LIVRE QUARANTE-SIXIEME
tère encore très incertain : couleur basanée ; cheveux noirs, mous, épais, abondants et frisés ; la tête légèrement rétréde ; le front un peu bombé ; le nez gros , large, épaté ; la bouche grande ; la mâchoire supérieure un peu avancée; les traits , vus de profil , paraissent Qiarqués et distincts.
» Cette variété comprend les ihsulaires de la mer Paciflque, les habitants des lies Mariannes , Philippines, Moluques, delà Sonde, et les indigènes de la péninsule de Malaca, la plupart des habitants de la Nouvelle-Hollande, et ceux de la Nouvelle-Zélande , peut-être même quelques unes des nations de Madagascar. Mais qu'il est difficile de rien statuer sur des peuples aussi imparfaitement connus, et qui paraissent renfermer des tribus d*origine diverse 1 Limmortel Quiros, qui le premier découvrit les lies de la Société , distingua soigneusement la disparité qui existe entre leurs habitants ; il dit que les uns ressemblent aux blancs, les autres aux mulâtres, et enfin aux nègres ('). Des voyageurs plus modernes ont Clément oomparîé la caste dominante dans nie d'O-Taiti aux Euronéens du Midi , et le peupleaux mulâtres (^). L extension très grande de la langue malaise, qui a d'abord fait supposer l'identité de ces nations , pourrait ne provenirque d'anciennes migrations etconquètes. Cependant les sauvages de la Nouvelle- Galles du sud qui parlent un idiome différent du malais, offrent les principaux caractères physiques de la variété telle que nous l'avoBs dépeinte (»).
» La cinquième grande divisimi du genre hiunain , ou la variété nègre , que Blumenbach appelle éthiopienne, ne présente rien de douteux. Ses caractères' sont: la couleur nofa*e ; les cheveux noirs et crépus; la tête étroite, comprimée sur les côtés ; le f^ut très convexe , ▼oûté ; les os de la pommette saillants en avant ; tes yeux à fleur de tête ; le nez gros ,*et se confondant presque avec la mâchoire supérieu*
p) Chtt'nM, dans DaltffmpU, CoHect. of Voy. lo llM Sottlh ptelÛcOceaB» 1. 1, p. lei. — (0 Bougatw^ HUe, ¥ofage autour du moode, p. SU.
(<) Le« nituralifief qui ont effectué les tfois derniers Yoyagei de circumnavigation entrepris par •rdre du gouvertoemetit nuançais , ont reconnu quil HéH ImposilMi dé e^mprendre dans la race malaise les habitante de la MouTeNe-Hollaiide et de la Nou^ veUe-ZélSBde, les Talliens, les Mendodas et les Sandirlehieos. j, H.
re, qui est portée en avant; le bofd aivéolaire étroit et allongé ; les dents indaives supérieures placées ûbliquement ; les lèrres, particulièrement la supérieure , gonflées ; le menton retiré ; les jambes en général cambrées.
» Cette variété répandue dans toate TAfirique occidentale et méridionale 8e retrouve aussi sur les cêtes de Madagascar, probaU»* ment sur celles de nord-ouist , de la Nouvelle» Hollande, dans les grandes Iles deVan-Di^ men,de la Calédonle et de la NouveUe-Goinée; on croit même qu'elle occupait aDdenDoneDt les Iles Philippines, Bornéo, Java et Sumatra; lesii//btiroii#,qui habitent encore Fint^eur de quelques unes de ces Iles , sont o^res; ki indigènes des tles Andaman le soat également Quand nous observons les différences entre un véritable nègre, à teint de Jayet , à chevelure laineuse, crépue, un Ga(fire à tônlj^une cuivré , à cheveux laineux, longs, un IKeménois, un nouveau Calédonien, un Papou à couleur de suie , à cheveux frisés ; nous restons incertains si ces trois races , séparées d'ailleurs par des mers et des rooutagnes, soot chacune originaire de son domicile actad , ot si elles descendent d'une souche coromone.
» Les Hottentots forment encore une exœ^ tien remarquable ; la forme de leur crâne est celle de la race malaise ; ils ont le teint et la barbe faible de la variété mongole , mais leur chevelure laineuse les rapproche dei nègres.
» Telles sont les principales Tariétéi de l'espèce humaine répandue sur toute la surface du gh)be (<).
('] Ifous avons conservé dans son Intégrité la dai* sificatlon du genre humain donnée par Malte-lrtti, d'après Blumenbacb, ^iMéqu'U now eût été IMIa* la modifier coasidérablemeal m la meUant ea i^port avec les différentes classifications q«i ont M proposées depuis Linnée.
Le naturaliste suédois admet, craime Bnibi, ntie seule espèce humaine, di? liée eo ? ariélés. GeB« qu'il adopte sont les ciwi sui?aoles: VmtmêncaiÊ» brune , V européenne bhneke , Vasiatique jtiMm • rcA«caine min, et la monttruêute,
M. Dnméril reconnaît ein4 variétés s te tomea^lqÊk, on arg»e twùpéewm , Yk^p^rbôiréennê, là mm^êêe^tk malaiie, la nigre^ et Vùfniricaim.
G. Guvier ne voit que trois races éminenfis distte* tes: la blanche ou caueasique, la jomte ou monyo/tgiir, et la itè^re on éthiopique. Il avoue que ni les Mmiai» ni les Papoue ne se laissent ttsémant rapporter à Vmot dt ces trois grandes laeesi nais II ne tionve pas de caractères sufBsanIs peur tfstlligoer les prenOers des
GÉOfiRAPHIE PHYSIQUE.
» Les anciens s'étalent à tort imaginé qne la zone torride^ embrasée des feux du soleil , né permettait pas aux habitants de deux zones tempérées de communiquer ensemble. Ces préjugés , qui rétrécissaient l'univers , ont disparu devant les lumières que les Colomb, les Gama, les Cook nous ont procurées. Les navigateurs ont trouvé des habitants dans les climats les plus brûlants et dans le voisinage des pôles, sur les oiVtes les moins abordables , et dans ces lies qu'un immense Océan semblait séparer du reste du monde. Les Iles de Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble^ au nord, la terre Sandwich, les tles de Falkland et de Kerguelen , au sud , sont les seuls pays d'une étendue remarquable qui se soient trouvés absolument sans habitants.
»La terre entière est donc la patrie de rhomme. Il supporte tous les climats, et ses habitations s'étendent Jusqu'aux derniers con^ fins de la nature animée. Les Esquimaux de
Hindous caocasiques et des Chinois mongoliques f et se demande si les Papous ne seraient pas des nègres anciennement ésarés sur la mer des Indes. Les habitants du nord des deux continents, dit-il, les Samolédes, les Lapons, les Esquimau i, viennenti selon quelques uns, de larace*mongoIe ; selon d'autres, ils ne sont que des rejetons dégénérés du rameau scythe et tatar de la race caucasique. Les Américains eux-mêmes, sjonte-t-il , n*ont pu encore être ramenés clairement ni à Tune ni à Tautre dç nos races de rancien continent , et cependant ils n*ont pas non plus de caractère à la fols précis et constant qnl puisse en foire une race particulière. ( Règne animal, tome I«% 1829. )
M. Virey admet deux espèces , qu'il distingae par l'ouverture de l'angle facial , et qu'il divise en six races. On sait que cet angle, appelé angle de Camper, est formé par deux lignes partant des dents incisives supérieures, et dirigées l'une i la racine du nei ^ et l'autre au trou auditif. La première espèce a l'angle facial ouvert de 85 è 90 degrés ; elle comprend la race Planche, la race basanée , et la race cuivreuse; la seconde espèce a l'angle ficlal de 75 à 82 degrés ; elle renferme la race bruncfùncie, la race nûirct et la race noirâire,
M. Garnot suit une division analogue A celle 4e M. Lesson.
Cetui-el reconnaît tmis races: la bianehe M jaune et la nùirCi qui se divisent chacune en rameaux et en i^riétis.
Enfin M. .A. Desmoulins et M. Bory de Saint-Vincent divisent le genre homme : le premier en 16 espèces, et le second en 15 espèces.
Nous donnerons à la fin de ce livre un tableau de ces trois dernières classifications qnl nous paraissent les pins complètes et les plus en rapport avee les connaissances modernes. 1. n.
Groenland habitent jusque sous le 80* jparallèle. A l'autre extrémité, la stérile Terrede-Feu nourrit les pauvres Pécherais. Le Nouveau-Monde, quoique eu général moins peuplé , est donc habité d*un bout à Tautre* Dans l'ancien continent , les habitations de rhomme forment un ensemble qui n'est interrompu que par quelques landes sablonneuses; et au milieu même de ces déserts, . l'homme a peuplé les Oasis, ces lies de verdure éparses dans un océan de sable.
» Le corps humain supporte, sur les bords du Sénégal , un degré de chaleur qui fait bouillir l'esprit-de-yin; dans le nord-est de l'Asie, il résiste à un froid qui rend le mercure solide et malléable. Les expériences de fordyee, de Boerhaave et de Tillet prouvent que l'homme est plus capable que la plupart des animaux de supporter un très grand degré de chaleur. On peut croire que notre corps résisterait ^lement à un froid extrême , pourvu qu'il eût les mouvements libres. Comme d'ailleurs le froid ne doit guère augmenter au-delà du 78* ou du 80* degré, il est prol)able que l'honmiç ferait vdle sous les pôles aussi bien que sous l'équateur , s'il n'y était pas arrêté par les glaces.
» La faculté qu'a Thomme de s'acclimater partout et en peu de temps parait venir de la même cause qui rend sa santé moins ferme et moins durable que celle des animaux. Les animaux doivent à la plus grande afQnité des molécules de leurs corps avec la matière brute^ ces instincts qui nous manquent. Nos sens au contraire ne sont si irritables, notre corps n'est si susceptible d'impressions, la fougue de nos passions n'est si impétueuse, que parce que toute notre organisation est plus fine, plus délicate, plus spirituelle pour ainsi dire. L'in* stabilité de notre santé et l'incertitude du terme de notre vie dépendent essentiellement de cette mobilité de nos oi^anes. Biais grâce à cette même mobilité , nos organes se plient avec ûicilité et promptitude aux volontés de notre âme. Une ferme résolution de ne point se laissa vaincre par une maladie est, de l'aveu de tons les médecins , un des remèdes les plus efficaces , tandis qu'une imagination craintive aggrave la moindre indisposition. C'est ainsi que notre corps , pour s'endurcir et se roidir contre rkifluence d'un elimal «m» veau, n'attend que les ordres de l'intelligence
À laquelle il sert d*orgaiie; aous chaque climat , les nerft y les muscles , les vaisseaux , eu se tendant ou se relâchant , eu se dilatant ou se resserrant , preiment bientôt Tétat habituel qui convient au degré de chaleur ou de froid que le corps éprouve. »
On dit assez communément que le nooibre total des hommes vivants sur la terre peut •s'élever à un milliard ou 1,000 millions. Mais tous les calculs qu'on a faits à ce scyet sont et doivent être dépourvus d'exactitude. D'après toutes les probabilités, la p<^ulation du globe entier doit s'élever à environ 740 millions : ce serait peut-être Texagérer beaucoup que de l'évakier à 800 millions. Pans cette évaluation TËurope est comprise pour 228 millions , l'Asie pour 390 , l'Afrique pour 60, l'Amérique pour 42 , et rOcéanie pour 20 millions (^j.
a Nous trouverons des résulats plus positiDs, en considérant les divers rapports qui exûstent entre les nombres des naissances, des décès, des mariagesetdes individus vivants de chaque sexe et de chaque âge. »
a L'homme naît faible, dit un naturaliste; 0 il tète d'un an à 18 mois, ne marche seul » que vers dectx ans , reste long-temps débile , » entre dans l'adolescence vers 16 ans , dans » la virilité à 30, dans l'âge mûr à 40, dans » la vieillesse à 60 , et décrott alors rapidement » vers le terme de son existence (^). »
«La limite naturelle de la vie humaine semble être l'âge de 80 à 90. Peu d'honmies dépassent ce terme ; l'immense majorité périt long-temps avant de s'en être approchée. Le quart de tous individus nouveau-nés meurt dans la première année ; à peine si deux cinquièmes atteignent la sixième année , et avant la vingtième ou vingt-deuxième, la moitié d'une génération est dans le tombeau. L'ordre que la mort observe en frappant les humains est un des phénomènes les plus admirables dans la nature; les causes en sont trop multipliées et trop compliquées pour pouvoir être déreloj^pées ici. Les dangers qui accompagnent plusieurs métiers , la fougue des passions , la
(') Ces estimatioDs ne 8*éloigDent pas beat coup de eélles qu'a présentées M. A. Balbi dans sa Balance politique du globe, en 1828. Malte-Bran, en i810, donnait à TEurope 170 millions d'habitants; à l'Asie, 320 A 340; i l'Afrique. 70; à l'Amérique, 40, et A rOcéanie , SO ; ce qui formait un total de 620 à 640 minions. J* H.
(•] Lesson^ Manuel de maramalogie.
UVBE QUARANTE-SIXIÈME.
corruption des mœurs , y cmitribuent autant que la faiblesse naturelle du corps hirniain. En général , la durée moyenne de la vie humaine , Tune portant Fautre , se trouve outre 38 et 42 ans, c'est-à-dire que de 38 oa 4S individus, il en meurt cbaque année on (^). »
Ce rapport varie singulièrement selon les sexes, les localités et les climats, mémed^tme province à l'autre. En France, la mortalité moyenne est d'un individu sur 39.98 ou de 100 sur 3.098 ; tandis qu'elle est d'un individu sur 26.3 dans le département da Finistère, et seulement d'un sur 53.5 dans ceM des Hautes-Pyrénées. Dans la Belgique et ii Hollande réunies on comptait an 1828 un àécès sur 43.8 vivants; tandis que dans la ^roYioce de Drenthe c'était un sur ô5 , et dans cdhde Namur un sur 57.9 ; que dans la HoUande septentrionale c'était un sur 34.5 , et dans U Zélande un sur 31.4. Dans la Suède, la mortalité était de un sur 44.69 , et en Russie de un sur 40^ En An^eterre, le nomlnre moyen des décès est de un sur 49, tandis que dans le pays de Galles il est de un sur 60 ^),
» La mortalité est plus grande daosles villes, et surtout dans les villes importantes, que dans les campagnes. A Paris on ccMnpte un déeès sur 33 Individus. Wargentin suppcrte qu'il meurt à Stockholm un homme sur 17, et une femme sur 21. Suivant Pme, il meurt dans les grandes villesd'Angleterre,jmnée commune, un individu sur 19 à 23 ; dans les petites, un sur 28 , et dans les campagnes , seulement un sur 40 à 50. Aristote déjà engage les gouvernements à empêcher l'accumulation de la population dans les villes p). SuMtm/cAestimepov TAUemagne la mortalité à un sur 40 dans la villages , à un sur 32 dans les petites villes, et à un sur 28 , sur 24 , et même 22 dans ki grandes villes ; aussi comq^e-t-ii celles-d & une peste continuelle. Ce préjugé général exa* gère un mal réel. Les campagnards ont sans
(') n est reconnn que, si tons les enfants étaieni soumis à la vaccination, ce rapport serait changé, et que la vie moyenne serait augnentée de trois é quatre années : ainsi la durée serait de 41 é 46 ans.
[*) Coosoltez les Mémoires de M. FHUrmé sur la population de la France, de M. Queielet sur celle des Pays-Bas; le rapport de la commission royale de sta- Ustique fait au roi de Suède en I82d; les calculs sta- UsUquessur la mortalité en Russie» par C Hermaim, et le New-Times du . . . février 1828. i. H.
Q) Aritu^ de repab., VII.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
doute deux grands avantages sur les citadins , celui d*un air plus pur, et celui d'une vie plus sobre et mieux réglée : mais comme de l'autre côté les paysans, les chasseurs et les pêcheurs sont exposés à des accidents violents , et mènent une vie misérable , on peut douter que les désavantages réels des villes soient aussi cn*ands qu*on les a crus. Uapparence vient de ce que les hôpitaux sont presque tous établis dans les villes ; les malades des campagnes et des indigents y affluent. Or, sur 26 à 29,000 décès à Paris , on en trouve ordinairement 7 à 8,000 pour les seuls hôpitaux (').
» Il parait que Fair des plaines nues et élevées , ou des montagnes d*un accès libre , est favorable à la longévité ; on peut dire la même chose de l'atmosphère insulaire , qui est toujours renouvelée par l'air maritime. La Russie, la Norvège, la Suède , le Danemark, TÉcosse, l'Irlande et la Suisse , voilà les pays qui nous
(•) Recherches statistiques sur la ville de Paris et le département de la Seine , 1809. Les observations da docteur VUlermé, dans son Mémoire sur la mortalité en France^ prouvent qu'on a beaucoup trop exagéré les effets de la corruption des mœurs qui distingue les villes populeuses. Bien qu'elle influe sur la grande mortalité qu'on y remarque , on doit plutôt attribuer celle-ci à la misère , à une nourriture malsaine et à l'entassement d'un grand nombre d'individus dans des habitations malpropres. Dans les départements riches, la mortalité est de 1 sur 46, et de 1 sur 33 da:>s les départements pauvres. Avant la révolution de 1789, qui a eu pour résultat une répartition plus égale de la fortune par la division des grandes propriétés, la mortalité était beaucoup plus considérable en France qu'elle ne l'est aujourd'hui. Ainsi, en 1781, on comptait un décès sur 29 individus; en 1802,1a mortalité n'était plus que de 1 sur 30; et de 18S0 à 18^4, elle ne dépassait guère i sur 39; elle est enfin arrivée, ainsi que nous l'avons dit plus haut, À 1 sur 40. Il est vrai qu'il faut tenir compte de l'heureux effet qu'a produit la vaccine. « Les mesures propres à améliorer le sort des indigents, dit avec beaucoup de raison M. Villermé, sont cent fois plus importantes que celles qui ont pour but de les bien soigner dans les hôpitaux, quand c'est la misère qui les y a conduits. Il faut, ajoute-tr-il, veiller de plus en plus A l'exécution des règlements de salubrité, éclairer les classes inférieures par l'enseignement élémentaire, favoriser parmi les ouvriers les associations de secours mutuels, leur procurer de l'ouvrage, etc. »
On doit cependant tenir compte de certaines influences locales, telles que le climat , l'élévation , la sécheresse , l'humidité du sol et la manière de vivre des habitants : ainsi, en comparant la mortalité en Hollande et en Belgique, on voit que le premier de ces deux pays, A la vérité moins salubre que l'autre, présente une mortalité plus forte, quoiqu'il soit plus riche. J. H.
fournissent les exemples les plus nombreux et les plus authentiques d'hommes et de femmes ayant prolongé leur vie au-delà de 100 ans. On peut compter dans ces pays un centenaire sur 3 ou 4 raille individus (»). Mais il y a beaucoup de contrées où la longévité est commune, sans qu'on ait à cet égard des données exactes. Pline désigne la région de l'Italie qui s'étend des Apennins au Pô, et de Plaisance vers Bologne , comme ayant été trouvée singulièrement riche en vieillards de 100 ans jusqu'à 150 , lors des dénombrements faits sous les empereurs Claude et Vespasien i^) . Les rares exemples d'une longévité extrême, d'une vie de 150 ans et au-delà , semblent pourtant appartenir indistinctement à tous les pays. Si l'Angleterre, dont on vante la salubrité, a offert Jusqu'à troisou quatre exemples d'hommes parvenus à l'âge de 150 à 169 ans (») , la Hongrie, qui n'est pas, généralement parlant, un pays très salubre , a vu le fameux Pierre Czartan pousser sa carrière jusqu'à 185 ans (*); et Jean Rovin, égé de 172 ans, avait une femme de 464, et un fils cadet de 1 17 ans. C'est dans le Bannat de Temeswar, pays cependant marécageux et sujet à la fièvre pétéchiale , cette peste européenne , qu'on a observé ces exem pies de longévité et bien d'autres (s).
» Une vie sobre et exempte de passions tumultueuses contribue certainement à prolon£;er l'existence. D'après l'auteur d'un petit ouvrage très curieux («j , intitulé Apologie du jeûne , 152 anachorètes, pris dans tous les siècles et sous tous les climats , ont produit 11,589 ans de vie , par conséquent 76 ans et un peu plus de trois mois pour chacun , au lieu que le même nombre d'académiciens, moitié de l'Académie des sciences, nooitié de celle des belles-lettres, n'a donné que 10,611 ans de vie, par conséquent 69 ans et un peu plus de deux mois de vie pour chacun. Il n'est donc pas impossible que dans les siècles de l'innocence patriarcale il y ait eu des nations et des tribus chez qui les vieillards de 1 50 à 200 ans étalent plus nombreux que parmi nous. C'est ce que les anciens
(') Sussmilch, Ordre divin, etc., § 483. — (») Plin., VII,4îL--{3)/foWn*oft, Philos, trans. n«»»4 4 et 281 . fiorftfam'f, Mémoire, I, 164 ; III, 174. Harley, Miscellan., VI, art. 8. — C*) Comment, de rébus in scient, natur, €i medic. gesliSy vol. V , p. 147. — (*) Hanov. Rareté» naturelles, 1, 120 (en allemand). Cramer, Appeud. ad Medicln. castrens. de climale Hnngarico. — i^"^ Jour* nal de médecine, vol. LXXIIf, p. 340.
affirment des Seres, des Cymi de Tlnde, des Èpieru en Étoile , et des habitants des monts Athos et Traolus. »
Dans la marche ordinaire de la nature , du moins chez les peuples civilisés, et en faisant abstraction des cantons marécageux ravagés annuellement par les épidémies, il naît plus d*individus qu'il n'en meurt. On a trouvé des rapports très différents : dans les campagnes, souvent il naît 1 enfant sur 22 vivants ; dans les villes , le rapport est moins favorable , souvent de 1 à 40, plus ordinairement de 1 à 35. Le climat fait ici une différence très remarquable. Le climat le plus salubre n'est cependant pas toujours celui où il nait le plus d'enfants : par exemple, en Danemark, le rapport des naissances aux vivants est de 1 à 31 ; en Norvège il est comme 1 à 34. En France, ce rapport est comme 1 à 32. Un auteur, qui fait autorité dans les recherche-s statistiques (*) , a dressé un tableau du nombre d'enfants par ménages dans les divers pays de l'Europe ; voici quelques uns de ces résultats :
Il naît, année commune, par mariage :
Dans la Suède 3. C2
Dans la Moscovie 5. 35
Dans la Hollande 4. 20
Dans la Belgique. 5. S7
Dans une partie de TÉcosse 6. 13
Dans TAnglelerre 3. 60
Dans la Moravie et la Siléfie 4. 81
Dans la Bohème 5. 27
En France 4. 21
Dans le départ, du Bas-Rbin , réuni au Jura,
en France 6. 02
Dans la Vendée, réunie au Morbihan. ./</... 5. 49
Dans la Loire, réunie auiBa8se»-A1pes./(f. . . 5. 54
Dans les Pyrénées-Orientales. Id 6. 17
Dans le canton de Fribourg 6. 35
Dans la Savoie 6. 65
Dans le gouvernement de Venise 5. 45
En Portugal 5. 14
On voit par ces exemples que lanclen pré- Jugé qui faisait regarder le Nord comme Voffeint des nations est tout-à-fait dénué de fondement (*).
(•) M. Benoision de Chàuauiuuf, Notice sur l'intensité de la fécondité en Europe au commencement du XIX* siècle, insérée dans le tome IX des Annales des sciences naturelles, année 1826.
M M. Benoiston de Chftteauneuf prouve même que la fécondité est plus grande au midi qu*au nord. Pour cela il partage FEurope en deux climats uniques, dont Tun commençant au Portugal et finissant à la Belgique, s*étend du 40* au 50« parallèle.