‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 186 sur 229 · LIVRE QUARANTE-OUATRIÉMK · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-OUATRIÉMK

poor ainsi dire dans une dissolution de na* trm).

M On peut réduire toutes les subst<uiccs que la chimie retire des végétaux à quatre éléments, savoir : Toxigène, Thydrogène, l'azote et le carbone. L'alcali qu'on extrait de plusieurs végétaux doit probablement son origine à l'azote; le tannin, principe astringent qu'on trouve dans Técorce, les racines et les feuilles de quelques arbres, semble être du carbone dans un état particulier. Tout est incertitude dans la physiologie végétale, et la géographie des plantes n'en peut encore emprunter qu'un très petit nombre de principes.

* Ce qu il y a de certain et d'évident, c'est que la force végétative embrasse toute l'étendue du globe depuis un pôle jusqu'à l'autre, et depuis les sommets des Andes, où le lichen rampe sur les rochers les plus durs, jusqu'au sein de la mer, d'où s'élèvent les prairies flottantes d'algues et de fucus. Le froid et la chaleur, la lumière et l'ombre, les terrains fertiles et les déserts, chaque lieu et chaque température a son genre de végétation qui s'y plait et prospère (*). Les cryptogames se ramifient même sur les sombres voûtes des mines et sur les parois des cavernes les plus profondes.

» La marche que suit la végétation dans ses conquêtes sur la matière inorganique offre des gradations remarquables. « Que du fond de la mer, dit M. de Humboldt, un volcan soulève tout à-coup au-dessus des flots bouillants un rocher couvert de scories , ou , pour rappeler un phénomène moins terrible, que des néréides réunies [^] élèvent leurs demeures cellulaires pendant des milliers d'années, jusqu'à ce que, se trouvant au-dessus du niveau de la mer, elles meurent après avoir ainsi formé une tle aplatie de corail ; la force organique est déjà prête pour faire naître la vie sur ce rocher. Qui peut y porter si soudainement des semences ? Sont-c« les oiseaux voyageurs, les vents ou les vagues de la mer? C'est ce que le grand éloignement des côtes rend difïicile à décider. Mais à peine l'air a-t-il touché la pierre nue, que dans les contrées septentrionales il se forme à sa surface un réseau de filets veloutés qui, à l'œil nu, paraissent des taches colorées. Quelques uns sont bordés par des lignes saillantes , tantôt simples , tantôt

(') lÀrmiet Araœnllat. acad., IV, (i^.^{^) Humboldt, Tableaux de la oatore, II, 16.

doubles; d'auti*es sont traverses par des sillons qui se croisent. A mesure qu'ils vieillissent, leur couleur claire devient plus foncée. Le jaune qui brillait au loin se change en brun, et le gris bleuâtre des lepraria prend Insensiblement une teinte de noir poudreux. Les extrémités des enveloppes vieillissantes se rapprochent et se confondent, et sur le fond obscur se forment de nouveaux lichens de forme cir* culaire et d'un blanc éblouissant. C'est ainsi qu'un réseau organique s'établit par couches successives. Ou le chéue majestueux élève aujourd'hui sa tête aérienne, jadis de minces lichens couvraient la roclie dépourvue de terre. Des mousses, des graminées, des plantes herbacées et des arbrisseaux, remplissent le vide de ce long intervalle, dont la durée ne peut être calculée. L'effet produit dans le INord par les lichens et les mousses, l'est, dans la zone torride, par le pourpier, le gompbrena, et d'autres plantes basses habitantes des rivages. •

M Cette belle observation tend à établir des époques dans l'histoire de la propagation successive des plantes qui couvrent aujourd'hui la terre. Saus doute lorsque la v^étation étendait déjà son tissu de verdure sur les montagnes primaires et secondaires, on voyait encore les terrains tertiaires, à peine desséchés, couverts d'un limon fangeux et semés de quelques plantes languissantes, de joncs, de mousses et d'épais buissons d'osier et de saules. Les Grecs prétendaient que les hommes, les animaux et les plantes avaient long-temps habité les montagnes avant de se répandre dans les plaines ^ sur les côtes / . Tacite nous peint la Germanie remplie de marais inaccessibles, aujourd'hui en grande partie desséchés. Rudbeck lui-même convient que, d'après les traditions indigènes, les parties basses de la Scandinavie offraient le même aspect ('''). Ainsi l'histoire semble confirmer l'hypothèse si savamment développée par Lacépède et Ramond (^) , d'après laquelle on doit regarder les grandes chaînes de montagnes comme autant de centres d'où la population végétale, aussi bien qu'animale , s'est répandue sur le reste du globe.

» En effet, les chaînes des Alpes, de l'Atlas

(•) Plat, de Leg., III, Oper. Il, p. 677, cdll. Serran. Arittot., Méiéorol., II, 1 i. Strab,^ Géog., L XIII, 407, éd. Cas. — M Rudbeck, Allanlica, I, p. 4S. Torfœi, Hisl. Norv., L p. m. —(3) Méraoirei et rinslKut et Annales da Muséum.

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

et du mont Taurus , le plateau central de T Asie, celui de TAfrique méridionale, les Andes, les AUeghanys, semblent être la patrie des végétaux qui couvrent les contrées situées à leurs pieds. A ces grands centres du règne végétal, le prc^s des découvertes joindra bientôt les plateaux ou les chaînes de montagnes qui doivent occuper Tintérieur de la Nouvelle-Hollande et le nord-ouest de l'Amérique.

>» Ce serait , selon nous, dénaturer entièrement une idée juste et évidente que de vouloir encore réduire ces centres de la vie végétale et animale à un seul centre, ainsi que Tout fait plusieurs savants, trop attachés au système invraisemblable d'une retraite lente et uniforme de la mer. La force organique dont la matière a été animée n'aurai t-elle agi dans l'origine que sur un seul point du globe ? La nature n'aurait-elle pas, sur les rivages du Sénégal , exercé le môme pouvoir qu'aux bords du Gange? Pourquoi les blés seraient-ils nés en Tatarie avant que de naître en Europe? Pourquoi l'Espagne et l'Italie n'auraient-elles pas produit des oliviers sauvages, puisque la Perse, bien plus froide, en est couverte? On exagère beaucoup les prétendues migrations des plantes. On veut, par exemple, que l'Europe ait reçu le fix)ment et l'orge de la Tatarie; le noyer, de la Perse; l'olivier, de la Syrie; la vigne, des bords de la mer Caspienne; enfln on accumule des témoignages historiques pour prouver que presque toutes nos plantes utiles sont venues d'Asie \^) ; mais toutes ces observations des anciens peuvent se rapporter uniquement à la culture d'une plante et non pas à son oiigine. Sans doute LucuUus a le premier amené de Ccrasonte en Pont les cerisiers cultivés depuis en Italie; mais en rapportant ce fait, Pline nous dit que les cerises de Lusitanie étaient les plus estimées dans la Gaule belgique, et que la Macédoine en produisait une espèce particulière (^j. Aurait-il parlé de la sorte si les cerisiers de Macédoine et de Lusitanie descendaient de ceux du Pont? Le même auteur semble convenir que la vigne était indigène en Gaule ('). La tradition unanime de

(•) Heyne, Opusc. acad., YOl. I, p. 330-383. lÀnnée, GoloDiœ planUrum, etc. Sprengel, cité p^r idumboldt, Tableaux de la nature, I. Bureau de la Malle, Aperçu de l'origine des plantes céréales , Annalet des voyages, \,Z2\ iqq.^i*) Plin., lib. XV, cap. 26. — (J) Plin., lib. XIY, 8, 9.

l'antiquité fait nattre en Sicile ou dans l'Attique la culture du froment, culture contemporaine des premiers essais de législation (>). Une espèce de seigle connue sous le nom celtique d'arinca , conservé dans le terme dauphinois n^^uer, était indigène dans les Gaules f'). Ces exemples, qu'il serait aisé de multiplier, prouvent que les plantes céréales, et en général les végétaux de l'Europe, peuvent se passer de l'honneur d'une origine étrangère. D'un autre côté, l'on ne saurait nier que les migrations de l'homme aient singulièrement influe sur l'extension géographique des plantes. Non seulement l'homme transporte à dessein le caféyerde l'Arabie aux lies de Colomb, et la patate de l'Amérique aux rivages de l'Europe ; mais même le simple hasard , en laissant une graine étrangère se mêlera un ballot de marchandise, a répandu plusieurs plantes du Brésil aux environs de Lisbonne, et quelques unes de celles du Portugal sur les côtes voisines de Falmouth et de Plymouth en Angleterre.

M II y a dans la dissémination des plantes plusieurs singularités difficiles à expliquer et môme à définir. Quelques plantes semblent vivre en société et occuper exclusivement de vastes terrains , d'où elles bannissent tout autre végétal. C'est ainsi qu'à travers le Jutlaud, le Holstein , le Hanovre , la Westphalie et la Hollande, on peut suivre une longue chaîne de collines uniquement couvertes de la bruyère ordinaire et de la bruyère Utralix. Depuis des siècles, les peuples agriculteurs combattent avec peu de succès contre la marche progressive de ces phalanges végétales fl. Il est encore singulier que le genre erica ne se trouve que sur un des côtés de notre planète (<). Parmi les cent trente-sept espèces de bruyères connues jusqu'à présent , on n'en rencontre pas uue seule dans le nouveau continent, depuis la Pensylvanie et le Labrador jusqu'à Nootka et Alaschka; elles paraissent même peu communes en Asie. On voit d'autres fois des sauts singuliers dans la distribution des plantes. La

(0 Pausan., In Arcad. Callim,, Hymn. in Cercr. />/in.,vn, 56. — MP'm.iXVUI, S,-[^)Humboldt, Tableaux de la nature» II, 47.

(i) Ce genre occupe , sur une faible largeur, la vaste étendue de côtes qui se prolonge en Afrique , depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'au délroil de Gibraltar, et en Europe depuis Cadlz jusqu'au cap Nord. J- **•

Page 1