placée autrefois au milieu des marais et des lagunes, et pourvue d'un excellent port (^) , est aujourd'hui éloignée de la

importante, commerçante , ornée de bains, de mosquées, de collèges, en un mot une des plus belles villes de Dieu qui se puissent voir. »

Quant au lac Menzaleh , il parait avoir été Tormé plutôt par des dunes de sable que par Tenvahissement de la mer. Ses eaux sont saumàtres Jusqu'à l'époque de la crue du Nil; ses environs sont couverts de marais salants. J. H.

(') Strab.t lib. II, passlm. Plin., Hist. nat., Il, c. SS. — {*) Manfredi t De auctâ maris altitudine, in Opiuc,Bononiens,,\\t 120. — (^j Bianchi, Speclm. Mtùsmarini. Moro, des Changements de la terre,

mer de trois milles d'Italie (^ de lieue) et entourée de prés et de champs. Les VéoitienB craignent de voir leurs lagunes se dessécher, et cependant le sol même de Venise s'est na peu enfoncé. Aquiléja était autrefois voisine de la mer (i). On prétend que la mer, au contraire , fait des invasions sur les côtes de l'Istrie et de la Dalmatie; on y trouve des colonnes , des pavés en mosaïque et des urnes sous les eaux.

» La côte occidentale de Tltalie présente, dans un très petit espace, deux phénomènes en apparence contradictoires. Les marais Pootins couvrent aujourd'hui une partie de {a vote ^Appius , tandis que dans l'embouchure même du Tibre on voit un terrain qui n'y était point du temps des anciens Romains. Mais ce n'est pas la mer qui a couvert le chemin d'Appias, ce sont les rivières, dont la négligenee des habitants, modernes a laissé encombrer les ero- I)ouchures. De même , si les fameuses maisons de plaisance de l'ancienne Baiœ se trouvent aujourd'hui ensevelies sous l'eau , e*est qoe ces édifices , séjour du luxe et de l'ostentatioD, étaient bâtis au milieu de la mer (2).

» Sur les côtes de l'Espagne et de la France, la Méditeri'anée a également perdu, sans rien avoir gagné ('). Depuis l'embouchure du Rh^ne Jusques à Agde, la mer a perdu du terrain, ou , comme on dît , s'est retirée. Leportdefia^ celonne devient tous les Jours moins prdbnd. Ainsi , sans entrer dans un plus long détail , nous pouvons dire que la somme des atterrissements connus de la Méditerranée semble plus considéral)le que celle de ses envahissements. Mais d'un côté nous sommes hors d'état de pouvoir comparer les États modernes et an-

(') Ce que nous avons dit d'Alexandrie , nous le dirons à plus forte raison d'Aquil^a t U est certain que depuis la ruine de cette ville antique par AUili, elle n'a Jamais pu se relever; que la oonséquescede sa détresse a été l'augmentation des marais iosalubni qui l'entouraient , et que son inaaiubrité a dit négliger l'entreUen de son port, mats qu'il a'est pu prouvé qu'elle soit plus loin de la mer que da tempi de sa prospérité. J* H*

(>) Voyez Peinture d'UereuUmum , lom. III.

(^) Ici Malte-Brun ajoute : « Aigues-Mortes, diai le ci-devant Languedoc, était, an treizième siède, voisine de la mer , qui à présent en est éloigeée 4t dêui lieues. > C'est encore une erreur qui a psiié Jusqu'à ce Jour pour un fait incontestable, qoe l'ibaissement de la Méditerranée du c6té d'Aifoef- Mortes. Nous renvoyons à ce sujet le lecUar au livre un* de cet ouvrage. J. H*

eÉOÔRAPHIE PHYSIQUE.

AMdM«Mil4»rAfHque$ de Tautre cMé, il y « Mir la MëdHemmëe im nombre inflni de ports eélèbres qui eoDservent exactement le même niveau des eaux qu'aux temps des anciens; Marseille, Gdnes, Syracuse, Navarins oa Pylos et vingt autres lieux se trouvent dans la même position. Les ruines d*Herculamun touchent à la mer comme la ville ellemême du temps de Stration. Le pavé du théâtre bâti à Adria , il y a environ 2500 ans, n*est que d*un pied et demi plus élevé que la haute marée de TAdriatique ; dans Tocéan Atlantique ) les ports de Cadiz et de Lislionne, et plusieurs autres que Ton pourrait citer encore , n'ont point éprouvé de changements. Sur la pointe du comté de Caemarvon dans le canal Sftint-Oeorge , le puits de la Vierge , que les pèlerins allaient visiter dès le onzième siècle , n'est toujours abordable qu'à la basse marée. Dans la mer d'Oman , une Ile de sable située à l'embouchure de l'Indus est encore , comme au temps d'Arrien, couverte par le flux et à sec pendant le reflux. Donc il n'y a pas lieu à supposer une diminution générale.

• L'Océan Atlantique a fait quelques atterrissements sur les côtes de France. Il a con-^ tribué à élever ces landes sablonneuses qui régnent de Bordeaux Jusqu'à Bayoniïe ; plusieurs baies y <mt été comblées , et l'Adour s'est vu obligé de chercher un nouveau débouché. Un district entre La Bochelle et Luçon , et en général tout le marais de la Ymdée , ont été arrachés aux eaux (*). La petite baie où est situé le mont Saint-Midiel, entre la Bretagne et la Normandie, parait Cernent se dessécher.

Mais nous avons vu la mer reprendre auprès de Dol des terrains qui lui avalent appartenu (>]«

(•) LaBruimMr; 6tatUlii|«s de la Vendée.

(*) C'est à M. Fleuriau de B9lUvuê^ eorretpondtnt de rAesdémie des Sciences, que l'on doil la connaissance des buttes coquillières de Saini^Michel en rUttmêf é deui lieues an sud^uest de Luçon. Elles sont situées à 6 kilomètres des bords de l'Océan } leur longueur est d'environ 90() mètres, et leur sommet est élevé de 15 mètres au-dessus des plus hautes matées. Elles sont composées de coquilles marines qui est eonservé leur solidité et leur couleur, et qui appartiennent soi mêmes espèces que celles qui irivent près de nos cètes. Kien ne parait Justifier l'opinion que ces collines aient pu être formées par un soulèvement produit par quelque commoUon souterraine; Il est plus naturel d'admettre qu'elles ont été mises A découvert par l'abaissemeat dsl'Océaa}

» Farenni#, Xtilof et autres géographes ont décrit les atterrtssements que la mer d* Allemagne a formés sur les côtes de la Hollande, Ou voit ici beaucoup d'effets d*un genre diffé^ rent, qui tous concourent au mâine but; on voit surtout un exemple frappant de ces vi-cissitudes étemelles auxquelles l'action de la mer sur les terres semble être soumise. Dans les temps les plus reculés dont l'histoire parle, ces contrées étaient d'immenses marais que les flots de la mer et les fleuves se disputaient ; les premiers y apportaient du sable, les seconds du limon; ainsi 11 s'y forma des terrains plus élevés et en quelque sorte habitables; cependant ces terrains, tantôt couverts d'eau, tantôt laissés à sec, appartenaient également à l'un et à l'autre éléments. L'Industrie humaine dirigea le cours errant des rivières, arrêta la fureur des vagues par d'Immenses digues, et se créa de cette manière une patile au sein même des eaux. Mais il resta des lacs, des bourbiers, des marais; les rivières minaient sourdement ces terrains mal affermis; la mer y pénétrait par les larges embouchures des fleuves. Plusieurs grandes marées furent les époques des écroulements et des révolutions désastreuses dont les trois suivantes sont les plus remarquables.

» Le ZuyderMie n'était anciennement qu'un lac de médiocre étendue, qui s'écoulait dans la mer par la rivière de Ulie, leF/euode Tacite. Environ vers Tan 1250, la mer y fit une irruption; de vastes terrains, que les eaux courantes apparemment avaient miné» , s'écroulèrent, et le Zuyderzée exista. Le golfe de Dollari, entre l'Ost-Frise et la province de Oroningue , était. Jusqu'en 1277, un canton fertile, couvert de riantes prairies. Le 19 novembre 1421, la force réunie de la mer et des rivières renversa. les digues, et noya, près de ( Dortrecht, 72 magnifiques villages, avec 100,000 individus ( à ce qu'on dit) : aksi se forma le lac de i?iss-i?ocA, qui occupe une superficie de 12 lieues carrées («j.

mais il est difficile de croire qu'elles ont été aban données par la mer depuis les temps historiques : cet événement doit remonter à la dernière époque géologique, époque qui est probablement la même qui a vu le canal delà Manche s'ouvrir, et, séparant la Grande-Bretagne de la France, former les lies Britanniques. J* ^'

(>) Luiof, IntroducUon à la Géographie physique,

enMlaadais,$4t3i99-

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