LIVRE SEPTIÈME
» n est incertain si Strabon a ignoré Inexistence des Sères, ou si , dans un passage de sa géograpiiie , k nom de cette nation fameuse a été falsifié par les copistes.
» Dans la troisième région de FAsie, au nord du Taurus , notre géograplie comprenait les contrées situées sur le plateau que forment les diverses branches de cette chaîne ; les principales divisions étaient laMédie, T Arménie et la Gappadoce.
» En venant de la Bactriane par la Parthie, les portes cdspiennes nous ouvrent Ventrée de la Médîe. Sans doute nous y passerions encore par de sombres ravins ou plutôt par des crevasses dues à des tremblements de terre; nous y verrions les serpents fourmiller sous nos pieds, et les eaux salées distiller d'une voûte de rochers noirâtres suspendus sur notre téte(']; mais nous ne penserions plus , comme les anciens, que ce d^lé soit presque au centre de FAsie.
» La Médie , long-temps exempte du fléau de la guerre , voyait des canaux d'irrigation répandre la fécondité dans plusieurs parties de son sol aujourd'hui desséché et couvert d'efûorescences salines p). Les grandes villes d'jBcbatana et de Rhagœ conservaient des restes de la magnificence des monarques persans. La gloire de Sémiramis respirait sur les flancs des rochers qu'elle avait fait tailler en palais au milieu d'une province transformée en jardin. L'adorateur du feu , soit Mage , soit Sabéen, exerçait son cuite innocent près des sources de naphte qui s'enflamment d'elles-mêmes, et que les anciens placent dans beaucoup d'endroits de la Médie (*j et des contrées voisines. Une portion très montueusede la Médie, devenue indépendante du vivant même d'Alexandre-le-Grand, prit cfe son libérateur et nouveau maître le nom à^Atropatène ou Aderhaxdjan, qu'elle conserve encore de nos jours (*). Dans le pays des MatierU , peuplade soumise à r Atropatène, on remarquait un grand lac d'eau très salée ; on le nommait Spauta / c'est le lac Ourmyah des modernes. Un autre lac encore plus étendu baignait à la fois les confins de l'Arménie et ceux de la Médie; il est nommé Arsissa chez Ptolémée , et lac de Van sur nos cartes. Strabon , plus exact que Taver-
(•) PUn, VI, 14. Coinp. Diod. XIX, 44. — (.) Strab. \n fine; XII. iD prlnc. — (») PUa. In Alex. PUn, II, 104, — {*) Polyb. X, 25. Ammian. Marc. XXÏII, C.
nier (>) , &it observer que les eaux de ce lac sont saumâtres. Quelques cantons de l'Atropatène étaient riches en vin, blé, figues et au^ très fruits; d'autre part d'immenses troupeaux erraient dans les champs Niséens , dont il est impossible de fixer la position exacte [^j.
» Dans les montagnes de Zagros et de Niphatès, qui bornaient la Médie à l'occident, on distinguait parmi d'autres peuples sauvages les Cyrtii , probablement les Carduchi de Xénophon, les Gordueni de Plutarqne, les iC orduenid'Ammlea Marcellin i»), et les Kurdes ou Kourdes des modernes. Ces âpres montagnes arrêtèrent les armes de Marc-Antoine, de Trajan et de Julien. Du côt^ du nord, d'autres cantons montagneux nourrissaient les tribus peu connues des Tapyri, des Mardi ou Amardi, des Caspii, et la nation puissante des Cadusii, répandue depuis le Caucase Jusque dans la Bactriane (^j, et appelée Gelœ (5j ou Geloï («) par les Orientaux, noms qui semblent' conservés dans celui de la province de Ghilan et dans celui de Ghelaki que portent ces habitants.
«L'Arménie, très connue depuis par les guerres des Parthes et des Romains, était peu visitée du temps de Strabon. Aussi ce géographe décrit-il les sources du Tigris moins exactement que le vieux Hérodote (7), auquel les diverses branches de cette rivière étaient connues. Pfine apprit plus tard que plusieurs de ces branches se perdaient sous les montagnes pour reparaître dans un terrain plus bas («). La branche septentrionale de l'Euphrate est bien retracée par Strabon; mais le Murad, ou l'Euphrate méridional, quoique indiqué par Xénophon (^) , n'est clairement décrit que par Ptolomée. UAraxes, qui parait toujours avoir confondu ses embouchures incertaines avec celles du Cyrus, descend aussi de ce plateau d'Arménie, où une température fraîche entretenait la verdure des pâturages, peuplés d'une belle race de chevaux, tandis que les montagnes au nord restaient couvertes de neiges éternelles et que le soleil du midi faisait mûrir les raisins et l'olive dans quelques vallées favorablement exposées. Les villesd'ilrra^afaet de
(•) Tavernier, les six Voyages, III, 3. — (») Strab. XI, 776, 796 î II, 124. Alm. Diod, XV», 110. Arr. VII. Uérod. y\l, 40. — (5) Amm. Marc, XXIII, 3; XXV, 7, etc., etc. — (♦) Strab, XI, 769. Alm. Diod. 11,33. Plin,yh n. — (5) POn. VI, 11, 16.— («) Ptolémée, VI , 2. — (7) Hérod. V, 62. — (»} PUn, VI, 27. — {s)Xénùph, Exp. Cyr. IV, 6.
HISTOIftE DE LA GÉOGRAPHIE.
Tigranocerta florissaient du temps de Strabon ; elles s'éclipsèrent dans les quatrième et cinquième siècles devantla splendeur commerciale de Théodo9iopoUê(^)j qui elle-même, dans le moyen âge, céda le premierrang à Arzm 0 , notre Erzeroum , à Kars et à d'autres villes qui subsistent encore, et dont les noms semblent prouver que la langue du peuple arménien n*a Jamais subi de changements, quoique le christianisme le plus rigoureux ait remplacé en Arménie le cuite voluptueux d'Anaîtis ou de la Vénus assyrienne.
f En passant TEuphrate, nous entrons dans la Cappadoce, plateau entouré des chaînes du Taurusetde TAnti-Taurus, souvent confondues ensemble par les anciens. Les plaines sèches et nues de la Gappadoce proprement dite produisaient du blé et une race de chevaux renommés pour leur légèreté. Au nord, vers le Pont, il y avait de belles forêts, et dans une partie de la Gappadoce voisine de TEuphrate, et qu'on nommait aussi Petite Arméme, le district de Mélitène était. embelli de vergers et de vignobles (s). Couverte de châteaux-forts, la Gappadoce ne possédait qu'une seule ville remarquable, celle de Mazaca ou Cœsarea, le Kaîsarieh des modernes, au pied du mont Argœus, aujourd'hui Erdschir, dont le sommet se couronne de neiges étemelles (^]. Les Cappadociens , nommés aussi Syriens blancs, et probablement sortis de la grande race araméenne ou syriaque, refusèrent la liberté offerte par les Romains , et aimèrent mieux se donner un maftre absolu. Les seigneurs de la Gappadoce tiraient de la vente des serfs im de leurs principaux revenus (*).
» Dans une partie de la Gappadoce, nommée Cataonie, Strabon visita un temple consacré à Bellone, la même déesse que Rhea ou Gybèle , et que les habitants appelaient Md, dont le grand pontife exerçait presque l'autorité dun souverain sur cette province. Il y avait dans le Pont un semblable temple; tous les deux portaient le nom de Comana; tous les deux avaient donné naissance à des villes considérables, peuplées en partie de prêtres, de pèlerins dévots et de beautés vénales ; la Gomana du Pont, dont nous parlerons plus bas,
(*)Proc. Pere.I, 10. iEdIf. Iir, 6. — (>) ConslanL Porphyrog. II, c. 46. — (») Strab. XII, 809. — (4) Ib. 812. — (() Mmeipiis diva eget œris Cappadocum rex Hor.
rappelait la richesi^ et les voluptés de Co^ rinthe.
» Les cêtes de la Gappadoce sur le Pont- Euxin, et quelques contrées maritimes dans le voisinage, avaient, peu avant le temps de Strabon, reçu le nom de royaume de JPontus (*), nom qui , ayant été pris dans plusieurs sens, plus ou moins étendus, embrouille singulièrement la géographie ancienne spéciale de ces régions. La partie orientale est bordée d'une haute chaîne de montagnes riche en fer et en cuivre ; les rivières rapides qui en descendent font écumer au lohi la mer, et les gorges d'où elles sortent donnent naissance à d'impétueux vents de terre p). Les peuples sauvages que Xénophon y avait connus p) conservaient encore, en grande partie, leurs noms, leur caractère et leur manière de vivre. Les Mosynœci continuaient à faire de hautes tours de bois l'asile de leurs brigandages. G'est de ces petites forteresses, appelées if o^rn^ qu'ils tiraient leur nom. Ils se servaient de canots faits en écorce d'arbre; ils étaient nus, se peignaient le dos avec différentes couleurs, et ne rougissaient pas d'avoir publiquement commerce avec leurs femmes. Les soldats de Pompée éprouvèrent, comme ceux de Xénophon, les funestes effets d'un hydromel vénéneux que ces sauvages leur présentaient afmde les tuer plus à leur aise (*] . Les Ghalybes , appelés aussi Chaldœi et Chaldi, ont laissé leur nom au mont Tchildir, tandis que le mont Dchanik rappelle une autre tribu que Strabon nomme Sanni, mais que d'autres écrivains désignent sous le nom de Thianni et Tzani (^) ; tant il est difGcile de transporter un nom propre d'une langue dans l'autre! Ges peuples sont les Macrones ou Macrocephali, c'est-à-dire gens à grosses têtes, des écrivains plus anciens (^1. La ville de Trapezus ou Trébizonde n'avait pas encore l'importance qu'elle acquit sous Hadrien , et surtout dans le moyen âge sous les Gomnène^.
n Dans la partie orientale du Pontus, où les montagnes s'abaissent et se retirent plus loin de la côte, on voyait alors le froment, l'olivier et
(•) Comp. Diod. Sic.XXI, Ut. Potyb. V,43, et Memnon, c. 12.— (») Procop. Goth. IV, 2. Arrian. Peripl. p. 27. — (») Voyez ci-dessus, p. 49. — (*) Xe^ noph. IV, cap. 8. S. 16. Strab.XU, 826. Alm. Diotcor. :i, 103. PUn. XXI, 13. — (») Arr. Peripl. 6. Pr<h cop. Pers. I, 15. — («) Strab, XII, 825. Alm. Xenopk. Hippocr,