LIVRE QUARANTE-TROISIÈME
telle d« U Théorie de ia Géographie. ^De laTempérttare locale de l'Atmosphère ou des Climats pbjsiqiiat.
« Aucune partie de la géographie physique n*a été plus généraleineDt livrée à Teropire de la routine et des préjugés que celle où Ton traite des causes des climats physiques. On a long-temps considéré le soleil comme la source unique de la température que nous éprouvons dans les diverses régions de la terre ; les influences que Ton accordait aux vents n ont été déterminées qu'après quelques observations locales faites par Hippocrate en Grèce ou dans les contrées voisines. Pour que cette partie de la physique terrestre ait pu être approfondie , il a fallu que des nations civilisées non seulement eussent envoyé des voyageurs près des pôles et sous Téquateur , mais encore qu'ils y eussent formé des établissements stables. C'est en réunissant sous des points de vue généraux les résultats des observations locales, réservées pour nos descriptions spéciales , que nous essaierons de tracer ici une esquisse de climatologie conforme à l'état actuel des sciences.
' » Le climat physique comprend la chaleur, le froid, la sécheresse , l'humidité et la salubrité dont jouit un endroit quelconque sur le globe.
» Les causes du climat physique sont au nombre de neuf; les voici : V l'action du soleil sur l'atmosphère ; 2° la température intérieure du globe ; 3« l'élévation du terrain au-dessus du niveau de l'Océan ; 4^ la pente générale du terrain et ses expositions locales ; 6° lapositiondeses montagnes relativement aux points cardinaux ; 6» le voisinage des grandes mers et leur situation relative ; 7o la nature géologique du sol ; S^ le degré de culture et de population auquel un pays est parvenu ; 9^ les vents qui y régnent.
» L'air ne paraît pas acquérir, immédiatement par le passage des rayons solaires, un degré considérable de chaleur. C'est ce que prouve le refroidissement successif des différentes couches d'air observé sur toutes les montagnes. La distinction entre le calorique lU)re qui échauffe les molécules, et le calorique
latent qui seulement les dilate {^] , nous fait coiicevoir que l'air supérieur, plus dégagé des vapeurs et moins comprimé, doit laisser passer plus librement les rayons calorifiques ; qu'au contraire, plus l'air est condensé, plus les rayons seront arrêtés, repoussés et réflédiis en plusieurs sens ; le choc des deux fluides sera plus vif; et c'est probablement d'un choc semblable que provient le dégagement du calorique latent, principale cause de la chaleur sensible de notre atmosphère.
» Mais ce qui surtout contribue à échaufl^ l'air inférieur, c'est la réflexion des rayons qui viennent se heurter contre la terre, et qui, renvoyés vers l'atmosphère, s'y arrêtait dans la partie inférieure , emprisonnés pour ainsi dire au milieu des vapeurs aqueuses dont elle est chargée. Cette réflexion accumule nécessairement le calorique dans certaines régions voisines de la surface terrestre. Nous ne pouvons exposer ici la théorie du calorique considéré comme un corps rayonnant, théorie récemment développée (^j ; mais il suffit à notre but d'observer cette chaleur extraordinaire, qui souvent règne entre deux côtes de la même montagne, tandis que la plaine voisine n*est que médiocrement échauffée.
» Le degré de la chaleur solaire immédiate est déterminé par quatre causes p). La première est la distance du soleil à la terre ; si l'on prend la distance moyenne égale à 10,000, celle qui a lieu au solstice d'été se trouve égale à J 0,1 66, et celle du solstice d'hiver égale à 9,833 : le rapport est à peu près comme 30 à 29. La quantité des rayons toml>ant sur le même plan, étant comme les carrés des dis-/ tances, leurs rapports seront comme 841 à 900, ou comme 1 à 1 tt. Ainsi la quantité des rayons solaires que le globe reçoit en général
('] Laplace et Lavoisier, Mémoire sur le caloriqw latent y éûnslei.Mémoiret de C Académie des Sctence», 1780,. p. 388. — {')PrevMit Théorie du caloriqoe rayonnant. Genève, 1800. — (J) Mairan , Mémoires de r Académie des Sciences, 17 19 et 1765. Boaguer, sur la gradation de la lumière. Bergmann, Géographie physique, § 140.
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en hiyer est plus grande que celle qu'il en reçoit en été. La seconde cause que nous avons à considérer, est la direction plus ou moins oblique dans laquelle les rayons frappent la terre ; ce qui dépend de la hauteur du soleil dans récliptique. Plus le rayon tombe directement, plus il a de force, et en même temps il en tombe plus sur une étendue donnée. Fatic, en considérant la perpendicularité des rayons qui leur donne une plus grande force, estime que, toute autre cause à part, la chaleur de Tété à celle de Thiver devait être comme 9 à 1. Mais ces calculs supposent la surface de la terre exactement sphérique, sans la moindre pente locale. La troisième circonstance à considérer, est la durée du jour ou la longueur de Tare semi-diurne que le soleil décrit. La continuité augmente Teffet, et les courtes nuits ne laissent évaporer qu\me petite quantité de la chaleur acquise. Enfin , la quatrième cause qui modifie la chaleur solaire, est la réfraction que doivent éprouver les rayons en passant par plus ou moins de couches d'atmosphère. Bouguer a calculé que sur 10,000 rayons, il en parvient à un point donné 8,123, s'ils arrivent perpendiculairement ; 7,624 , si l'angle de direction est de 60 degrés; 2,031, s'il est de 7 degrés; et seulement 5, si la direction est horizontale.
>* La chaleur solaire, distribuée d'après ces quatre piincipes, serait absolument différente de celle que nous éprouvons réellement. Au solstice d'été, on aurait sous la ligne 20 degrés du thermomètre de Réaumur ; à Paris, 36 ; sous le cercle polaire, 68 ; et sous le parallèle de 74 degrés de latitude, on éprouverait la chaleur épouvantable de 80 degrés de Réaumur ; elle diminuerait ensuite vers les pôles. Au solstice d'hiver, le froid serait également distribué d'une manière tout-à-fait contraire à rexpérience. Ainsi, nous ne pouvons douter que l'action directe et immédiate des rayons du soleil ne détermine pas à elle seule les climats physiques (*).
» Avec V élévation du terrain , le froid augmente dans une prc^ession très rapide. Il est superflu d'en citer des exemples. Qui ne sait pas que l'hiver règne encore sur les Alpes et
('] Les expériences qui attestent l'existence d*un feu central tendent évidemment i prouver qne son action doit influer sur les climats qui régnent à la surface de la terre. J. H.
les Pyrénées, quand les fleurs du printemps couvrent les plahies de la France septentrionale ? Cette disposition bienfaisante de la nature étend considérablement le nombre des pays habitables dans la zone torride. Il est prol)ableque, derrière les plages brûlantes de la Guinée, il existe au centre de l'Afrique des contrées qui Jouissent d'une température heureuse; comme on voit la vallée printanière de Quito, située sous la même latitude que ces funestes côtes de la Guyane firançaise, où la chaleur humide entretient l'étemel germe des maladies. D'un autre côté, c'est l'élévation continuelle du terrain qui, dans l'Asie centrale, étend la r^ion froide jusqu'au 35* parallèle de latitude, de sorte qu'en montant du Bengale au Tibet , on se croit en peu da Jours transporté de l'équateur sous le p6Ie.
M Veœposition générale doit étî^ distinguée de l'exposition locale. Là Finance occidentale, par exemple, a l'exposition générale vers le coucher d'équinoxe ; et cependant la vallée de r Ailier estexposéeau nord ; celle de la Mayenne au sud; celle de l'Oust, en Bretagne, au sudest. Ainsi, la pente générale d'une grande eoth trée n'exclut aucune des pentes locales les plus opposées. Cependant on peut admettre comme un principe général que la somme positive de toutes les expositions locales est dans le même sens que l'exposition générale. Ce principe ne peut s'appliquer qu'à de grandes étendues, comme, par exemple, au bassin total d'une rivière.
i Tout le monde sait de quel effet, pour la température, est l'exposition d'un terrain relativement au soleil. Un coteau incliné de 45 degrés vers le midi, le soleil étant élevé de 45 degrés, reçoit les rayons solaires sous un angle direct, tandis que, sur une plaine, ces mêmes rayons frappent le sol sous un angle plus obtus de 45 degrés, c'est-à-dire avec un quart de moins d'énergie ; et le coteau incliné au nord de 45 degrés seulement sera frappé des rayons solaires sous un angle de 90 degrés, c'est-à-dire dans une direction qui le fait glisser le long de la surface. Si le terrain est encore plus incliné au nord, il ne recevra aucun rayon, et restera constamment dans l'ombre. Ces différences, déjà sensibles dans les pays de collines, deviennent énormes dans les contrées couvei-tcs de hautes montagnes. C'est ainsi que dans le \'alais on volt les Alpes d'un
UVRE QUARANTË-TAOISIËME.
côté couvertes de glaces éternelles, tandis que les Tjgnobles et les vergers omeot les coteaux opposés de tous les ebarmes de la fé- «mdité.
hII y a encore une autre drconstanceà ob* server. L'angle dlncidence des rayons solaires est bien déterminé, pour un moment donné du jour, par Texposition d*un terrain ; mais il varie aussi avec la marche diurne du sol. Le coteau qui le matin recevait les rayons solaires sous un angle direct, les reçoit déjà plus obliquement à midi, et peut-être les rayons de l'après-midi ne feront-ils que glisser sur la surface de ce terrain. Il arrive précisément le contraire avec les coteaux exposa au couchant. Ceci a des conséquences très remarquables que nous ^loûs indiquer.
a* Toute exposition occidentale (depuis sudouest à nord-ouest] doit être plus chaude que Texposition orientale correspondante, toutes autres choses étant égales ; car les rayons du matin , qui frappent directement les coteaux exposéi au levant , ont à comt)attre le froid qui s*y est mssemblé pendant la nuit. Lorsque Tatmosphère, dans l'après-midi, sera à son plus grand degré d'échauffement, le rayon solaire ne viendra plus concentrer céhe masse de chaleur sur les terrains en exposition orien* taie, car il n'y tombera qu'obliquement. Au contraire, les coteaux qui penchent vers le couchant se sont déjà pourvus de chaleur pendant toute la matinée ; et lorsque le rayon solaire viendra les frapper directement, en y rassemblant tout le calorique de l'atmosphère, il n'y trouvera aucun obstacle ; toutes choses au contraire seront disposées en faveur de son action.
» Sans nous arrêter à des explications plus détaillées , remarquons seulement qu'en vertu de ce principe les expositions sud-sud-outst et tmdrouett sont les plus chaudes de toutes , taudis que, par contre-coup, celles nordrett sont les plus froides. On entend bien qu'il n'est question ici que de Yhimiiphèré boréal, et qu'on fait toujours abstraction d'une foule de circonstances locales et temporaires.
» Comme un froid modéré est très favorable à la santé, et que d'ailleurs, sous la latitude de la Grèce , le degré ordinaire du froid le peut faire r^;arder plutôt comme rafraîchissant que comme désagréable , il est évident que l'immortel Hippocrate avait raison de recommander les expositions orientales sous le
rapport de la salubrité (^j. Mais ii'esi41 pas i traire an bon sens de vouloir appl^uer m même principe aux climats plus voisins te p6l« où l'on craint le froid , et où la chaleur, généralement plus modérée , n'amëie avec elle an* cune de ces maladies épidémiques dont parle Hippocrate? Il y a tant de circonstances qui concourent à rendre un climat salubre ou mal** sain , agréable ou rude , qu'il serait très imprudent de vouloir oarac^iser les climats toisquement d'après les expositions générales ou locales.
» Si l'on ne considérait les expositions que par ellesHfnêmes, en faisant abstraction dm autres circonstances , on pourrait , avec Hip« pocrate , comparer celles orientales au printemps , celles du midi à l'été» celles de Tooddent à l'automne, celles du nord à l'biver : car il est vrai que la constitution la plus commune des climats sous ces expositions répond à celles des saisons auxquelles on les rapporte. Cependant une comparaison plus exacte et plus significative serait celle avec les points du jour. Le plus grand froid se fait sentir au grand matin; ce point correspond à l'exposition nordest qui est la plus ^ide ; la chaleur augmente jusqu'à trois heures aprè^midi; de même les expositions deviennent toujours plus fovorables à la chaleur jusqu'à celle de sudK>uest; viennent ensuite le soir et minuit^ points correspondants aux expositikms occidentales et boréales.
» En examinant les climats particuliers à chaque pays (dans les volumes suivants de cette Géographie) , on verra ces observations générales confirmées par un grand nombre d'exemples.
» La position des montagnes n'est pas toujours essentiellement liée aux pentes du terrain , puisqu'il y a des plateaux montagneux qui ( à la vérité dans une petite partie de leur étendue) n'ont aucune pente générale, comme dans la Mongolie , dans le Tibet, et que, d'autre part , on trouve des pays qui se pendient de plusieurs côtés , sans que leur partie la plus élevée soit garnie de véritables montagnes , comme, par exemple , le centre de la Russie d'Europe.
» Les montagnes agissent sur les climats de deux manières : elles attirent les vapeurs sus-
(') Hippocrûie, Traité des à\n, des eaux et dei lieux.
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pendues dans Tair ; ces vapeurs, en se condensant, produisent les nuages, les brouillards, qui ordinairement dérobent à notre vue les cimes des montagnes* Souvent aussi ces assemblages de matières aqueuses que les vents poussent çà et là sont arrêtés dans leur marche vagabonde par les chaînes de montagnes, où ils s'accumulent dans les liantes vallées. Ces effets sont encore plus sensibles lorsqu'une chaîne de montagnes est couronnée de forêts que respecta la hache destructive. Elles augmentent rélévation de la montagne ; elles en resserrent les passages ; elles fournissent sur^ tout unaliment inépuisable aux eaux courantes. ÎJi destruction des forêts peut quelquefois être un bienfait pour un pays , en lui procurant une circulation d*air plus libre ; mais , poussée trq^ loin , c'est un fléau qui ravage des contrées entières. On en a vu des exemples funestes dans les Iles du Cap-Vert , sans en citer beaucoup d'autres d'une moindre évidence. C'est la destruction des forêts, et non pas un prétendu refroidiiSêmîM du globe, qui a rendu la partie méridionale de Tlslande plus accessible au froid épouvantable que trop souvent les glaces fk>ttantes lui apportent eu s'arrétant sur ses côtes septentrionales. Quoique les montagnes ne puissent empêcher les mouvements généraux de l'atmosphère d'avoir lieu, elles peuvent cependant, en les arrêtant en pai*tie, rendre certains vents plus ou moins fréquents pour une certaine éteiulue de terrain. On ne doute pomt que les Alpes ne concourent à garantir à la belle Italie son heureux climat, son printemps étemel et ses doubles moissons.
» Les exemples des climats rendus plus froids par la position des montagnes ne manquent pas. Si les Russies centrale et méridionale sont exposées à des froids disproportionnés à leur latitude et à leur exposition , qui, en grande partie, est méridionale, c'est, entre autres causes, parce qu'elles n'ont pas au nord une chaîne de montagnes qui puisse affaiblir l'action des vents glacés qui viennent de la mer Blanche et des monts Ouraliens. La Sibérie est dans un cas différent et encore plus défavorable : elle est inclinée au nord, par conséquent ouverte aux vents de la mer Glaciale; en même temps sa pente immense est au sud couronnée par les monts Altai, qui empêchent les vents froids de s'en aller plus loin , et qui interceptent ceux de l'Asie méridionale.
» L'abri que donnent les montagnes contre les vents peut quelquefois devenir nuisible par excès. Ainsi on voit la chaleur devenir insupportable dans les vallées qui concentrent et réfléchissent vivement en été les rayons du soleil.
» Lorsque les vallées sont larges et évasées, qu'elles ont une pente assez considérable pour l'écoulement des eaux, et qu'elles donnent un accès libre aux vents du nord , la température peut y être sèche et froide , comme dans l'ancien pays de Champsaur en France. Les habitants jouiront, dans ce cas, d'un bon teint et de beaucoup de santé.
» Dans les vallées basses, étroites, enfoncées, qui ne reçoivent les vents secs que très obliquement, les eaux des torrents et des pluies s'arrêtent et deviennent marécageuses : l'air n'y circulant pas, les brouillards et Thumidité y sont perpétuels. C'est dans ces endroits qu'on trouve les êtres faibles, mous et stupides, qu'on nomme crétine. Devenus sourds, muets et presque aveugles, ils restent insensibles à toutes les impressions, excepté à des appétits lubriques; si on les frappe, ils ne témoignent aucune sensation ; on en voit qui ne sont pas même excités par aucun besoin. Leurs bras abattus , leur bouche béante , leur cou tuméfié et pendant, leur couleur blafarde, laissent voir le dernier terme de la d^radation humaine et de la dégénérescence animale. Le froid humide qui pèse constamment sur ces contrées , et qui n'est interrompu que par les vapeurs diaudes et également relâchantes de l'été, peut être regardé comme la véritable cause du goitre et du crétinisme : ces maladies ont beaucoup d'analogie, pour leur cause et leurs principaux effets, avec les bouffissures, les tumeurs arti^ culaires et l'espèce d'imbécillité des Scythes efféminés dont Hippocrate fait mention. Fo-déri, qui a visité en observateur le val d' Aosts et la Maurienne, où se rencontre le plus grand nombre de crétins et de gottreux, remarque qu'il n'en existe que dans le centre des vallées des Alpes : la même vallée n'en présente que lorsqu'elle abandonne la plaine et qu'elle se rétrécit; elle cesse d'en produire dès qu'elle s'évase au sommet des montagnes, et qu'elle gagne un air plus vif et plus sec où vivent des hommes parfleiitement sains. On trouve de ces maladies dans le Bas-Yalais, à la base des Pyrénées et des Apennins, dans quelques val«
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lécsdii Dauphinéet de In Haute-Provence. Les blafnixls qu'on a vus dans plusieurs contrées humides de T Amérique, les nègres blancs des montagnes d'Ethiopie et de Madagascar, les nègres pies , paraissent être des espèces de crétins dans une plus ou moins grande dégcnération. Zimmeimann attribue aux chaleurs étouffantes qu'on ressent dans de profondes vallées de la Suisse la cause des manies qui sont communes dans ces endroits ; il rapporte que les habitants de ces gorges sont obligés d'envoyer pendant les étés leurs enfants sur les hautes montagnes pour leur conserver la mémoire et la raison.
» Le voisinage de la mer modère les températures excessives. Dans les climats ardents, les contrées maritimes sont moins chaudes que le milieu des plaines. Dans les latitudes élevées, les côtes et les ties sont moins froides que l'intérieur des continents. Dans les montagnes de la Norvège, on a vu une armée suédoise périr de froid ; on en trouva les cadavres encore en rang : cependant les eûtes de ce pays jouissent d'un climat très doux ; le port de Bei-gen ne gèle pas aussi souvent que la Seioe. Voici un exemple encore plus près de nous. Les lauriers, figuiers, myrtes, grenadiers, qui ne peuvent subsister en pleine terre au centre de la France, croissent naturellement et très bien à Brest ^').
» Le voisinage de la mer rapproche aussi les températures des saisons. L'on voit à Plymouthque, bien que la chaleur moyenne de Tannée soit en totalité un peu moindre que celle de Paris, les mois d'hiver sont bien moins froids que dans cette dernière ville : le thermomètre n'est Jamais descendu, du temps d'Huxham, plus bas que — 10, et n'a pas été plus haut que y, 21^2.
M La nature du sol doit influer sur le climat de plusieurs manières. Tous les teiTains ne B'échauffent pas avec le même degré de promptitude ; tei sol perd vite la chaleur acquise, tel autre la conserve long-temps. Les exhalaisons, qui diffèrent selon la nature du sol, s'élèvent dans l'atmosplière et s'identifient avec elle. Les terrains argileux et ceux qui sont imprégnés de sel refroidissent l'atmosphère ; les amas de sables, lorsqu'ils sont à sec, augmentent la chaleur. On croit, par exemple, que le grand
(•) Yojez LiYre LU*, t. II.
froid et l'air malsain qui régnent dans les gouvernements d'Astrakhan et d'Orenhourg sont en partie dus à la nature saline du sol, tandis que plusieurs provinces de la France doivent en partie leur température sèche et salubre à ce que leur sol est sablonneux , calcaire et en général léger. Les terrains rocailleux et arides fournissent le moins de vapeurs ;'). Le contraire doit se dire des terrains maréeageux; ces terrains, et même les sables imprégnés d'humidité, diminuent la chaleur, et comme les eaux y sont pour la plupart stagnantes, la durée des gelées s'y prolonge sans que pour cela elles amènent un ciel serein et exempt de brouillards insalubres. Voilà pourquoi l'hiver de la Hollande, sous 52 degrés de latitude, est souvent plus désagréable que celui des îles danoises, sous le 55* parallèle. L'effet des mar rëcages, dans les régions chaudes, est encore plus funeste: ils y fermentent, et il s'en élève une quantité de miasmes putrides; c'est à eux que les côtes orientales de l'Afrique et quelques parties de l'Amérique doivent leur climat pestilentiel (2).
» 1 1 est certain que le ciel, dans chaque pays, a un aspect différent. La voûte «izuréc, qui, par une illusion d'optique, l)orne i)aiiout notre vue, semble plus abaissée en Angleterre qu'en France. L'Italien cherche en vain sur les bortls de la Seine ce ciel pur, seroin et immense, cette atmosphère d'un bleu clair ou d'un rouge de feu, qui a tant contribué à inspirer les Raphaël et lesCorrège. Mais le ciel d'Italie même est nébuleux en comparaison de celui qui, dans l'été, couvre les heureuses îles de l'océan Pacifique, ces paradis de la zone torride. C'est
(') Ainsi que fa Tait observer M. de IiumbolJ(. une étendue de 133 degrés de longitude présente d ns l'ancien conUncnl une large ceinture presque con- Unue de déserts sablonneux , depuis l*cilrémlté occidentale du Sabara en A Trique, jusqu'à Teilrémité orientale du Cobi en Asie. En se rappelant, dit-il, que l'irradiation élève de jour, sous cette latitude, la température des sables à plut de Sa ou GO degrés, on peut concevoir de quelle Influence la conUnuité d'un terrain de cette nature doit être pour la distribution de la chaleur d*une vaste partie du globe. Hnmboldt^ Fragments de géologie et de climatologie asiatiques, tom. II. J. H.
(>) Sous la zone extra-tropicale, les eaux stagnantes et courantes, les lacs, les marais el les rivières sujettes à des Inondations périodiques tempèreol l'ardeur de l'été , parce que , dans leur évaporation , eUes absorbent du calorique, tiumboidi, FragnenU de géol., etc. J^ IL
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aux différents degrés de la raréfaction de l'air ainsi qu*à la nature des exhalaisons terrestres, qu'il faut attribuer ces différents aspects du ciel d*où dépend en partie la beauté d'un climat.
» L*hommc influe lentement, mais puissamment, sur la température de Tair. Sans la culture, il y aurait peu de climats Siilubres et agréables. Contemplons un pays désert : les rivières, abandonnées à leur fougue, s'engorgent et se déboi*dent , leurs eaux ne servent qu*à former de tristes marais ; un labyrinthe de buissons et de ronces couvre les plus fertiles coteaux ; dans les prés, le hideux champignon et la mousse inutile étouffent les herbes nutritives; les forêts deviennent impénétrables aux rayons solaires; aucun vent ne vient disperser les putrides exhalaisons des arbres qui ont succombé sous le poids des siècles; le sol, privé de la bienfaisante chaleur atmosphérique, n'exhale que (les poisons ; le souffle de la mort plane sur cette contrée. Mois le courage et l'industrie viennent-ils y aborder, les marais sont desséchés, les rivières coulent dans leurs lits déblayés, la hache et la flamme éclaircissent les forêts ; la terre, sillonnée par la charrue, s'ouvre aox rayons du Jour, au souffle des vents; l'air, l€ sol et les eaux prennent peu à peu un caractère de salubrité, et la nature vaincue cède son empire à l'homme qui s'est créé une patrie.
» La culture d'un pays nouveau est souvent accompagnée de conséquences désastreuses qui ne doivent pas toujours être attribuées à l'imprévoyance des colons. Le sol nouveau, au premier moment où la charrue l'ouvre et où les rayons solaires y pénètrent, doit nécessairement subir une foite évaporation, et ses exhalaisons, qui ne sont pas toujours d'une nature Innocente, à peine élevées dans Tair, s'y condensent par le froid encore très vif, surtout pendant les nuits. De la ces maladies épidémiques qui ravagent les colonies nouvellement fondées. La destruction des forêts, poussée trop loin, amène surtout des suites funestes. Nous l'avons déjà dit plus haut, dans les Iles du Cap-Vert, c'est l'incendie des forêts qui a desséché les sources et l'atmosphère. La Perse, ritalie, la Grèce et bicn^d'auti*es contrées ont perdu de cette manière leur heureuse température. La coupe des forêts qui couvraient les Pyrénées a rendu l'air malsain dans la vallée d'Azun, département des Pyrénées-Orientales,
parce que l'absence de cet obstacle permet aujourd'hui un libre passage aux vents du sud. On forme des plaintes semblables dans la CastlUe et dans TAragon.
» Les vents régnants de chaque contrée modifient différemment l'influence réunie de tous les éléments qui constituent le climat physique , et que nous venons d'examiner. Mais la nature, la direction et l'intensité des vents, dépendent de l'exposition générale et locale , du voisinage des mers, de l'élévation des montagnes, et d'autres circonstances. Ainsi les causes du climat forment entre elles un cercle duquel on ne peut indiquer ni le premier chaînon ni le dernier.
» On ne doit point caractériser la nature physique des vents d'une manière générale d'après les points du compas d'où ils viennent. Hippocrate s'est servi de cette méthode , mais en se bornant à une petite partie du globe. Qu'on ne fasse point à la gloire de ce grand homme l'injure de vouloir ériger ses maximes locales en règles universelles.
» Toutes les variations des vents dépendent de l'équilibre de Tatmosphère. Il s'ensuit que la chaleur d'un climat et le froid d'un autre ont une influence continuelle Tune sur l'autre. Les parties septentrionales d'un grand continent enverront quelquefois leur air froid vers les parties méridionales, et de même elles en recevront quelquefois des souffles échauffants. La grande mobilité de l'atmosphère ne permet pas qu'on l)orne ces faits à des localités; toute la masse de chaleur et de froid qui entoure le globe est dans un flux et reflux continuel et universel. Ainsi l'on peut poser les principes suivants. La chaleur de la zone torride et le froid polaire se balancent mutuellement, et de la fluctuation de leur équilibre dépendent les variations du froid et du chaud qu'on ressent dans les zones tempérées. Tout vent dans la zone tempérée, venant du pôle voisin , est froid, et tout vent équatorial est chaud, sauf les exceptions dues à des localités. Ainsi le vent du sud rafraîchit les environs du cap de Bonne-Espérance, tandis que le vent du nord a le même effet pour l'Europe. Un vent de terre, s'il vient par dessus des plaines très élevées et ouvertes , est presque toujours froid et sec dans les zones tempérées. Mais entre les tropiques , s'il passe par des plaines peu élevées, couvertes de sables brûlants, il doit