J. II
(•} Gmdin , Description de la Russie, 111, 1 1-12.
culeux. Telles sont les pUiUf de sang qui ont lieu lorsque l'eau pluviale entraine avec elle une grande quantité de certains insectes rouges qui flottent dans l'atmosphère ou qui fourmillent sur la terre [*). Les phiies de soufra sont dues à une apparence que les faits ont démentie. En 1646, au mois de mai, on vit pleuvoir à Copenhague une matière qui, examinée par les savants d'alors, leur parut être du soufre minéral (^i ; mais le même phénomène se renouvela en 1804, également au mois de mai, et les savants d'aujourd'hui , en analysant ia matière tombée , n'y virent qu*unc substance végétale semblable au semen lycopodii (*). La phosphorescence de cette substance , au moment de la pluie qui eut lieu pendant la nuit, avait offert un spectacle effrayant. D*autres exemples concourent à ne voir en général, dans les pluies de soufre, que la chute d'une poudre végétale enlevée par une trombe, phénomène que nous décrirons plus loin. A Bordeaux, en 1761 , le vent apporta une nuée composée de la poussière Jaunâtre qui couvre les étamines des fleurs de pins dans les landes voisines («). Les ouragans enlèvent aussi quelquefois des gerbes de blé et de petits animaux comme des sauterelles, des crapauds, qui, en retombant à une distance considérable, effraient les bon-
(') Swammerdam et Réaumur attribuent à une matière rougeàtre que répandent cei tains papillons qui viennent de subir leur métamorphose, les taches éiiarbcs sur le sol après une prétendue piuie de sang. Quelquefois les gouttes de pluie sont chargées d'une poussière minérale ocracée qui accrédite chez le peuple rcxislcnce surnaturelle de ces pluies de sang. Le 14 mars ISM, è la sulle d'un violent oragf, pendant lequel le ciel était de eouleur de fen , il tomba à Gérace , en Calabre , une pluie rougeèlre qui causa une grande fraycui : ses larges gouttes laissaient sur la terre des taches couleur de sang, dues à une matière terreuse qui, d'après l'analyse qui en fut faite , contenait de la silice, de ralumine, de la cbaus , du fer. du cbnmie , et une substance résineuse. Nous verrons plus loin que cette matière se rapproche beaucoup des pierres météoriques. J. H.
(») ff^ormiux, Muséum , Hb. î, cap. ix , secU I.
(3) Mémoires de yitnrtf et de /tuf», l\ iianilt ansti que la poussière végétale qui , dans cescirconstanees, colore la pluie , est due à un cbampignon du genre urefio, auquel les botanistes ont donr.é le nom spé* ciOqne de uivalh. Ce toit , reconnu par Ramond et Saussure . a été conGrmé par le savant Robert Bro^in; cependant M. de Candolle pense que ce n'est point Vure'/o qui colore la pluie et la neige en rouge, niais un petit végétal de la famille des algues. J. II.
{>*} Sitjtiud '/^foiid , Dict. des Merv. de la nature, tom. lll,p. 19C.
GÉOGHAPfflE PHYSIQUE.
fiés femmes des campagnes. Le phénomène le plus effrayant dans ce genre, les pluies de feu, a été obsen'é à deux reprises par un grand naturaliste, qui déclare n*y avoir vu qu'une pluie fortement chaînée d'électricité, et qui étincelait en touchant la terre (»).
» Passons aux météores lumineux, et d'abord & ceux qui, selon la physique commune, dépendent de la réfraction et de la réflexion.
» Les rayons solaires, disent les Newtoniens, en passant d*un milieu plus rare dans un milieu plus dense, subissent une inflexion, une déviation de leur chemin direct, qui s'appelle réfraction. Les sept rayons visibles ont une réfrangibilité différente; les rouges ont la moindre; viennent ensuite l'orange, le jaune, le vert, le bleu clair, l'indigo, le violet. Tous les corps qui sont visibles, sans être lumineux, ont la propriété de réfléchir la lumière, de la repousser et renvoyer. Les nuages et l'air même ont cette propriété. Les rayons qui ont le plus de réfrangibilité sont aussi les plus réflexibles. Ces deux causes nous procurent les spectacles les plus agi*éables et les plus majestueux de la nature. Si le ciel brille d'une couleur azurée, tantôt claire , tantôt foncée, c'est l'effet des rayons bleu, indigo et violet qui, d* abord réfléchis par la terre, sont ensuite renvoyés vers nous par l'atmosphère.
» La réfraction de la lumière lui permet de se répandre peu à peu dans notre hémisphère, obscurci parles ombres de la nuit, long-temps avant que le soleil n'y paraisse, et lorsque cet astre est â 18 degrés au-dessous de notre horizon. Le crépuscule et Vaube sont un grand bienfait pour les laboureurs , pour les navigateurs, pour les malheureux habitants de la zone glaciale. Par leur çffet , les deux pôles doivent jouir, pendant environ neuf mois , de la lumière solaire. Le soleil lui-même paraît, par la réfraction, au-dessus de l'horizon avant qu'il n'y arrive en effet.
» L'atirore et le coucher du soleil doivent leurs teintes brillantes à ce que l'air, vers la nuit et au matin , se condense et se remplit de beaucoup de vapeurs. Les rayons très réfrangibles nous parviennent peu ou ne nous parviennent point ; les rouges et les jaunes ont seuls assez d'inflexibilité pour pénétrer à travers l'atmosphère, et pour rendre les vapeurs et les nuages comme autant de miroirs mo-
(O^^r^ann, Géographie physique, II, 45, $ U5.
biles. C'est la même raison qui souvent fait paraître le soleil plus rouge le soir et le matin. Le doux spectacle de l'aurore et du crépuscule est presque refusé aux régions équatoriales, où le soleil se lève à peu près verticalement ; c'est vers les pôles que ces clartés réfléchies de l'astre du jour se prolongent le plus, et changent souvent la nuit entière en un jour ma gique dont l'Européen méridional ne saurait se faire une juste idée.
» Les parélies sont des phénomènes moins communs. On voit à côté du soleil, souvent au-dessus et au-dessous, plusieurs images plus ou moins vives de cet astre ; ces faux soleils sont tantôt entourés d'un cercle d'une lumière pâle , tantôt ornés des couleurs de l'iris : le plus souvent ils n'ont pas une parfaite rondeur, et l'on en a vu qui avaient des queues lumineuses. Ce météore n'a jamais été vu en même temps de plusieurs endroits éloignés : il change même d'aspect pour des spectateurs très voisins l'un de l'autre ; c'est donc un effet d'optique. Comme il neige et grêle ordinairement au moment où une telle parélie disparaît, on croit que c'est dans une masse de petites aiguilles de glace suspendues dans l'air que se réfléchit l'image du soleil; les rayons passent probablement à travers une ouverture entre des nuages épais, comme lorsqu'on fait tomber l'image solaire dans la chambre obscure (*). Il y a aussi des parasélènes ou de fausses lunes. Ces illusions ne peuvent guère avoir lieu que lorsque le soleil, éloigné du zénith, darde ses rayons obliquement sur l'atmosphère; aussi presque toutes les parélies arrivent le matin ou le soir. Les parélies et les parasélènes ont souvent lieu dans les contrées où règne un froid humide ; on les observe principalement au milieu de l'hiver ; on les voit fréquemment au Groenland , et l'on assure qu'aux environs de la baie d'Hudson , le soleil, en se levant, semble ordinairement avoir une queue f).
» Uarc-en-ciel a beaucoup de rapport avec
(') Httyghens, Dissert, de coronis et pachelils, la op. relicL, II. Bergmann, géographie physique» §125.
{") Un phénomène beaucoup plus fréquent est celui que l'on nomme halos ou couronne : des vapeurs légè* res disséminées dans l'atmosphère en sont probablement la cause. Le soleil , la lune et les étoiles se montrent entourés d'un ou de plusieurs cercles lumineux. Ordinairement ces cercles sont blancs; d'antres fois ils offrent les iiîiauccs de l'arc-en-cicl. J. H,
1m parélien , et les aeoompagne ordinairement. Personne n*ignore que cet arc de cercle , si merveilleusement coloré, est le produit des sept rayons solaires réfractés dans des ^uttes d'eau suspendues dans Tair, et réfléchis sur un nuage obscur, comme sur un fond. €*est dans les traités de physique qu'il feut chercher Texplication de ce phénomène (*).
» Ce qu'on a nommé Vapothéoêe de$ voychgeurs, est un pliénomène du même genre que Tarc-en-ciel. Placés sur la montagne très élevée de Pambamarca, dans le Quito, les académiciens Bouguer, Godin et La Gondamine virent leur propre image reflétée dans un brouillard très fin et entouré de plusieurs cercles concentriques ornés des couleurs de Tiris. Le spectre du Brocken est une illusion optique du même genre.
» Le mirage ou Tapparition des objets qui ne se trouvent point réellement dans Thorizon, ou qui s*y trouvent dans une autre situation , est une des illusions optiques les plus remarquables. Sur mer, elle fait paraître des rochers et des bancs cachés sous Teau, comme slls étaient élevés au-dessus de sa surface ; ainsi les marins suédois ont long-temps cherché une prétendue Ile magique qui se montrait de temps en temps entre les Iles d'Aland et les c6tes de rUplande: c'était un écueil élevé par le mirage (^. D'autres ibis, Jes Anglais ont vu avec effroi la côte de Calais et de Boulogne se rapprocher en apparence des rivages de leur lie. Les vaisseaux se présentent quelquefois comme s'ils étaient renversés ou comme s'ils naviguaient dans les nuages ('j. Le plus fameux exemple de ce phénomène est celui qui se montre fréquemment dans le détroit de Messine, et que le peuple attribue à la fée Morgane, fata Morgana; le spectateur, placé sur le rivage italien, voit sur le plan incliné que forment les flots pressés au milieu du détroit , des images de palais, de remparts crénelés, de maisons et de vaisseaux, tantôt renversées, tantôt confusément redressées , et qui semblent lui j^és^ter des villei et des paysages \
N (') Haùy, Traité de physique, $$ 9&S-976. Gomp.
i Obsenratlons sur l'arc-en-ciel , suiTies de rapplicâllon
I d'une nouvelle théorie , etc., par M. Tabbé P. Paria,
J/ 1788. Jffjor, Traité élémentaire d'astronomie physique.
— (•) Mémoires de T Académie de Stockholm. —
(3) Aiinasi , Gilbert , etc. Voyez le Mémoire sur les
fa(a Morgana, ÛÊiTïê lef AnnaUs de$ f^oyageê.
UVftB QUAKANTS-UNIÊME.
aériens ('). De tous les effets du mimge, cdoi qui a été le mieux examiné, c*est l'illusion optique qu'éprouvèrent les Français dans les déserts voisins de l'Egypte ; la plaine de sables, couverte dans le lointain d'une vapeur épaisse , leur offrait l'image trompeuse d*UQ vaste lac vers lequel ils se précipitaient, oais qui semblait fuir devant eux ^^]. Tous ces bizarres jeux d'optique, dignes d*exercer la sagacité des savants, qui sans doute n'y verront pas l'effet d'une seule et unique cause, ne peuvent être que brièvement indiqués dans on traité de géographie physique (').
» La lumière Jiodioco/é mérite plus spécialement notre attention; c'est un grand phénomène qui doit tenir, ou à la nature de l'atmosphère terrestre, ou à la position du globe envers le soleil. Cette lumière, qui est constante sous l'équateur, se présente, après le coucher du soleil, sous la figure d*une clarté tranquille, blanchâtre, et de forme lenticulaire , ayant sa base tournée vers le soleil et son axe dans le zodiaque. Mairan a supposé que cette lumière était l'atmosphère du soleil (^; mais cette explication, assez géoéra- Jement admise, est absolument rcyetée par M. de Lapiace: Cet illustre géomètre observe, ce nous semble avec raison, que l'atOHisphère du soleil ne saurait avoir la forme lenticulaire, ni s'étendre au-delà de l'orbite de Mercure, tandis que la lumière zodiacale semble même s'étendre au-delà de4'orbite terrestre ($}. S'il noos était permis, dans un ouvrage de cette natiut, de développer de nouvelles (^ions relatives à
(•) Philosopbical TransacUoni, i79a. — (*}Af«««> sur le Mirage, dansies Mémoires iVÉgypte, 1, 6i. i?iof, Mértiolre sur le Mirage, inséré dans les Mémoires de rinstilut.
(<) Le mirage est à la Ibis un phénonèae de réCr•^ tion et de réflexion. Il y a réfraction, puisqœ l'ffil aperçoit les objets à un point de l'horizou dilTéreol de celai où ils sont réellement; il y a réflexioo, puisque la couche d'air la plus inrérieure prodiU l'efTet d'un miroir : les ebjels s'y peigaesi reaTtnéi. Ainsi, dans lea plaines de rss7pte> ki partie biae du ciel se réfléchissant dans la couche d'air qui eoavre le sol, 7 produit l'image d'un lac , et les vllligei situés  la disUnce d'environ 2 lieues réfléchiMot leur image renversée dans ee lae appartat eoaae dans une eau tranquille. Le pbénaBièBe se prtdaisant néeesuiremeat i une dialance consianie ée l'observateur, à mesure qu'il avance l'illusion se reproduit plus loin. J> H.
(♦) Mairan, Traité de Fairete beréato, p. U. - . (5) Laphcê , SfstènM du ne«4e» Kv» IV, ch* x*
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
la physique, nous oher^erions à rendre vraisemblable que la lumière zodiacale n*est autre chose que le fluide lumineux propre du globe terrestre f attiré par le soleil dans la direction de sa route Journalière apparente, et qui, étant aeeumnlé sur eette ligne, devient visible au moment du déclin de cet astre; cet effluve , fermant une bande elliptique dont le grand diamètre est toi^^ours dirigé vers le soleil, doit se présaiter sous une figure lenticulaire, dont la partie la plus large est tournée vers le soleil, n est vrai que cette explication suppose que le fluide lumineux répandu dans tout Funivers s*acoumule autour des globes célestes, en raison de leur masse et de leur densité, ce qui n'est qu'une hypothèse encore fort incertaine.
» Parmi les météores ignée dont nous allons nous occuper , le iownerrB occupe le premier rang. On sait qu'il est le produit de Télectriclté, dont la théorie doit être étudiée dans les traités de physique. Nous avons vu que la présence toute-puissante du fluide électrique se manifeste d'une manière très sensible dans l'air, la pluie, la neige, la grêle et les nuages, qui flottent au milieu de l'atmosphère. Ces corps reçoivent la vertu électrique des mains de la nature, par des moyens qui ne nous sont pas précisément connus, quoique les expériences de Lavoisier et de Laplaee aient mis hors de doute que les corps terrestres, en se vaporisant, enlèvent à la terre une partie du fluide électrique qui lui est propre. On sait que c'est au célèbre FranA;!tn que nous devons la preuve positive de réiectricité de l'atmosphère ; il osa le premier dresser un appareil contre les nuages, et arracher au ciel les carreaux de la foudre. L'électricité des nues d'orages est presque toujours celle que les physiciens nomment vitrée ou po^tlve; elle augmente à mesure qu'on s*élève dans l'atmosphère, et doit par conséquent être très vigoureuse dans les couohes d'air oè naisse&t les orages. Tout le globe terrestre peut être regardé comme un vaste réservoir de Tune et de l'autre électricité, jmJs plus souvent de la résineuse ou négative. Tant que ces deux ecurps restent dans leur état naturel, il y a équilibre entre les deux électridtés, et par conséquent rq^ ; mais si l'un de ces deux corps, sdtlaterre^ soit l'atmosphère, est électrîsé par une qiuintlté additive du fluide électrique, il n'y a plus égalité de répul-
sion et d'attraction; le fluide part sous la forme d'une étincelle : c'est la foudre, qui est ou descendante ou ascendante. Quelquefois on voit ces deux espèces de foudre presque dans le même moment; la terre et l'atmosphère semblent se renvoyer tour à tour leur surplus d'électricité. L'étincelle, attirée et conduite de' préférence par des métaux et des corps humides, exerce des ravages qui, n'ayant pu être observés de sang-froid , restent encore enveloppés d'obscurité. Ici la foudre excite des flammes rapides et dévorantes; là elle se borne à courber et à fracasser les objets qu'elle rencontre; tantAt elle Ate en un instant la vie aux animaux, tantôt elle parcourt les vêtements d'un individu sans lui nuire.
» On a obser\'é une espèce de flux et de reflux périodique dans le fluide électiique de l'atmosphère. En été , lorsque la terre est sèche, que le jour est chaud, sec et serein , l'électricité atmosphérique va en croissant depuis le lever du soleil jusque vers le milieu du jour, où elle parvient à son maximum; elle y reste statlonnaire pendant une couple d'heures , et diminue ensuite jusqu'à la chute de la rosée. Vers minuit elle se ranime , pour s'éteindre de nouveau et presque entièrement. En hiver, le maximum de l'électricité est à huit heures du matin et à huit heures du soir ; elle est plus faible dans la journée. Dans toutes ces variations, l'électricité atmosphérique semble suivre assez exactement le développement du gaz hydrogène, qui est plus ou moins considérable dans les différents moments du jour (*). Les phénomènes électriques affectent certaines parties du globe de préférence. Vers les pôles, le dégagement du gaz hydrogène est peu abondant, et en même temps il n'y a point de frottement continuel entre la terre et l'atmosphère; aussi ne voit-on que rarement la foudre éclater dans ces contrées; le tonnerre n*y est qu'une faible décrépitation. A mesure qu'on s'avance vers l'équateur, le gaz hydrogène devient plus abondant, et en même temps les orages plus forts. C'est sous la ligne que l'on trouve cette vaste étendue de mer où régnent presque sans interruption les tonnerres et les orages. Il y a cependant des contrées sous la ligne où il tonne fort rarement. Si la
(') Saussure, Voyages, SS 800-803-83 l.Zemoiinki', Méin. de r Académie, i7ô2, p. 240-S41. Beccaria^ Électricité terrestre , $ 1087.
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