LIVRE QUABANTB-SIXIËME
ployaient pour âonner à la télé de leurs enfants, par une pression uniforme, la configuration qu*ils désiraient ('). Ce fait étant démcmtré par tant de témo^nages auti&entiques, il reste, à la vérité, encore à prouver si les formes du crâne obtenues par ces moyens finissent, après une longue suite de générations, par être héréditaires et devenir une conformation naturelle, ce qui ne paraît pas possible. Hippocrate, dans son Traité des airs, des eaux et des lieux, parle en particulier des Macrocéphales, nation voisine du Pont-Euxin. Selon lui, aucun autre peuple n'a la tête faite comme eux ; cette conformation, particulière dans le principe, dépendait de leurs usages. Les Macrocéphales regardaient la longueur de la tête comme un indice de courage ; d'après cette opinion , ils pétrissaient la tête des enfants nouveau-nés, et tâchaient par différents moyens de l'allonger aux dépens de sa largeur. Cette forme, dit-il, finit par devenir naturelle, et il fut inutile de rien faire pour la produire.
» Il y a encore d'autres diversités dans les formes du corps humain qui paraissent propres à des nations, et peut-être à des variétés entières de Tespèce humaine. On prétend que plusieurs tribus sauvages ont les oreilles mobiles; mais c'est probablement par une mauvaise plaisanterie que plusieurs auteurs ont assuré que les anciens Bataves avaient les oreilles d'une difformité particulière, et que chez les Biscayens cette partie est d'une longueur remarquable. Les mamelles pendantes des négresses sont dues à l'usage d'allaiter les enfants suspendus derrière le dos. L'ampleur de cette partie semble appartenir au climat chaud et humide. Les nègres ont, à ce qu'on assure, les signes de la virilité très prononcés. Les femmes mongoles peuvent encore, après plusieurs accouchements, se faire passer pour vierçes p). Nous parlerons autre part de la difformité des femmes boschlsmanes-, dans l'Afrique australe. Chez les peuples de la mer du Sud ou du Grand-Océan oriental, les chefs et les grands doivent à leur paresse et à leur manière de s'asseoir, des jambes singulièrement enflées. Peut-être aussi Véléphantiasiê, maladie commune en Afrique, en Arabie et
('} Journal de Physique, d'août 1791 « p. 32. — {*) Géorgi, DescripUon des nations de la Russie, 11,200.
dans l'ffindoustau (^], étend-elle son empire sur les Terres Océaniques. Les jambes torses ou cambrées des nègres avaient déjà frappé les anciens (^, et paraissent également communes aux nations mongoles ('). On attribue cette difformité, soit à l'équitation prénoatorée, soit à la position des enfants, qui, fixés pendant l'allaitement sur le dos de leurs mères, s'y appuient fortement avec les genoux.
» Il y a des variétés plus essentieUes dans la proportion des membres inférieurs , et qui tiennent à la race. Les sauvages de la Nouvelle-Hollande ont les jambes extrèmemcnl longues et minces {*). Il n*estpas vrai que cette particularité se retrouve chez les Hindous, comme l'assure un observateur peu digne de confiance {^]. Mais il parait certain que les Modgols et les Américains ont les jambes et te cuisses trop courtes en proportion du reste. Plusieurs nations ont naturellement les mains et les pieds petits. On a obser\'é sur les armes des Hindous que la poignée des sabres est trop petite pour la plupart des mains européennes. On cite aussi les Chinois, les Kamtchadales, les Esquimaux, les Péruviens, les Hottentots et les habitants de la Nouvelle-Hollande («).
» Les diverses nations diffèrent encore beaucoup par le degré de force dont elles sont douées. Les belles expériences de MM. Pérou et Régnier ont prouvé que les nations sauvages ou à demi civilisées le cèdent aux Européens pour tous les genres de force active ; mais nous pensons qu'elles possèdent dans un degré plus éminent cette force passive qui résiste à l'intempérie des saisons.
» En résumant toutes les observations faites par les voyageurs, le célèbre BhttMnbach réduit toutes les variétés de l'espèce humaine i cinq types principaux, auxquels, après mi màr examen, nous croyons ne devoir apporter q« de légères modifications.
» La première variété occupe les parties cen-
(i) Allard , Histoire d'une maladie parllcalière ta sy8ténielymphatique.~(>) Ame, Problem.V, 14, etc. (3) Pallas, sur les Nations mongoles , t. I , p. 9S. — {*) Péron , Voyages aux Terres australes , Atlas, pi. XX. — (5) La Boullaye le Gouz. Voyages et Obsery., p. 153. Gomp. Sohynit, l.c— («) DelaBar^ binais , Voy. autour du monde , t. II, p. 62. Dam» pier, Suite du Voyage autour du monde, p. lOO. ff^ales, Philosoph. Transact., t. LX, p- 109, et Ckras , ibid. , t. LXrV , 383. fTathin Tench , Account of tbe SetUement ofPort Jackson, p. 179.
6É0GBAPHIE PHYSIQtB.
traies de l'ancien continent, savoir, TAsie occidentale, rAfi-ique orientale et septentrionale, THindoûstan et TEurope. Ses caractères sont la couleur de la peau plus ou moins blanche ou brune, les joues teintes d'incarnat, les cheveux longs, bruns ou blonds, la tête presque spbérique, la face ovale, étroite, les traits médiocrement prononcés, le front uni, le nez légèrement arqué, la bouche petite; les dents incisives des deux mâchoires placées perpendiculairement; les lèvres, et*surtout l'inférieure, mollement étendues, le menton plein et rond: la régularité des traits de ce visage , qui est celui des peuples de l'Europe, le fait en général r^arder comme le plus beau et le plus agréable. Les traits de l'Hindou, ceux de l'Abyssinien et du Berber, habitant du mont Atlas, ne diffèrent pas essentiellement de ceux des Européens ; il n'y a que la peau qui est rembrunie par l'effet du climat, et qui d'ailleurs chez l'Hindou et l'Abyssinien même prend une teinte très claire dans les provinces montagneuses. M. Blumenbach désigne cette race sous le nom de Caucasienne; mais ce nom blesse les droits de l'histoire civile, qui n'a aucune raison pour croire les peuples du Caucase plus anciens que ceux du mont Atlas ou des Alpes. Ni la physiologie ni la géographie physique ne fournissent la moindre preuve d'une origine commune de cette variété de l'espèce humaine ; elle a pu se former partout où existent les causes physiques dont elle dépend.
M La deuxième variété est celle qu'on avait d'abord si mal désignée sous le nom de tartare, quoique lesTartares ou Tafor^ proprement dits, n'y appartiennent point ; Blumenbach la nomme mongolique, nous l'appellerons oarteï^ ou race orientale de (ancien continent. En voici le caractère : couleur jaune ; cheveux noirs , roides , droits et peu fournis ; la tête presque quadrangulaire; la face large, à la fois plane et déprimée; les traits peu marqués et comme fondus ensemble; Tespace entre les sourcils large et uni; le nez petit et camus ; les joues globuleuses et saillantes en dehors ; l'ouverture des paul^eies étroite et linéaire; le menton pointu.
» Cette variété se compose de tous les Asiatiques à l'orient du Gange et du mont Belour, excepté les Malais de l'extrémité de la Péninsule au-delà du Gange. En Europe on la retrouve , selon Blumenbach , chez les Lapons , chez les Finnois , et en Amérique, chez les
Esquimaux répandus depuis le détroit de Bering jusqu'au Groenland. Mais nous nous sommes convaincu qu'il faut rapporter les Finnois, desccDdantsdes anciens Scythes d'Europe, à la ptemière variété, dont ils forment une très ancienne subdivision , ayant comme les Celtes et les Basques , leur physionomie et leur idiome à part, ainsi qu'il sera dém<«tré dans notre description de l'Europe.
» La race orientale de l'ancien continent « circonscrite dans les bornes que nous venons de tracer , offre une remarquable identité de teinte, de physionomie, de forme du crâne « et même ^ ainsi que nous le verrons dans la suite , de langues.
» La variété américaine se rapproche àplur sieurs égards de celle que nous venons de considérer. En voici les principaux caractères : couleur cuivrée; cheveux noirs , droits, roides et rares ; front court ; les yeux enfoncés , le nez presque camus , et cependant saillant ; en général , les pommettes éminentes ; la face large sans être plane ni déprimée; les traits , vus de profil, paraissant très prononcés et comme profondément sculptés. La forme du front et du vertex est souvent ici un produit de l'art.
» Cette variété occupe toute l'Amérique , excepté les extrémités septentrionales , habitées par les Esquimaux. Elle parait renfermer plusieurs branches qui diffèrent considérablement s^t par le teint qui, blanc chez lesKristi* naux, arrive presqu' au noir chez les Brésiliens, soit par les traits et par la forme du crâne, tantôt aplati et tantôt allongé. Tous ces peuples ont de la barbe (') , mais elle est faible ; il y en a qui, à l'instar de quelques nations mongoles et malaises, se l'arrachent. Le préjugé qui représente les Américains comme imberbes a été propagé par le philosoj^e Paw; un écrivain encore plus accrédité, l'historien Robertson , a prétendu que tous les Américains ont les mêmes traits de visage : tant les vérités de la géographie physique ont été méconnues ou dédai^ées par ceux qui ont écrit l'histoire de l'homme.
. » Nous allons revenir vers l'est pour considérer la quatrième variété de l'espèce humaine ; c'est celle des Terres Océaniques , désignée par Blumenbach sous le nom trop arbitraire de race malaise. En voici le carac-
(•) mumenbach, Mtguin deGoUlogae, etc., etc.