‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 25 sur 229 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

toutes sortes d*àrbres fruitiers orner les collines au pied desquelles YHalys et VlrU roulaient leurs ondes : c'était là que s'élevaient les villes d*Am(uée, patrie de notre géographe; de Cabira, ornée d'un temple du dieu delà lune, et probablement identique avec la Neo-Cœtaria des écrivains postérieurs (*); de Comana Pon^ iiea, Cernent fameuse par un temple et un oracle, vraisemblablement le Tocat de nos jours; enfin d'Amisus, aujourd'hui Samsoun, une des résidences des rois du Pont (*), favorisée par les Romains et maîtresse entre autres du canton de Gadilonitis^ renommé pour ses moutons à laine fine.

» Ces régions du Pont ne sont pas expressément comprises dans la quatrième section de l'Asie en-deçà du Taurus , à laquelle cependant Strabon attribue tout le reste de l' Asie-Mineure, môme la Gilicle, quoique décidément située au sud des montagnes.

» Ici notre géographe, entouré de souvenirs historiques et poétiques, se livre à des détails étrangers au but que nous nous sommes proposé. Parcourons rapidement la Paphlagonie; ses hautes montagnes formant la chaîne d'0(gassisj couvertes de forêts de buis (8), et portant aujourd'hui le nom à'Elkas-Dagh; ses côtes , où en quelques endroits la vigne et l'olivier bravaient les vents du nord ; et ses villes commerçantes, parmi lesquelles Sinope, ornée de beaux édifices, tenait encore im rang qu'elle allait céder à Byzance. Jetons un coup d'oeil sur la Bithynie, si voisine de la Thrace, dont, selon les anciens, elle a reçu ses habitants (4], pays agréable et fertile, qui produisait déjà, du temps de Xénophon, tous les fruits de la Grèce; excepté l'olive, et dont les écrivains postérieurs vantent les superbes bois de construction navale, les carrières de marbre, les cristaux de roche et les excellents fromages (s); pays orné de plusieurs belles villes, telles que Chalcedon^ nommée sur les médailles et dans quelques manuscrits Kalchedon (^); les deux métropoles rivales Nicea et Nicomedia; et au pied du mont Olympe, Prusa, peu importante

(') Mannert, VI, 2* part. 472, sqq. — (*) Appian, Mithrid.. c. 78. Plin. VI, 2. — (») Strab, XII, 377. cd. Casaub. Apollon. Plin. — i'») Thucyd, IV, 76. Xenoph. Exp.Cyrl. VI, 4. Scy//a«, p. 34. Strab, XII, passim. (5) Xenoph. VI , 4. Strab, XIÏ, Plin. XI, 42. Eustath. ad biooys. Perieg, 793. — (c) Eckhel , Doctrina nnmm. 1, 410. Sestinit numm. geog. 31». Schweighœtt' •er, nol. Polyb. IV, 39.

du temps de Strabon, mais qui, dans le moyen âge, recueillit seule les débris de la splendeur de toutes les autres.

• Ne nous laissons point arrêter par Straboo sur les côtes de la Myêie dont la Troade fait partie, et où chaque village of&e au géographe grec matière à une dissertation. A côté des monuments probablement apocryphes des héros de l'Iliade, et parmi des ruines plus célèbres qu'imposantes , florissaient Cyzicue , munie de deux ports, et bâtie en marbre tiré de l'Ile Procon'Mius(% aujourd'hui Marmara; Lamp»

êaeue, entourée de vignobles; et Pergamus, renommée par sa bibliothèque de deux cent mille volumes, ainsi que par l'invention du parchemin, et qui, peu de temps après Strabon , est citée comme la ville principale de toute l'Asie (2).

» Nous allons visiter avec la même rapidité le plateau de l'Intérieur, ou la Phrygia, dont la Galatia, au nord, et la Lycaonia à l'est, étaient des démembrements. On sait que les régions septentrionales de la Phrygie avaient été envahies dans la cent vingt-cinquième olympiade, par une armée de Galates ou de Celtes sortis des pays entre les Alpes et le Danube , et chez qui saint Jérôme crut retrouver la même langue que de son temps le peuple parlait à Trêves p) ; ce qui ferait croire que ces Celtes étaient mêlés avec des Germains. An^ cyra, ville principale de leur pays, ne jouissait pas encore , du temps de StralxMi , de l'impwtance et de la splendeur que Ptolémée et les écrivains postérieurs lui attribuent

» La Phrygie proprement dite comprenait, à la même époque, les villes de Synnada, bâtie en marbre blanc tacheté de rouge; Apamea, importante place de commerce, surnommée CibotoB, c'est-à-dire coffre ou magasin; Lao^ dicea, embellie par de nombreux monuments et enridiie par les moutons à laine fine élevés dans ses environs; sur la frontière de la Phrygie et de la Lycie, Cibyra, surnommée la grande ; et au nord Cottœum, qui , sous le nom déKautayeh, est la capitale actuelle de l'Ana* tolie. La partie la plus occidentale de la Phrygie, sur les bords de THermus, portait le nom de Catccecauméné, c'est-à-dire région brûlée ; c'était une plaine qui paraissait couveite de

(•) Strab. XÏI , 881. Alm. FUruv. II , 8 ; VI , 6. — 0 Plin. V, 30; XIII, H ; XXY. 11. Strab. XIII, 925. Alin. — {*) Hicrom in prsfat. Epist. I ad GalaU».

HISTOIRE DB LA GÉOGRAPHIB

cendres, et où Ton Toyalt trois cratères de volcans éteints : la vigne se plaisait dans ce sol, qui probablement n'est que de la lave décomposée (^). Sur les rives du Méandre, les habitants d*Hiérapoli8 arrosaient leurs champs avec Teau des sources chaudes^ très fréquentes dans ce canton; ces eaux, en déposant le carbonate de chaux dont elles étaient chargées, formaient des aqueducs naturels (^ ; on y adinirait aussi une grotte qui exhalait des vapeurs mortdles (>) . Tout le sol était formé d*une roche qui tombait en poudre sous les doigts.

• La lycaonie, dont Iconium, notre Konieh, était la capitale, offrait dans ces vastes plaines couvertes d'efOorescences salines^ une nourriture convenable à de nombrmix troupeaux de moutons à laine grossière, dont on tirait la matière première d*une étoffe phrygi^uie, espèce de frise (*\. Dans la plus grande partie de la Lycaonie on manquait d*eau potable ; plusieurs lacs salés y occupent un vaste espace ; la même nature du sol continue dans les deux petits cantons de la Milya$ et de 17sauria, dont les chefs-lieux portaient le même nom, et situés en partie sur le mimt Taurus même. Les plus grands de ces lacs salés sont le Tatta en Lycaonie, le CoraUs dans Tlsauria, et VAêcania dans la Milyas. C'est probablement ce dernier qui, selon Aristote (&) , offrait de Teau potable à sa surface , tandis qu'au fond on trouvait une eau imprégnée de nitre, ou plutôt de natron ; particularité que Pline parait mal à propos attribuer au lac Ascanius dans la partie de la Bithynie nommée |)e/i/e Phrygie (^.

» Les Phrygiens étaient une des grandes nations de l'Ajsie-Mineure, et ne descendaient point de la race syriaque ou araméenne : plusieurs anciens les font venir d'Europe (7) ; mais leurs propres traditions les représentaient comme indigènes depuis un temps immémorial {^]. Il en est probablement de même des Lydiens et des Cares ou Cariens qui occupaient les côtes occidentales de l'Asie-Mineure avant l'invasion

(0 Strab. XII, 864, 868; XIII, 931. iUm. — (•) yhruv. Vin. 3. Strab. XIII, 933. Alm.-.(3) Strab.XlU. ApuL de Mundo, 4. Dio. Cass, LXVIII, 27. Damas. VIL Ifiid. Comp. Amm. Mareell. XXIII , 6. — (*) Strab. XII. 853. Plin. VIII, 48. — (5) ^rw/. dc Mirab. auscall., c. 54, 56. Comp. /iérod. VU, 30. Arrian. Exped. Alex. I, 80. Lucas, second voyage, I, 33. — («) Plin. XXXI , 10. — (f) Uérod. VII , 73. Conon op. Phot. etc. — («) Hirod. II, 2. Hom.Comp. Iliad.

des colonies grecques. Les ptemifirs de CM peuples régnèrent un moment sur toute la péniur* suie Jusqu'au^euve Halys ; les autres se ren* dirent maîtres de toutes les mers voisines.

• La l^dU, où le Tmolus, parfumé de sa-* fran, donnait naissance aux eaux du Pactole, diargées de quelques paillettes d'or, et la Ca^ rie, où le mont Taurus commence, ont souvent changé de limites. Sardes, la capitale de Grésns, était encore une grande ville; mais aucun monument n*y rappelait la splendeur des anciens Lydiens^ auxquels cqp^idant on attribue l'invention de la monnaie, des Jeux gynmastiques , de Tart de tisser la laine , et de plusieurs autres encore.

» Sur les bords dé la mer Egée s'étendait VEoUdSf qui n'était proprement que la côte de la Mysie méridionale, et où la seule ville de Kyme, en latin Cuma, mérite d'être nommée. Plus au midi , VIonie bordait toute la Lydie et une portion d^ la Carie; elle florissalt encore du temps de Strabon, cette contrée bénie du ciel, où les Grecs, heureux et intelligents héritiers de l'antique civilisati<m asiatique , avaient ouvert un asile à tous les arts et à toutes les sciences. Parmi les villes ioniennes, EpUse et Smyme tenaient le premier rang, et continuaient , pendant toute la durée de l'empire romain, d'être les sièges du commerce. Smyme, telle qu'elle existait alors, avait été fondée par Antigonus, et non pas par Alexandre, à vingt stades au-dessus de l'ancienne ville du même nom (1). Milet, qui avait régné sur le Pont- Euxin avant que les Athéniens eussent seulement une marine; Milet, qui avait fondé soixante-quinze ou quatre-vingts colonies (^ , était encore une grande ville , mais avait perdu son industrie et ses richesses. Les attérissements du Méandre , déjà indiqués par Strabon , mais probablement exagérés et mal compris par les modernes, occasionnent beaucoup de doutes sur la véritable position de Milet et des autres villes voisines du golfe latmique, doutes qui seront éclaircis dans notre description de FAsie-Mineure.

» Les Doriens avaient fondé , sur les côtes de la Carie , quelques villes que Ton comprenait le plus souvent dans la Carie. Halicarnasse , appelée précédemment Zephyra^ aussi

(•) Strab.XÏV, 956. Alm. Comp. Plin. V, 29. Paustth. Ach. 5. ~ (*) Plin. \, 29. Seneea , de GODSOl. , c.O.

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