LIVRE HUITIÈME
Suite de l'Histoire de la Géographie. — Analyse de Stfabon. — Asie au-delà do mont Tturuf. Voyages de Mégasthène et de Néarque.
nVAêie otnielà^ c*e$t-à-dire au midi du fnont Tauruê , occupe Strabon dans les quinzième et seizième livres de sa Géographie* En commençant par Forient , on trouvait d'abord les Indiens , qui passaient pour la nation la plus puissante et la plus nombreuse de TAsie: leur pays avait pour confins , suivant Eratosthène et Strabon , TOcéan oriental et la partie méridionale de l'Océan' atlantique. A l'occident de rinde , s'étendait une vaste région mal peuplée, à cause de la stérilité de son sol: elle était occupée par différentes nations tout-à-fait barbares ; c*était V Ariane , dont Y Aria n'est qu'une partie , et qui se prolongeait depuis le mont Paropamisus jusqu'à la Gedrosia et la Cormania; venaient ensuite les Perses, les Susiens , les Babyloniens , quelques autres petits peuples , la Mésopotamie , la Syrie , les Arabes et les Égyptiens jusqu'au Nil.
» Strabon n'a rien ajouté aux connaissances qu'Eratosthène avait eues sur les contrées orientales de l'Asie ; et dans sa carie , l'Inde , quoique Mégasthène en eût donné les vraies dimensions, était toujours orientée de manière que la côte occidentale devenait méridionale ; qu'ainsi la péninsule disparaissait , et que la pointe méridionale de toute l'Inde se trouvait sous la même latitude que Méroé (^j. Ltô connaissances de Syrabon sur l'Inde se bornent , de son propre «veu (3) , aux contrées à l'ouest de VHyphasis et de l'Indus, conquises par Alexandre et décrites par deux des compa-
(') Xiphil. in TraJ. — (*) GosselUn, Géogr* anal. 108, etc. , etc. — (3) Strab. XV, passim.
gnons de ce héros , Onésicrite et Aristobule; il avait encore, d'après la relation de l'ambassadeur Mégasthène, quelque idée des pays sur le Gange, et de la grande ville de Palibothra. Il ne parait pas avoir connu l'itinéraire des marches de Séleucus dont Pline avait un extrait sous les yeux p) ; et quoiqu'il cite Néarque , il n'a pas tiré tout le parti possible de la relation de cet amiral d'Alexandre. Les sources de Strabon étant aussi les mêmes que celles où ^ deux siècles plus tard, Arrien puisa les matériaux de sa description de l'Inde, nous combinerons l'analyse de ces deux relations.
M Les sources de l'Indus, inconnues à nos géographes comme à ceux d'Alexandre, se trouvent probablement à une centaine de lieues au nord-ouest de l'endroit où ce fleuve, déjà très puissant, se Araie une route au travers les chaînes du Paropamisus et de ïlmaiis, nommées par les Macédoniens Caucasus. La haute vallée, ou peut-être le plateau qu'arrose l'Indus dans cette partie de son cours, aujourd'hui presque inconnue , appartenait à l'empire des Perses: voilà l'Inde telle que la connaissaient Hérodote et Gtésias. G'est là que demeuraient les Gandarii {*) , connus aussi de Stia* bon, mais répandus alors plus au midi; c'est là que les anthropophages Padœi, voisins des Bactriens (*), habitaient la contrée de Pader ou
(^) Joseph, Anllq. Jud. i, 7. Hieron. Comm. in les. V, 53. — (») Dio, Cass. LIV, 23. — {^) Voyez ciaprès , llv. XI. — (*) JUérôd. 111, 91 ; VU , 66. Stralf. XV, 1021. 1024. Almel. — («) liérod. Ill , 08, 102, etc.
UVBE HUITIÈME.
le petit Tibet (1) , nommée aussi le Parestan, d*oà vient le nom de Pariam chez Mêla (^j ; enfin c'est là que Tlndus coule de Toccident au levant, comme Hérodote, Hipparque et autres Font afOrmé. La contrée de Pactyica, voisine de la ville de Caspatyroi, séparait cette Inde d'Hérodote de la Bactriane(») , ce qui fait croire que la Pactyica était le pays de Badakhchan. Le nom de Caspatyros est persan et signifie porte de montagnes ; c'est peut-être le Kutwère de nos jours. Gomme Alexandre ne s'avança que très peu dans ces hautes régioQS, un ingrat oubli enveloppa les antiques vérités consignées par Hérodote; les fables seules furent respectées, et les contes sur les fourmis qui exploitaient des mines d'or furent Joints à d'autres contée tirés des anciennes relations demi-poétiques sur la Colchide, la Scythle et la Libye. Les Pygmées et leurs rivaux , les grues, les hommes àtètesde chiens, ceux qui, dépourvus d'une boudie , vivaient de l'odeur des fleurs, et bien d'autres peuples fabuleux, repoussés de pays en pays par les progrès des découvertes, trouvèrent dans l'Inde un dernier asile. Gomme les Grecs aimaient à s'attribuer l'honneur d'avoir civilisé l'univers, leur Bacchus, que le poète Euripide n'avait su conduire que jusqu'aux murs de Bactres(^j , tût considéré comme le premier conquérant de l'Inde, et sa montagne sacrée, nommée Nysa, placée auparavant près de la Phénicie et de l'Egypte (s), futtout-à-ooup retrouvéedans une des villes de l'Indonstan nommée Nischaet consacrée à Dewaniichij divinité indienne dans laquelle on crut voir le Dionysos des Grecs (^).
» D'après cette ardeur à tout sacrifier au merveilleux, les Grecs, venus d'ailleurs dans* la saison des pluies, exagérèrent la largeur des fleuves de l'Indoustan parmi lesquels ils connurent surtout rindus. Alexandre parut un moment le prendre pour le Nil égyptien, parce qu'il se nommait aussi Nil-Ab ou fleuve bleu, erreur qui n'a pas manqué d'être répétée (7). D*Anville, Rennel et Wahl n'ont pas pu éclaircirtout ce que les anciens disent sur les fleuves qui se jettent dans l'Indus, soit de l'est, comme
(<) Ayen Akberi, II, 152. Ti^fenUiaUr, I, 50. fTahl, Indosl. I, 601.— («) Pomp. Mêla, 1,2.— (5) Hérod, lU, 102 ; IV, 44,VII, 67, 68, 85, (nonobsUnt III , 93). — W Eurip, Bacch. 15. — (*) Hérod, III, 97. Diod. I, 15. — (6) ff^ahl , lodostan, I, 280. Nol. -(7) « Nile... teque vident priml qusrunt tamen bi quoque Sens» » Luc. Phanal...
le Cophèi (<) , le Choaspes ou Choës (>} et le Suastuê, soit à l'ouest, comme YHydaspes, notre Bihol ; YAcesines, notre Tchenab, nommé en sanscrit Tohandarbhagaga, d*où Ptolémée fit son Sandabala p) ; YHydraotes d'Arrien, nommé Hyarotis par Strabon et Rhuadis par Ptolémée, la Beyah d'aujourd'hui; YHyphasis, terme des marches d'Alexandre ; YHypams de Strabon et de Biodore; le Bibasis de Ptolémée, en sanscrit Bipascha; enfin le Saranges d'Arrien, nommé Hesidrus par Pline, Zarc^ dius par Ptolémée et sur nos cartes Setledje ou 8atladche(^j. Le Gange recevait, selon le récit de Mégasthène, dix-neuf grandes rivières parmi lesquelles on distinpie le lomanes, l'Iobarcs d'Arrien f]^ et notre Djemnah ; le Sonus, notre Soane; YErannoboas, dont le nom ou plutôt l'épithète sanscrite a dû être Hiraniabaha^ c'est-à-dire roulant de l'or, et qui avait son embouchureprèsdela ville dePalibothra (^)', le Condoehates, notre Gonduk; le Caïnas, probablement le Gagra; YAgoranis, YAmystis et autres, à l'égard desquels il régne une grande diversité d'opinions ('). Les incertitudes deviennent oicore plus fortes lorsqu'il s'agit de retrouver le grand fleuve qui doit coujer aux extrémités de l'Inde et que les anciens nomment Dyardanes et Oidanes (^) ; cependant on est tenté d'y reconnaître le Burrampooter ou Brahmapoutra, qui ne nous est connu en totalité que depuis la fin xviii* siècle.
y» Les Grecs contemporains de Strabon parlaient des mêmes pays et des mêmes nations dont les noms, souvent mal entendus, avaient firappé les oreilles des Grecs contemporains d'Alexandre. Ainsi Strabion nomme le royaume d'un Porus qui envoya des ambassadeurs à Auguste; mais le nom de Porus esMl celui d'une fEunille ou celui d'une dignité (*j ? Les
(•) Strab. XV, c 1, S 12. Plin. VI, C. 21. — (•) Âr-^ rian. de Eip. Alex. IV, 23. — (') Amarasinha, elle par Paolino, Voyage, 233, en aU.— («) Â^oW, IndOsUn, 257-266. yincent , Voyage de Néarqae. Âennel, Mémoire , etc. , etc. — (s) j4n. Ind. 8. — («) /fli/ford, 4siat. Researches. V. fVahl, Indoslan, 1, p.371 sqq. — (7) Comp. d'Anville , Rennel j Mannert, H^ahl, etc.— (8) Curt*. VIII, 9. Slr^. XV, 1047. Alm. — (0) Il estpliu natarel de penser que plusiean prin* ces ont porté ce nom. Firdoussy ibn Fcrroukh» nommé aussi Hassan Ben Scharf , célèbre poète persan qui Yi?aitran 400 de l'hégire, auteur d'un poëme Intitulé Schahnayié, c'est-à-dire histoire des roix de Perse, parie du prince Phouy on Pour, le Porus d'Alexandre, et ajouts que le béroa macédonien , après
mSTOIRE DE LA GËOGBÀPHIE.
princes MusicafMs, Oxieamu et Forticanui n'ont pas, plus que le Porus d'Alexandre, vécu trois ou quatre siècles ; mais ici la syllabe can ou ib^nest évidemment un nom de dignité plutôt qu'un nom personnel. La position des Etats de ces princes, correspondante à celle de YIndoêcythia de Ptolémée (>) ^ du pays des Huns blancs de Gosmas (*) , nous autorise à admettre une invasion des hordes turques et roongoliques antérieure à Alexandre et peutêtre souvait réitérée p). Nous retrouvons avec plus de certitude les Caspirœi dans la fameuse vallée de Cachemire, ou en sanscrit Kasdiapmer; ia région Peukelaotis, dans le canton de Pekhely ; la puissante nation des MalU, dans le Moultan, nommé Mél par Moses de Chorène(*), et la Pattaîène, c'est-à-dire la terre entrecoupée dans le delta de l'Indus. Peut^tre les CcUhœi d'Arrien (*) , les Cathari de Diodore (^] et les Chatriœi de Ptolémée désignentils les Rasbuttes modernes qui sont principalement de la caste des KotUry ou propriétaires de biens-fonds, et de celle des Kschatria ou guerriers.
» n nous semble encore plus évident que les grands royaumes des Prasii et des Gangaridês, dont les Macédoniens eux-mêmes redoutèrent les innombrables éléphants et leschariots de guerre, sont indiqués dans les livres sanscrits sous les noms de Pragi ou d'empire d'Orient, et de Gangaradessa ou royaume de Gange (^. Ce dernier comprenait une portion du Bengale ; le premier s'étendait depuis les confins des Gangarides Jusqu'au-delà de la Djwnnah. La fameuse ville de Palibothra, capitale des Prasiens, était, selon d'Anville et autres savants, l'Allah-abad moderne, autrefois nommée Prag, et ornée de Tépithète de reine des villes saintes («) ; mais comme les itinéraires donnés par Pline portent cette ville à
l'avoir vainca, proclama roi à sa place, Souriouk, prince da sang. Ce fait, qui contredit ce qae l'on sait de la générosité d'Alexandre envers Porns , semble prouver que le nom de Phour ou de Pour était celui d'un prince, et non celui d'une dignité. J. H.
(«) PtoL.. Arrian. Peripl. Geog. min. I, %\.Dion, Perieg. v.* 1088. — {*) Cosmat Indopleusles, XI, 338, 339.—*(5) /y^ni/i/te, Géogr. anc. 11, 346. Eclaire p. h2,Rennel, Mém. 186 (nonobstant Vincent, Voy. of Ncarchus, 141). — (♦) JVahl, Asien. I, 631.— (5) Art, Eiped. VI, 9 , 13. etc. ^ (e) Diod. Sic. XVII , 92. — p) JVilford . Asiatic. Researcfaes , V. Cbronology of the Hindous. — (») D'Anville, Roberuon, etc. Comp. Ayen Akbery, II, 36; III , 266.
426 milles romains à Feât du conËnent de la Djemnah, Heimel Ta cherdiée près de Patna, où il a existé une ville nommée Patalipoutra (^) ; et des recherches plus récentes tendent même à faire reconnaître cette capitale dans Bigémahl, autrefois nommée BaUpoutra dans le Bengale f j. Malheureusement les contradictions qui se font remarquer dans les mesures de Pline depuis la Djemnah jusqu'à Palibothra, et de là aux bouches du Gange, rendent cette question peu susceptible d'une solution certaine.
» La péninsule méridionale de Tlnde en-deçà du Gange, quoique déjà visitée par les flottes des Ptolémée , est à peu près inconnue à Strabon: il parle vaguement d'un roi Pandian dont les ambassadeurs portèrent à Auguste des présents très simples, très bizarres, et qui semblent prouver que l'ancienne civilisation de l'Inde était principalement c<mcentrée dans les régions du Gange et de l'Indus. Les Pan^ dions ou Panda des anciens (s) sont l'antique dynastie des Pandi ou Pandiiwan qui , selon les livres des Indous, a régné pendant trois cent soixante-deux générations sur le royaume de Madure, nommé en sanscrit Pandi-mandalam, ce que les anciens ont traduit par regio Pandionis(*).
» A une époque où la grande péninsule endeçà du Gange était inconnue, on conçoit d'avance que les notions de Strdwn sur Taprohane ou Ceylan ne pouvaient être que très imparfaites. Eratôsthène avait déjà décrit cette Ile d'après les traditions recueillies à Palibothra par Mégasthène; il la plaçait au midi de rinde, à vingt Journées de navigation du cap des Coliaques, mais d'une navigation infiniment lente; il lui donnait 5,000 stades de largeur sur 7,000 ou même 8,000 de longueur. Selon Strabon , l'Ile se projetait d'orient en occident vers l'Ethiopie et parallèlement à la c6te de l'Inde (•). Onésicrite ne l'éloignait que de sept journées de navigation et lui donnait 5,000 stades d'étendue , ce qui probablement
(0 Rennel, Mém. etc., 49. miliam Jones, A«iat. Research. IV. — (•) fTUford, Asial. Research. V. fTahl, IndosUn,^, 370. — (s) Sirab, XV, 1006, Almel. Arrian, Ind. c. 8. Plin, Solin, Steph. — (*) Wahl, Ind. I. 954 , etc., etc. Relations des missionnaires danois , tom. IV, sect. 43. Tiefenthaler, H, t., p. 64, sqq. —(5) Plin. VI, 24. Strab. XV, 1012| U, 124.
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doit 8*eQtendre de la clromférence (')> mais Onésicrite trouva peu de confiance. Il parait même que Taprobane fut quelquefois considérée Qomme Fextrémité d'une grande terre australe qui se joignait à T Afrique^ opinion qu'on attribua, peut-être sans raison, à Bipparque (^}. On est tenté de croire que les anciens ayant d'abord pris la péninsule de Decan pour une lie, en appliquèrent les mesures à File de Ceylan qu'ils connurent plus tard pj.
» Les notions historiqpies des anciens sur les institutions et les usages des Indous étaient plus avancées que la géographie proprement dite : la division par caste les avait frappés ; mais en prenant des subdivisions pour des classes principales, ils en comptèrent sept au lieu de quatre {*). Dans celle des sophistes, par exemple, ils confondaient mal à propos les sages Bramines ou Brachmanœ avec les Faquirs, dont le séjour sous le vaste ombrage des arbres, la nudité saintement obscène et les tortures volontaires étonnèrent les Macédoniens (^j. Les Germants ou plutôt Sarmanes{^)j dont parle Strabon d'après Mégasthène, paraissent être les Schamans ou prêtres de la religion de Bouddha.. La caste des guerriers comprenant les Tchétris, les Ksatris et les Radjahs, et formant la seconde, correspond aux cinquième, sixième et septième classes de Mégasthène. Celle des cultivateurs ou fermiers, respectée au milieu des guerres, payait alors, comme aujourd'hui, le quart du produit de ses champs [7j. Cette classe, avftc celle des pasteurs, des chasseurs et des marchands qui vendent tout ce qui est nécessaire à la nourriture de l'homme, forme la caste des Yaiehis, d'où sont depuis sortis les négociants; c'est la deuxième, la troisième et en partie la quatrième de Mégasthène. Les artisans et ouvriers de toute espèce appartiennent à la caste des Chuders ; c'est celle qui comprend le plus de subdivisions. Ils forment la quatrième caste du peuple indou et sont aussi compris dans la quatrième de Mégasthène. Mais les deux dernières classes dans lesquelles les anciens pla-
(•) Onesicr. ap. Strab. XV, l.c. — («) Mêla, III, 7. — (5) Gossellin, Géog. ana1.136. sqq. Gomp. D^AnvlUe, Anllq. géograph. 148. Eclairciss. 109. — (4) Arrian. Ind. 11. Strab. XV. 1029. Diod. II, 40. — (5) ^rr. 1. c Strab,\\, 1016. Curt. IX, 1. —(e) C'est le nom que leur donne Clément d'Alexandrie: ^Irom I, 305.-0 Arr. Ind. c. 12. Diod. I. C
cent les inspecteurs et les conseillers du roi sont évidemment des divisions arbitraires. L'esclavage connu parmi les Indo-Scythes (<) ne l'était pas parmi les vrais Indiens (^. Rien n'indique la déplorable existence des Parias en horreur à toutes les castes ; mais les rois paraissent déjà revêtus d'un pouvoir despotique et entourés d'un nombreux sérail.
» Doué d'une belle taille, l'Indien se couvrait la tête d'un turban de coton , chargeait son nez et ses oreilles de boucles d'or, se teignait la barbe de diverses eouleurs et laissait descendre jusqu'au milieu de la jambe ses longs habits de coton (S) : le riz lui fournissait une boisson spiritueuse ; arrangé en pilaw , ce grain était sa nourriture ordinaire ; les chasseurs çeuls mangeaient la chair des animaux {*] . La mysiqpie, la danse et un long repos à l'ombre d'un parasol charmaient les loisirs de ce peuple eiféminé. Les gens distingués savaient écrire, mais les caractères des Indiens, tracés sur des feuilles de palmier, ont dû offrir une faible garantie à leurs antiquités douteuses (^j. Les femmes étaient déjà dans l'usage de s'immoler sur le tombeau de leurs époux.
» La chasse aux éléphants, les ravages du tigre, le retour périodique des pluies, l'irrig?:tion des rivières se retrouvent dans les descriptions de Strabon et d'Arrien avec une exactitude comparable à celle des modernes. Néarque semble indiquer la canne à sucre et la l)oisson spiritueuse qu'on tire de son jus (^j , mais ni les monts où les diamants se trouvent au milieu des cailloux roulés , ni la côte où croissent les perles n'étaient connus de ces auteurs. Strabon rapporte comme un ouï-dire que rinde fournissait une partie des aromates que l'Arabie Heureuse envoyait aux peuples de l'empire romain (7)*.
» En partant des bouches de Tlndus pour revenir sur les bords de l'Euphrate, notre géographe ne fait que suivre les traces de Néarque, amiral d'Alexandre-le-Grand , dont il avait sous les yeux la relation détaillée, conservée , quoique avec des abréviations , par Arrien («l, et pourtant si rare, que l'érudit
(«) Onesicr. ap. Strab. — (») Arrian. 10. Diod. Sic. II, 39. — (3) Arr, Ind. 16, 17. Exped. V, 4. Strab. XV,
— (4) Slrab. XV, 1033. — («) Curt, IX, 15. Strab. 1034.
— (6) Nearcii, ap. Slrab. XV, 1027. —(7) Strab. XV, 1018.— (8) Voyage de Néarque, par M. rincent, traduit de l'anKlais par BiUecocq^ 1, 124, etc., etc.
mSTOIBE DE LA GE06BAPHIE.
Pline n*eii a oomiu qa*iiii extrait insignifiant fait par Jul>â {*). De même, Néarque ne parle point de la navigation attribuée par Hérodote à Scyliax dans les mêmes parages; tant les communications scientifiques étaient difficiles dans le monde ancien I
>» La flotte d'Alexandre , sortie du bras occidental de rindus, navigua contre la mousson ou vent périodique d*ouest , le long de la c6te des Arabitœ, pendant 1,000 stades, et de celle des Oritœ, Tespace de 1,800; elle cftoya ensuite le pays des Ichthyophages pendant 7,400 stades. La première de ces peuplades appartenait encore à Tlnde. Les Oritœ , ou Horitœ, habitaient un petit canton fertile en vin, blé , riz et palmiers P) ; il conserve encore le nom de Hor ou Haour. Néanmoins , sur la côte, à Tomerus , Néarque rencontra de véritables sauvages qui couvraient leur corps velu d'une peau de phoque ou de baleine ('). Les IchthyO" phages n'étaient guère plus civilisés. Leur pays ne produisant que très peu de dattiers et d*arbrisseaux aromatiques, ils n*avaient d'autre nourriture pour eux et pour leurs chèvres que de la chair de poisson réduite en une sorte de pâte ou caviar ; la peau des grands cétacés leur servait à faire des vêtements; les arêtes devenai^t des armes ; les côtes tenaient lieu de bois de charpente pour leurs cabanes couvertes d'herbes marines;^. La contrée des Ichthyophages appartenait à la Gedrosia; VA-ria , la Drangiatia et VArachosiaj formaient le grand pays nommé Ariane par les Grecs, et qui correspond à la Perse orientale de nos cartes (5). L'Ariane est probablement l' Tran primitif des historiens orientaux; Pline, et même Strabon , la confondent quelquefois avec TArie , qui n'en est que la partie la plus fertile, et où se trouvent la ville d'Aria, aujourd'hui Herat, tt\Q Palus-Aria, notre lac Zerreh.
n La Carmania , qpielquefeis comprise dans TAriane, charme les regards des Macédoniens fatigués de l'aspect des déserts sablonneux; .ses blés, ses vins, ses raisins énormes, sa belle race d'ânes , ses mines d'or et de cinabre furent vantés par ces guerriers voyageurs , et, sur leur parole, par les géographes grecs. Un canton de la côte s'appelait Armozia{^); là
C») Plin. VI, 23. — (•) Peripl. mar. Erylh. 21 , in Geog, miD. I. — (î) JVeareh. Peripl. 9, 10. — (*) Strab, XV, lOSO. Alm. Neœrch, 17, 18. Arr. Exp. Alei. Vf, 23. — (*) Eratosth. ap. Stmb. XV, 1048 , etc. — ^«) Neanh. 23. Plin, etc.
florissait par le commerce de l'Inde la ville du même nom , qu'on trouve aussi écrit HoT" maza (i). Dans le douzième ou treizième siècle, les irruptions des Tatars forcèrent les habitants à se réfugier dans l'tle à'Organa , déserte du temps de Néarque, mais qui, dans le quinzième siècle, sous le nom d'Ormus ou Harmuz (^), remplit le mcmde du bruit de ses richesses. Une autre lie voisine, la fertile Oor' racta, porte le nom de Kickmich sur les cartes modernes.
» La patrie de Gyrus déploie maintenant ses côtes toujours échauffées par les vents du midi, ses montagnes couvertes de ïieige, et, entre ces deux zones, ses riantes vallées, jadis ombragées de cyprès, et où mûrissent encore des raisins généreux. Dans cette zone tempérée , Persépolis, nommée en persan Istakhar, s'étendait au pied d'im vaste et magnifi€[ue château royal , dont les restes encore impo^ sants sont nommés TcheUMinar ou les quarante colonnes; on y reconnaît la triple enceinte dont parle Diodore, les voûtes où se conservait le trésor des monarques persans , et, à quelque distance, plusieurs tombeaux des rois, taillés dans le marbre de la montagne même dont le palais occupe un promontoire détaché f;. Quelques savants ont cependant supposé que ces ruines appartiennent à un temple des Mages, qui probablement n'avaient point de temples (^) ; mais cette hypothèse nous paraît avoir été suffisamment réfutée (^]. Il est probable aussi que les parties habitées de ce vaste palais, les appartements des rois construits en cèdre, eurent seuls à souffrir de la vengeance d'Alexandre, lorsque dans un moment d'ivresse ce vainqueur y porta lui-même la torche incendiaire; la ville, du moins en grande partie, resta debout jusque dans le sqn tième siècle '^],
n Persépolis n'était pas la seule ville royale que renfermait la Persis, ou la Perse proprement dite. Pasargadœ, raacienne capitale, aujourd'hui Fesa ou Ëasa, s'enorgueillissait du monument sépulcral de Cyrus , dans lequel
(>) Piolem, Arr. — (») Goîius ad Alfrag. p. 112. — (S) Diod. XVn,71. Chardin, t. IX, p. 48. Niebuhr,