LIVRE QUARANTE-TROISIEME
titude de la Grèce septentrionale. Les Asturies sont exposées au nord ; le climat est froid, mais extrêmement humide ; les maladies r^nantes sont une espèce de lèpre, des dysenteries , des tumeurs scrofuleuses, et d*autres de la nature ie celles que le père de la médecine attribue »ux expositions méridionales (').
M La ressemblance qu*Hippocrate établit enh-e le climat du midi et celui d'orient se trouve encore fausse pour T Europe occidentale, où les vents du midi ressemblent plus généralement à ceux d'occident par leur humidité et leur douceur, tandis qu'au conti*aire les vents d'est sont notoirement plus froids que les vents du nord même, attendu que ces vents nous viennent, par la Russie centi'ale, des monts Ouraliens et des contins de la Sibérie. L'affection catarrhale qui régna eu 1782 fut généralement attribuée au froid rigoureux apporté subitement par un vent d'est, à la suite d'une constitution australe et humide.
» Nous ne pouvons pas non plus admettre la théorie hippocratique à l'égard des climats occidentaux, « Toutes les nations, dit-il, exposées » aux x>enl$ occidentaux oxai le climat insalu- » bre; les eaux qu*elles boivent ne sont point » limpides , parce que les brouillards du ma- » tin se mêlent avec elles avant d'être dissi-
» pés par le soleil qui les éclaire plus tard
» En second Heu, les habitants de ces lieux n sont exposés à des changements brusques » de température; cardans les matinées d'été » il y souffle des vents frais, il y tombe des
• rosées; dans l'après-midi la chaleur les
• tourmente Ils ont le teint pâle, le corps
n faible Respirant toujours un air épais et
•• malsain, leur voix devient forte et rau-
» que L'occident nous présente l'image de
» l'automne. Les peuples qui habitent sous » cette constitution climatologique doivent ■* participer aux maladies des peuples septen- » trionaux et méridionaux. • Un commentateur ajoute : « Us doivent joindre la férocité » des peuples du nord à la légèreté des peuples » du midi. »
• Toutes ces observations d'Hippocrate, saines et justes lorsqu'on les explique dans leur vrai sens, deviennent puériles et absurdes lorsqu'on en veut faire des règles générales.
» Quels peuples sont plus exposés à l'occi -
(•) Casalif Annales des voyages, t. VI II, p. 76 iqq. Thierry, Ob^erv. médicales sur l'Espagne.
dent que les Portugais? Ont-ils pour cela la voix rauque? Au contraire, leur langage est infiniment plus doux que celui des Espagnols. L'air qu'on respire en Portugal est-il épais et malsain? Bien loin de là, les Anglais y envoient leurs malades pour recouvrer la santé. Les Irlandais, continuellement tourmentés par les tempêtes venues de l'ouest, ont'-ils le teint pâle? Au contraire, on reconnaît un Irlandais parmi vingt Anglais à son teint vermeil.
» Hippocrate a-t-il donc avancé des choses fausses? A Dieu ne plaise que je l'en accuse ! Mais il a voulu parler uniquement de certaines contrées de la Grèce; expliquées dans le sens local, ses observations sont justes et profondes. Toutes les côtes occidentales de i'Illyrie, de l'Épire et du Péloponèse ont en effet le climat inconstant qu'Hippocrate compare à l'automne. Le zéjihyr y amène souvent des pluies et des brouillards ; encore de nos jours, le zéphyr impétueux et pernicieux, dont Homère parle si souvent» se fait sentir dans ces parages (*). Les Eliens, selon Strabon, Hesycfaius et Eustathe, étaient, de tous les Grecs, ceux qui avaient la prononciation la plus rude ; ces peuples et leurs colonies mettaient souvent une lettre canine où les autres Grecs n'en mettaient point ; ils disaient heror ou her au lieu de héros (^. Les Étoliens probablement parlaient plus mal encore; leur férocité d'ailleurs est connue : Polybe et Thucydide les traitent de demi-barbares ('). Enfin les habitants de File de Zante, selon Scrofani, ont le teint pâle. Les Grecs occidentaux en général n'étaient pas aussi grands de corps que ceux de l'est et du nord. Ulysse fut nommé par les Étruriens le Nain vagabond,
» Voilà les observations d'Hippocrate justifiées ; voilà, je pense , la vraie manière de lire et d'expliquer un auteur ancien, en le compa* rant avec d'autres écrivains , ses contemporains ou ses compatriotes.
» L'examen critique des quatre climats d'Hippocrate doit nous convaincre de l'impossibilité de fonder une classification des températures sur leurs causes, attendu que ces causes varient toutes avec les circonstances géographiques. C'est en considérant les principales com-
(.) Homère . Odyss. , V, 2S5. XII , 289. XIV , AiA. -(») Slrab. , X , 30S. Hesyeh,, in Y. Eretiiè. Eustal,, In lliad. II, 279.— P) Pohjb., XVII, p. 476, edil. Casaub. Thucyd, , III , cap. 94.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
binaisons des qualités qui caractérisent les climats , qu'on peut les classer d*une manière générale. La chaleur et le froid peuvent être accompagnés d*humidité ou de sécheresse ; de là il r^ulte quatre climats principaux.
» Nous avons d*abord le climat cAati(/ et see. Tel est dans un degré extrême celui des déserts de Sahara et de TArabie ; la terre brûle , le ciel est d*airain ; les eaux saumâtres se vendent au poids de Tor; les plantes languissent faute d'aliment; les hommes et les animaux y sont nerveux , mais en petit nombre ; les teints oliyâtres et les tempéraments bilieux dominent parmi les peuples de ces contrées ; leur caractère féroce et sanguinaire répond à celui de la nature.
» Le climat chaud et humide est celui du Bengale , de la Mésopotamie , des côtes de Zanguebar, de la Sénégambie , de la Guyane , de Panama; là brille une éternelle verdure; là naissent les géants du règne végétal ; mais là aussi d*énormes reptiles se traînent dans la fange des eaux croupissantes qui exhalent la peste ; Thomme robuste se propage avec rapidité , mais son caractère moral le rapproche des brutc ; la peau noire et le tempà*ament phlegmatique appartiennent de préférence à ces régions.
» Le climat froid et $ee nourrit une végétation robuste , mais peu abondante ; les eaipc y sont ordinairement pures, mais crues ; les animaux et les hommes , respirant plus d*oxigène, ont de la force , de la santé ; il y a équilibre entre la partie morale et la partie physique. Ils se propagent lentement , mais avec ordre ; le tempérament sanguin et la peau blanche prédominent dans ce climat, qui appartient à la plus grande partie de TEurope et de l'Asie.
» Enfin le climat froid et humide dans son extrême , tel qu'on l'éprouve en Sibérie et au nord dn Canada , enveloppe l'atmosphère de brouillards malsains , et réduit la végétation à de tristes broussailles , à des mousses rampantes ; les animaux s'y couvrent d'une épaisse fourrure , sous laquelle ils restent engourdis une moitié de l'année ; l'homme grand , mais faible et lourd , ne pense qu'à défendre contre la nature marâtre son existence physique ; la peau roug!&4;uivrée et le tempérament mélancolique semblent nés de cette constituticm du ';iimat.
n En développant de cette manière une idée
du célèbre philosophe Kant{^)^ nous ne voulons qu*indiquer à la pensée les combinaisons des températures extrêmes et leurs effets les plus probables. Nous convenons que les quatre climats principaux n'existent peut-êti'c nulle part sans quelques modifications qui en altèrent la nature. Ces modifications sont de deux genres : les unes résultent d'une succession de deux climats différents dans la même région; les autres sont dues au degré plus ou moins élevé de chacune des quatre qualités constitutives du climat. Ce sont ces modiflcatlons qui, malgré le système hippocratien, peuvent mériter à un climat quelconque la qualification de tempéré y attendu que le vrai sens de ce terme dénote une constitution atmosphérique dans laquelle le froid, le chaud, le sec et l'humide sont également modérés l'un par l'autre. Ainsi, en Egypte, la succession de la chaleur humide pendant l'inondation, et de la chaleur sèche pendant le reste de l'année, tempère un climat qui, sans l'une ou l'autre alternative, serait insupportable. De même la Hollande voit avec plaisir le froid sec succéder au froid humide, qui à lui seul rendrait ce pays extrêmement malsain. D'autres fois cette succession se faisant trop rapidement , ou les deux températures étant trop différentes l'une de Vautre, le climat devient plus désagréable que s'il n'y régnait qu'une seule température. C'est ainsi que les habitants d'Astrakhan et de quelques autres villes éprouvent en été les chaleurs de T Afrique, et en hiver les froids de la Sibérie. Les mêmes constitutions atmosphériques se ti^ouvent encore modifiées par le climat solaire; ainsi la chaleur sèche qui rend le Sahara presque inaccessible, devient à Madrid ou à Marseille une température très convenable à l'homme. Les ftmestes effets de la chaleur humide s'affBdblissent de même en s'éloignant de l'équateur. D'un autre cêté , on trouve le froid sec ou humide de plus en plus supportable à mesure qu'on descend du pôle vers les tropiques. Par exemple, à Bergen, en Norvège, et à Brest, en France, c'est toujours la même constitution de l'hiver rendu variable et humide par le voisinage d'un océan qui ne gèle jamais ; mais quelle différence dans l'intensité du froid 1
(') Mémoire siirles quatre principales conslilutiont de l'espèce humaine, dans le recueil inlitulé : le Philo$9phe mondain tl^àT Engel (en aUemand).