‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 30 sur 229 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

« Detoates les partlesda monde, VAfiHqu$ est celle où les and^is ont fedt le moins de découvertes dq^uis le siècle d'Hérodote. Ce voyageur historien avait recueilli à M emphis et à Cyrène les renseignements que possédaient les prêtres égyptiens et les Grecs babils en AMque; les connaissances des Carthaginois ne lui parvinrent que par fragments : ainsi ses regards pén^rants n'apar^rent que dans un lointain obscur les sources du Nil, le Niger peut-^are et le mont Atlas; au-delà de ces limites sa prudence suiq^oid tout Jugement.

» Depuis cette époque, l'ancienne Egypte, tmi0fi>rmée m une monarchie grecque, dirigeait ses conquêtes et ses découvertes vers le golfe Arabique et la mer de rinde. Eratosthène avait reeueilll à Alexandrie des renseignemaiti très exacts sur les gran^ i^nnosités que pré^ sente le cours du Nil dans la Nubie; il distingue plus dairement que ne Ta fait Hérodote, le vrai Nil venant d'ouest, notre Bahr-el-Abiad, VAêtapus, qui est le Nil d'Abyssinie, le Bahr^el- Azrak ou l'Abava , et VÀMtaboraê, ou notre Tacaasé (i). C'était sans doute d'Eratosthène que Straixm avait pris oe qu'il nous &pçreDd MIT le lac Psdboa, qui semble être celui de DeoibeaenAbyssittie; mais rien ne prouve que le savimt biblioCàécaire ait connu les sources du grand Nil; rien non plus ne démontre que les EgyptfeDB aient pénétré «Uf^^dà des limites actuelles de l' Abyssink. Le fameu mammmU dTAduUi, qui attribue à iN»iémée*Evergète une eq^tkw «I Etiiiopie , faite dans la viagCs^^Bie année de em règne (*) , quoique, de ravêu de tous les cfanmologistes, oe i^rince n'ait régné que vingt-cinq à vingt-six ans, a été fortement soupçinmé de manquer d'authenticité(') . Cependant, si l'on roulait adopter comme des

(') ftraà, XYII, in priJK. — (•) C9mat M^ pkumt, tp. Mfm$(am9Uf Gellact. Pair. Uf 142.— («) GomUm » Reefasrcbsi ma la géogiapUe, II, m- 2tf. Conp. JMwêU, DlMert. de picairch^, In Geof . Vin. n , 56. CkfMU. Aatiq..a«Ut 79 et «7.

ftdts historiques les conquêtes énoncées dans la fastueuse inscription de Ptolémée , il est facile de s'apercevoir que tous les noms tant soit peu reconnaissables de cette inscription se retrouvent encore de nos Jours dans l'espace compris entre le golfë Arabique et le faux Nil d'Abyssinie ou TAstapus des anciens (*). La nation Gaza désigne les Abyssiniens qui se nomment eux-mêmes Agazi; les contrées de Semena ou Samen, de Tziama, aux environs du lac de bembea ou de Tzana , de Bega où Begamder , d'Agamer, dont le nom s'est conservé , figurent encore sur les cartes modernes de l'Abyssinie orientale ; le pays des TangaiU, d'où Ptolémée fit une grande route en Egypte, parait toc le Tdka sur le fleuve Mareb; et si les Athagaus sont les Agows des modernes, ils demeurent près des sources de T Astapus. Quelques noms , tels que ceipc de Calacu et d^Ava, semblent nous conduire au sud-est de l'Abyssinie sur les bords de l'Hawasch, près de la demeure an« eienne des féroces Gallas ; les Rames habitaient^ selon l'inscription même , dans la Barbarie deê Aromates, c'est-à-dire sur la côte d'Adel (*)( ce qui pourrait feire voir dans les Ava du monument, les Avalites placés par tous les anciens aux environs de Zeila, tandis que la Zingabèns se rapporte , non pas à la cête de Zanguebar, mais an cap Zingit du géographe Ptolémée, qui est le cap Orfui des modernes. Ainsi , en admettant raulhenUdté du monument d'A- ^ d«di9 (authenticité fortement «{^yée éi&pÉê par la découverte d'une inscription semblable) ^ Te^pédition de Ptolémée-Everg^ ne dépas^ point les limitesdu mcmde connu par Hérodote et Eratosthène.

9 Les Cariiuigiiiols avaient probablement de^ liaisons plus suivies av^ Jes peuples sur i^ Niger , mais tofique «e peuple i6eleiré et indoir

(>) Covip. Bruns, Aftkii, U,ck.2(aik aUam.). — (0 Qmp. PUh. %U, 16; et BochaH, Plualeg. I|, €. U, Anim, Peripl. Mr. Er|(^ 4^^. 46 Uf* bib. , etc. , etc.

trieux succomba sous le glaive des oppresseurs du monde , ses découvertes furent perdues , dédaignées ou révoquées en doute.

» Ainsi l'intérieur de l'Afrique était presque entièrement inconnu au temps de Strabon; la c6te de la Méditerranée seule et les environs du M étaient fréquentés par les Grecs. Leur opinion sur Fensemble de cette partie du m(mde était que sa forme ressemblait à celle d'un trapèze (*) , ou même que la côte , depuis le détrdt des Colonnes jusqu'à Péluse, pouvait être consldéréecommelabased'untriangle-rectangle(2), dont le Nil formait le côté perpendiculaire qui se prolongeait jusqu'à l'Ethiopie et à l'Océan, et dont l'hypoténuse était la côte comprise depuis l'Ethiopie jusqu'au détroit Le sommet de ce triangle s'étendait au-delà des limites de la terre habitable , et était par conséquent regardé comme inaccessible; aussi Strabon avoue-t-il qu'il ne peut assigner la largeur précise de cette portion de l'Afrique.

» Il ne connaissait guère plus la côte occidentale, puisqu'il dit qu'en passant le détrmt, on trouve une montagne que les Grecs nomment Atlas, et les Barbares Dyrit^^]; que de là, •'avançant à l'ouest, on voit le cap Cotes, et ensuite, vis-à-vis Gades, à 800 stades de distance, la ville appelée Tîn^a par les naturels, Idnx par Artémidore , et Liœus par Eratosthène (*) ; que de ces deux villes aux G)lonnes d'Hercule il y a encore 800 stades ; qu'au sud de Tinga on rencontre le golfe Emparicus, où les Phéniciens avaient eu des établissements ; que toute la côte après ce golfe est creuse; et que si on en excepte les sinuosités , il faut imaginer qu'elle va directement, entre le midi et l'est, r^oindre le sommet du triangle dont il a parlé.

(•) Strab. lî, 130, édit. du Louvre— (») Id. XVII, c î, t. V, p. 449, édit. de l'imp. roy.

I (S) L'erreur de Strabon est ici palpable , puisque la chaîne principale de l'AUas est à plus de 50 lieues

' de la Méditerranée et qu'elle ya se terminer à plus de 200 lieues du détroit. Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est que les Arabes nomment le haut Atlas Daran, dénomination qui offre assez d'analogie ayec celle de Dyris, que rapporte le géographe grec. J. H. (^) GosselUn a fait remarquer qu'en nommant l'Atlas avant le cap Cout, le Spartel d'aujourd'hui , Strabon confond nécessairement quelques unes des. branches de l'Atlas avec la principale maste de cette chaîne. Quant à Tinga , il la confond avec Linx, Tinga ou Tingis est le vieux Tanger ; Linx ou Dxus, le Uxa de Ptolémée , est à vingt lieues au sud-ouest de Tanger et répond À la ville de Laroche , appelée par les naturels El'Araich, J. H.

UVRE NEUVIÈME

» On peut pardonner à Strabon de rejeter trop légèrement les découvertes des Carthaginois le long de la côte ocddentale de l'Afrique , puisque rien ne démontre qu'il ait lu le périple d'Hannon, dont nous avons rendu un compte détaillé. Mais une erreur qu'on ne peut s'empêcher de relever,- parce qu'elle lui appartient tout entière, c'est d'avoir placé le mont Atlas sur le détroit des Colonnes, à l'orient du cap Coles, tandis qu'il aurait pu apprendre de Pïh lybe que cette montagne devait être beaucoup au-delà sur la côte occidentale de l'Afrique baignée par l'océan Atlantique, auquel elle a donné s<m nom.

» A l'égard des côtes orientales , Strabon dte un périple d' Artémidore qui conduit depuis le détroit de Dirœ, ou de Bab-el-Mandeb , à la Corne du Midi, qui, selon les mesures comparées de Ptolémée et de Marin de Tyr, répond au cap Bandellans, au midi du cap Guaid^O). Là , une côte déserte arrêta long-temps les navigateurs grecs d'Egypte.

» Ainsi les côtes occidentales et (nrientales de l'Afrique passaient pour se tourner, l'une vers Test, l'autre vers l'ouest , à une distance de 8,800 stades de l'équateur, ou, en termes modernes , à la latitude ^e douze degrés et demi ; c'est là que Strabon place ses Ethiopes Mthê^ ni à l'ouest, et la région cinnamomifhre à l'est (^). Il ne restait entre ces deux pays qu'un très petit espace où les grandes chaleurs avaient empêché les voyageurs de pénétrer, mais que l'on supposait généralement baigné par les océans Atlantique et Indien, qui s'y joignaioit* Cette opinion, qui, en faisant terminer l'Afrique à moitié de sa vraie longueur, la rendait plus petite que l'Europe C) , fut généralement adoptée par les savants de l'école d'Alexandrie (^) ; et l'opinion contraire d'Hipparque, quijoignait l'AlVique orientale à rinde(*) , resta long-temps dédaignée. Jusqu'à ce que Marin de Tyr et Ptolémée l'eussent adoptée; ce qui n'empêdia point l'opinion contraire de se conserver dans l'ouest de l'Europe («), où elle a contribué à la

(•) Goif«//m, Recherches, 1, 1T7, 187. — (») Stra^. II, U9, 120, 130. Gasaub. — (>) PUn. II, 108 ; VI, 33. Mêla, î, 4. — (^) Eratotthène, ap. Strab. passiro* Crates, ap. Gemin, Elem. astron. c. 13. j4raL Ph»noro. V. 537. Qeanikes, ap. Gem. loc. citât. Clecmë» det, Meteor. I, 6. Mêla, PUn. , etc. — (») Hipp. apu Sirab. 1 , 5 , 6.— (6) âfacrob, Somn. Scip. II . c. » , p. 150. liidor, Orig. XIV, S. Planisphère de Sanmo, l et autres cartes du moyen âge.

HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE

découverte de la route du cap de Bonne-Espérance.

» Les opinions systématiqQes d'Eratosthène et de Stra))on, en racooordssant l'étendue de l*Afirique, semblent avoir dft sappeler à ces géographes la tradition selon laquelle les Phéniciens auraient fait le tour de ce continent. Biais une circonstance les arrêtait; les chaleurs excessives qu'éprouve la partie de T Afrique située sous le tropique devaient, selon l'opinion la plus rq^andue, et qui au premier abord est la plus plausible, s*accrottre en approchant de r^uateur au point de rendre la zone torride, sinon inaccessible, du moins inhabitable. Quelques savants, et entre autres Posidonius de Rhodes , cherchèrent cependant à prouver la possibilité d'une navigation autour de l'Afrique ; et parmi leurs raisonnements à ce scyet , Strabon nous a conservé un passage important qui nous (ait connaître les courageuses entreprises tentées par Eudoxe de Gyzique pour effectuer ce voyage (*).

« Posidonius , dit ce géographe en parlant de » ceux qu'on prétend avoir navigué autour de

• l'Afrique, raconte qu'un certain Eudoxe,

• député de la ville de Gyzique pour porter l'of- » firande solennelle aux Jeux corinthiens,* vint » en E§ypte , sous le règne d'Evergète second , » et qu'il eut des conférences avec ce prince et » ses ministres, particulièrement sur la navi- » gation du Nil dans sa partie supérieure. Get m homme était enthousiaste des recherches to- » pographiques, et ne manquait point d'éru- » dition.

«Dans le même temps, le hasard voulut » qu'un Indien ûitamenéau roi par des gardes- » côtes du golfe Arabique : ils l'avaient trouvé , » disaient-ils, seul et à demi mort dans imna- 9 virerils n'avaient pu savoir ni qui il était, ni m d'où il venait, parce qu'ils n'entendaient point » son langage. On le mit entre les mains de gens » qui lui apprir^t un peu le grec : quand il le

• sut, il raconta comment, après avoir mis à » la voile de la côte de l'Inde, il s'était égaré, » et avait abordé dans. le lieu où il fut trouvé, » après avoir vu mourir de faim tous ses com- » pagDons. Il promit que si on voulait le ren- » voyer, il montrerait le chemin des Indes aux » pilotes que le roi voudrait charger de cette M commission.

(') Strab. U, eip. 2, S 6, édit. de rimp. imp. et royale.

nEudoxefut de ce nombre. 11 partit avec diffé- » rentsobjetsdestinésàfairedesprésents,etrap- » porta en échange des aromates et des pierres » précieuses, les unes entraînées par les fleuves » parmi les cailloux, les autres tirées du sein » de la terre, où elles sont formées par la con- » crétion de l'eau, comme les cristaux se font » chez nous; mais 11 fut privé des avantages » qu'il avait espérés, attendu que le roi s'ap» » propria tout ce qu'il avait apporté.

» Après la mort d'Evergète, Gléopâtre, si » veuve, prit les rênes du gouvernement, etfi^ » repartir Eudoxe avec plus de marchandises » que la première fois. Dans son retour, les » vents le portèrent sur la côte de TEthiopie} » il aborda en quelques endroits, et se concilia » les habitants, en leur distribuant du froment, » du vin et des figues sèches , denrées qu'ils de n connaissaient point ; il reçut en échange des » secours et des guides , nota quelques mots de » leur langue, et trouva un morceau de bois » qui formait un bec de proue d'un navire , sur » lequel était sculptée la figure d'un cheval. » Ayant su que ce navire avait appartenu à des » gens venus de TOccident, il l'emporta et reprit >» sa route.

» Arrivé en Egypte, il ne trouva plus Gléo- » pâtre sur le trône; le fils de cette reine y était » monté, et Eudoxe fut dépouillé une seconde » fois (te tout ce qu'il rapportait, parce qu'on » le soupçonnait (') d'avoir détourné plusieurs » objets à son profit. Quant aux débris du na- » vire qu'il avait embarqués, il les exposa dans » le marché à l'examen des pilotes, qui les re^ » connurent pour avoir fait partie 4*un vaisseau » de Godes. Les principaux commerçants de » cette ville ont de gros vaisseaux; mais les » moins riches en ont de petits qu'ils appellent » chevaux, parce la figure d'un cheval est re- »> présentée sur leur proue : ils s'en servent pour » aller pécher sur les côtes de la Mauritanie » jusqu'au fleuve Lixus. Quelques pilotes re- » connurent mémeces débris pour avoir apupartenu à un certain bâtiment qui, avec » plusieurs autres, avait tenté de s'avancer plus ' » loin que le Lixus, sans qu'aucun d'eux eût » jamais reparu.

» D'après ces rapports , Eudoxe ayant conclu » qu'il était possible de &ire par mer le tour » de l'Afrique , retourna chez lui, et se reioit n en mer avec tout ce qu'il possédait. Il relâcha

(i )*Mp«TY}vat peat avoir ce sens.

LIVEE NÉUVIEBIE.

• d'abord à Dicearchia (près Naples], ensuite » à Marseille ; et parcourant ainsi toute la côte

• jusqu'à Gades, partout il annonçait haute- » ment son projet, et rassemblait des fonds, » au moyen desquels tl arma un grand navire » et deux barcasses semblables aux bâtiments » légers des pirates ; il y embarqua de jeunes tt esclaves musiciens (') , médecins , ou instruits » dans quelqueautre art , etfltvoilepour l'Inde, > poussé par des zéphyrs qui soufflaient sans » interruption t mais son équipage étant fttift gué, il ftit forcé d'aborder où le vent le por* » tait, quoiqu'il redoutât l'effet du fldx et du » reflux; il éprouva le désastre qu'il avait pré- » vu ; le grand navire toucha , mais doucement , » de sorte qu'il ne ftit pas subitement l)risé; » on put sauver les marchandises, et même la « plus grande partie des bois du vaisseau , dont » on construisit une troisième barque, grande D comme un bâtiment à cinquante rames. Eu- » doxe reprit sa route, Jusqu'à ce qu'enfin il » rencontra des peuples qui parlaient la mâme » langue que celle dont il avait noté quelques » mots par éerit ; et il en inféra que ces peuples ft étaient de la même nation que les Ethiopiens » chez lesquels il avait abordé autrefois , et » semblables à ceux qu'il avait vus dans le tf royaume de Bogus (^.

tt II renonça pour cette fbls à soib toyage

• aux f ndes ; et eu revenant sur ses pas , il » aperçut une lie déserte, abondante en eau et 1* en. bois; 11 en marqua la position. Arrivé «heureusement en Mauritanie, il' vendit son » navire , et se rendit par terre auprès de Bo-

• gùB , à qui il conseilla d'envoyer une flotte « vers les lieux d*où U venait. Mais le oonseU

• de ce princes'y opposa, dans la crainte que, ft montrant ainsi le chemin aux étrangers, on

• n^mivflt le pays à leurs incursions. Eudoxe » ayant ensuite appris que, sous le prétexte de » le èharger de l'exécutioti de son projet , on « devait l'abandonner dans quelque lie déserte, » se sauva sur les terres de la domination ro- » maine, et de là passa en Ibérie. Il arma de «nouveau un bâtiment à plate quille, et un I» autre long et à cinquante rames , l'un propre » à reconnaître les côtes , l'autre à tenirle large; «il embarqua des outils de labourage, des » graines , des ouvriers pour bâtir des maisons, » et recommença son voyage, résolu , si la na-

(•) Uauiiaxapthif, diminaUf de mu^coxotei de irat- ^Kxxti. — (») Royaume de Fe*.

n vtgation se prolot geait trop , d'hiverner dans » l'Ile qu'il avait découverte précédemment , n d*y semer, d'y fMre la moisson , et d'adiever » ensuite l'entreprise. Voilà , dit Posidonhis , » Ce que j'ai if^prts des aventures d'Eudoxe : » sans doute les habitants deGàdesetdel'Ibé» » rie savent 6e qu'U en a été depuis, n

» Peuton lire ce shnple récit, où il ne montre aucune intentloti de vanter Etidoxe, sans rester pâiétré d'admiration pour un homme éclairé, courageux, et qui, plein d*tmegrand« idée , lutte avec tant de persévérance contre les préjugés de son siècle, contre rinjustloe des rois , et contre la nature elle-mémet Et pourtant on a accusé Eudoxe d'imposture et d'ineptie ! Des auteurs de poids (^ j l'mit rendu responsable des absurdités racontées à son égardl Nous ne partagerons point cette inl* quité. Que parmi les habitants de Gades il se soit répandu un autre rédt fhbuleux d'Aprèi lequel ce navigateur, sorti du goUé Arabique, serait arrivé à Gades en faisant le tour de TAfirique par le sud . rien de plus shnple : de tout temps les grandes villes mArttimes (toem le« foyers des fausses relations. Que, dans ce rédt, des bbles absurdes sur les prétendue peuples sans boudie, sans pieds, ou même saub tète, soient mêlées avec quelques frigmaits mal compris de l'anden périple d'Hannon , rien de plus vrai : mais conmient n'a^Hin pas vu que si Eudoxe lui-même avait voulu en In^ ser, il eût du mofais su mentir avec plus d'adresse? Enfin, que Thlstorieti romain Gontelius Nepos ait accueUli avec une critique trop peu sévère ces bruits populahres (•) \ que l'abrévia^ teur Mêla en ait orné ses éiémento de géographie (*); que Plhie, Martian («), et, si Ton veut, cent autres ootinpilateurs aient eoi^ Nepos ou Melà : qn'eslHse que tout cela doit fhire à notre jugemttit sur le caractère d'Eudoxe? Il nous semble que toutes, les règles d'une saine critique nous obligoit à nous m tenir à la relation de Posidontus, contesip(^rain et compatriote de ce navigateur; etcectes elle ne renferme ni contradiction ni exagération; un simple fait y est constaté : Eudoxe, convaincu de la possibilité de fedre le tour de l'Afrique, essaya deux fbis d'ouvrir au commerce cette carrière nouvelle; il osa navigua

{')Strab, 1. c. Gotiellm, Rechercha I, HT, tqq — (») Corn, Nêp. ap. Mélam. III, »» 10. — (*) 3feU loc. cit. — («} Plin. II, ST. Mart. CapéUa, \l^ p. SOI

HISTOIRE DE LA* GÉOGRAPHIE

sur la haute mer, les. zéphyrs ou vents de nord-ouest et d*ouest, dominant sur la côte de la Mauritanie (^] , poussèrent ses voiles le long des côtes occidentales de l'Afrique. On ignora queUe avait été Tissue de sa dernière tentative.

» L'étendue de l'Afrique vers le midi restait donc inconnue à Strabon et à ses contemporains; l'aridité des déserts et l'immensité de l'océan mettaient des bornes à l'eq^rit de découvertes.

» Si nous examinons les détails que Strabon nous donne sur les pays connus en Afrique , nous sommes forcés d'admettre une grave accusation que Gossellin intente à ce géographe. L* Egypte , ce pays dont l'antique célébrité avait frappé l'oreille d'Homère ; TEgypte , dont Hérodote.nous a laissé un tableau si intérêt sant, avait aussi attiré la curiosité de Strabon : il y fit un voyage , mais ce voyage même devint pour lui une source des plus graves méprises.

» Après avoir visité le Delta et le Nome ArêinoUeê jusqu'au lac MœriSj Strabon s'embarqua sur un canal parallèle au Nil , mais qu'il prit pour le Nil même, et qui le conduisit par Oxyrinckus à Philace Thebaica. Là , iL crut rencontrer un canal qui menait à Tanis (*); c'était cependant le véritable lit du Nil qu'il avait cessé de remonter depuis Memphis. H parait que la rapidité du fleuve rendait moins facile la navigation contre le courant, et que l'on se servait de canaux pour parvenir dans la Haute-Egypte ; mais un géographe n'aurait pas dû se méprendre sur la route qu'il suivait, et ignorer le grand nombre de villes qu'il eût rencontrées en naviguant sur ie véritable Nil. Strabon ne rentra dans le lit de ce fleuve qu'à Panopolis ou Chemmis. Il parle des villes qu'il avait rencontrées comme si elles avaient été situées sur lé Nil même , quoiqu'elles en fussent toutes éloignées et baignées par les eaux d'un canal qu'on ne doit pas confondre avec le fleuve.

» On peut faire, entre la relation d'Hérofdote et celle de Strabon , des rapprochements utiles pour la géographie. Les sept emboudmres du Nil paraissent avoir changé pendant les siècles qui séparent ces deux voyageurs. Hérodote connaît , en allant de l'ouest à l'est, 1«> le bras Canopique , aujourd'hui presque dessé-

(•) Brutis, Afrlca, VI, 12, etc., etc. — (•) Strab. XVII, 814, édit. du Louvre.

ché ; â"" le Bolbitin , ou celui de Rosette , qui de nos temps est le principal ; 3« le Sattique , qui , d'après la position de la ville de Sais et du nom saltique , a dû être à l'ouest du bras Sebennitique dont il était déiivé: ce bras parait aujourd'hui être perdu dans le lac Bourlos , quoique Strabon et plusieurs modernes après lui prétendent, contre le sens évident d'Hérodote , transférer le nom de Saltique au bras Tanitique , beaucoup trop éloigné à l'est (^) ; i^'leSebennitique, qui, selon Hérodote, n'était autre chose que le bras principal du Nil , traversant le milieu du Delta (^ , se rendant directement à la mer, et que les modernes paraissent avoir mal à^ropos confondu avec le bras qui aujourd'hui communique avec le lac Bourlos, le Butos des anciens C) ; b^ le Bueo^ ligue , canal artiflciel , qui parait avoir peu à peu absorbé les eaux du bras Sebennitique , et qui , nommé Phatmétique par les auteurs postérieurs à Hérodote (*) , était déjà , du temps de Strabon , l'un des trois bras principaux , et porte aujourd'hui son nom de la ville de Di^miette ; 6<> le Mmdetigue , aujourd'hui le canal de Moez, qui se perd dans lelacdeMenzaleh, et dont l'embouchure répond à celle nommée Dibeh ; enfin , 7^ le Pélusiaque , qui, très considérable du temps d'Hérodote, s'est comblé lui-même par la quantité de matières limoneuses qu'il entraînait avec lui, et dont le bras Tamtigue , nommé par Strabon , PlutaT'*que et Pline, nous parait être un canied creusé postérieurement aux temps d'Hérodote , et qui n'a dû sa célébrité qu'au besoin qu'avaient les géographes de retrouver une septième embouchure du Nil à la place de celle du bras Saitique. Ce serait en vain que , pour démontrer l'antiquité de Tembouchure Tanitique , on parlerait de l'ancienne importance de la ville de Tanis. La célébrité de cette ville est due à une grave erreur des traducteurs alexandrins du Vieux-Testament , qui , partout où il ^t question de Sain ou de Tsaïn (^) , ancienne capitale de l'Egypte, située vers la pointe du Delta, et nommée par le^ Grecs Heliopoliê («) , et chez

0) Strab. XVIÎ, 1154. Almd. — (•) Hérod. II, 7, g. 9, 103, 11, 17, 155, 156. — (3) Z>'^nwi/e, Mém. sur rÉgypte, 48. — (4) Patnicum ap. Strab. XVII, PhatmetieumA^ Ptolem., Phatmicum. ap. Diod. I, p. 29. Wessel. Phatniticum ap. Plin. -*- (*) fyy Fsalm. LXXVIII, 12, 48. /c«ûïa6,XlX, iZ. Judith, I, 7,8,9. Eiech. XXX, 14, 15. — (e) Uirod. II , 8, 9.

ss

UVRE IVECVIÈSIE.

Platon Sais (^) , ont renda ce nom hébraïque et égyptien par Tanis {^) , et ont ainsi engagé les modernes à appliquer à cette ville insignifiante tout ce que l'on a dit de l'ancienne splendeur d'Héliopolis , où les Platon, les Solon et d'autres sages de la Grèce étaient venus s'instruire dans les sciences que les voilesdes hiéroglyphes nous ont long-temps dérobées, mais que l'on peut espérer de connaître un Jour, grâce à la docte persévérance d'un savant français (^). Cette Héliof^lis ou Saîn, détruite avant le temps de Strabon (*) , différait d'une nouvelle Héliopolis indiquée par Ptolémée, et dont Pococke vit les ruines à Matarca ou plutôt Matarieh ; elle différait encore de la ville de 5a, nommée communément* Sais chez Hérodote, et plus rapprochée de la mer.

» Au milieu de tant de difficultés, nées des mauvaises traductions grecques des noms ^yptiens, peutron s'étonner que d'Anville ait encore accueilli bien d'autres erreurs dans son Mémoire sur l'Egypte? Il a cru, par exemple, ne pouvoir réconcilier Hérodote et Diodore avec Strabon et Ptolémée, qu'en supposant un double lac Mœris (^) ; cependant ce fameux étang, creusé sans doute par la nature et rempli d'eau par les soins des rois d'Egypte, se retrouve incontestablement dans le lac Birket-el-Keroun, situé dans la provihce de

(') PloL in Tim. IX , p. 289, edit. Bipont.

{*) L'opinion de Malte-Brun sur Tanis , quelque iudicieuse qu'elle paraisse, ne doit peut-être pas être admise sans quelque restriction. Il est certain que Strabon' a commis une erreur grave en confondant la branche du Nil appelée Saîtique avec celle que Ton nommait Taniiique, puisque Saïs était située dans la partie occidentale du Delta, et Tanis dans t'orienttle. M. Letronne , dans ses notes de la traduction de Strabon, soupçonne que ce géographe, en donnant à Tanis Tépithète de considérable, a copié des éerivains d'une époque plus ancienne que lui. Tochon d'Annecy» dans se» Recherches historiques et géographiques sur les médailles des nomes ou préfec^ tures de l Egypte , et M. Etienne Quatremère , dans ses Mémoires géographiques sur F Egypte , s'accordent pour confirmer l'antique importance de cette ville, 'ranis, d'après le témoignage de l'Écriture ( Psalm. LXXVII, Y. 12), était, du temps de MoYse, la résidence des rois d'Egypte ; elle fut bâtie sept ans après Hébron (Num. c. XIII, v. S3); c'est dans ses murs que Joseph» ministre du Pharaon, accueillit ses frères et reçut les embrassements de Jacob i sous Adrien, elle était le chef-lieu d'un nome. J. H.

(5) ChampoUion le jeune. — (*) Strab.XVU,US9, éd. Basil. — (^) D'Anville, Mém. sur l'Egypte, 149-

Fayoum (*). D'Anville n'a pas été plus heureux en supposant deux labyrinthes ^ taudis que les descriptions d*Hérodote et de Strab(»i roulent évidemment sur un seul et même édifice , avec la différence que le premier procède du nord au sud, etlesecond deFestà l'ouest (^. De même les contradictions apparoites de Pline, de Strabon et de Diodore sur la «Us— tance de Memphis aux Pyramdes , s'évanooifrsent dès qu*on évalue les indications de ces auteurs en stades de différentes valeurs. Mais c'est dans la description de TEgypte moderne qu'il convient d'exposer plus en détail tout œ qui a rapport aux monuments de ce pays.

» Strabon s'accorde avec Diodore en affirmant que l'Egypte, sous Sésostris, était divisée en trente~six nomês ou dépipurtements ; mais la discussion d'une division topographi— que, nécessairement sujette à às& variations, n'appartient pas à l'histoire générale des connaissances géographiques ('). D'après i'iisage

('} Ditmar, Descr. de Tanc. Egypte, 72, sqq. (en ail.). Larcher, Uérod, II, 478-483. — (•) WAnvUU, Mém. 159. Cp. Larcher, II, 472. GraUerer, HUtoire universelle, F, 499, sqq. (enaH.).

(S) Avant la division de l'Egypte en 36 nomes, elle était partagée en 12 provinces ou petits royaumes • dont les douze députés s'assemblaient dans autani de salles du Labyrinthe. Strabon ignorait ce Ciit, ainsi que le nombre des salles de ce monument antique, puisqu'il ajoute : « Or, celles^ ne sont pas même au nombre de 30. Toutefois voici deux divisions bien différentes. Cependant il parait que les nomes ont été, à diverses époques, plus ou moins nombreux. Tochon d'Annecy, dans son ouvrage intitulé: Recherches historiq^tes et géographiques sur les médait^ les des nomes ou préfectures de P Egypte, donne, d'après les médailles qui portent le nom de ces divisions, une nomenclature plus étendue que celles d'Hérodote , de Pline , de Strabon et de Ptolémée , ainsi qu'on le verra par le tableau suivant, extrait de l'important travaU de cet 'antiquaire.

Les 16 nomes indiqués par Hérodote :

Anysi», llendecioft, Fbarb«rtitc«,

Aphibi», ICyrcphorif, PrMopiiM,

Bub<ii>iitea« N»tho **, S<iii««,

BuoirîiM. Onupbite», Tbebaniiii,

Cbemm» *. Paprcoiu, Thnuîlrt.

Hérodote ne donne pas les nom| de tous les romm de son temps.

Les 24 nomes indiqués par Strabon :

Aph'rodilopoKlM, l.eoniopoliie«, PhageoriopoUlM ****,

Arriiiolles, I.etopoiitn, PbaHMeiilMi

Biib;i»tite*, Meniphile», Pruaopilc»,

Autinte», Meiidr>iii», Safin,

C^iioitolitff, MrueUiir», HrbcnnylM,

G,vna-c<>polite», Monienipbitr», Sfihrofir*.

licitopultteii. Nnrioii»» *", Taiiitea«

lirratleopolites. Oijryiirbîtrs, Teniyrit*^

* Le même que Panapnlu de Pline et de Ptolémée.

** Peot-ètre le même que Ntout,

••• Peut-être le même qne MeuUttt,

••** Peut-être le nxtmt i^x'ÀrtAiu de PliM et d« PtoléaiA».

HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE

habituel on distinguait l'Egypte en haute et Wse : la première comprenait Yffeptano^ mide et la Théhàide; la seconde, le Delta et

Let 44 îtomes indiqués par Pline :

Aoisopoliies.

H^raelropolHat, Oxjrjrncbitct, UenuoiiiJiile», Piiuopolkoa,

Apbroduopolites,

Apollonopoiîlc»,

lJerfuo|«olile», PbarbœlilM,

▲rabia. '^

Lalop«lilrr. Pbaiurite»,

▲rtinoUe» *,

J,ruu«>poliia», Pliibrmbuibi,

▲ninollr» •%

•ubaaiHM,

Lycopolilia, Proaopilc*. ',

Bua«ita«.

llarroïc», Saiica,

MriDftbiica. Srbonnyt», lf«ndr»îtia, Srtbroliaa,

Coplilea,

CjnvpoItlM,

Uanalailca, Taniiea.

DiopoUias

SfHtli!*-», Tenijrritea, '

Naucralitea. Tbiiiilca, *

Baoïmoniaco*.

04»;ia diiiB. Xollat.

BcJiepolilct,

Les ^6

nomes indiqués par Piolémée :

Aleundrinonini,

Heliopoiite», Onuphifea.

licrackopnlitaa, Ozyrynebiira, HarmonlLila», Paaoi.olii«,

Aniinoïlcs.

Anioopoliles.

Apbrodiiopoiii«s(da

sa UypMlilM, PbibciubuUii,

la Tbébaidr).

Launtopoliica, Phtbrnofn.

Apbrodil(^liles(daM LrlopoHir», Proaopilc»,

rHrptBooaii<l«;«

Lyeoi.oiiiM, S4ltca,

Arabia,

Martoirs Scbennyiaasaperior Ifempbilea, ScbcoiiyUa iafcrior MendeMua. Srtbrolica,

Ar»iuoïie\

Bok^aiilea,

Bu«irilt»,

Uvnriaim Tanilaa,

Caba»ilM.

Maiclitea, Teniyriie».

Copiilra.

Neoui, Tbabaruua

CynapolUa,

0;iailae du«, Tbinitn,

Diopolîlc»,

Ombilea. Xcita..

£ei 49 nomes dont on connaît les médailles :

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