‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 210 sur 229 · LIVRE QUARANTE-SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-SEPTIEME

gro, le langage parlé varie souvent de village en village; les langues des Tolofs, des Foulahs, du pays de Dahomey, des royaumes de Bénin et de Congo, ainsi que celle de la Nigritie intérieure , offrent pourtant les mêmes combinaisons de consonnes el quelques mots communs.

n Dans le nord de 1* Afrique, la langue des Berbers, qui se divise en plusieurs dialectes, nous parait le dernier reste des idiomes parlés le long du mont Atlas et de la Méditerranée; mais on n'en a que de faibles notions. A la même soucbe appartiennent le tamasey du Maroc, le ehoviah de Tunis , le touarik du Fezzan , le Hbbo du Sahara, le chillah ou cMllouh du Darab , et d'autres que Ton ne connaît encore que très imparfaitement. Le copte eu le cophte, reste de Tancien ^yptien, est mieux connu: on sait combien il est dégénéré, puisque sur cent mots plus de la moitié appartiennent au grec ou à Tarabe.

« Quant au fond égyptien de la langue cophte, » dit M. Klaproth, on aurait pu penser qu'on I* retrouverait dans d'autres idiomes de 1* Afrit que septentrionale des mots qui lui appar- >» tenaient; mais cette recherche n'a pas encore » produit de résultats satisfaisants. On trouve >' au contraire un bon nombre de termes cophtes M qui ont des rapports frappants avec les idio- M mes ouraliens, tels que le votiak, le permien , » le morduin, l'ostiak de l'Obi, le vogoul, et » principalement le tchérémisse et le tchouva- 9 che. D'autres mots cophtes offrent des ressem- » blances avec ceux de la langue des Samoiè- » des , des peuples du Caucase et de l'Europe « septentrionale. Ses rapports avec les dialectes j» de l'Asie méridionale sont moins fréquents; » ils paraissent annoncer que Ton pe\(t conce- » voir des doutes sur l'origine africaine des » Egyptiens. Nous savons d'ailleurs que la cin vilisatiou de l'ancienne Egypte n'a pas suivi N le cours du Nil , mais qu'elle a au contraire » remonté ce fleuve ; ces deux faits viennent » donc à l'appui l'un de l'autre. »

Daus la Nigritie orientale, les divers idiomes foulahê, tels que le foullan et le fellata^ forment une Famille. Le mandingo et hjallouka dans la Sénëgambie, le sokko, parlé par une nation civilisée, le sousou et le kong se rangent dans une autre, différente de celle du yolofct du boullam. Les langues achanties, au nombre de huit, paraissent aussi former une Famille t elles

s'étendent sur presque toute la partie oociâeiH taie de la Guinée; mais, de l'avea des philologues les plus instruits , les autres idioaies de cette grande contrée s<mt difficiles à classer avec certitude. Il en est de même des idiomet delà Nigritie intérieure et du Boomou, qui paraissent former deux ou trois fiimiiies distinctes. Grâce aux recherches de qudques sa^ vants voyageurs (i) , oh connaît un peo mieux les langues de rAlHqueorirataie dans la régi» du Nil ; on y entrevolt au moins quatre souches différentes : la nubienne, la bieharieh^ la tchareUagou> et la c/nJunlankali.

Sur la cAte orientale , depuis Magadoxo jusqu'au pays des Hottaitots, les noms géographiques démontrent la généralité de la Langus cafre, qui m&ne parmi les Betjouaiias conserve des traces évidentes d'un mâange avec l'arabe.

Dans l'AfHque méridionale, à partir des côtes de l'océan Atlantique, les langues du Congo s'étendent assez loin dans rintérieur. Ces idiomes montrent aussi des rapports frappants avec celui des Cafres. A rextrémité australe de cette partie du monde les Holtentots parlent un idiome particulier, rempli de gloussements et de battements de langue qui produisent des sons semblables à des cris d'oiseaux. Ces hommes ont la langue plus courte et plus épaisse que nous (>).

« Serait-il possible que le caractère et le génie différents des langages humains fussent les résultats d'une différence héréditaire dans les organes de la parole? Si Ton admettait ce principe, on pourrait en tirer des conclusions importantes. Par exemple, les Chinois, les Eskimaux et les Mexicains ne peuvent prononcer un r, ils le remplacent par un /; seraient-ils donc tous d'une origine commune ? Mais gardons-nous de nous livrer avec trop de confiance à ces sortes d'analogies; elles pourraient conduire à des erreurs grossières. On a , par exemple , ci'u observer que la consonne combinée mb, qu'un Européen saurait à peine pronoficer au commencement d'un mot, était commune aux langues des Nègres et des Américains méridionaux. L'observation est vraie, mois on ne saurait pas en conclure la commune origine de ces peuples , attendu que la confusion de m et

(•) Entre autres, SaU et Seeoen, — (•) lÀcktensiàm^ dans les Archives ethnographiques , par yaur et l^frtiid!i,I,2&9sqq.

GÉOGRAPHIE POLITIQUE

b se retrouve dans le dialecte éo1ien('j, chez les anciens Grecs , qui sans doute ne descendent ni des Péruviens ni des Nègres. Il y a dans la Norvège des familles entières qui commencent tous les mots par les consonnes ng, si communes dans ridiome des Nègres d'Angola. La confusion du 6 et du to se retrouve chez les Grecs, les Gascons et les Russes. Les sons gutturaux des Arabes se retrouvent dans Tallemand , langue d'une famille différente. Ces e?iemp]es prouvent qu'il est bien difficile de distinguer ce qui , dans ces sortes de bizarreries, tient à des causes physiques et constantes, de ce qui ne dérive que des caprices de l'esprit humain. Revenons à rénumération des idiomes.

• Les langues américaines ne sont guère mieux connues que celles d'Afrique. M. de Humboldt pense qu'il y a dans cette partie du monde un très grand nombre de langues indépendantes les unes des autres. Ce qui en a multiplié Te nombre , c'est l'usage de chaque nation conquérante et de chaque dynastie d'introduire une nouvelle langue. Ainsi les Toltèques , les Huaztèques et les Aztèques ont fait dominer successivement la leur dans le Mexique. Ces langues , dans lesquelles on a cherché péniblement quelques faibles rapports avec les idiomes mongoliques, ont une composition et une syntaxe très compliquées. »

Les idiomes esquimaux, au nombre de cinq, forment une Famille qui unit l'ancien continent au nouveau : ainsi le tchouktche, que parlent les peuples de l'extrémité orientale et septentrionale de l'Asie, offre des rapports avec Vaglemaute que parlent les peuplades des côtes et les lies de l'extrémité occidentale et septentrionale de l'Amérique. Les autres langues sont Vaîéoutien, en usage dans les tles Aléoutiennes dans la presqu'île d'Alaska, le tehougatchekonega, riche en formes grammaticales, et l'eiAttnatidont un des dialectes est le groenlandais.

La côte occidentale de l'Amérique du nord oftre environ trente-deux idiomes qui paraissent former quatre groupes principaux.

Dans l'intérieur, chaque peuplade parle pour ainsi dire un langage différent : aussi est-il presque impossible de classer avec quelque certitude ces diverses langues que l'on évalue au

(') Papfuxoi pour m>$tTO(. McUw pour ^«"U*». Le latin mco du grec /Sco», primitif probable maif iousité de ^Tifu et ^atyo» , etc., etc.

nombre de vingt-deux. Les groupes que l'on distingue le mieux sont Viroquois et Valgonqum. Les bords du Missouri sont habités par les Sioux-Osages dont les idiomes offrent des rap« ports de famille. La plus grande obscurité règne encore sur la plupart des idiomes usités dans rimmense région du plateau central de l'Amérique septentrionale : on y remarque cependant quatre ou cinq souches différentes : le tarahoumara, le jpanis, le caddos, Yalta-' capas et le chetimachas,

tt La grammaire de la langue mexicaine, dit » M. Klaproth , est régulière et riche en forme. » L'idiome de Cora , parlé dans les missions » de Nayarit, appartient à la même souche » que celui des Aztèques, et sa grammaire est » aussi riche que«celle de ces derniers. Outre » ia langue mexicaine, plusieurs autres idiomes M sont encore parlés dans le Mexique , ils ap- » partiennent à des familles différentes. Celui » de Huasteca est indigène dans le diocèse de » Mexico ; il parait avoir quelque analogie » avec le maya et le poconchi du Yucatan. » Vothomi est l'idiome du peuple qui porte ce » nom et qui habite dans le diocèse de Mexico, » de la Puebla , de Méchoacan et de la Nou- >» velle-Galice ; le macahui est un dialecte » parlé dans les montagnes à l'ouest de la val- » lée de Mexico. L'o^Aofnt est le plus répandu » dans la Nouvelle-Espagne , après le mexi- » cain ; il se distingue par un grand nombre » de monosyllabes et par la fréquence de ses » aspirations nasales et gutturales. La langue M totonaca est parlée dans une grande partie » de l'intendance de Vera-Cruz et dans le dis- » trict de Zecatlan, de celle de Puebla. Outre »ces idiomes répandus sur le continent, les » indigènes des grandes lies de Cuba et de » Haïti parlaient, à ce qu'il parait , une même » langue, qui, actuellement éteinte, avait une » grande affinité avec le maya, encore en > usage dans une partie de la presqu'île de » Yucatan.

» Dans l'Amérique méridionale, nous ren- » controns d'abord la langue caraïbe qui est » parlée en différents dialectes , dont les prin- » dpaux sont le caraïbe proprement dit, près » du Cap-Nord, dans la Guyane firançaise, et «Jadis usité dans les petites Antilles et chez » les Yaoi de la Guyane ; le second dialecte » connu esc celui des Pariagptos près l'Oora- » biche, qui tombe dans le golfe de Paria j le

UVRE QUARANTE-SEPTIEME

» troisième est le tamanacaf parlé par les • Tamanaques, nation jadis très puissante, » mais réduite aujourd'hui à un petit nonibre » d'individus qui \ivent sur la rive droite de » rOrénoque ; les Aravaques, qui demeurent » dans la province de Cumana et sur les rives » malsaines du Berbice et du Surinam , par- » lent un quatrième dialecte caraïbe ; il y en » a encore plusieurs autres , mais ils sont in- >» connus. Dans la vaste région située entre » rOrénoque et le fleuve des Amazones, il y » a également une infinité de peuplades et de » langues ; mais nous n'avons pas encore les » moyens de les classer; la plupait de ces > idiomes nous sont tout-à-fait inconnus. Dans B le Brésil , la langue principale est celle des »> Guarani , dont celle qu'on appelle vulgaire- » ment le brésilien ou lingoa gerarle, n'est «qu'un dialecte, ainsi que les idiomes des » Tupinamba, Tupi, et Vhomagua. Les au- » très langues du Brésil et des pays qui en » dépendent n'offrent que peu de points de » contact entre elles, ou nous sont si peu con* »» nues qu'il serait téméraire de vouloir hasar- » der avec d'aussi faibles matéiiaux ime clas- » sification ethnographique des tribus qui les » parlent. La langue propre du Pérou est la » quichiay dont Vaîmara n'est pas très diffé- » rente. Le mocobi et l'idiome des Abipones »» forment une famille, ainsi que ceux de Vi- » delà et de Loule; les langues xamuca, cJU- >*quito, mobimi, cayubaba et sapibocona, >» constituent, à ce qu'il parait, des souches » différentes. La langue araucana est celle du *) Chili; elle diffère du patagon parlé dans la »' partie la plus méildionale de l'Amérique. » « Telle est la série des principales langues parlées par l'espèce humaine. Quelle longue échelle depuis l'idiome du Nègre et du Chinois, qui ne distingue qu'à peine le singulier du pluriel, jusqu'à la langue grecque, où la pensée la plus raffinée et la plus approfondie rencontre toutes faites les formes qui peuvent la fixer! Il y a des langues, qui n'ont aucune expression pour des objets étrangers aux sens extérieurs, tels que l'âme ou Dieu ; il y en a qui n'ont pas même de terme équivalent au verbe être ou au substantif monde. Mais si la métaphysique parait refusée à la graode majorité du genre humain, tous les peuples, même les plus sauvages , ont le sentiment de l'existence des forces invisibles qui régissent la na-

ture et les destinées. I^es diverses nuinièivs dont les nations manifestent ce seotimoit constituent autant dereligione diverses; les actes extérieurs qui peuvent être le résultat de ces croyances religieuses sont des eultes-

» Le nom de polythéisme est donné à toute religion qui admet plusieurs dieux , quelles que soient la nature et la dignité qu^elle leur assigne. On en connaît plusieurs classes. La plus grossière de toutes est le fétichi^^e, ou l'adoration des fétiches. Par fétiche ^}) on entend toute sorte de choses animées ou inanimées, que les prêtres de ces religions font regarder aux sauvages comme de» êtres enchantés ou doués de quelque force magique et divine. Ces superstiti(ms , les plus absurdes de toutes, régnent parmi les nations abruties de la côte de Guinée, et chez beaucoup d'autres sauvages. Elles se sont mêlées à toutes les croyances religieuses. La Pierre lAire adorée à la Mecque avant Mahomet, et le dieu Phalivâ des Romains, étaient indubitablement des fétiches.

» Le sabéisme tient un rang plus élevé ; c'est l'adoration des corps célestes, du soidl, de la lune et des étoiles, soit séparément, soit tous ensemble. Ce système très ancien , répandu sur toute l'étendue du globe, même au Pérou , s'est mêlé avec toutes les autres rdigions ; mais il n'existe plus sans mélasge que chez quelques tribus isolées. Son nom vient des Sabéeni ou Sabiem, ancien peuple de TArabie.

»> Les philosophes raisonnèrent sur les idées encore brutes de la multitude ; les législateurs en firent des instruments de civilisatioa ou de servitude. Il se forma trois hypothèses sur la nature de l'univers : le maiériaUsme , ou le panthéieme, crut que tout ce qui existe est pénétré d'un esprit divin ; le duaUêmê admit deux êtres étemels , Dieu et la matière , le boa et le mauvais principe ; enfin , le système des émaniêtes supposa que tous les êtres , les bous et les mauvais génies, étaient émanéi d'un Dieu suprême (^.

» ÏJt panthéisme, modifié par les lois nationales, et se confondant avec le sabâsme, devint le polythéinne raisonné ou «nytoologique. On peut classer sous ce nom toutes les religions dans lesquelles les attributs de l'Être

(•) Mot qu! vient da mot portugais fetisto. - (*) Cudwonh , SystèiD. intellect., chip. MIT. Dupnis, Origine dei Cultei .

GKOGttAPHlfci POLlTIOLn-.

suprême sont personnifiés sous la figure d'êtres divins séparés. Ces religions ne sont donc rien moins que barbares ou indignes de la raison humaine ; elles sont les plus favorables à la poésie et aux beaux-arts. Elles ont fleuri chez les peuples les plus civilisés de l'antiquité. Néanmoins elles sont de plusieurs genres très différents Tun de Tautre ; on peut les réduire à trois classes. La plus ancienne est peut-être la religion des Egyptiens. On peut rappeler zoomorphisme ('). » Les Grecs imitèrent les formes admises dans la religion égyptienne , mais ils méconnurent les principes fondamentaux de celte religion. Chez les Grecs comme chez les Romains , la nature humaine, embellie, servit de type aux diverses personnifications de la divinité. C'était donc un anthropomorphisme. Elle variait à l'infini. L*adoralion des héros nationaux modifia le polythéisme des Grecs et des Romains. La vénération des morts en général , née d'un sentiment naturel , se mêla à toutes les religions ; mais dans quelques unes elle paraît avoir joué le premier rôle. C'était le cas chez les Celtes^ qu'on range d'ailleurs parmi les polythéistes. Chez d'autres nations, comme les Syriens, les Chaldéens et les Phéniciens, le culte des astres et des forces physiques de la terre parait avoir prédominé.

» Dans la religion des braclimanes, l'Être suprême lui-même est censé se déguiser sous diverses formes divines, humaines et animales. On sent qu'il serait possible de regarder cette croyance comme la source de toutes les autres , même du fétichisme ; mais on soutiendrait peut-être, avec plus de raison, que

(') Les Mvanles recherches de MM. ChampoIUoQ ont répandu une vive lumière sur les croyances religieuses des Égyptiens. Ce peuple admeltait un Êlre suprême , unique et éternel , l'immortalité de l'âme 0tlê dogme d*une vie future. Le dieu tout-puissant n'était représenté par aucune image; ses qualités feules étaient personnj^ées. A chacune de ces personniûcations étaient consacrés difTérents attributs , une coiflTùre spéciale , un animal particulier. Ainsi tantôt cette divinité allégorique était offerte aux respects de la muUitude sous la forme d'un corps humain revêtu de ses symboles spéciaux , d'autres fois, portant la tête de ranimai consacré et ornée de la cuifTiire du dieu , ou enfin sous la forme de l'animal lui-même avec cette même coUTure. De là cette multitude défigures religieuses qui distinguent le culte égyptien, et dont plusieurs ofn*ent tant d'analogie avec les divinités de la Grèce. J. H.

le brahmanisme n'est qu'un fétichisme eimobli. Toutes les erreurs se ressemblent. Quoi qu'il en soit, on peut qualifier la religion des Hindous de théomorphisme. C'est de tous les cultes anciens celui qui s'est le mieux soutenu : il règne encore parmi les Hindous. »

Du brahmanisme s'est formé le bouddhisfnê ou culte de Bouddha, qui se divise en trois sectes : le bouddhisme primitif ou le êama^ néisme, répandu dans le Dekhan et l'île de Ceylan ; le bouddhisme réformé, né dans l'Hindous* tan, d'où il fut porté jadis au Tibet et dans la Boukharie, aujourd'hui en usage à Ceylan, et importé de cette lie dans i'Indo-Chine, la Corée, la Chine et le Japon; enfin le lamisme, établi dans le Tibet au treizième siècle, et successivement adopté par les nations mongoles et par quelques Toungouses. Dans le samanéisme, appelé improprement chamanisme par quelques auteurs. Bouddha est regardé comme la neuvième incarnation de Wichnou. Les bouddhistes l'éform es honorent Bouddha comme un dieu puissant sous le nom de Chakia-Mouni, c'est-à-dire le pieux pénitent de la maison de Chakia; les Mongols le nomment ordinairement Chighemouni et Bourkhan bakchi (l'instituteur divin) (*). Chez les lamistes, il est incarné dans la personne du Dalaï-Lama qui réside à Lhassa, au Tibet; c'est un personnage choisi enfant, tantôt dans la classe supérieure, tantôt dans celle des simples artisans, conformément aux hitentions primitives de Bouddha, qui ont été, comme le dit un de nos savants, d'abolir la distinction des castes et de ramener les esprits à des notions plus saines de la Justice divine et des devoirs des hommes (^). Le» lamistes ont adopté plusieurs cérémonies et quelques idées des sectes chrétiennes de la Syrie. Au lamisme se trouve mêlé, dans plusieurs pays de l'Orient, le culte des esprits ou le naturalisme mythologique de l'Asie orientale, professé très anciennement à la Chine par les tao-sse ou docteurs de la raison.

» Le système des deux principes et celui des émanations devaient naturellement se confondre pour peu que les dualistes accordassent de supériorité à l'un de leurs principes, ou pour peu que les émanistes admissent la

(') M. Klaproth. Vie de Bouddha, d'après les livres mongols. Mémoires relatifs à l'Asie, l. Il, 1826. — (■) M. Ahd Remusat, Discours sur l'origine de la hiérarchie lamatque. Mélanges asiatiques, tom. 1, 1825.

UVRE QUARANTE-SEPTIÈME

possibilité d'une révolte contre l'Être suprême. Voilà pourquoi les religions dérivées de ces deux sources se distinguent avec peine les unes des autres. Elles appartiennent même toutes ensemble au monothéisme, si l'on convient d'appliquer ce nom à toute religion qui n'admet qu'un seuf véritable Dieu, quelle que soit la foule de génies, de fées, d'anges, de diables dont on l'environne.

» On connaît trois anciens systèmes religieux qui ont pour base un dualisme plus ou moins prononcé. Le premier est [a religion des mages ou de Zoroastre. Il y a un Être suprême appelé Zerwan, ou \t temps sans bornes, d'où sont émanés deux principes, l'un bon , appelé en ancien persan Ehoro-meodaz , et par les Grecs Oromaze; l'autre mauvais, nommé en ancien persan Enghres-mecniosch , et par les Grecs Arimane. Ils se combattent; le bon remportera à la fin une victoire complète. Cette croyance, que l'on connaissait assez bien par les bistoriens grecs, se conserve encore parmi les Parsis ou Guèhres, dans le Kerman et dans d'autres pays de TAsie. »

Vers le premier siècle de notre ère, il se répandit dans l'empire romain un culte venu de la Perse et connu sous le nom de culte mîtkriaque, qui offrait de grandes ressemblances avec la religion de Zoroastre, mais dans lequel le dieu Mithra, fils d'Oromaze, chargé de la conduite du soleil et du gouvernement du monde, médiateur entre Oromaze et les hommes, était l'objet d'une adoration spéciale.

On connaît moins la religion ancienne des peuples esclayons \ Biel-bog , le dieu blanc, et Czemo-bog, le dieu noir, paraissent y figurer comme deux puissances ennemies. Des monuments authentiques nous donnent une idée de Todinisme qui régnait dans la Scandinavie : Odin, le chef des dieux bons ; Surtur, le destructeur du monde, le mal physique; Loke, le mal moral , et tous les autres dieux , sont dans la dépendance d'AZ/iarfcr, ou le Père universel.

« A travers tant d'ingénieuses erreurs ou de rêves bizarres , la céleste vérité se frayait en silence une route long-temps ignorée. Une petite nation reconnut l'unité absolue de la Divinité pour base de sa religion. Le judaïsme, dent plusieurs idées et images ressemblent à celles des mages de la Perse ou des prêtres

^yptiens, se divise aujourd'hui en deux sectes principales, savoir: celle des karaîtes, qui ne preiment pour guide que les livres du Vieux Testament, et celle des rabbinistfs, qui attribuent au recueil connu sous le nom de Talmod une autorité presque divine. C'est cette dernière secte qui domine en France et dans le reste de l'Europe occidentale

» Le christianisme, qui a pris son origine dans le sein du judaïsme, et qui , mêlé ensuite avec la philosophie platonicienne, modifié par les progrès de l'esprit humain, s'est divisé eo une infinité de systèmes, étend aujourd'hui sa bienfaisante mfluence sur les contrées les plus civilisées et dans toutes les parties du monde.

» V Eglise grecque ou orientale, qui se rapproche le plus du christianisme des cinquième et sixième siècles, est tolérée dans toute la Turquie, protégée en Hongrie, en Esclavonie, en Croatie, en Dalmatîe, et dominante eo Russie et dans les Iles Ioniennes. Parmi ses branches, on distingue les nestoriens dans la Turquie d'Asie, autrefois très répandus en Tatarie, en Mongolie, et jusque dans la Chine; et les monophysites, lesquels comprennent les coptes en Egypte , et en Abyssinie les jacobites (').

» V Eglise latine ou occidentale s'est séparée en deux grands partis.

» V Eglise catholique, apostolique et ro^ maine étend son empire sur la majeure partie de la France, sur l'Italie, l'Espagne , le Portugal, les trois quarts de l'Irlande, la plus grande partie de l'empire d'Autriche, la moitié de la monarchie prussienne,de la confédération suisse et des puissances secondaires de la confédération germanique , et dans les vastes colonies espagnoles et portugaises d'Amérique , d'Afrique et d'Asie. Le pape en est le chef spirituel. L'Eglise gallicane se distingue par ses libertés^ qui opposent une barrière invincible aux usurpations de Rome.

» Les Grecs^unis , qui ont quitté l*£glise grecque orientale , forment un faible appendice à l'Eglise catholique.

» Les Eglises protestantes, d'après des nuan-

(') L'Eglise grecque n'admet point que le Saint- Esprit procède du Père et du Fils, et ne se sert point, pour la consécration, de pain sans levain. Ce sont là les principaux prétextes qui , après de longs débati de ta part des patriarches de Constantinople , poui ne point reconnaître Taulorilé du pape , ont amrni la séparation de TÉglise grecque et de l'Eglise latine.

GÉOGRAPHIE POLITIQLE.

ees assez légères, se partagent en trois branches. Le luthéranisme , on V Eglise évangé-figue (^), domine en Prusse, en Saxe, en Hanovre, dans le Wurtemberg et dans d'autres Etats de l'Allemagne, en Danemark, en Norvège, en Suède, en Livonie et en Finlande. Bans l'empire d'Autriche, un grand nombre d'individus suivent les dogmes de cette Eglise. le calvinisme, ou V Eglise réformée [^), domine principalement en Helvétie, dans quelques pays d'Allemagne, en Hollande ; elle règne également en Ecosse sous le nom d* Eglise presbytérienne; les Anglais donnent à ses sectateurs le nom de puritains. On compte parmi les réformés les indépendants ou congrégationalistes, qui dominent par le nombre dans les Etats-Unis d'Amérique.

» L'Eglise anglicane ou épiscopale ne se distingue des autres Eglises protestantes que parce qu'elle a maintenu la hiérarchie épiscopale. Elle règne en Angleterre ainsi que dans ses colonies, et, quoiqu'en minorité, domine impérieusement en Irlande.

» Sans embrasser aucun sjrstème d'intolérance, et sans vouloir insulter à des hommes souvent respectables, nous donnons ici le nom de secte à tout parti religieux qui n'est devenu , dans aucun endroit, assez nombreux pour dominer dans l'Etat. Les principales sectes chrétiennes sont : les unitaires, socinlens ou antitrinitaires, protégés en Transylvanie, dans la Pologne prussienne : un très grand nombre de catholiques, de luthériens et de calvinistes sont en secret attachés tk ce système; les arminiens ou remontrants, parti né en Hollande et qui s'est rapproché des unitaires ; les mennonites, d'abord connus sous le nom d'anabaptistes, et décriés à cause de leur fanatisme, aigourd'hui les plus paisibles de tous les sectaires ; les baptistes, parti nombreux en Amérique; les frères-moraves ou hemhutes , espèce d'associa-

(') L'Église érangélique ne reconnaît que deux sacrements, le baptême et l'eucharistie. Dans le premier, le péché n'est point effacé; dans le second, pour lequel elle se sert du pain sans levain , elle admet la présence réelle, mais non le changement de fubslance en une autre. Elle rejette la pénitence, la confession auriculaire, les indulgences, le purgatoire, les Images et la messe. J. H.

(•) L'Eglise réformée rejette la présence réelle dans reucharistie , le sacrifice de la messe, le purgatoire, rinyocation des saints , la hiérarchie de l'Église et les cérémonies. La communion s'y fait sous les deux etpècea et a? ec du pain ordinaire. J. H.

tion monastique qui, au reste, suit les dogmes du luthéranisme, et répand les bienfaits de kcs instructions douces et austères parmi les nations sauvages ; les quakers ou trembleurs , en* thousiastes paisibles, nombreux dans l'Amérique anglaise , aux Etats-Unis et en Angleterre ; les shakers^ les tunhers et autres associations semblables aux quakers; les swédenborgiens , secte mystique de Suède et d'Angleterre ; enfin les méthodistes, qui se distinguent par une rigueur outrée en morale, et qui sont nombreux en Angleterre, et surtout dans les Etats-Unis. »

Le christianisme, outre tous les ennemis sortis de son propre sein , a vu s*éiever à côté de lui un rival d^abord dangereux et encore incommode dans le mahométisme, ou, d*après la façon de parler des mahométans eux-mêmes, V islam, qui en arabe signifie soumission à Dieu. Cette religion n*est qu*un mélange de judaïsme et de christianisme, avec quelques ornements poétiques. -La religion mahométane domine dans la plus grande partie de TAsie et de l'Afrique, ainsi que dans la Turquie d*Eu» rope; elle est tolérée en Russie. On y distingue, comme parmi les chrétiens , plusieurs partis. Les sonnites, bien que partagés sur la discipline en quatre rites appelés hanb'alites, seha-' féites, malékites et hanéfites, du nom de leurs fondateurs Hanbal , Schaféi , Malek et Abou- Hanifa, se regardent tous comme également orthodoxes, parce qu'ils ne diffèrent que sur des questions peu importantes. Ils s'accordent à considérer la succession des premiers califes, telle qu'elle a eu lieu, comme légitime, et a mettre les explications théologiques données en diverses circonstances par les principaux compagnons de Mahomet , Abou-Bekr, Omar et Osman, au nombre des articles de foi. Leur nom vient du mot arabe sonna [tradition) , par lequel ils désignent ce recueil de décisions religieuses. Ce parti est le plus nombreux; il occupe tout Tempire ottoman , l'Egypte et le reste de l'Afrique , l'Arabie , les îles de l'océan Indien , et compte beaucoup de partisans parmi les tribus de race turque établies en Russie et en Perse. Mais la doctrine d'Abou-Hanifa est généralement suivie en Turquie, celle de Schaféi en Egypte , celle de Malek dans les Etats barbaresques, et celle d' Hanbal en Arabie.

Sous le nom deschyytes, qui si^ifîeen arabe sectaires, les sonnites désignent tous ceux qtd se sont séparés d'eux ; mais ceux-ci au con-

Digitijpd by

UVRE QUABANTE^EPnÛlE.

traire se sont appelés adeliéi , c'est-à-dire por- Hsans de la justice. Les schyytes partant du principe que Ali , cousin de Mahomet , était le seul liéritier de l'autorité du prophète, et admettant que cette autorité passa aux descendants directs d'Ali, maudissent Abou-Bekr, Omar et Osman, et repoussent tous ceux qui ne •e rangèrent pas sous l'étendard de leur prince lîavori. Conséquemmeut ils rejettent la sonna. Leurs ramifications présentent des différences Emportantes. Les deux fils d'Ali, Hassan et Hossein, et les descendants directs de celui-ci Jusqu*au dernier de tous, appelé le mahdi ou le dirigé, qui, ayant disparu à Tâge de douze ans , passa pour s'être caché dans quelque lieu Inconnu, en attendant qu'il pût reparaître sur |a terre et y faire triompher la bonne cause, Ibrment une suite de douze personnages qui furent nommés imans, c'est-à-dire les chefs par excellence. En attendant le retour du mahdi, Ô n'y eut plus d'autorité légitime sur la terre , et leâ rois furent censés les simples lieutenants de Vlman. (Test par suite de cette croyance que les souverains de la Perse de la dynastie des Sofis, qui prétendaient descendre en ligne collatérale des imans, se disaient les escUives du rbiie ce pays, et qu'ils entretenaient sans cesse à Ispaharides chevaux pour le service de l'imau lorsqu'il arriverait. Cette doctrine domine encore chez les Persans; elle fait même chaque four des progrès dans l'Inde, où les empereurs mogols faisaient jadis triompher le rite sonnite, et où, depuis l'occupation anglaise, les musulmans, presque tous d'origine persane, jouissent ffunè entière liberté de conscience. Cependant un grand nombre de schyytes prétendirent qu'à Ali seul avait appartenu depuis Mahomet le gouvernement des affaires de ce monde, qu'il avait été revêtu d'un caractère divin, et Ils l'adorèrent comme un dieu. Tels sont les nossairis et les motoualis, qui occupent une partie des hauteurs du Liban. D'autres schyyles, quoique partisans des imans, soutinrent qu'il y avait eu erreur au sujet du septième , et çfu'au lieu de Moussa il eût fallu proclamer un de ses frères appelé Ismaél : de là leur fut donnée la dénomination à*ismaéliens. Mais cette secte se divisa bientôt en plusieurs brandies. Quelques Ismaéliens pensèrent qu'après Ismaél Ife caractère d'iman avait passé à des personnages inconnus qui se déclareraient en leur temps. Ainsi la qualité de mahdi fût successi-

vement attribuée par eux aux calife &tkaitei de la race d'Ismaël , qui , pendant les dixième^ onzième et douzième sièdes, dominèrent sur une partie de l'Afrique , sur TEgypte et sur (a Syrie. A cette secte appartinrent les Ismaéliens établis en Perse aux environs de Casbin, et ceux qui , occupant les montagnes voisines do Liban , devinrent si femeux dans le moyeo j^ sous le nom à!Assassini.

Ces deux branches subsistent encore daos les mêmes contrées , mais avec moins de puissance. C'est à cette dernière qu'il faut n^porter les druzes.

Outre les sonnites et les schyytes, ilaisU encore deux sectes célèbres par le rôle qu'elles jouent encore en Orient. Ce sont celles 4es yezidis et des vahhabites. Les premiers occupent les montagnes comprises entre l'Euplirate et le Tigre : leur croyance est un mélange de mahométisme , de manichéisme et de chrisUanisme. Les seconds prirent naissance en Arabie vers le milieu du dix-huitième siède; leur doctrine est celle de l'islamisme réduite à sa plus grande simplicité (').

« Il est difficile de rien dire de positif sur le nombre de sectateurs que compte chaque religion actuellement existante sur le globe, lo zèle maladroit engage les divers partis à exagérer leur nombre, comme si Sénèque n'avait pas eu raison de dire qu'une grande majorité est souvent un Indice d'une mauvaise cause (V Les incrédules surtout ont mis une importance ridicule à exagérer le nombre des mahoniétaDS et des païens ('j.

» Les langues et les croyances religieases soDt les liens de la société morcUe , qui souvent su^ vit à la chute de la société civUe et poUtifu^ Mais c'est celle-d qui détermine la circooscription des États et des empires que la géographie politique est chaînée de décrire* Il U prendre une idée générale des formes vahé» de cette société.

» Les liens qui unissent le mari à l'épouse et les parents aux enfants formèreni la îmiWi

(') Noas devons la plupart c^es renseignemeDis que nous donnons ici surrislamisme à H. M^inaud,^ a traité des questions de ce genre dans ses Moif menu arabes, persane et turcs du cabinet Jflacas. firi^ 1828, 3 vol. iiH-80. ^' H.

(•) Argumenium pestimi^ turba.

(3) Voyez à la fin du tome Vile tableau afproxùMtH de iap'^ulatiott du globe par religion, à la f^ de Canuts 1830. ' J. ti-

GBOqï^APHIE POMTIQPB.

ou la ^i^té dqineçtiqii^. Les rapports 4u maître au domestiqite prirent déjà uaissancc dans cet état de la société. Le faible , ne pouvant se procurer un patrimoinq ni s*y piaintenir, a dû de bonne heure se décider à réclamer \€^ pr.otçct|Qt| ^M plws fort. Plusieurs familles, se trouvant voisines, durent, après quelques disputes , s*accorder à rester en paix çnsemt}le. Certaines règles $*établirent entrç elles : ce n'étaient point encore des lois, mais c'étaient ^es coutumes. La réu^jon de ces familles ne formait pôipt un État, mais seulement une société civile.

» Ces petites sociétés durent bientôt s'apercevoir que leurs coutui^çs qt observances avai€;ut besqjn d'être Qxéeç, de prendre le caractère ^e low. Pes hpmoies d'un génie supérieujf dqve^^ient (es l^sU\teurs ignorés de ces bameaux ou villages. Dès que les rapports des hompies eptre eux furent fixés par des lois , la \fjçiété politique exista.

>» l\iais c'était une société sans gouvernement , et l'on tomba bientôt dans les maux de l'anarchie. Cette expérience apprit aux horpmes qu*il fallait une force physique pour maintenir la force purement morale des lois ; ils établirent un gouvernement sous une forme quelconque. La convention qui fixe les lois primitives de la société civile, s'appelle pacte social; celle qui fixe Texistence de la forme d^up gouvernement et les rapports qui en découlent, s appellq constitution. Par cette dernière convention, la société civile se constitue eu Etat, ou, si l'on veut, en république : ca^ ce dernier mot, tiré du latin {*), signifie originairement toute société civile ayant un gouvernement et des lois, sans égard à la forme.

»»Un gouyemement est l'unité de forces physiques, établie par la volonté de la société civile pour maintenir les lois et la constitution. La fp^ç. 4h gouvernement , régularisée par les lois constitutives, s'appelle le suprême pourvoir. Le suprême pouvoir peut ôtre subdivisé en différentes branches, comme, par exemple, le pQUVoir législatif, subdivisible en pouvoir proposant , délibérant et décrétant ; le pouvoir exécutif, subdivisible en pouvoir administratif , judiciaire , militaire et de suprême inspection. Ces divisions sont ep partie arbitraiires. La manière dont le suprême pouvoir est orga-

(*) Ret jmblica, la chose publique, rétablissement public par eicelleoce. > '

ni^é, çuMivi^é, concentré, s'appelle forme de gouvernement. Le suprême pouvoir représente la souverajneté nationale, qui n -est autre cho^ que le suprême pouvoir non organisé , existant dans les mains d'une société dvile saus gouvernement.

» Les formes de gouvernement sont innombrab|çs , mais nous indiquerons les plos connues , en allant depuis l'état de la phus grande dissémination physique des pouvoirs. Jusqu'à celui de leur plus grande concentration. Ces deux extrêmes se rapprochent plus qu'on ne pense ; ce sont deux anneaux d*un cercle qui se touchent. »

Qans renfonce des sociétés, il fallut déployer devant la multitude une grande supériorité pour engager les hommes à renoncer à leur é^lité primitive en obéissant à quelques individus. CiCux gui , chez les peuples agricoles , avaient su acquérir assez de connaissances pour prédire les mouvements des astres et pour donner d'utiles préceptes aux cultivateurs, ont dâ être regardés comme des êtres supérieurs et les interprètes des puissances célestes. Ils commencèrent sans doute par inventer l'art de représenter la parole ou' de peindre la pensée : cette découverte importante ajouta aux titres qu'ils avaient au rei^ect de la nation ; formés en collèges et seuls dépositaires de tout le savoir , il leur fut facile d'obtenir l'obéissance. La hiérocratie a donc été le gouvernement des plus anciens peuples agricoles à demeure fixe ; l'antique Egypte l'atteste suffisamment. L'ha* bitude de l'obéissance rendit ensuite facile rétablissement du pouvotir absolu des rois chez des peuples accoutumés à obéir à la caste sacerdotale.

« La démocratie pure est un État où le suprême pouvoir est immédiatement exercé par la majorité de la nation. Cette forme de gouvernement diffère de l'état de la société civile primitive, dans laquelle tous régnent égalemeqt. Ixi démocratie eommissoriale est un État où le suprême pouvoir est exercé par un conseil immédiatement élu du peuple, révocable, responsable. De semblables fohclîounaires ne sont donc point les représentants de la nation, mais seulchient ses mandataires , ses commisJ On appelle démocratie représentative un État dans lequel le suprême pouvoir est exercé par des magistrats choisis par le peuple, qui le représentent, et qui, par conséquent, pris collée-

UVRE QUARANTE-SEPTIEME

tiveroent, sont souverains et non responsables. Cette forme se subdivise en démocratie représentative pure, lorsque le peuple choisit immédiatement ses représentants, et en démocratie représentative électorale , où il y a des corps électoraux élus par le peuple, etqid dioisissent les représentants.

I» VarUttocratie élective se rapproche des démocraties représentatives. C'est un Etat où le peuple, immédiatement ou médiatement, choisit ses magistrats, non pas indistinctement parmi les citoyens , mais parmi une certaine classe déterminée par la loi. L'aristocratie élective est pure ou libre, lorsque le peuple a créé la classe privilégiée ou le corps aristocratique, lorsque l'entrée de ce corps est ouverte à tous les citoyens, lorsque les membres de ce corps sont soumis à Taction du suprême pouvoir dans les mains du peuple. L'aristocratie simple est un Etat où le peuple a choisi à perpétuité, pour son représentant plénipotentiaire, un corps qui gouverne et se renouvelle sans le concours du peuple. On appelle aristo-démocratie toute forme de gouvernement composée de celles que nous venons de nommer. Lorsque la partie aristocratique semble dominer, on a ïaristocratie tempérée, et, dans le cas contraire, c'est la démocratie tempérée. L'immortelle fiome était, depuis l'expulsion des Tarquins, une aristocratie héréditaire oligarchique, qui se changea peu à peu en aristo-démocratie, composée de tous les genres. Les patriciens étaient le corps aristocratique héréditaire ; le sénat une aristocratie élective libre; les assemblées àxipeuple représentaient la démocratie.

» La monarchie démocratique est une démocratie quelconque , où le suprême pouvoir est en partie exercé par un seul individu et en partie par un corps démocratique. Comme le pouvoir suprême peut être divisé de plusieurs manières, il est impossible de fixer le nombre de tous les genres de monarchie démocratique. Elle peut être héréditaire lorsque la nation a choisi une certaine famille, ou élective lorsqu'à chaque vacance ou choisit le monarque. Les élections peuventdépendre du peuple, d'un corpt» électoral , d'un seul électeur. Ces variations sont communes à d'autres genres de monarchie. Le pouvoir législatif i^xxt être partagé entre les mandataires du peuple et le monarque, ou il peut appartenir aux premiers

seuls. Les pouvoirs ^Wtoatr^ et mt/tlotre peuvent éti'e dépendants du monarque ou du corps de la nation. Le corps démocratique même peut être choisi sans ou avec participation do monarque.

» La monarchie aristocratiqae est un Etit où les branches du suprême pouvoir sont partagées entre un monarque et un corps aristocratique. Ce dernier corps peut être une aristocratie élective libre, lorsqu'une assemblée des représentants choisis par le peuple est placée à côté du monarque ; une aristocratie âe^ tive héréditaire, choisie ou par le peuple, oa par le monarque , ou par tous les deux codjointement; enfin une aristocratie pure et per« pétuelle, qui est indépendante à la fois du peuple et du monarque. Telle était la noblesse, dans la plupart des Etats européens, avant Fé poque actuelle.

» La monarchie aristo-démocratique est un gouvernement composé d'un monarque, d'un corps aristocratique et d'un corps déinomtique. On entend ordinairement par gouvernement mixte une semblable monarchie. Les différentes combinaisons de cette forme sont tellement multipliées qu'il est impossible de les classer.

n La monarchie pure et absolue est iin,Etat dans lequel le suprême pouvoir est tout entier confié à un seul individu , ou , en d'autres te^ mes, un Etat dans lequel la majorité de la Dation est représentée par un seul individu. La monarchie absolue diffère du despotistneeuct que le monarque tient son pouvoir de la nation, par consentement ouvert ou tacite; le despote, au contraire, prétend le tenir de Diei ou de son épée. Néanmoins les conquérants et leurs descendants sont, par suite d'une \owt possession, regardés comme des moDarqies légitimes; presque toutes les monarchies «& commencé par des conquêtes. La dictatm était une espèce de monarchie absolue, éle^ tive et temporaire dans la république romaine.

» Le mot anarchie dit simplement absence du gouvernement. En prenant le mot gouvernement dans son sens véritable et bouorabie, il est évident que l'anarchie peut exister de deux manières : V par la non-existence d'un pouvoir suprême quelconque dans la sodété civile; 2° par la prédomination d'un pouvoir iliq^itime qui n'est pas un i^ouvememeot.

GEOGRAPHIE POLITIQUE

» L'anarchie peut se modifier de mille manières. Voiei celles qu'il est utile de remarquer et de définir.

• Voehlocratieoix l'anarchie populaire existe lorsqu'une multitude , une tourbe quelconque 6'empare d'un suprême pouvoir illégitime. Donc , la majorité même , lorsqu'elle n'est pas légalement constituée souveraine, ne peut exercer qu'un pouvoir anarcbique. Voiigarekie a lieu lorsqu'un petit nombre d'individus ou de familles, sans être choisis par le souverain constitutionnel, exercent le suprême pouvoir. Elle diffère donc de Y aristocratie pure. La démagogie existe lorsqu'un ou plusieurs individus, sans vocation légitime, mènent le peuple à leur gré en exerçant réellement le pouvoir qu'ils semblent laisser dans la main de la multitude. Le terme de tyrtm signifiait originairement chef ou monarque; Vii^le remploie deux ou trois fois dans ce sens honorable ; mais dans la suite il fut restreint à dénoter ceUii qui^ dans une république, usurperait le pouvoir monarchique absolu : c'est là le sens ordinaire du mot chez les auteurs grecs et romains. Chez les modernes, on a réservé ce terme pour les abus violents et cruels de Tautorité dans tous les genres de gouvernement.

» On a encore mal à propos confondu le mot despotisme tantôt avec celui de tyrannie, tantôt avec celui de monarchie absolue. Le despotisme est un pouvoir absolu qui n'a point d'origine légale, et qui par conséquent ne reconnaît point de bornes. Le despote se prétend maître de son pays, de ses sujets, comme un particulier l'est de sa terre, de son bétail. Le despotisme n'est pas nécessairement tyrannique ou cruel et violent; il n'est pas absolument incompatible avec quelques formes administratives et quelques institutions qui appartiennent proprement aux Etats réguliers ou même aux républiques.

» Nous ne devons pas classer parmi ces fornés de gouvernement ou d'anarchie , créées par l'homme, l'Etat singulier qu'on nomme *héoeratie: « C'est, disent les théologiens, un » gouvernement institué par Dieu lui-même , » et dans lequel les prêtres-magistrats régnent «> au nom de Dieu. » Telle était la constitution du peuple juif. Chez eux , la théocratie était unie à la démocratie et ensuite à la monarchie. Les papes y dans le moyen âge, cherchaient à

établir une théocratie sur une plus grande échelle.

>» Nous devons encore ftilre remarquer les systèmes fédératifs, qui sont des réunions de plusieurs Etats indépendants sous une autorité supérieure choisie par eux, et qui ont des pouvoirs plus ou moins étendus pour maintenir parmi eux Tordre, et pour les défendre contre des ennemis externes. On peut dire qu'une confédération dans laquelle tous les membres sont égaux est une démocratie d'E* tats : telle est celle d'Amérique. Cependant il y a eu des confédérations avec un chef : le ci-4evant empire germanique était de cette nature. Les confédérations ont quelquefois des sujets en commun. Les Suisses avaient sur ce pied plusieurs districts.

» La géographie politique considère dans les sociétés humaines, outre le lien général ou la forme du gouvernement, les liens particuliers qui attachent les individus à la société, et qui résultent de la position assignée à ces individus, ou de la division en classes et ordres.

» Dans l'état le plul sauvage, l'homme isolé se procure immédiatement le peu qui lui est nécessaire ou qui tente ses désirs. Dès que les familles commencent à se rapprocher, elles se réunissent pour des travaux communs ^ mais lorsque le nombre des familles augmente, la société plus forte se partage les travaux. Les différents produits de chaque travail sont dès lors échangés réciproquement. Ces échanges n'étant pas sans incommodité, on réfléchit sur les moyens de les abréger et de les faciliter. On choisit pour mesure de comparaison entre les valeurs, ou quelque article généralement recherché, comme le blé, le bétail, ou quelque matière réputée précieuse, telle que l'or et l'argent. Ce signe devient mon» naie ; les productions deviennent marchandi» ses; au lieu de les troquer, on les achète. Maintenant, quelques esprits observateurs s'aperçoivent qu'on peut gagner sur l'achat et la vente ; ils se font entremetteurs entre les acheteurs et les vendeurs ; voilà le commerce qui prend son premier essor. Bientôt les fonctions d'administrer ou de défendre l'Etat deviennent trop pénibles ou trop compliquées pour pouvoir être remplies gratuitement : on salarie les fonctionnaires ; au lieu de guerriers, on a des soldats. En même temps, chaque pouce de terrain a reçu son maître; toutes les pro-

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