LIVRE QUARANTE-SEPTIEME
nombre et la nature de ses ports, l'état des grandes routes, eelui des canaux de navigatk>D, objets qui tous inQuent très directement sur la prospérité industrielle à laquelle un pays peut atteindre. Il faut encore faire attention aux diverses institutions commerciales, telles que les grandes banques nationales qui servent à réchange rapide des signes représentatifs des marchandises, et les compagnies et sociétés de commerce, parmi lesquelles il y en a qui possèdent en souveraineté de vastes provinces hors de TEurope.
» La population d*un Etat est le troisième élément de sa force. Nous avons vu, dans un livre précédent, que les rapports entre les décès, les naissances et le nombre des vivants, font deviner à peu de chose près la population d*une contrée; mais les recensements seuls la font connaître avec certitude. Lorsqu'on a des recensements authentiques, il convient même de ne pas s'y fier aveuglément. Souvent on compte deux fois les mêmes individus, ce qui arrive toutes les fois qu'on fait le dénombrement dés campagnes en été, et celui des villes m hiver; cette erreur est très commune.
» Le nombre des habitants est la base de tout bon système de finances : plus il y a d'individus, pourvu qu'ils aient de quoi se nourrir, plus le commerce et les manufactures peuvent prendre d'essor, et par conséquent plus les revenus s'augmentent. C'est Clément sur le nombre d'habitants que se mesure celui des troupes. On compte que les hommes capables de porter les armes font environ la quatrième partie de tous les habitants. Mais le plus grand effort qu'un Etat, même le plus militaire, puisse faire dans un cas de nécessité extraordinaire, c'est d'armer la huitième partie de la population ; même on n'en connaît aucun exemple dans l'histoire moderne.
» Observons encore que plus une masse est concentrée, pourvu qu'elle ait l'espace nécessaire pour se mouvoir , plus elle acquiert d'énergie: donc un petit pays, bien peuplé, est, proportion gardée , plus puissant qu'un vaste État dépourvu d'habitants. On regarde un pays comme étant bien peuplé lorsqu'il compte au moins 600 habitants par lieue géographique carrée. Il en est cependant plusieurs qui ont deux, quatre, et même six à sept fois cette population , tels que la France, la petite république de Saint-Marin et celles de Francfort ,
Brème, Hambourg et Lubeck. Dans le dépa^ tement du Nord, en France, on compte plus de 3,000 habitante par lieue carrée, et dans File de Malte environ 5,000; mais ces phénomèDes ne sont que des exceptions locales très rares. Au contraire, il est assez ordinaire de trouver dans la Russie d'Europe , et même dam les Etats de l'empereur d'Autriche et du roi d'Espagne, de vastes espaces qui n'ont pas 100, pas même 50 habitants par lieue carrée.
» Les revenus de F État varient selon le capital qu'il possède en territoire, en productions et en hommes. Ce sont , à proprement parler, des intérêts que l'État prélève sur les revenus de tous les particuliers. Les essais que l'arithmétique politique a faits pour évaluer les revenus de toute une nation n'ont jusqu'ici produit que des résultats très incertains. La géographie politique se borne à indiquer la somme des revenus de chaque État et les principales 80u^ ces d'où ils découlent; ces indications sont fournies dans plusieurs pays par le fru(/^e( annuel; c'est ainsi qu'on appelle le tableau des finances soumis à Tapprobation du corpsaristo cratique ou démocratique participant à Texercice du suprême pouvoir. ToutefOiS, comme ce tableau est quelquefois destiné à contre-batancer les idées défavorables que pourrait flaire naître l'accumulation des dettes pubUqua dt VEtat, il arrive que la politique y étale des richesses imaginaires.
» Dans les monarchies absolues, ces fimi calculs sont superflus , mais les vrais restent souvent ensevelis dans les bureaux miuistériels jusqu'à ce qu'un heureux hasard ou la volonté d'un souverain éclairé les livre à une utile publicité. Gomme ce n'est qu'en Europe qu'il existe un véritable système de finaneo, c'est dans la description de cette partie Ai monde que nous indiquerons les diverses espèces dUmpôts et de contributions, et toutes ces circonlocutions ingénieuses sous lesquelles lesgouvernements civilisés d^isent la phrase: donnez-nous de l'argent; tandis que les chefs de nations barbares enlèvent in nature, etphis souvent d'une manière arbitraire et désordoo. née, les objets dont ils ont besoin.
«> La force armée de mer el de terre est malheureusement, mais nécessairement, le principal objet des soins d'un gouvememeot quelconque.
» Les tribus sauvages, et même quelques
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peuples à demi policés, ont la coutume de marcher à la guerre tant qu'il y a des hommes capables de porter les armes. Rien ne les emp^be de faire ainsi , car la pèche et la chasse sont des métiers qu'une nation sauvage transporte avec elle. Pour l'agriculture et le soin des bestiaux . les femmes peuvent y suffire. Mais dès que les travaux sont multipliés et divisés, c'est-à-dire dès qu'il y a des classes productives, industrielles, commerçantes à part , il est impossible de faire armer ni combattre une nation en masse, sans ruiner entièrement des métiers et des travaux nécessaires à sa subsistance. Il a donc fallu créer une classe uniquement destinée au métier de la guerre ; telle était dans le moyen âge la des* tination de la noblesse et de la chevalerie ; mais l'invention de la poudre et de l'artillerie, l'introduction d'un nouveau système de fortification , le perfectionnement de la tactique , changèrent l'art presque mécanique de la guerre en une vaste et profonde science, qu'il faut étudier pendant de longues années. Cette considération , fortifiée par des motifs d'ambition et de politique, donna lieu à rendre rétablissement temporaire des armées stable et permanent. Les puissances européennes ont depuis plus d'un siècle et demi des troupes toujours sur pied, prêtes à marcher au premier signal . Leur entretien absorbe aujourd'hui le tiers et souvent la moitié de tous les revenus publics.
» Les forces de terre ou Yarmée se composent de quatre parties ou armes différentes, principales , avec leurs subdivisions ; savoir , ïinfanterie ou les combattants à pied , la cavalerie ou les combattants à cheval , Vartillerie qui dirige l'emploi de ces machines meurtrières d*oà dépend le sort des batailles , et le génie qui calcule la défense ou l'attaque des places fortifiées. Il ne suffit pas d'indiqiier dans la description d'un royaume le nombre et l'emplacement des forteresses , les passes ou défilés les plus importants , ainsi que le nombre de troupes qu'il a sur pied ; il faut encore dire si ce sont des troupes régulières ou des bandes sans discipline et sans science, dont le nombre n'est redoutable que sur le papier ; il faut indiquer les avantages et désavantages physiques de la frontière d'un État.
» De même il ne suffit pas de connaître le nombre de bâtiments de guerre dont se com-
pose la marine on la flotte d'une nation ; il faut encore savoir si elle possède un nombre suffisant d'officiers habiles et de matelots expérimentés ; il faut observée si elle domine sur de vastes cêtes, garnies de bons ports , ou si elle ne touche à la mer que par quelques (joints isolés. D'après les circonstances, un État a besoin d'une flotte de vaisseaux de /tgne et de frégates pour se battre en pleine mer, ou seulement d'une flottille de chaloupes cononnières pour défendre ses côtes, ses détroits et ses ports.
» Enfin les États ont encore, outre leurs forces propres et spécifiques , une force de situation qui dépend de leurs relations extérieures, et surtout des alliances, soit diplomatiques, soit naturelles, qui les rendent mu* tuellement amis ou ennemis. La balance qui résultait des alliances des diverses puissances de l'Europe , était appelée V équilibre politique; les événements l'ont fait disparaître, du moins en partie et pour un temps , mais il est encore utile d'en examiner les principales bases, ce que nous ferons dans la description de l'Europe.
» Vétat moral d'une nation est le résultat de tous ces rapports politiques et sociaux que nous venons d'indiquer. Cet état se manifeste par divers traits dont la géographie politique a soin de recueillir les plus mar« quants.
» La manière de s'habiller est plus qu'un simple objet de curiosité; l'ample habit des Orientaux et le vêtement serré de l'Européen influent sur la constitution physique et morale des nations; la nudité de certaines nations leur procure des avantages corporels, une légèreté, une force, une santé robuste inconnues aux nations vêtues; mais avec ce besoin de moins, on a moins d'industrie et un esprit moins éveillé. L'usage de se peindre , soit en gravant des figures dans la peau , soit en la couvrant simplement d'un enduit colorant , marque Tenfance de la civilisation et le premier essor de la vanité, mère du luxe. Souvent aussi les raugs et les dignités sont indiqués par le vêtement ou la parure; une ;?a^n« particulière est l'emblème de la royauté dans quelques Iles de l'Océanie. Les prêtres siamois se réservent le droit de se faire raser les sourcils; un collier de dents humaines est la décoration des plus nobles d'entre les nègres.