LIVRE QUARANTE-THOiSIEME
être sec et eband. Les vents qui prennaokt origine sur les montagnes ne se plient pas non plus à une règle générale ; car il y a des montagnes couvertes de glace , d'autres où il règne une humidité singulière ; les vents y prennent donc des caractères différents. Quant aux vents de mer, ils sont, presque sans exception, humides, chargés de Irrouillards et de vapeurs salines. Gomme Tair qu'ils amènent est presque toujours ou plus chaud ou plus froid que Tair de terre, ils occasionnent constamment cette sorte de décomposition des vapeurs atmosphériques qui nous procure de la pluie.
»» Il s'ensuit que tout pays de la zone tempérée, qui n'est séparé de l'équateurque par une grande étendue de pays contigus, a nécessairement l'air plus habituellement chaud que tel pays qui voit entre lui et la zone torride de vastes mers. Par contre-coup, les pays des zones tempérées , qui ont entre eux et le pûle voisin beaucoup de terres, et qui sont séparés de l'équateur par des mers , auront le climat habituellement plus froid que d'autres pays sous la même latitude , mais sous une autre combinaison de localités.
» Si nous appliquons ces divers principes à la partie septentrionale de l'ancien continent , nous verrons que la diminution énorme de chaleur qu'on observe en s'avançant vers l'est sous les mêmes latitudes , est due en grande partie à la forme et à la position de cette masse de terre. La partie occidentale est échauffée par le voisinage de l'Afrique, qui, semblable à une immense fournaise, distribue sa chaleur à l'Arabie, à la Turquie d'Asie, à l'Europe. Au contraire, l'Asie, dans ses extrémités au nord-est, éprouve des froids exti*émes; c'est en partie parce qu'elle n'a de ce côté point de terres qui s'étendent vers l'équateur. Si le Gro^land d^'à, sous le 60* parallèle, malgré son exposition méridionale et le voisinage des mers, a un climat plus rigoureux que la Laponie, sous le 72' parallèle, dans une exposition septentrionale, quelle autre raison peuton assigner à ce phénomène que la* séparation de la Laponie d'avec les terres arctiques , au moyen d'une vaste mer, tandis que le Groenland s'étend probablement , en s'élargissant , vers le p61e, ou du moins vers le %^ degré de latitude ? L'Amérique septentrionale a peu de terres situées dans la zone torride; elle a peu de communicati<m avec l'Amérique méridio-
nale; enfin elle s*étend probablement à Touest de la baie de Baffin vers le Groenland; cette partie du monde n'offre pas une si grande dif • férence de climat a\ ec l'Europe.
» Il résulte encore de nos principes uneoon < séquence générale pour les contrées de la zooe torride. Les vents alizés , en soufflant continuellement de l'est pardessus la mer, contribuent à rendi*e toutes les côtes maritimes orientales plus froides que ne le sont les côtes exposées au couchant. D'un autre côté, plus un continent est large d'est à l'ouest, plus ces vents s'échauffent en passant par-dessus des tenues bri^lées par le soleil. Voici pourquoi les Iles Antilles jouissent d'une température modérée , tandis que la Sénégambie est tourmentée par la plus terrible chaleur dont oo ait exemple. Le Congo est plus chaud que le Zanguebar. Si les montagnes du Pérou ont le climat plus froid que le Brésil , c*est que l'élévation du terrain, ou toute autre circonstanee locale , peut souvent avoir assez d'influence pour anéantir l'effet d'une cause générale.
M Telles sont les diverses causes qui codcourent à former cette constitution générale de Tatmosphère qu'on nomme le climat. On doit sentir que les résultats de tant de causes différentes ne se laissent pas facilement soumettre à une classification. Hippocrate l'a tenté par rapport à la Gi*èce; il prend pour base les expotitiom et les vente. Mais il est aisé de prouver que ses quatre climats, très réels dans les lieux où il les a observés , ne se retrouvent pas dans toutes les régions du globe, auxquelles ses commentateurs, peu pénétrés de son esprit, veulent étendre son système.
«Hippocrate commence son écrit sur les airs , les eaux et les lieux, par l'exposé du bot qu'il se propose. « U est, dit-il, essentiel pour n un médecin, en entrant dans une ville qull » ne connaît point , d'en examiner Texpositioo, » les vents dominants , les s(^sons , la nature >» et l'élévation du sol , la qualité des eaux dont » les habitants font usage, et le gaire de vie » qu'ils suivent. — Maintenant , oontinoe-t^ » je vais exposer comment on doit épier et ex- » plorer (') chacune de ces dioses. » N'e8t41 pas clair, d'après cette phrase vaguement rendue par tous les traducteurs , que rétention d'Hlppocrate n'était point de composer un trmié sur les climats physiques , traité dont les ma*
(') Zxiittvt x«l ^taUQu».
GÉOGRAPHÎE PHYSIQUE.
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tëriaux n'étalent pas encore rassemblés de son temps, mais qu'il voulait seulement par l'exposé de ses observations propres et locales , indiquer à ses successeurs la route à suivre pour en faire de nouvelles? Ce but modeste de Tauteur a été méconnu, ou tout au plus faiblement indiqué. Des observations très Intéressantes, mais bornées exclusivement aux contrées qui s'étendent depuis la mer d'Azof jusqu'aux bouches du Nil , et des bords de TEuphrate aux rives de la Sicile; ces observations locales, dis-je, ont été changées en généralités fausses et dangereuses. Donnons-en quelques exemples.
» Hippocrate nous dépeint a les contrées » exposées aux seuls vents chauds du midi » comme devant abonder en eaux saumâtres et » malsaines ; car ces eaux sont ordinairement » peu profondes, échauffées en été et froides » en hiver. » Puis il décrit les maladies qui doivent y dominer : « Les hommes y ont la » tête pleine d'humidité et de phlegme ; ils sont » sans force et sans vigueur (i). »
» Ces observations se rapportent aux côtes méridionales de la Grèce et de T Asie-Mineure, voisine de l'Ile natale d'Hippocrate. Selon Mariti, toute la côte méridionale de l'Ile de Chypre éprouve de fréquentes intempéries de l'air; les eaux saïunâtres y abondent; c'est un pays très malsain. Les côtes de la Caramanie ou de l'ancienne' Cilicie sont dans le même cas. A Satalie, à Ayas et à Adana, le mauvais air force les habitants à se retirer pendant Tété sur les montagnes. Et pourquoi l'exposition méridionale de ces contrées est-elle si malsame? Strabon et Quinte-Curce nous le diront : « Parce que la Cilicie est une plaine » étroite, bornée au nord par la chaîne du «montTaurus; les vents du midi, réfléchis » par les montagnes, y causent des chaleurs » étouffantes ; d'ailleurs, la côte offre des ma- » rais et des étangs (^). » D'un autre côté, Cicéron nous apprend que les neiges rendaient le passage du montTaurus difQcile avant le mois de Juin (>]. Voilà pourquoi la température de l'air et des eaux de la Cilicie éprouvait des variations trop fortes pour ne pas être nuisibles. Sons doute on peut appliquer cette ob-
(1) Hippocrat.f de aer., aquis, locig, $$ 9-14, édiU de Coray. — (•) Strab., Geog. XIV, 260. Casaob. AUreb. Quint. Cure. , III, c. 9-11. — (^) Cicer,t Epist. ad Famil. XV, 4.
servation à d'autres contrées où le même concours de circonstances a lieu; sans doute le vent du midi est généralement humide, chaud et malsain sur les côtes de la Méditerranée. Dans l'ile de Lesbos, selon Vitruve, les vents méridionaux causent souvent des épidémies. En Attique, ils amenèrent une fois la peste. Virgile même dénonce ces vents, « dont les humides haleines menacent les ver- « gers, les blés et les troupeaux («;. » Éten* dons môme ce caractère général aux côtes du golfe de Perse. Les vents méridionaux y amènent la saison pluvieuse et des chaleurs étouffantes, a A Susa, dit Strabon, les habitants » n'osent s'exposer aux chaleurs du milieu de » la journée. » A Bassora, selon Otter, le vent du midi paralyse toutes les forces du corps humain.
» Mais passons sur le rivage opposé de l'Afrique : Aristote déjà savait que les vents méridionaux y sont souvent froids et toiyours secs, parce qu'ils viennent du mont Atlas (^]. De même à Paris nous éprouvons des vents du sud chargés de la froide atmosphère des montagnes de l'Auvergne. Ces mêmes vents sont très froids en Souabe et en Bavière, car ils y arrivent par les Alpes. Partout les vents se modifient d'après la nature des lieux par lesquels ils passent.
» Qu'ai-je besoin de ces exemples? Hippocrate lui-même n'igoute-t-il pas immédiate* ment : « Mais, même parmi ces villes (exposées n aux vents chauds du midi), celles qui sont M bien ouvertes au soleil et aux vents doivent » éprouver dans un moindre degré ces fâcheu- » ses alternatives. » En effet, Tarsus en Cilicie offrait, malgré son exposition méridionale, un climat sain et des eaux limpides P).
» Le climat septentrional d'Hlppocrate n'est pas plus universel que celui que nous venons d'examiner. Les vents du nord à Arkbangel et à Dantzick apportent rhumidité et sont moins froids que les vents du sud (4) ; ces variations dans la nature des vents renversent les autres conséquences. Citons un exemple pris dans la Péninsule hispanique sous la la-
(•) rirg. Georg. . 1 . 443. Bucol. II, 67. Kuruv. I, cap. 6. — M ^rist., Problemal. XXVI, 16-61. Comp. j4ul. Gell. XVI, ii. Lucan, Pharsal. IX, 447 sqq. ^ (3) Dio Chry$oiiome, Orat. de Tano. — (4) Kant, Géographie physique, t. III, part, f, p. 110.