‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 194 sur 229 · LIVRE QUARANTE-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-CINQUIÈME

bornées à une seule contrée. Le phénomène géographique le plus remarquable, c'est la migration annuelle des hirondelles^ des cigognes et des grues, qui, aux approcl^ de Thiver, abandonnent les contrées boréales de l'Europe pour se rendre, soit en Italie et en Espagpe, soit même en Afrique. Quelques auteurs assurent que certaines espèces d^hirondelles se plongent dans les lacs et les maraift, où elles restent engourdies pendant l'hiver (')•

N La zone glaciale compte un petit nombre d'espèces qui lui sont particulières, et qui appartiennent au genre canard [anas) (^. Tel est, entre autres, Vanas mollissimaj dont les nids nous fournissent l'édredon. La chouette lapone ( strix laponica) et le lagopède ptarvùgan [têtrao lagopus) vivent sur les montagnes couvertes de neiges perpétuelles de l'ancien et du nouveau continent.

» Chaque grande division maritime du globe a ses oiseaux particuliers. L'albatros plaoe sur les flots dès qu'on s'approche du 40* parallèle de latitude. Les frégates et les oiseaux des tropiques ne s'éloignent pas de la zone torride; leurs espèces diffèrent probablement d'un océan à l'antre. Le pingouin du p61e est le représentant du manchot des mers australes; ces oiseaux sans ailes offrent la dernière dégénération de l'ordre auquel ils appartiennent

» Nous voUà arrivés à un ordre d'animaux bien plus parfaitement organisés que tous ceux que nous venons de considérer. C'est surtout par rapport aux mammifères terrestres qu'il est intéressant de considérer la distribution géogiaphique des espèces dans les diverses zones et dans les deux continents. Cette recherche a déjà jeté un grand jour sur l'histoire de la terre, et se lie même à edle de l'homme (').

» Dans les migrations des animaux , il ne s'agit pas tant de leur force active, ou de l'énergie de leura organes, que de ce qu'on pourrait appeler leur force passive, c'est-à-dire la faculté de résister aux changements de tem-

(*) Gomp. Guinau, dans Bulfon^ Histoirs des oiseaux, toI. XVII , p. S&7. Daines Barrimgtom, Mtocellanies, p. 2)5. Mein. oftbe American Acadeai of Boston, I, p. 494, II, 93 tqq, G. de Moolbéliard , dans différents mémoires.

(*) Le genre anat eomprend les norobrctei eapèces de eanardi, de cygnst et é'oies, J. H.

(') Ztmm«rmaiifi , Zoologie géographique, S foL ln-S«,1783,enalL

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pérature. Souvent dans tout un genre une seule espèce est douée de cette faculté. D^autres fois une espèce animale ne doit sa grande extension qu*aux soins de rhomme, qui a su se Tassu- Jettir, et qui Ta transportée avec lui aux deux bouts du monde. Les organes extérieurs d*un animal subissent déjà de grands cliangeroents par le seul effet de sa domestieité; la diversité des climats en produit d*autres non moins remarquables. Quant aux animaux sauvages, ils se règlent dans leur migration surtout d'après Tabondance ou la disette de vivres ; les carnivores trouvent partout leur nourriture naturelle ; et par cette raison, ils ont dû se répandre fort au loin. Ceux qui ne souffrent point les grands froids n*ont pu passer de Tanden dans le nouveau continent, parce que les seules communications immédiates qu'il y ait entre ces deux continents sont celles formées par les glaces arctiques. 11 y a beaucoup d'espèces animales dont Thistoire prouve Tancien séjour dans des climats beaucoup plus froids que ceux où ils vivent aujourd'hui. Tantôt les persécutions continuelles de l'homme les ont anéantis ou chassés; tantôt les progrès de l'agriculture, en diminuant les forêts, leur ont enlevé à la fois \eift territoire de chasse et leurs asiles.

«Plusieurs mammifères, par leur extension à peu près générale , éludent les lois d'une classification géographique. Ces quadrupèdes sont, ou en état de domesticité, comme le chien, le bœuf, la brebis, la chèvre, le cheval, l'âne, le cochon et le chat, ou dans Vétat sauvage, comme le renard. Tours, le lièvre, le lapin, le cerf, le daim, l'écureuil, le rat, la souris, l'hermine. Il y en a cependant parmi ces animaux qui ne vivent pas dans la zone glaciale.

«LecAten, fidèle compagnon de l'homme, l'a suivi dans tous les climats ; il est chez quelques peuples le seul animal domestique, et remplace pour eux à la fols le cheval et le bœuf. Vers l'équateur, comme vers le pôle, il perd sa voix ; son aboiement se change en un murmure. On trouve les diverses espèces de chiens répandues depuis le Groenland et la Laponie jusqu'au cap Horn et à la Nouvelle- Zélande.

» Le hœuf vit Jusque sous le 64* degré, et même en Laponie Jusqu'au 71'. Il parait que cet animal est natif de la partie la plus chaude

de la zone tempérée de l'ancien conthient; c'est là qu'il atteint le plus haut d^ré de force et de courage. Mais dans les climats humides et froids, comme la Galide, le Holstein, l'Irlande, il prend un plus grand volume, et les vadies y donnent plus de lait. En Islande, c'est dans les vallées exposées au nord et sous le 65« degré de latitude que le bétail vient mieux ; les vaches n'y ont point de cornes, mais donnent beaucoup de lait. L'ancienne colom'e islandaise en Groenland a dû exporter du beurre, du bœuf salé et des peaux de bœufs ('). Ainsi la bienfaisante Providence a voulu que cette utile espèce pût supporter presque tous les climats, et suivre l'homme jus€[u'aux derniers confins de la nature animée.

1» La hreUs et la ehètre supportent également le froid polaire et les chaleurs de la zone torride. La chèvre existe en assez grand nombre en Norvège et eu Islande ^), Il parait qu'il y a trois races originaires de mouton : l'une venue de Barbarie et du mont Atlas, l'autre de la Tatarie, et la troisième du Canada. C'est la race d'Afrique qui s'est répandue en Espagne et en Angleterre. L'aïeul de la brebis, Vargali ou le mouflon, vit encore, selon Ztmmermann, dans toutes les grandes montagnes des deux continents. Le capricorne et le hou» quetin, qui sont les ancêtres du bouc et de la chèvre , habitent les plus hauts sommets de l'Europe.

» Le chenal, qui n'existait point dans le nouveau continent avant l'arrivée des Européens, s'est répandu en Europe et en Islande, jusqu'au-delà du cercle polaire. En Asie il ne passe guère le 64* parallèle. En Amérique il est répandu Jusque sur la terre des Patagons, dont le climat, sous le 60« degré de latitude méridionale, répond aux climats de l'hémisphère boréal sous le 60* degré. »

« Le cheval, dit un naturaliste, est, après le chien, le plus docile et le plus affectueux compagnon de l'homme ; il s'identifie avec toutes les positions de la vie, et s'est acclimaté dans tous les pays où il a suivi l'homme : il est originaire du plateau de la Tatarie ; on en connaît des races nombreuses et variées qui

(•) Spéculum régale, ISS, 191, 300. Voytt cl-dessas liY. XVni, p. 204.

(a) Le genre chtvre comprend trois espèces : la chhfn caucasiquê, U chkvrê de Nubie, et la chèvre oréimtire qui habile toutes les monUgnes de TAsie. J U»

sont celles-ci : arabe, persane, tatare, turque, transylvaine, moldave, hanovrienne, frisonne, iuisse^ italienne, andalouse, anglaise, galloise, normande, limousine, navarrine, auvergnate, bretonne, ardenuaise, franc-comtoise, boulonaise, de la Camargue et de Corse; mais la plus remarquable, sans contredit, est la calmouque qui est revêtue d'un poil très long, très abondant, et de couleur blanche (').

» La race la mieux proportionnée s'est répandue d'abord entre les40« et 56* parallèles, elle était probablement native de la Grande- Boukharie. iLes chevaux tatares et ceux de Pologne et de la Hongrie nous semblent avoir conservé le type originaire de la race. Dans les pays d'un froid humide tempéré , et dans des pâturages fertiles, cette même race est devenue plus grande et plus forte ; les formes , mieux développées, ont pris cette harmonie , cette noblesse guerrière qui distinguent les chevaux danois, normands et napolitains ; ceuxci ont cependant été mêlés avec la race arabe. La troisième variété s'est formée par dégénération , dans les pays trop humides ; on peut même suivre les degrés de cette transformation ; les chevaux du pays de Brème offrent déjà les pieds moins bien faits que ceux du Holstein et du Jutland. Si l'on avance jusque dans rOst-Frlse, les formes deviennent toujours de plus en plus grossières.

n Une seconde race , petite , quelquefois presque naine, a le corps carré, et est douée d'une grande force et d'une agilité surprenante. Elle semble être originaire des plateaux septentrionaux de l'Asie, des steppes des Kirghiz, quoique Pallas regarde les chevaux sauvages de ces contrées comme venus des haras (3). Cette race , selon quelques rapports , parait être répandue dans le nord de l'Inde (') , dans la Chine et dans les îles du Japon. Il est plus certain qu'elle est commune en Russie et en Scandinavie; les Norvégiens l'ont portée en Islande et en Ecosse. Elle existe dans l'tle danoise de Sécland.

» Une troisième race est douée des qualités les plus brillantes : elle unit la légèreté et la souplesse, une grande vigueur et un caractère ardent. Nous voulons parler de la race arabe^

(') Lésion, Manoel de Mammalogie. — (*) Pallas ^ Voyages, 1, p. 376, in-S». *- (0 Pennani, Outlioes of the globe, 11,239.

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qui sans doute a une commune origine avee celle de Barbarie , si elle n'en est pas la souche. Les chevaux andalous en descendent sans mélange. Les Anglais disent que leurs chevaux de course viennent uniquement du croisement de la race barbe avec celle arabe. L'histoire prouve que les Romains, les Saxons, les Danois, les Normands , en y introduisant les races de leur pays, ont fondé celle de l'Angleterre ; ensuite des particuliers ont de temps en temps fait venir des étalons arabes et barbes.

» Vdne^ quoiqu'il ne passe pas pour on animal très délicat , supporte moins le froid que le cheval ; en Europe, il n'est guère commun que Jusqu'au 52' degré ; on ne croit pas qu'il puisse se propager à 60 d^és de latitude. Les climats les plus favorables à Tâue sont ceux entre le 20* et 40* parallèles. Là il devient grand et beau ; il est vif et docile; on le tient en honneur (*).

» L'âne sauvage n'existe aujourd'hui qu'en Tatarie , où il ne dépasse pas le 48* d^gré de latitude p).

» Il faut bien se résoudre à parler du cochon; i'iiistoire de cet animal inmionde jette un grand jour sur celle de l'homme. Le cochon est répandu dans tout l'ancien continent , à commencer du 64« parallèle de latitude boréale. Le sanglier ne s'étend pas jusqu'au 60* degré* Daiis le Nouveau-Monde il n'y avait point de ces animaux avant sa découverte par Colomb; ou les y a portés , et ils y vivent depuis le 50* parallèle jusqu'à la Patagonie. On a trouvé le cochon presque sur toutes les iles du Grand- Océan , où il est même le principal animai domestique.

» Le chat , répandu actuellement sur tout le globe , ne se trouvait pas originairement en Amérique. Comme de tout temps cet animal a dû être compagnon des navigateurs , son absence primitive en Amérique est un argument très fort contre les prétendus voyages des Carthaghiois , et surtout contre l'opinloD que les Japonais auraient entretenu im

(1) De Grandpré, \ojà^^ au Bengale, II, 229. Niebuhr, Descrlpt. de l'Arable. Bochart, Hlerozolooo, lib. Il,ch. 13.

(•) Vdne khour, espèce peu connue , vit â l'état sauvage dans les déserts de TAsie ; les troupe», souvent nombreuses, de cette espèce» habitent l'été les collines, et l'blver les plaines. J. H.

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merce fréquent avec le nord-ouest de i*Amérîque (•).

» Les espèces d*animaux sauvages répandues dans tous les climats des deux continents sont en très petit nombre ; il est même douteux qu'il y en ait, à l'exception de celles qui ont été apportées dans le Nouveau-Monde par les hommes.

» Le renard est peut-être de tous les quadrupèdes sauvages le plus répandu et celui qui s'acclimate le plus aisément. Des troupes nombreuses de renards habitent la Nouvelle-Zemble «t les bords de la mer Glaciale ; mais 11 n'y en a pas un moindre nombre au Bengale, en Egypte, et sur la côte de Guinée. Le nouveau continent, dit Zimmermann, en est rempli depuis les parties septentrionales du Groenland , sous le 78* degré , jusqu'au Mexique , et de là le long des Cordillères, jusqu'au détroit de Magellan. Le renard tricolore on Vagouaraebay se trouve aux États-Unis et au Paraguay.

» Des animaux semblables au lièvre se trouvent paiement en Sibérie et sur le Sénégal , sur les bords de la baie de Baffîn et dans tout le Nouveau-Monde. Buffon adoutéde Tidentité des lièvres américains avec ceux de l'ancien continent ; aiyourd'hui on sait qu'il en existe plusieurs en Amérique. On a dit que ceux du Groenland ne diffèrent des nôtres qu'à l'égard du poil qui reste toujours blanc (^j ; mais les lièvres de ce pays arctique paraissent pourtant être de l'espèce lepus variabilis qui est commune en Sibérie et dont le pelage est gris fauve en été et blanc en hiver (3).

y* L* écureuil, selon Zimmermann, habite l'Europe entière et l'Asie , depuis les extrémités de la Sibérie jusque dans le royaume de Siam, et se rencontre dans l'Afrique et les deux Amériques. Mais dans chaque partie du monde lesespèoes sont différentes.

r^Lèlapin, originaire d'Afrique, d'où il s'est

0) Le chat, et sous ce nom nous n'entendons parler que des espèces susceptibles d'être réduites en domesticité, est originaire de l'Europe : on le trouve sauvage dans nos forêts , et on en distingue en domesticité quatre principales variétés : le chat tigré , le chat du chartreux^ le chat (T Espagne et le chat d*An» gora. J. H.

(•) Oiho Fabricius, Fauna Groenlandica systematlce sistens animalia Groenland!» oocidentalis, bactenus Indagata, Gopenbague, 1780. — {^) Limée , Système, édit. 13*. Gmelin, I, p. 160.

répandu en Europe par l'Espagne , doit avoir été transporté par des colons dans le nouveau continent où il a passé de la domesticitéà l'état sauvage.

» Le cerf parait indigène dans les deux con« tinents. Il habite l'Europe jusqu'au 64« degré, et l'Asie jusqu'au 55% et en quelques endroits jusqu'au 60" degré. Il est donc difficile de croire qu'il ait passé en Amérique , comme Zimmermann le veut (>) : le cerf canadien^ ayant des bois sans emj^aumures , est considéré avec raison comme une espèce à part (2). Zimmermann cherche encore à prouver par de nombreux témoignages que le cerf est répandu dans les lies de Java, de Sumatra et de Gey lan, ainsi que dans l'Abyssinie , dans la Guinée et dans la Barbarie. Mais d'abord les cerfs de l'Inde et des lies au sud-est de l'Asie appartiennent à des espèces différentes de celles de l'Europe (^). Quant à l'existence des cerfs en Afrique^ comme elle est unanimement niée par les anciens (^) et faiblement afiirmée par les modernes (s) , il parait vraisemblable qu'elle se borne à quelques troupeaux égarés d'Asie ou peut-être sortis des parcs royaux et proconsulaires (^.

» Mettrons-nous Voun commun au nombre des animaux répandus tout autour du globe? Zimmermann le retrouve sous toutes les latitudes, à partir du cercle polaire vers l'équa-

('] Ceci ne doit s'entendre que de la plupart des espèces du genre cerf; car Voriginal des Canadiens est Vélan de l'ancien continent {cervus alces) ; et, de plus, le renne [cervus tarandus) est commun au nord de l'Europe ei de l'Amérique. J. H.

(>) Il n'est pas certain que ce cerf soit dlfTérent du wapUi qui habite les vallées du Haut-Missouri. Les autres cerfs américains sont, au nord, le cerfàgran" des oreilles [eervus macrotis), et celui de Virginie (cervmvirginiantu)\eK, au sud, le cerf guazoupoucau {cervus paludosus , celui du Mexique {cervus mexica-nus), le cerfguazouti {cervus campestris) , le cerf gua-^ zoupita (cervus rufus), et le cerf guazoulrira {cervus nemorivagus), J. H.

(3) Ainsi, dansTHlndouston, ce sont le cerf wal^ lich, le cerf axis, le cerf cochon, le cerf hippelaphe , le cerf noir et le cerf d' Arisiote ; et , dans l'Océanie , ce sont le cerf des Marianneê, le cerf cheval, le cerf muntjak et le cerf musc. J* H.

p) Herod, IV, 192. Comp. PUn., Arisi,, etc. Apud WeueUng, ad Herod., loc. cit. — («) Cato*«r, Miscellan , 1. II , cap. 8. Shaw , Voyages ( en français) , 1,3)3.

(^] Quoi qu'il en soit , le cerf commun {cervus ela» phus ) se trouve non seulement en Europe , mais ea Asie et dans le nord de l'Afrique. J. H.

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