‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 196 sur 229 · LIVRE QUARANTE-^NQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-^NQUIÈME

conjecturé quH se trouvait même dans le centre de 1* Afrique (') ; on vient en effet de l'observer au nord du pays des Boushouanas, sous le tropique du Capricorne.

» Les chameaux de Tune et de l'autre espèce semblent être principalement attachés à cette longue suite de plateaux montagneux et de plaines nues et élevées qui traversent tout Tanoien continent, et où ils trouvent les plantes salines, les saUola, les statieej les artemina, le cerisier des steppes et le eytisus hir- $uhu, dont ils font leur nourriture ordinaire.

» L'agile chamois aime les montagnes de la zone tempérée, les cimes des Pyrénées, des Alpes ; des Apennins , des Karpathes , du Caucase, et se trouve en Sibérie Jusqu'aux bords de l'Icfaim. L'antilape-êoiga et ïarUilope à §oîire habitent le plateau de Tatarie; la première s'étend Jusqu*au 53* parallèle. La gaiéUe, aux yeux doux et brillants, aime les contrées plus méridionales; compatriote du chamds dans le Caucase, elle s'étend jusqu'en Arabie, et à travers toute l'Afrique jusqu'en Sénégambie. On la retrouve dans la zone tempérée australe et dans la Cafrerie, avec un grand nombre d'autres espèces d'antilopes. Le genre des antilopes suit, comme les chameaux, les grands plateaux de l'ancien continent; cependant il y a des espèces qui paraissent proprès à la zone tempérée froide.

» Le chakal existe, selcm Zimmermann, en Turque, en Barbarie, au Bengale, et en général dans les pays d'Asie et d'Afrique situés entre 43 et 8 degrés de latitude nord. Mais un animal qui vit si près de la ligne peut sans doute la passer ; les prétendus loups du Congo et de la Cafrerie nous paraissent être des cbakals. »

Le buffU, généralement considéré comme originaire de la zone torride, est devenu domestique, et a été transporté Jusqu'au 46'''paralièle boréal en Europe et en Asie. Deux autres espèces voisines ont chacune leur patrie à part: le bœuf grognant, ou Vyack, habite le plateau de la Mongolie et le Tibet; le buffle de Cafrerie ( bos caffer ) parait répandu dans toute l'Afrique; car pourquoi ne rapporterait-on pas àeette espèce tous les récits des anciens (>) sur

(■} Géogriphie de toutei les ptrtiet da Monde, pa- Ulée ptr Menullè et Mali^Bnm , I , SI S.

(*) jigathareid. tp. PkoL , BiUioth. , c. 39. Strab.t GM)g. XVI « p. 533 edit. Gmab. I. Plin. , YIII» 21

des taureaux monstrueux, carnivores, redoutables aux animaux et aux hommes, qu'on prétend avoir vus dans la Haute-Ethiopie, c'est-à-dire dans le Sennaar et l'Abyssinie, et auxquels Philostorge donne le nom de tawr^ éléphants? Ces rapports sont confirmés par des témoignages modernes (i). L'espèce à cornes mobiles, obscurément indiquée par les andens, parait avoir été reconnue sur la côte de Mosambique. Peut-être retrouvera4-on aussi un joer les bœufs ou buffles des Garamantes, que leurs cornes tournées vers la terre forfaient à paitre à reculons. On pourrait croire que le banasm décrit par Aristote, et qui vivait sauvage da&i les montagnes de la Psonie et de la Médie, canton de la Thrace, était un aurochs, espèce qui vit encore dans les montagnes du Gaoease et des Karpathes, et dont il existe quelques individus dans les forêts de la Lithuanie. Les montagnes du Tibet renferment aussi plusiairs espèces fort remarquables , telles que le b(tufgour et le botuf-jungli-^au [bos frontalis).

« Nous arrivons à des espèces propres à h zone la plus chaude de l'ancien continent.

» La nombreuse famille des singes gambade dans les forêts entre les tropiques, et n'aime guère les climats tempérés , du moins dans son état sauvage. Des singes exposés sur les roehecs de Gibraltar y ont multiplié. Comme le mot singe a été pris dans une acception très générique , on a dit que cet animal , quoique borné à la zone torride, se trouvait égatemeAt dans les deux continents ; mais en distinguant les espèces, on voit qu'il n'y en a point qui soit commune aux deux mondes. Il y a même une limite bien tranchée entre la r^on qu'occupent les guenons, les magots, le mandrill, le chmpanzé et les autres singes d'Afrique, et ceOr où habite le véritable orang-outang, le gibbm, le toouwou, singes les plus rapprochés de la figure humaine , et qui se trouvent dans les Iles de Bornéo et de Java. Dans les quadrumanes, il y a de même des limites marquées à ch«|ae genre; les loris sont des Indes orientales ; les gaUagos de la Sénégambie, et les makis proprement dits appartiemient à Madagascar.

>» La girafe ou le eamélopardalis, si remarquable par la hauteur de sa taille, par son cou

(il faut disUngoer les boBab d'Inde A très grandei cotneSjPlm. VIH, 45. jElian., Hist. anim. XVII, 4S)- (<) Ludolf, Gomment, td histor, ifithiop. I, cap. 10; III, cep. H.

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

de cygne , par ses mœnrs douces et innocentes, semble n'appartenir qu*à une seule région de TAfrique , Savoir à celle qui s'étend en Iongueiu* entre le cap Guardafui et celui de Bonne- Espérance , et à laquelle on doit joindre les plateaux montagneux qui probablement occupent tout l'intérieur méridional de TAfrique , entre les sources du Nil et celles des rivières de Congo , de la Goenza et du Zambèze. Cette région , très peu connue , excepté sur ses bords, semble être très riche en espèces animales : on y connaît trois sortes d*ânes, lezèWe commun, que les anciens nommaient hippotigre, le zèbre Burehell (equus zebroîdes) et le couagga; on y voit le sanglier auquel deux protubérances placées de chaque côté du museau ont fait donner le nom de sanglier à masque. Comme cette région de l'Afrique jouit d'une température peu chaude, la girafe parait y être circonscrite moins par le climat que par son extrême timidité. On la voit jusqu'au 28* parallèle du sud, mais seulement sur la cête orientale.

» Les deux variétés du rhinocéros ont chacune leur patrie : celle à deux cornes n'habite que l'Afrique méridionale, à commencer par le Congo et l'Abyssinie; l'autre, à une corne, se trouve aux Indes orientales et dans la Chine. Dans ce dernier pays , les rhinocéros vivent jusqu'au 30* parallèle du nord; ils se sont, de l'autre côté, répandus jusque dans les Iles de la Sonde. Quelques relations font pourtant croire que des rhinocéros à une corne existent au Monomotapa ; mais ne seraient-ils pas d'une espèce particulière (') ?

» V hippopotame est aujourd'hui borné à la seule Afrique; habitant de tous les grands fleuves de cette partie du monde , il s'y noui^ rit de v^étaux ; il se montre déjà en grand nombre près du cap de Bonne-Espérance.

» Les éléphants d'Afrique et d'Asie sont de deux races différentes, et qui probablement ne se sont pas mêlées ; car l'éléphant asiatique n'habite que les Indes , la Chine, depuis la latitude de 30 degrés , et quelques lies au sud- Ci ) Barcbell a -cd effet signalé dans les plaines méridionales de TAfrique une espèce encore mal connue , et dont la taille est double de celle du rhinocéros du Gap4 les loologistes lu! donnent le nom de rhinocéros de Burehell. Ainsi Ton connaît cinq espèces de rhinocéros vivants : deux en Afrique , une en Asie, et deux dans les lies de Java et de Sumatra. Cette dernière a, comme celles d'AfHque , deux coraes sur le nez. J« H*

est de l'Asie où fl a été conduit par l'homme : on ne trouve en Perse et en Arabie que ceux que de temps en temps on y mène, etron,sait que l'éléphant ne multiplie pas lorsqu'il est en état de domesticité. L'éléphant africain ne monte qu'au ^0« degré de latitude nord ; delà jusqu'au Cap , toute l'Afrique en est remplie.

» Le lion , ce puissant et redoutable roi du peuple quadrupède , a perdu une grande partie de ses États; car il existait du temps d'Homère, et même de cdui d'Aristote, en Grèce et en Asie-Mineure (*). On sait , par l'histoire proi^e et sacrée, qu'il y avait des lions en Arménie , en Syrie , en Palestine et en Egypte, Dans tous ces pays , le lion ne se montre plus. Ce terrible animal a appris à craindre les armes encore plus terribles de l'homme ; il s'est retiré dans les contrées les moins peuplées ; il habite les déserts de l'Arabie , d'où il fait des excursions aux environs de Bagdad; on le trouve en Perse dans les montagnes de raindoustan, sur la côte de Malabar, dans les Ghattes et dans l'Indo-Chine. L'Afirlque a tou-^ jours été et est encol^ le pays qui nourrit le plus de lions, quoique les Romains, en les re* cherchant pour leurs spectacles sanguinaires , en aient diminué le nombre. Les plaines élevées , mais brûlantes , qui sont au-delà du mont Atlas, nourrissent les lions les plus forts et les plus courageux.

>»Le tigre, moins répandu que le lion, monte plus près du pôle ; Toumefort en vit plusieurs sur le mont Ararat. Les auteurs russes prétendent qu'on voit de temps à autre un tigre s'égarer jusqu'en Afongolie et aux bords de l'Ichym en Sibérie P). Il existe aussi dans la Perse orientale et en Chine ; mais les climats où il développe le mieux son vaste corps et son caractère féroce , sont ceux du Bengale , du Dekhan , de Malabar, de l'Indo- Chine, de Ceylan et de Sumatra. C'est là que le tigre royal, digne favori des monarques de l'Orient , s'enivre du sang des esclaves qu'on livre à sa rage.

» L'Afrique ne roaferme point de vrais ti-

(i) Herold. VII, c. if B.AHêi., Hist. anim. VI c. 31.

(*) Géorgi, Description de la Russie, III, 1519. Nous avons vu plus haut que ce fait a été conflrmé tout récemment par Je témoignage de M. de Humboldt, et que l'on trouve des tigres Jusque sur la pente occidentale de PAltal. j. H.

grès : elle en a revaBche les panthères et les lioforâê, deax espèces qui ne diffèrent senslbleo&ent que par leurs taches, plus belles et mieux arrondies chez le léopard « qui habite surt(mt la Guinée et la Sén^mbie. Vonee, qui diffère de la pantbère par son poil gris et wa naturel plus doux, est plus répandue : on la trouve dans toute la Barbarie , dans TArabie, et Jusque dans la Tatarie et la Chine. Elle se montre aux environs de Kouznetzk en Sibérie.

» De cet aperçu de la distribution géographique des animaux propres à Tancien continent, il semble résulter une vérité générale : Yintérieur de CAsie et celui de f Afrique ont été, chacun de Uur côté, les patries <tun certain nonUfre d'espèces animales. Le tigre, rél^hant indien, le chameau à deux bosses, le mouton sauvage , le koulan ou âne sauvage , le dgifgtai ou Vâne-eheval , le bœuf grognant, rélan, le porte-musc, voilà les animaux caractéristiques du plateau central de TAsie. Ceux qui caractérisent le plateau oriental de l'Afrique sont : le lion , Téléphant d'Afrique , le dromadaire, la girafe, le buffle de Cafrerie, le zèbre, le couagga, les guenons , les mandrills. Nous sommes persuadés que le plateau septentrional de l'Afirique ou le mont Atlas , le plateau occidental de T Asie ou le Taurus , et le centre de TEurope ou les Alpes , ont également eu leurs races animales indigènes, mais ces vérités générales, nous Tavouons , offrent un moindre degré d'évidence.

»Si les deux grandes masses de Tancien continent ont produit chacune ses races d'animaux » pourquoi le Nouveau-Monde B*aurait- U pas les siennes? Pourquoi la magnifique chaîne des Cordillères du Mexique et du Pérou aurait-elle été plus étrangère au mouvement général des forces vitales que les plateaux d*Asie et d'Afrique?

» U n'y a rien de plus naturel que de penser que le continent vaste et isolé de l'Amérique a çu aussi sa création à part Les animaux , en très petit nombre , qui ont pu passer d'un continent à l'autre par le nord ne pouvaient guère parvenir à traverser les climats plus chauds du milieu de l'Amérique. Ainsi, FAmérique méridionale du moins serait restée absolument déserte, si la nature, qui ne laisse aucune terre sans habitants, n'avait pas fourni au nouveau continent des espèces ani-

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