‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 208 sur 229 · LIVRE QUABANTE-SEFTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUABANTE-SEFTIÈME

le nombre de langues-mères, c'e8t--à-dire de celles ({ui, dans les mots principaux dont elles se composent, dans les inflexions grammaticales qu'elles admettent, et dans la syntaxe qu'elle suivent, nous offrent un caractère indépendant de toute autre langue. Ces languesmères mêmes, en présentant quelques traits d'une ressemblance éloignée, en rappelant obscurément la possibilité d'une origine commune, forment entre elles des famiUeê, sans qu'aucune d'elles puisse prétendre à une prééminence d'antiquité (»).

» En effet, à quel caractère rec(Mma!trionsnous la haute antiquité d'une langue? Doitelle être composée principalement de voyelles, comme l'otaitien, le zend , le basque ou ibérien, l'algonquin, le caraïbe, l'esquimau? Mais ces langues, toutes en voyelles, ne se ressemblent d'ailleurs sur aucun point. La langue la plus ancienne sera-t-eile monosyllabique, comme le célèbre Adelung (^) voudrait nous le faire croire? Mais le chinois, le tibétain, le tonquinois et le siamois, qui seraient dans cette supposition les langues primitives, ne présentent pour les sons aucune ressemblance

(<) L'étude philosophique des tangues prouve que toutes se tiennent les unes les autres par des nuances inûnies. Dans leur manière de se former, dit M. Klaproth, tout est altération ou dérivation, et rien , ou presque rien , n'est création. Aujourd'hui les philologues ne s'occupent plus de rechercher les prétendues langues-mères, auxquelles on a donné, comnifi aui prétendues langues primitives , une influence qu'eles n'ont jamais pu avoir. Aussi M. KJaprolh, dont l'autorité en semblable question est du plus grand poids, dit-il avec raison : « Il faut donc bannir une quantité d'expressions absurdes qui se reproduisent encore journellement, même dans les ouvrages élémentaires , telles que langues-mères el langue* filles; car il n'est plus permis que de voir des sœurs dans les idiomes qui existent présentement sur la surface du globe. Parmi ces sœurs, il y en a plusieurs dont les traits se ressemblent, et beaucoup d'autres qui ont une physionomie tout-è fait difTérente. Cela n'empêche pourtant pas qu'elles n'appartiennent aux mêmes parents. » L'opinion de M. Klaproth ne fait, selon nous, que confirmer notre opinion, qui est celle de tous ceux qui étudient la nature: que les langues ne peuvent offrir que des caractères «ncertains pour la classification des espèces ou des races d'hommes, etque les caractères p%«i(}u<;x, beaucoup moins vagues d'aUleurs que ne le prétendent les philologues, sont les plus permanents, et conséquemment sont les plus sûrs moyens d'arriver k reconnaître et à distinguer les grands groupes du genre humain. J. H.

(*) Mithridaies, ou Notice générale des langues, par Adelung, Deux vol. in-8«, 1" vol., p. 1-20.

avec les kUomes des Celtes ou des Nègres. Si nous voulons examiner les langues soqs k rapport de leurs formes grammaticales et de leur syntaxe, nous en trouverons d'un côté, dans lesquelles les rapports des genres, des personnes, des modes d'action et des temps, sont exprimés par les combinaisons les plus ingénieuses, les plus délicates et les plus profondes, comme dans le sanskrit, l'hébreo et k grec ; de l'autre côté, nous en verrons où tous ces rapports, quoique toujours nécessaires à la pensée, ne sont rendus que par des alliances de mots vagues, obscures, puériles et arbitraires, comme dans le chinois, le celte, les idiomes des Nègres et ceux de la Nouvelle- Hollande. On dirait que ces dernières langues doivent être les plus anciennes , comme étant plus près de la nature, dans l'acception >'ulgaire de ce mot ; cependant rhistolre nous prouve évidemment que les Hébreux , les Indiens et les Grecs existaient au moins aussi anciennement que les Nègres, les Celtes et les Chinois.

» Il est donc indifférent par où l'on commence à compter les anneaux d*une chaîne qui se perd dans la nuit des siècles. Nous nommerons en premier lieu la Famille des/ati^ticf iNDO-GEBMANiQUES , qui règucut dcpuis les bords du Gange jusqu'aux rivages de Tlslande. Les principaux genres de cette famille se suivent dans l'ordre géographique que nous allons indiquer. Le sanskrit a régné anciennement sur tout l'Hindoustan (') ; du sanskrit desc^i-

('} « La civilisation et la haute culture qui ont régné, dit M. Klaproth , parmi les peuples hindous, avant leur dégradation par la conquête des Musulmans , vivent encore dans leur littérature , et principalement dans leur idiome savant, le sanskrii, La perreclion grammaticale de cette langue a porté ses admirateurs à la regarder comme très ancienne; maison sera peut-être obligé de rabattre beaucoup de cette haute antiquité après qu*on se sera livré à un examen plus mûr , et qu'on aura recueilli , pour décider cette question, des matériaui plus nombreux que ceux qui sont présentement k notre disposition. D'ailleurs il ne parait pas probable que le sanskrit ait jamais été une langue pariée ; ropinlon que cet idiome ne soit qu*un perfectionnement de la langue parlée par'les premiers conquérants indogermaniques, a beaucoup plus de vraisemblance que celle qui fait du sanskrit la première source des langues actuelles de l'Hindoustan, du grec, du latin, du slave , et d'autres de la même famille. Quoi qu'il en soit , l'antiquité du sanskrit remonte vers la période de notre ère, et peut-être plus haut. » j. H.

GÉOGRAPHIE POLITIQUE

dent le dewanagara, ridiome le plus pur de rinde, le tamulique et plusieurs autres dia* lectes parlés dans le Dekhan. Outre un certain nombre de racines que le sanskrit a de commun avec le grec, le latin, le slavon et Tallemand, il offre encore dans ses nombreuses déclinaisons et dans ses conjugaisons étendues les rapports les plus frappants avec plusieurs langues de l'Europe , surtout avec le grec et le latin. La Perse nous présente trois langues anciennes : le zend, qui parait avoir été la langue sacrée ; le pelhwi , langue de Tancienne Médie , et le par si, idiome de la Perse , d'où descendent en partie le fenan moderne et le kmtrde. Dans tout ce genre de langues , on retrouve beaucoup de mots germaniques; la grammaire, inûniment moins ricbe et moins parfaite que celle du sanskrit, se rapproche sur plusieurs points du génie des langues allemande et anglaise ; les consonnes sifflantes , inconnues dans le sanskrit, se montrent déjà leparsi.

» V arménien est rangé aussi parmi les langues indo-germaniques ; il en est de même de la langue des Ossètes , peuple qui habite les montagnes du Caucase. ^

» Le genre des langues grecques est un de ceux dont nous connaissons le mieux les diverses espèces. L'hellénique propre avait trois dialectes : le dorique , qui est entièrement éteint ; ï ionique , avec lequel \egrec moderne parait avoir le plus de rapports ; enfin VéoUen qui, transplanté très anciennement en Italie , donna naissance au latin (>).

» Au genre des langues slavonnes, qui, par leurs déclinaisons et plusieiu's autres traits , se rapprochent du grec , appartiennent le slavon-illyrien, le polonais, le bohémien , le russe et les divers restes de la langue ^ende ; la langue des Daces et des Gètes était proba-

(■) L'histoire ne donne rien de précis sur l'arrivée des tribus indo-germaniques en Europe: il est probable que leurs émigrations ont eu lieu à des époques très différentes et très reculées. Il paraît , comme le pense M. Klaproth , que , même avant la venue des premières colonies grecques en Europe , d'autres tribus de la même famille s'élaient déjà fixées dans les contrées septentrionales de cette partie du monde, où, comme leurs parents dans l'Inde, elles se fondirent avec les anciens aborigènes. Les raisons de cette hypothèse , dit M. Klaproth , se trouvent dans les traces indo-germaniques qu'on remarque dans l'albanais et dans les Idiomes gaéHc et kirori. J. H.

blement une ancienne branche de ce genre.

n Dans le genre des langues germaniques , on aperçoit une très ancienne division : les langues frisonne^ francique, saxonne, anglo-^ saxonne et alémanique , forment la branche teutonique, tandis que \emcBSo^othique, conservé dans les évangiles d'Ulphilas,ri>^n(fats et le Scandinave moderne dans ces deux prin^ cipaux dialectes , le suédois et le danois, constituent la branche gothique; ces branches diffèrent comme le grec et le latin.

» A côté et même au milieu de cette grande famille composée des langues les plus parfaites , nous voyons d'autres familles également très anciennes , mais qui , dans leur grammaire grossièrement combinée, n'offrent aucune ressemblance , ni entre elles ni avec les langues indo-germaniques. Telles sont dans l'occident de l'Europe les \aBgi\e8 celtiques , dont les principales espèces sont Verse, parlé encore eu Ecosse et en Irlande; le gallois ou le hymrique, conservé dans la principauté de Galles, et le celte proprement dit, dont le bas-breton est un reste très mélangé. Dans la péninsule, hispanique , il existait une langue ibérienne ou cantabre, dont le basque nous offre les restes intéressants, et qui, rivale de la celtique par sa simplicité primitive , en diffère totalement par les mots (*). Dans l'Italie et la Grèce, les langues pelasge, thrace, illy^ rienne, étrusque et autres, out disparu avant d'avoir été observées par des philosophes. Peut-être Valbanais est-il un reste de l'illyrien.

» Des débris de toutes ces langues anciennes et de leur mélange avec le latin , ensuite avec les idiomes germaniques, slavons et même arabes , sont nés des idiomes mixtes , tels que le valaque ^ V italien, \e provençal, \e français, Vanglais, V espagnol, \e portugais.

>» Au nord-est de l'Europe, on aperçoit les restes épars de la grande Famille des langues scYTHico-sABMATiQDES. C'cst le finnois avec V estonien et 4e /ivonten, qu'on peut considérer comme le genre le plus distinct de toutes les autres langues du globe, ou du moins de toutes celles de l'Europe. Le lapon, le permiaquey le tchérémisse^ avec divers autres

(') Le basque est la seule langue de l'Europe oc» cidentale qui n'ait pas été modifiée par les idiomes Indo-germaniques , quoiqu'elle soit mêlée de beaucoup de roots qui leur appartiennent. J. H.

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