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LIVRE SIXIÈME

Suite de l'Histoire de la Géogr«phie. — Analyse de la Géographie de Strabon. — Europe. — Discussion

du voyage de Pythéas.

» Nous allons retracer l'Europe de Strabon ; et, pour mieux rendre ses idées, noiis sidvrons le même ordre que lui. VIbérie ou l'Espagne commence la série des contrées décrites par ce géographe. Quoiqu'il ait donné aux Pyrénées une direction nord et sud , et qu'il ait consi^ ôété les côtes , depuis les Pyrénées jusqu'au cap Sacré, comme formant l'un des côtés du carré dans lequel il circonscrivait la péninsule, il a bien retracé l'état physique du pays et les mœurs des peuples ibériens. La Bétique, fertile en bulle et en laines fines , ornée de villes superbes , telles que Gades , Corduba et Hispalis (notre Se ville , était habitée par les Tur~ dctaniy peuple qui possédait d'antiques monuments de poésie et d'histoire , et dont le nom défiguré et la félicité exagérée avaient servi de base aux contes grecs sur Tartessus. Les Lusitani , agiles à la course , redoutables dans la petite guerre , habitaient entre le Jogus et le Durius; plus au nord , les GalMci

(') (?owe//iM, Recherches, ï, 44.

ou Galleci des auteurs romains , et les Catitabri, sauvages habitants de montagnes d'un difficile accès, ne baissaient qu'à regret leur front audacieux devant les faisceaux de Rome. De ïlbenu ou Ebre, vers les sources du Tage, demeuraient les Celtiberi , reste des anciens conquérants venus de la Celtique, et qui, dépouillés par les Romains de leurs châteaux forts, s'accoutumaient à la vie policée. L'industrie et le commerce enrichissaient les villes ibériennes sur la Méditerranée , parmi lesquelles, depuis la destruction de la trop fidèle Sagunte^ celles de Tarraco et de Carthago- Nova brillaient au premier rang (").

n Parmi les Iles voisines de l'Ibérie , Strabon compte les J?aZ^are5, peuplées par une nation gaie, voluptueuse, et renommée pour son habileté à se servir de la fronde ; les Pityuses^ qui sont aujourd'hui Iviza et Forraentera; enfin, les Cassitérides ou lies àétain, «, situées, dit-il, dans la haute mer, au nord

(') Sirab, III. passim.

HISTOIRE DE LÀ GÉOGRAPHIE

du port des Ârl^bres (i). t Le port des Artabres est celui de la Gorogne. Dans un autre passage, il place ces lies à la hauteur de la Grande-Bretagne p). On concilie ces indications en se rappelant que lesgé(^raphes, avant Ptolémée, faisaient de la Grande-Bretagne une lie triangulaire dont la pointe méridionale leur paraissait peu éloignéede Textrémité septentrionale de FEspagne (^). Les lies Sorlingues , situées au sud-ouest de la Grande-Bretagne, devaient, d'après ce système, paraître voisines de TEspagne (^j ; ce sont donc les Cassitérides. Les Carthaginois, sous les ordres d'Himilcon, avaient exploré ces régions; ils avaient découvert im groupe dalles appelées QEstrymnides; et l'ile des AUnons, TAngleterre, et celle des Hihemi, Tlrlande (*) ; d'autres écrivains les ont appelées Hespérides ou lies d'Ouest (^]. Il est probable qu'elles ne servaient que de stations etide factorerie aux négociants de Carthage et de Gadesqui venaient acheter de l'étaintiré des mines de Gornouailles. Lorsqu'après le voyage de Pythéas le commerce de l'étain eut pris une autre direction par la Gaule et Marseille, on oublia les Cassitérides, et on finit par les regarder comme fabuleuses (^).

» Le quatrième livre de Strabon commence par une description assez vague de la CelUque ou de la Gaule, contient celle de la Grande- Bretagne, et se termine par un coup d'oBil sur les Alpes. Il donne aux c6tes occidentales de la Gaule une figure très fausse, en supprimant ou réduisant à peu de chose la péninsule des Osismii, qui est la Bretagne actuelle, et qu'avait indiquée Pytiiéas. Par une conséquence de cette fausse idée, le Rhin est censé couler parallèlement aux Pyrénées ; les Cévennessont placées au milieu du pays dont l'étendue se trouve rétrécie d'un tiers (»). La division de la Gaule en Belgique, Celtique propre tlAquitaine, indiquée par César (*), a été mieux saisie par Strabon que par Diodore de Sicile, qui, trompé par les noms latins, imagina deux peuples distincts, les Celtes et les Galates (^). En décrivant les Galatm comme une nation

(•) Strab, HT In fine. — (•) Id. II, 181. Alm. — (3) ÂT^pian. Iber. I. 6. — (<) Diod, Sic, V, 38. Piin. IV. 22; VII, 56. —(i)Avien. Ora mariUma. 90, n2, etc. — {^) Dion, Perieg. 563. — ^ Plin. XXXIV, W. ~ (8) Strab, IV, In princip. II , 190. Almel.— (»)C(w Bel. gaUa, 1. — (•<>) Diod.Y,^,

blonde, de grande taUle, et répandue très loin au nord, Diodore nous oblige à y voir les Belges de César et de Strabon. Ce dernier nous retrace rapidement la fertilité de la Gaule narbonnaise, qu'il compare à l'Italie, les sages lois de Moêsilia, la grandeur naissante de Narbo, siège de la puissance romaine ; la population considérable même des parties intérieures et septentrionales; enfin, la vie simple et un peu grossière de ces nouveaux sujets de Rome (1).

» Il passe à la Brétanniké ou Grande-Bretagne, à laquelle il donne ime forme triangulaire: l'un de ses côtés, dit-il, court parallèlement au rivage gaulois ; l'autre suit la direction de la côte septentrionale d'Espagne; la troisième est peu connue (*^). Les riches pâturages de cette lie, les brouillards qui l'enveloppent, les mœurs agrestes des habitants , et leurs hameaux épars au sein des forêts, offrent une peinture plus exacte. A côté de la Brétanniké, mais plus au nord, se trouve leme, grande lie habitée, disait-on, par des peuples anthropophages et étrangers à toute espèce de civilisation P). Cette terre, dépeinte comme stérile et presque inhabitable, est pourtant la fertile Irlande, nommée en celtique Erin ou lerin. C'est la terre la plus septentrionale que Strabon admettait dans son système; il la plaçait beaucoup plus au nord que les embouchures de l'Elbe ou Albis, limites de sa géographie continentale de ce côté : il croyait les sources du Borysthène et du Tanaïs aussi éloignées au nord que l'Ile leme, et il terminait à cette hauteur son Europe par une ligne vague qui, en prenant ses mesures à la lettre, correspondait en grande partie au cinquante- cinquième parallèle de latitude de nos cartes (<).

» Cependant les découvertes réelles des anciens s'étendaient plus au nord que ne le pensait Strabon. Un navigateur marseillais, le célèbre Pythéas^ qui vivait un peu avant Alexandre le Grand, avait pénétré jusque dans la Scandinavie, peut-être jusque dans la yner Baltique, et avait décrit ce voyage extraordinaire dans des ouvrages dont 11 ne nous reste malheureusement que les titres (») et quelques

(•) Strab. rv. mcd. — (») Id. II, 181 et 190. Almcl. Comp. III, In fine; 1 . 110 , etc. — (*) Strab. II, 124, 175, etc. - (♦) Id. II et VII, passim. — (s) Marc, Heracl. Scbol. Apoll, Rhod, Geminm , Isag. c. 6.

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