LIVRE QUARANTE-DEUXIÈME
Suite de la Théorie de la Géographie. — Des mouvements propres de VAtmospbère, ou des Vents.
t L'atmosphère éprouve des mouvements qui en déplacent les particules en différents sens, et qui, tous ensemble, dépendent d'une cause unique ; savoir : de l'équilibre rompu, dont le rétablissement a nécessairement lieu selon les lois communes à tous les fluides. Un changement dans la température d'une colonne d*air, la transformation d'une partie des gaz atmosphériques en eau , leur congélation, en un mot tout ce qui cause un vide , une condensation, une dilatation, et qui par conséquent rompt l'équilibre entre diverses parties de l'atmosphère, y produit nécessairement le déplacement rapide d'une masse d'air, un vent plus ou moins violent (').
» Le degré de vélocité des vents étant la circonstance qui frappe le plus les sens, il en résulte plusieurs dénominations arbitraires, dont voici les principales :
Méphyr, , . qui parcourt par seconde f^ent doux, ou modéré. , , , Id, . .
— /or/ou grand vent Id, . .
— tmp^meujcoucoupdeTënt. Id, . .
( petite Id, . .
Tèmpêie < moyenne Id, . .
( forte Id. , .
n,.»^nr.^ 5 européen Id. . .
^~^^" \ américain Id. . .
» On ne désigne pas la direction des vents, comme celle des courants maritimes, par le
(*) On comprend encore parmi les causes qui produisent les yenls , le mouvement de rotation de la terre, les marées et les grands courants d'eau , l'état hygrométrique ou électrique de l'air , l'action de la lune et celle du soleil , et les phénomènes volcanlquei. J. H.
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point du compas où ils tendent, mais par celui * d'où ils viennent : ainsi un vent de nord est directement opposé à un courant nord.
» Nous distinguons , sous le rapport de la durée, les vents constants des vents variables, et sous le rapport de l'étendue, les vents gêné-' vaux des partiels.
M 11 y a deux mouvements généraux et constants dans l'atmosphère : l'un règne dans la zone torride et porte l'air, relativement à la terre, à l'occident, dans un sens conforme à celui du mouvement général des mers ; l'autre, qui se fait surtout sentir dans les zones tempérées, et qui amène l'air polaire vers l'équateur : ce dernier mouvement produit donc deux courants ou efQuves polaires semblables à ceux que nous avons déjà observés dans les mers.
» Considérons d'abord le mouvement équatorialde l'atmosphère, qui produit les vents alizés ou le vent constant d'est, qui souffle dans la zone torride. Ces vents ont probablement pour cause première la dilatation qu'éprouve l'air par l'action de la chaleur ; car il est évident que la chaleur du soleil (que nous supposons dans le plan de l'équateur) raréfie les colonnes d'air et les élève au-dessus de leur niveau; d'où il résulte qu'elles doivent nécessairement, ou se dissiper dans les espaces célestes, ou retomber par leur poids et se porter vers les pôles dans les parties supérieures de l'atmosphère. Mais dans le même temps 11 doit survenir un nouvel air frais, qui, arrivant des régions polaires, vient remplacer celui qui a été raréfié à l'équateur. Il se formera deux courants d'air opposés, l'un dans la partie in-
fërieure, Fautre dans la partie supérieare de ratmosj^ère. Or, la vitesse réelle dont chaque molécule d'air est animée, due à la rotation de la terre, doit être d'autant plus petite qu'elle est plus près des pôles : d'où il résulte que Tair circompolaire, en s'avançant vers Téquateur, et en conservant pendant un espace de temps sa vitesse primitive, doit tourner avec plus de lenteur que les parties correspondantes de la teri'e ; les corps situés à la surface de la terre doivent donc le choquer avec l'excès de leur vitesse, et en éprouver par sa réaction une résistance opposée à leur mouvement de rotation. Ainsi, pour l'observateur qui se croit en repos, Tair parait se mouvoir dans un sens dh*ectement contraire à celui de la rotation du globe , c'est-à-dire d'orient en oc- . cideut.
» Les différentes positions du soleil dans les diverses saisons produiront dans ces mouvements de l'atmosphère des modifications dont nous indiquerons la marche générale. Lorsque le soleil passe du côté du pôle boréal, en avril, mai et juin , l'atmosphère de cet hémisphère est dilatée proportionnellement depuis Téquateur jusqu'au pôle. Cet air s'élèvera donc, et le vide causé par sa raréfaction dans les couches inférieures sera rempli par un courant polaire. On aura dans cette saison un vent du nord; mais ce vent du nord, à une certaine latitude, par exemple à 30 degrés, renconti-era le vent général d'est ; s'il le rencontre sous un angle droit, il se fera un mouvement composé, et on aura le vent du nord-ouest. Le soleil , arrivé au solstice d'été, échauffera plus ou moins toutes les parties de l'hémisphère boréal, et cette chaleur s'y soutiendra quelque temps : c'est pourquoi il nous viendra moins de vents du nord en juillet et en août. Mais l'astre du jour rétrograde ; l'air polaire se refroidit et se condense de nouveau ; l'atmosphère équatoriale se dilate de plus en plus. Le vent général du nord recommencera donc en septembre et octobre. Ce vent augmentera de plus en plus, à mesure que le soleil s'éloignera de nous et s'approchera du solstice d'hiver. Il y aura un terme où la condensation de l'air au nord de l'équateur, et la dilatation de celui de l'hémisphère austral s'arrêteront : alors il régnera dans toute l'atmosphère un équilibre plus ou moins parfait : ce sont les Jours alcyoniens.
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M Ces mêmes phénomènes, dans le s^is inverse, doivent avoir lieu dans l'hémisphère austral. Il régnerait donc sur tout le globe des vents équatoriaux et des vents polaires régoliers , si oes mouvements généraux n'étaient pas contrariés et détournés par une inOnité de causes. N'avons-nous pas vu que des variations semblables influent sur les courants aquatiques ? Or, l'atmosphère étant un fluide infiniment plus subtil et en même temps moins homogène que l'eau , il n'est point étonnant qu'elle soit plus sensible à la moindre impulsion et plus sigette à des changements inattendus.
» Les inégalités de la surface terrestre et la diversité des sols influent certainement beaucoup sur la constitution de l'atmosphère. Li s'élèvent des montagnes couvertes de neiges étemelles ; l'air ne peut donc y éprouver la même dilatation que dans les vallées ; ici s'étendent des sables brûlants ou des forêts, de$ marais , des savanes qui exhalent divers gai inflammables ; ailleurs ce sont de grands bassins d'eau, entourés et coupés irrégulièrement par les terres. Il y aura donc dans l'air des condensations et des dilatations relatives et partielles : c'est ce qui produit les bribes de mer, de terre, et les brises de montagnes. Ces changements se feront différemment en été et en hiver, le jour et la nuit. Il y aura donc des brises de matin et de soir ; ce sont ces aurm matinales, ces zéphyrs, dont l'haleine rafraîchissante nous ranime dans la saison chaude.
» Ces brises alternatives se font sentir même à des latitudes très élevées, comme, par exemple, à Bergen, en Norvège. Les lies de la mer du Sud, nonobstant leur petite circonférence, attirent pendant le jour tellement vers elles le vent général d'est , qu'il les embrasse pour ainsi dire de toutes parts, et souffle de tous les points du compas vers le sommet central de l'Ile. La nuit venue, l'air reflue de ce centre vers la mer dans toutes les directions* Cette belle observation de Forster jette un grand jour sur la théorie des vents.
» Enfin, les chaînes de montagnes peuvent arrêter les vents dans la partie inférieure de l'atmosphère, ou les détourner de leur mardie directe, quelquefois leur donn» plus d'impétuosité, comme les courants de mer acquièrent plus de force dans les détroits et auprès des
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promontoires. Ces mouvements violents de l'air arrêté par un obstacle ont surtout rendu iSEuneux le cap d^ Tempêtes, le cap Horn, le cap de Bonne-£spérance, et le cap Sud de la terre de Diemen, ainsi que le détroit de Babel-Mandeb en Arabie, la Bouche-4u-Dragon en Amérique, sans en nommer d'autres.
» Les eibalaisons du sol conmiuniquent aux vents leur nature particulière. Ainsi le sammoum, ou ëumieU, en Arabie, porte beaucoup de gax nitreux; le b<9rmattans en Guinée, beaucoup d'oxigène ; le khamrin, ou ehamsafh en Egypte, beaucoup d'azote.
j» Les positions de la lune peuvent influer sur les vents, en produisant dans l'atmosphère une espèce de flux et reflux ; mais nous ne croyons nullement que ce soit l'action immédiate de l'attraction lunaire qui excite ces oscillations: cette action iamiédiate, dans un fluide aussi subtil, est extrêmement passagère, et à peu près nulle quant à l'effet ; c'est plutôt rOeàm qui réagit sur l'atmosphère. £n général, les mouvements de la mer doivent influer beaucoup sur ceux de l'air. C'est du sein de la mer que se développent en grande partie les principes constituants de l'air atmosphérique : ces parties auront donc une vitesse proporticmnée à celle des particules aquatiques dont elles viennent de se dégager.
» Les nuages, en interceptant on en con-^ densant les rayons du soleil ; la pluie ordinaire, par son action refroidissante ; la végétation, en absorbant beaucoup d'air; la décorop<Msitioh des matières animales et végétales peuvent contribuer à la formation des vents locaux.
» Les otira^aiw sont probablmnent d'origine électrique. Au moment où Tétincelle électrique combine le gaz hydrogène avec le gaz oxigène pour produire la pluie d'orage , il se fut probablementune combustion d'une assez considérable quantité de gaz hydrogène, ce qui fidt une chute subite de pluie ou de grêle ; donc il y aura un vide très grand dans lequel l'air amMant se précipitera avec une étonnante rapidité et quelquefois selon les directions les plus opposées.
» Les Antilles, les Iles de France et de Bourbon, le royaume de Siam et la Chine sont les pays où les ouragans exercent le plus souvent leurs ravages. Les ouragans de l'Europe ne sont nultemcm oonqparabiei à cttiz des pays
glus méridionaux, et généralement parlant ce sont plus souvent des tournante <fair occasionnés par la rencontre de deux vents contraires. Dans un véritable ouragan, tous les éléments semblent s'armer et se liguer pour la destruction de la nature. Les foudres se croisent, le tonnerre mugit sans interruption , la pluie se précipite par torrents. La vélocité du vaot surpasse de beaucoup celle d'un boulet de canon et celle de la poudre renfermée ; il balaie tout, moissons, vignes, cannes à sucre, forêts et maisons ; on dirait qu'on a rasé le terrain par où il a passé. Il commence de diverses manières. Quelquefois c'est un petit nuage noir qui se montre sur le sommet d'une montagne; dans le même instant où il semble s'asseoir sur la montagne, il en descend les eôtes, roule, s'étend et couvre tout l'horizon. D'autres fois l'orage s'avance sous la forme d'une nuée couleur de feu qui se montre subitement sur im ciel calme et serein (<)•
• La trombe, ou le Hphon, est un phénomène non moins dangereux. On en distingue de terrestres et de maritimes; il vaudrait mieux les diviser en trombes (fair et trombes ttsau. Cette dernière se présente ordiuairoment de la manière que nous allons décrire* Au-dessous d'un nuage épais la mer s'agite de mouvements violents; les flots s'élancent avec rapidité vers le centre de la masse d'eau agitée; y étant arrivés, ils sont dispersés en vapeurs aqueuses, et s'élèvent en tourbillonnant, suivant une spirale, vers le nuage. Cette colonne conique et ascendante est rencontrée par une autre colonne descendante qui, du centre de la nue , se penche vers la précédente et s'y réunit. Souvent la colonne marine a 50 à 80 tcrtses de diamètre près la base; maistou* tes les deux elles s'amincissent vers le milieu, où est leur pc^t de réunion ; et là elles n'ont que deux ou trois pieds de diamètre. Toute la colonne se présente comme un cylindre creux^ ou comme un tube de verre vide à rintérieur. Elle glisse sur la mer, sans qu'on s'apero(^v« d'aucun vent; on en a vu plusieurs ensemble qui suivaiort des directions différentes. Lorsque la nue et la base marine de la trombe ne se meuvent pas avec une vitesse égale, on voit la trombe se pencher , se courber même,
('] Foigi , Magasin de physique , YII , 36-40 (en allemand). Comp. Kncydopédie métbodiqae, Marine» ion. Ul , partie r, p. SIS «9f.