‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 21 sur 229 · LIVRE sixitm · texte numérisé non relu

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citations évidemment inexactes, ou même défigurées à dessein. C'est en comparant ces débris insignifiants d'un grand ensemble , que nous sommes restés convaincus , malgré l'autorité d'un Gossellin, que les découvertes de Pythéas lui appartiennent en réalité, et que les absurdités mises sur le compte de ce voyageur par les anciens et les modernes , disparaissent en grande partie dès qu'on admet dans ses relations , ou dans les extraits qu'on en adonnés, r.emplo> de deux itades différents* Voici, dans cette bypothèse, les principaux points qui nous restent de son voyage*

» £n sortant du détroit des Colonnes, il se rendit au cap Sacré , dont il fixa , dit-on , l'éloignement du détroit à 3,000 stades ; ce qui est juste en considérant ces stades comme étant égyptiens, ou de 1,111 7 au degré (^].

» Un autre promontoire , voisin de quelques Iles , s'avançait plus à l'ouest que le cap Sacré; il s'appelait CaWium; c'est le nom que l'auteur des Orphiques semble donner , soit aux Alpes, soit aux Pyrénées (^l. Ce promontoire semblerait donc être le cap Finistère en Espagne. Aucun indice direct sur la latitude de ce promontoire n'a été conservé chez les anciens ; on dit seulement qu'il était situé dans le pays des Ostidamniens, ou Oêtiœi, ou Ostionet, ou enfin Cossihi (^j, peuple qui, malgré tant de noms, est resté inconnu. Mais nous pouvons pourtant aMrmer, contre l'opinion de beaucoup de commentateurs, que ces peuples ne sont point les habitants de la Basse-Bretagne, puisque, dans un autre passage, Strabon nous apprend expressément que Pythéas donnait à ceux-ci le nom de Timii {*). Ce nom ne fournit donc aucun argument contre l'identité du i»romontoire CaUnum avec le cap Finistère d'Espagne.

» A trois journées de navigation de ce cap , Pythéas parvint à des' lies dont la principale était nommée Uœisama. On s'est généralement accordé à considérer cette lie comme étont VU xantis de l'itinéraire d'Antonin, et rile d'Ouessant de nos cartes. En effet, une heureuse navigati(m a pu conduire Pythéas du cap Finistère à cette lie, à moms qu'on ne veuille reftiser aux Marseillais la science nautique nécessaire pour traverser la haute mer ,

(•) Sirab. l, 113. Alm. *- (') Orph, 1, 121. — (*) Steph. de urb. in voce OêtUmeSé Strab» L c. —

ce qui, ea ftdiant rentrar tout le voyage de Pythéas dans la classe des fobles , en rendrait la discussion superflue.

» La grande lie &! Albion se présente ensuite au nombre des pays visités par Pythéas ; il lui donne 20,000 stades de long, mesure prise en stades ^yptiens, et qid correspond à peu ïM:ès à la longueur réelle , en suivant les sinuosités de la côte occidentale, depuis le cap Landsend jusqu'au cap >^'rat, en Ecosse (^). U faut évaluer de même, et avec mohis de rigueur, la mesure de circonférence d'Albion, indiquée à 40,000 stades par Strabon. Mais quand Pline assure que Pytiiéas fixait cette même circonférence à 30,600 stades , il est clair que cette dernière indication était exprimée en stades de £33 au degré, et qu'au fond elle était identique avec la première p).

»I1 parait que Pythéas orientait mal la Grande-Bretagne^ qu'il retendait en longueur de l'est à l'ouest , ou au nord-ouest , et qu'en traçant la côte méridionale plus au nord et sud qu'elle ne Test, il regardait la pointe orientale de l'Angleterre comme formant ime des extrémités septentrionales de cette grande Ile. C'est à peu près ainsi que Strabon et une foule d'autres géographes orientaient leur Albion ou Britannia; et en attribuante Pythéas l'erreur commune de tant d'autres anciens, on conçoit comment ce voyageur a pu placer l'extrémité septentrionale de la Grande-Bretagne à 42,700 stades de l'équateur, mesure qui, prise en stades de 833 au degré, coïncide avec la latitude de 61 degrés 16 minutes , et, .par conséquent, à peu de chose près, avec la pointe nord-est du Kent. Cette pointe devait, aux yeux du navigateur marseillais, terminer Albion au nord. La même mesure, prise en stades de 700, a fait croire à Eratosthène et à Strabon que Pythéas étendait la Grande-Bretagne jusqu'au parallèle où le plus long jour est de dix-neuf heures, c'est-à-dire au 61 parallèle, à 60 lieues plus au nord que 1 extrémité septentrionale de l'Ecosse (3).

» En continuant son voyage au noid-est, ou, comme il croyait, au nord, Pythéas trouva, à six journées de navigation au-delà d'Albioo, une partie de la côte du Jutland, nommée aujourd'hui Thy ou Tkyland, et, dans l'ancien

(') Strab. I, 111. U, 163. — (>) Plin. IV, 16. — (>) Gomp* Gosseltin , Géogr. analys. 47 , 48 , elc* £rat<Mhène, Simbon^PUne^ (Mkêibids

HISTOIRE DE lA GÉOGRAPHIE.

Scandinave, Thiuland. Il changea ce nom on ThuU ou Thyle; car les manuscrits donnent l*une et l'autre variante. Il estima sa navigation à 600 stades par jour, ou à 3,600 en tout, et dut en conséquence fixer la latitude de Tliule à 46,300 stades de l'équateur, ou à ô5 degrés 35 minutes, le degré pris à 833 stades ; ce qui est presque un d^ré trop au sud. Mais la description de la nature du pays offre la vérité la plus frappante. Les dunes sablonneuses du Jutland, ses collines mouvantes au gré des vents impétueux, ses marais couverts d*une croûte de sable où le voyageur imprudent est englouti , enfin les brouillards d'une espèce particulière qui infestent cette contrée, voilà les phénomènes qui firent dire à Pythéas qu'aux environs de Thule, la mer, Talr et la terre semblaient se confondre en un seul élément (1). Les nuits, réduites souvent à deux ou trois heures par les longs crépuscule^ , la culture du millet dans le nord et celle du blé dans le midi, l'abondance du miel, l'usage de l'hydromel , la coutume de dessécher les blés dans de vastes granges, tout ce tableau de Thule, tracé par Pythéas, convient éminemment aux côtes occidentales du Jutland.

» Telle est^ nous le croyons, la Juste explication de la plus fameiise énigme que renferme la géographie ancienne* Les autres opinions qu'on a proposées à cet égard ne sont fondées que suèdes expressions erronées de quelques géographes- anciens, qui semblent s'être mépris, sur la valeur des stades employés par Pythéas. C'est ainsi qu'Eratosthène, en évaluant les stades à 700 par degré, plaça Thule à 66 degrés, ou sous le cercle polaire (^) ; ce qui est contraire à un passage authentique de Pythéas lui-même , conservé par Geminus, et dans lequel il dit « que les nuits, à Thule, lui paraissaient être de deux à trois heures pj. » Parmi les défenseurs modernes de l'erreur d'Eratosihène (*), la plupart, séduits peut-être par les auteurs nngio-saxons (*), y ont ajouté une nouvelle invraisemblance en rapportant cette latitude aux extrémités ieptentrianales de l'Islande; comme si Pythéas, venant du midi, n'eût pas

(0 5fra*. 1, 109. Almcl. lï, 163, 175; IV, 308. — (•) Sirab, U, ï63. cUî. — (») Gemin. introd. Id plisnotn. ^ (4) Ciuver, SchottuSt Baxter ^ Gotsel- /m , etc. — (S) Beda, II , de nat. rer. p. 9 ; de iemp. raL p. 129. Alfred, iaOroi. etc.

dû indiquer de préférence la position des cdt^s méridionales. D'ailleurs ce voyageur n'avait potot dit que Thule était une lie plutôt qu'une partie du continent; c'est une assertion des écrivains postérieurs môme à Strabon {*). Enfin, des Islandais ont complètement démontré que la description de Thule n'offre pas un seul trait de ressemblance avec leur patrie («).

» Il parait que d'autres géographes, ayant calculé les stades à 500 par degré, plaçaient Thule près du pôle, à 87 degrés de latitude, et, pour être conséquents, faisaient dire à Pythéas que les jours et les nuits y étaient de six mois («).

>» Quelques anciens, choqués de l'invraisemblance d'un voyage aussi lointain, employèrent sans doute un stade de 750 ou 769 au degré indiqué par Pline et Hipparque : leur calcul réduisit la latitude de Thule à 60 ou 62 degrés; ce qui correspond à la latitude de In Norwége méridionale , où il existe un canton nommé Thélémark, Thilemark, et même, dans une saga isiendaise, Thulemark. C'est peutêtre la Thule, vue de la flotte romaine qui fit le tour de la Grande-Bretagne; c'est certainement la contrée indiquée sous ce nom dans PtoIémée(^j* Des géographes savants ont pensé que c'était aussi la terre découverte pai' Pythéas (*) ; et cette opinion , revêtue de tout ce qu'une profonde et saine érudition peut offrir de plus imposant (% mériteraitune discussion plus détaillée, si la l>rièveté que nous prescrit h plan de notre ouvrage ne nous la défendait. Nous observerons seulement que tout ce que les anciens ont dit sur Thule postérieurement à Pythéas nous parait vague, contradictoii*e et uniquement fondé sur la conftjsiondes stades. C'est sans doute en cherchant à réunir ces traditions opposées , que Procope f ) a été conduit à considérer toute la Scandinavie comme étant comprise sous le nom de Thule ; les curieux détails dans lesquels il entre sur les mœurs des Finnois et des Goths (en observant même l'orthographe Scandinave de ce der-

{*) Strab. loc. cil. — {*) Arngrim Jonœ, spec. Island. HIst. p. 91. etc. — (5) Plin, II, 75; IV, 16. — (♦) Ptolem, II, 3; VII. S. Agath. Steph, de urb. Comp. Tacit. Agric. — (*) Ortel. in voce Thule, elc. Scheidt. praf. ad orig. Guelferbyt. 1, 89. — («) Sehœn" ningt Méro. sur les connalss. géogr. det anc. dans )e Nord, daos les âlém, de la Société littéraire de Copenhague, tom. IX et X , en daBois. -- C) Proa et Bell. gotli.111,4.

UVRK SIXIEME.

nier nom ) ont tellement frappé quelques savants , qu'ils n*ont pas hésité de lui donner une préférence exclusive (*}. Il est cependant probable que le nom de Thule n*a jamais eu, ni dans la relation de Py théas, ni dans la Scandinavie même , une acception aussi générale.

»> Py théas connaissait encore d'autres parties du nord; il parlait d'une grande lie qu'il nomme Basilia, c'est-à-dire l'ile du roi, et Pline semble croire que c'était la même que Xénophon de Lampsaque appelait Baltia P). On ne saurait déterminer quelle partie de la Scandinavie ces anciens ont voulu désigner, puisque le mot belt ou balt parait avoir dénoté originairement toute étendue de mer parsemée d'Iles (3), quoique la signification en ait été ensuite restreinte à l'ensemble des canaux d'entrée de la mer Baltique (^), et même, dans les temps modernes, à deux de ses canaux. L'opinion commune est pour la Suède méridionale, qui, encore long-temps après, passa pour une Ile sous le nom de Scandia ou Scandinavie.

>» On ne saurait pas non pl\is décider si Pythéas a visité lui-même \acôtede f ambre jaune, c'est-à-dire la Prusse orientale. Pline, souvent copiste inexact , lui fedt dire « qne les GuHch ne«, nation germanique, habitaient l'espace de 6,000 stades au bord d'un golfe de l'Océan, nommé Mentanamon. A une journée de la contrée des Guttones était l'Ile Abalus^ où l'on recueillait l'ambre jaune; les habitants le vendaient à leurs voisins les Jeutons. »

» La mer Baltique est le seul golfe de l'Océan septentrional auquel convienne la mesure de 6,000 stades qui , à 833 par d^é, équivalent à 140 où 1 50 lieues marines. Les peupies qui habitaient la Scandinavie , le Danemark , la Prusse , portaient le nom commun de Goths : ce sont les Guitenes , ou plus exactement les Goutones de Strabon , vaincus par Maroboduus; les Gothones de Tacite, les Gythones et les Gutœ de Ptolémée , les Gothi d*Aelius et de Flavius, les Gothuni de Glaudlen , les Cotinoi de Dion Cassius , les Gantes de Procope et des Islandais. Le voyageur mar-

(^)Rudbech, Allant. I, 19, p. 501. Kalstrom, de Thule, €. 3, p. 44. — (a) Plin. IV, 13, 16; XXXVII, fl. Solin, 30. Diod. Sic. V. — (î) Corap. f^erel. NoUe in Hervaray-Saga , p. 18, -^ (*) Adam. Brvm^ ap. jfindtjibTog, p. 63.

seillais a évidemment employé le nom de GtU^ tones dans cette signification générale ; signification que les recherches des vrais savants ont depuis long-temps mise hors de doute (>)• II est donc Impossible de décider si Pythéas , en visitant les côtes de la Prusse , y a connu les branches des Goths, qui , selon les Islandais , ne sembler^ent s'y être établis que trois siècles plus tard , ou si ce voyageur s'est arrêté parmi les Goths de la Scandinavie, qui ont pu lui apprendre ce qu'il a rapporté sur la mer Baltique et le commerce d'ambre jaune.

» Les découvertes de Pythéas n'auraient jamais paru, suspectes aux yeux de la critique , si l'on se fût rappelé combien d'autres notions, à la vérité incohérentes , mais d'ime authenticité, frappante , les Grecs , avant Strabon , avaient obtenues sur le nord de l'Europe. Outre Xénophon de Lampsaque , on cite Timée et Philémon comme ayatnt donné de nombreux détails sur ces régions ; on savait qu'il s'y trouvait beaucoup d'Iles , parmi lesquelles , outi^e Baltia , on remarquait Raunoma {^) , dont le nom est scandinavien et signifie l'Ile à ambre jaune ;' on parlait d'une lie Baunamanna , et ce nom , également scandinavien , veut dire : « hommes allumant le phare. » Des méprises semblables auraient<elles pu être faites autrement que sur les lieux mêmes?

» Mais l'orgueilleux esprit de système , au lieu d'étendre ces premières découvertes , les rejeta comme des fables. Stralx)n dédaigne de discuter le voyage de Pythéas ; et quittant les lies Britanniques , qui sont pour lui l'extrémité du monde , il s'en retourne vers le midi pour décrire les Alpes et les contrées situées entre les branches de cette chaîne de montagnes. Quoique agréablement écrite et semée de détails historiques assez intéressants sur les Rhétiens et autres nations alpicoles, cette description , qui parait être prise dans les ouvrages de Polybe p) , prouve que les anciens n'avaient point de notions précises et complètes sur ces fameuses montagnes, même en faisant abstraction de toute science géologique. Strabon fixe le commencement des Alpes près de Gênes, tandis que Polybe , en les plaçant aux environs de Marseille, semble avoir avec

(•) Suhm, Histoire critique. LeibnUz, Mise. Berol. Voy. ci-après. Uv. XV, et le volume de l'Europe. — M Plin. IV, 16; XXXVII, 2. — {})Slrab. tV, in fine Comp. Polt^b. II et III,

HISTOIBE DE LA GÉOffiUPHIE.

quelque raisoncegardélemontVentoux comme en formant le promontoire occidental. Les Alpes finissent , selon Strabon, au mont Ocra, au nord de Tlstrie ; d'autres les étendaient Jusqu'aux confins de la Macédoine et de la Thrace [^). Notre géographe fait mention des glaciers et des avalanches, mais d'une manière un peu confuse.

H Des Alpes, Strabon passe à V Italie et aux Iles voisines de cette célèbre contrée. Il est curieux de voir ce savant géographe discuter gravement si lltalie a la figure d'un triangle ou bien celle d*uu carré ; nos enfants en savent plus à cet égard. C'étaient les fausses latitudes de Marseille et du détroit de Sicile qui le forçaient à donner à la péninsule italienne une direction presque est et ouest; erreur dont Polybe paraît avoir été Fauteur p). Les détails physiques et historiques offrent pourtant ^ beaucoup d'intérêt : nous le suivons avec plaisir dans sa marche rapide à travers les fertiles plaines de la Gaule cisalpine ^ déjà comprises sous le nom d'Italie ; nous apprenons que les vastes marais traversés par Anuibal avçc tant de peine occupaient une partie des champs aujourd'hui si riants qui avoisinent Parme et Modène ; nous trouvons Ravenne située alors précisément , comme Venise aujourd'hui, au milieu des lagunes , et ayant des canaux en place de rues ; nous visitons les rochers cultiyés par le laborieux Ligurien^ le port de Luna avec ses carrières de marbre , aujourd'hui si célèbres sous le nom de Carrare ; les antiques villes de VÈtrurie , premier siège de la civilisation en Italie ; les régions des Sabine et des Umbriem , riches en pâturages ; le petit canton de Latium , qui renfermait la capitale du monde. Strabon , qui ne ressent pas une admiration très vive pour les conquérants et les oppresseurs de l'univers, accorde cependant de justes éloges aux chemins publics , aux aqueducs et autres constructions d'utilité publique dans lesquelles Rome étalait sa puissance. Il passe ensuite aux plaines de la Campanie , dont on admirait de tout temps l'inépuisable fécondité ; il nous montre le commerce et les flottes de la Méditerranée concentrés à PuUolij tandis que les mœurs presque grecques de Neapolis y attiraient les Romains lassés du tumulte de la capitale. Le Véstm)e repo-

(•) Mêla, II, 3. P/in.III, 25. — (,) Gomllm, Recherches» eic.» II, 14.

sait alors depuis plusieurs siècles , mais 11 montrait à Strabon des indices d'ancienne éruption. Après avoir parcouru le Samniwm » dépeuplé par les sanglantes victoires de Sylla, la Lucarne , le Rrutium ( la Calabre des modernes] , YApulie et d'autres moindres provinces, toujours en suivant la division par nations qui subsistait encore , Strabon rapporte quelques traits curieux de l'histoire des colonies grecques qui avaient civilisé ces contrées, et parmi lesquelles Locri^ Crotone et Tarente même s'éclipsaient devsunt la grandeur alors naissante , et aujourd'hui anéantie , de Rrundusium. Notre géographe décrit ensuite avec soin la riche Sicile , le grenier de Rome ; la Sardaigne malsaine et la sauvage Corse ne lui avaient paru mériter qu'une mention passagère à côté de la petite lie d'Ilva ou Elbe. Ij avoue poiu*tant que Syracuse , dévastée par Pompée, ne devait aux soins d'Auguste qu'une restauration partielle, et que cette ville, jadis immense, n'occupait plus que l'Ile Ortygia et une petite lisière du continent ()).

» Après avoir consacré deux livres à la description de l'Italie,. notre géographe comprend dans un seul tout le nord de l'Europe depuis le Rhin jusqu'au Tanaïs. Au-delà de l'Ëlbe, Strabon , en dépit de Py théas , ne veut plus •rien connaître^ et même en dedans de cette limite il dénombre les nations germaniques p) avec si peu d'ordre et de clarté que nous ne croyons pas devoir anticiper sur l'aperçu que nous donnerons de la Germanie ,. d'après Tacite et Pline (3'. Cependant il se rencontre, dans la confuse description de Strabon, quelques traits lumineux sur la géographie ]^ysique et sur la migration des peuples ; il marque bien « cette chaîne de montagnes qui s'élève » dans le midi de la Germanie, s'étend au loin » vers l'orient, mais n'égaie point les Alpes en » hauteur; » on ne saurait y méconnaître la chaîne Hercynio-Carpathienne. Strabon décrit, sans le nommer, le lac de Constance; il sait que les Helvetii et les Vindelici habitaient sur des plateaux ou plaines élevées {*) , trait qui convient très bien à la Haute-Bavière et au nord de la Suisse. La nature des contrées situées entre le Rhin et l'Elbe lui est également connue. Les Romains avaient déjà gagné et perdu beaucoup de batailles dans ce pays cou-

(•) Sirab. Hb. V cl Hb. VI. — (-) Id. I, VII, f n princ — ^5) Voyez ci-après, livre XII. — (*) Opowi^wc.

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