‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 31 sur 229 · BASSE EGYPTE · texte numérisé non relu

BASSE EGYPTE

DBLTA.

AtbrfliilM,

Bqba^Ulca.

Naucratilw, Snle».

liiiiricca.

Naeoi, Scbaunyita,

CakaaAaS

Oaupbliea» Sclbroilei^

L^wtopolila^

lbo42ui.

Pl^ibeofoia», Xoilea.

A Fest du Délia.

Arabia,

m PbarbœtilM,

HeCopoUtat. Nluuum •"••.

A l'ouest du Delta.

polilta, Utopoliiea.

Hartolc», '. n.

»« parût jtre celui qui ranfomait Jrùnoé ntroomm^ Qê»-

** Probabiamcnt celai d'Artlnoé noamé auparavant Croeodihpolis.

*** Probablement l« mime qtia l'a GrnacopoliUs de Stralion et de Plini>.

**** Oc cet dnix nomes, Strabon et Pline n'en font qu'un.

•••*• UtmédaiUesde cetw vUle feraient ciftlre qu'elle était le cbef. l)e« #no nome. J» H*

les pays situés à Test et à l'ouest du Delta.

>» Le Delta oriental , entre le bras Sébennitique et le bras Pélusiaque, aujourd'hui desséchés, renfermait Pelusium, la clef de rEgypte («); Buhaitui , où la fête de Diane rassemblait les jeux et les plaisirs ; Mendu^ où les femmes rendaient à un bouc sacré des hommages impudiques ; et Thamiathis , plu» voisine de la mer que ne Test la nouvelle ville deDamiette. Strabon, d'accord avec Hérodote et Ptolémée p) , mais non pas avec d'Anville (*), place Bubastus vers le sommet du Delta, où Pococke en a retix)uvé les ruines après Benalhassar (*), Le canal Bubastique exista encore long-temps après que le bras Pélusiaque fut à sec. C'était au Nil même, mais près de la sortie du bras Pélusiaque, aux environs de la ville arabe de Patumos, qu'aboutissait le canal qui devait ouvrir une conmiunication entre la Méditerranée et la mer Rouge, canal commencé et abandonné par Sésôstrls, Necos et Darius Hystaspîs, achevé sous Ptolémée Philadelphe, mais qui probablement était détruit avant le temps d'Auguste, et que Trajan paraît avoir voulu rétablir (*). »

Depuis le Nil jusqu'à la mer Rouge, espace que les anciens comprenaient dans l'Arabie , et qui portait la dénomination de nome Arabique, Strabon cite Phaccuta , bourg que Ptolémée indique comme chef-lieu de préfecture , et quelques villes importantes. Ardnoé^ fondée ou plutôt agrandie par Ptolémée Philadelphe, et embellie par Gléopâtre , qui lui donna son nom ; Heroopolis et Phagroriopolit appartenaient à cette partie de l'Egypte. Près de la pointe du Delta se trouvait Heliopolisy bâtie sur un tertre élevé. Cette ville, qui avait

(*) C'était une place de guerre importante, environnée de lacs et de marais , qui dut son nom à sa malpropreté : n-n\oç signifle^utf; Ézéchlel l'appelle X)2 Sug , c'est-à-dire crasse , malpropreté ; Strabon dit qu'on l'appelait aussi Telmata , nom que Ton peut traduire par mare. Ses ruines sqnt à 1&50 mètres de la mer. J. H.

(*) Hérod. II, 156. Strab. XVH, 1158. PtoUm. IV, 106. — (») Mém. sur VÊgypte , 106. — (4) Pococke, I, M (en ail.).

(5) Hérod. Il, 158. Diod. 1,56. Strab.XVU. Plin. VI, 29. Piolem. IV, etc., etc. Ce fut Adrien qui rétablit la navigation sur ce canal. M. Letronne s'appuyant sur un passage tiré \^x Orégoire de Tours, de la relation d'un pèlerin , a prouTé que ce eanal était encore navigable vers Tan 500 de l'ère cbré<tienne. J. H,

UVRE NEflVIEMB.

aoquis de la célébrité par ses moDomeiits, par le coite que Tod y rendait au boeuf MnéYis, et par la sépulture du Phœnix, qui y renaissait de ses cendres ; cette ville, qui fut la patrie de MeisC) et qu'habitèrent pendant plusieurs an-nées Platon et Endoxe, son disciple, n'offrait plus, du temps de Strabon, que dies débris échai^ à la fureur sacrilège de Gambyse.

» Le Delta occidental renfermait les villes encore florissantes de Buiiriê avec le magnifique temple d'Isis; SaU, on, à la fête de Minerve, des milliers de lampes éclairaient au loin le fleuve et ses rivages (^j ; Naueratiê , célèbre par ses courtisanes, et dont le port, assigné aux négociants grecs dans les siècles de Tindépendance de TEgypte, fut dq^uis éclipsé par celui de la ville d* Alexandre (^j ; mais notre géographe semble, -comme tous les anciens, à l'exception d'Hécatée (s), avoir ignoré ou dédaigné Bolbitina, vil je située à peu près sur remplacement de Rosette. Au-delà du bras Ganopique, où, selon quelques auteurs, commençait la Libye , s'élevait, sur la rive du I^il, Canopui, qui avait hérité du commerce et des mœurs licencieuses de Naucratis {*].

» Plus loin brillait, sur les bords de la mer, la magnifique, l'immense Alexandrie, la capitale du monde commercial et le principal loyer des lumières géographiques répandues duis l'anden monde. La bibliothèque formée par les Ptolémées avait été anéantie en grande partie dans un incendie du temps de Jules César ; les trésors littéraires de Pergamus avaient de nouveau rempli le vide : hélas! ils devaient un Jour subir le même sort; tant les peuples conquérants, par leur iîireur de tout amasser, contribuent à tout détruire I Cette superbe ville, dans l'espace assez étroit de quatre lieues de pourtour, renfermait trois cent mille personnes libres, et peut-être autant d'esclaves. Les clartés de son phare dirigeaient dans son port des milliers de vaisseaux marchands, d'autres milliers de barques voguaient

(') On croit qu'elle 'occupait remplacement de Sa-el-Htggar, è 18»000 mètres du canal de ChatKmr. J. H.

(>) On reconnaît encore Naucratit dans le village ^El-Negtack. J. H.

(3) Htnnicke^ Geogr. Herodoti, 61.

(4) Strabon dit que son nom Tient de Canobus, pilote de Ménéias , qui courut dans l'endroit où eiré a été Mtie; mais il est reconnu. par tous les savants que le mol Ganopus est d'origine égyptienne : CkAuoub signifie ierre d'or, i. H.

sur le omal de Canopos, efaaifées de riches oisifs, de femmes galantes et de musiciens ('jl Le caractère des Alexandrins, avili par l'in* fluence d'une cour corrompue, avait déjà r^ volté Polybe, et ne parait pas avoir mérité une apologie de 1§ part de Strabon%

» Dans VÈeptanomide, où nous avons va Strabon si honteusement s'égarer , la première ville qui se présente est l'antique capitale , Memphis, que d' Anville parait avoir mise tn^ au sud (2j, puisque Strabon et Pline ne ki pla* cent, le premier qu'à trois sdKEnes, et l'autre à quinze milles romains au sud du point ou le Nil se partage. Pline a évalué le schoene à 40 stades olympiques ('). Toutefds ces mesu* res, comparées à celles de la distance de Monphis aux Pyramides, laissent toijours quelque incertitude sur remplacement de cette ville (<), qui, du temps de Strabon, était déjà descendue au second rang (^). »

Une autre ville, Arsinoé, était célèbre par le fameux labyrin^ situé dans son d^^arte» ment, et par le culte que l'on y rendait au crocodile , ce qui lui avait fait donner antérieurement le nom de CroeodilopoUê. A CynopoUê on honorait les chiens, par respect pour le culte que l'on y rendait au dieu Anubis.

M Les Oasis, iles de verdure, au milieu de la mer de sables de la Libye, appartenaient à THeptanomidei Bans le haut de cette province, Hermopolis la grande a laissé des ruines imposantes.

» La Tkébaide offrit à Strabon PanopoHsy la Chemmis d'Hérodote (•), la Chemmo de Diodore, et l'Ichmin des modernes C); Ptolé^ maïs, la plus grande vUle du pays après Memj^s, et qui se gouvernait en république; LycopoUs, où Ton rendait un culte symbolique

(•) Strab, XVII. — ttZyittvtOe, Mém. 14$. Gatterer, Biblioth. histor. XI , 71, sqq. — (3) PUn. V, 9; ^"» ^^' — W Comp. d'AnviUê, 1. c. Shaw, II, Î5,' trad. franc. Savary, I, 257. Larchcr, II, 362, sqq.

(<) Si l'on considère que'les 120 stades qui répondent aux mesures données par Strabon et par Pline ne peuvent pas être évalués, ainsi que le pense M. Lctronne, à plus de 26,666 mètres, on admettra avec ce savant que Memphis s'étendait Jusqu'à la hauteur du château de Torrah, silué au bord du Nil sur l'emplacement de l'antique Troia dont parle Strabon. J. H.

(«) HérodA\,9i,Diod.l,i%.

C) Diodore de Sicile nous apprend que Chemnto signifie ville de Pan, nom que les Grecs ont simplement traduit. J. H.

HISTOIRE DE LA GÉOGHAPHIE

au lotip; Abydoê, au|oiirà*htti Madfotmeh, célèbre par le Meimonium > vaste palais bâti par Memnon; Jtiilyra> dcmt les babltants étaient ennemis irréconciliables de ceux d*Oi»ibotf parce qne le crocodile) Juste objet d*hot^ reur pour les premiers, était ches les autres une divinité révérée (')« Strabon passe aussi à Coftoi, at\^oofd'htti Ktft, où Ptolémée Phila^ delt^e avait Adt tracer un cbemin de dix à douze Journées 9 qui aboutissait à SérMeéBnv le golfe Arabi(iue i c'était dans le port de celleei qu'anrivaitnt toutes les marchandises de rinde« de r Arabie et de TEtbiopie. De Bérénice on les tra&sportait sur des chameaux à Goptos, et de là dles descendaient le Nil Jusqu'à Alexandrie) qui était l'entrepôt général du commerce de l' Arie.

» Myoê^Hùrmoi, dont l'emplaoem^t est reoonnaissable par les ruines du vieux Koss^, était nn port d'où sortaiâit chaque année 120 yoUes^ ApoUanopoUê , distinguée d'une autre ville plus importante par le surnom de jPe- Hte, est remplacée aujourd'hui par celle de Kous (>j.

» Strabon visita ensuite les augustes ruines de Tantlque Thèbêi, que Gambyse avait bouleversée^ de Thèbes aux cent portes et aux eent noms, la DioipoUt des Grecs et le No- Ammon des Hébreux (']; il entendit résonner la statue de Memnon aux premiers rayons de l'auM>re; il lut les pompeuses épitaphes grfe- Vées sur les tombeaux des rois d'Egypte, et dans lesquelles il était question des conquêtes très prc^lématiques de ces princes. Les ruines de Thèbes s'étendaient sur un espace long de 80 stades olympiques; ce qui peut très bien tf'aocordtr avec la drocHiférence de 400 ou

(•) Jm. XV, 31. jEUan. X, 21.

(•) SaiTânt Strabon, Myos^tiBrmos et Bérénice, siloées tontes les deut sur le golfe ÀrAbique, étaient à la même dlstanee l'ane de Taotre que Ofptôi et Apol- ImopoUs, 11 ijoote même que cette distance est pea coDsidéral>le. En cela, il commet une grave erreur, ainsi que l'a fait observer M. Letronne. Coptos éuit à 22 mfUes romains d'ApoUonopoHs , tandis que Myos- Hormot éUit à 1800 sUdes de Bérénice, c'est-A-dire environ dii fois plus loin. Strabon indique Imparfaitement, entre ces deui dernières villes, remplacement sur lequel les Arabes avaient établi de riches ezploiUUonsd'émeraudes et d'autres pierres précieuses : c'est entre le S4« et le 25* degré de latitude que M. F. CaUliaud a reconnu les^restiges de ees mhiea céiébrw. J. H.

(3) lyAiwUle , Hém. 196» tqq. Micha$li$ ad Abulfed. Bgypt. n. 17e.

4S0 stades égyptiens ^ que d'autres écrivains donnent à cette ville (*)•

• N Syèn$ offHt à notre géographe voyageur ce &meux puits qui, au moment du solstice d'été, devait être tout éclairé en dedans par les rayons du soleil, phénomène au moyen duquel les imdens disaientavohr découvert que Syène était directement sous le tropique (*), mais qui, pouvant avoir lieu dans l'espace d*un quart de lieue au-delà ou en-deçà de ce cercle astronomique, ne présente auctme notion certaine. Btrabon ne poussa ses courses qu'à 100 stades au-delà de Syène; mais les gÉiéraux de Oallus avancèrent jusqu'à Napata, où résidait la reine des Ethiopiens ('); la capiMe ordinaire était Méroé, située à 873 mUles romains de Syène (^), dans la grande ccmtrée presque insulaire qu'embrassent les eaux du Nil, de l'Astaboras et de l'Astapus. Depuis des siècles on vantait la puissance des rois de Méroé(*); on n'avait pas encore oublié réloge qu'Homère donne aux Ethiopiens comme étant les plus Justes des hommes. Gepend^t Strabon, qui nomme les BUmtnym, • nègres très difformes (•), les Nubœ et les Jf egabari comme des tribus éthiopiennes, aVoue que le bruit de la puissance du royaume de Méroé était fort exagéré, et que ces peuples, Mgands plutôt que guerriers, avaient dû leurs succès contre l'Ente à la seule rapidité de leurs ineun^onSé Les relations de Diodore semblent au contraire nous montrer Mécpé comme un Etat assès civilisé, gouverné pleur une caste de prêtres qui pouvaient envoyer au roi l'ordre de mourir. Un de ces monarques, nommé Ergamènes, instruit dans la philosophie des Grecs , fit massacrer les prêtres , et se déclai'a despote. Cette révolution a pu anéantir la splendeur de Méroé, fondée sur le culte de Jupiter'-Ammon et sur le commerce des cara-

(*) Comp. Gûtterer, Biblioib. histor. Xl, 95^97. lyÂnviUe, Mém. 20. — (») Strab. Il , 151 ; XVII, 1172, éd. BasU. Paus. VÏII, 38. PUn, I, 23.

(3) Suivant Strabon, elle s^appelait Gandace ; mait il parait que ce nom était donné à toutes les reines d'Ethiopie. Dans les temps les plus reculés, les Éthio-

f tiens prenaient pour roi celui de leurs prêtres ou de eurç citoyens qui se distinguait le plus par la beauté, la force bu le courage. On ignore à quelle époque et par quel changement dans le système élecUf, le irftne fût occupé par des femmes, ou si lea reines avalent le droit de succéder à leurs maris. J. H.

(4) Plin. VI, 29. - (5) Hérod. Il, 29, — («) PU». V, ) 28. F'ifpisc. in. Prob. 17.

UVRE NEUVIÈME

vanes (*). Le millet, Torge , la ebair et le lait des moutons sans laine, quelques forêts d'ébène et de dattiers, des exploitations de cuivre, de fer et de pierres précieuses; voilà les ricliesses que Strabon accorde à ce pays. Il parle ancore d'un temple d*or (^) et de cercueils de verre dans lesquels les habitants de Méroé renfermaient les dépouilles de leurs parents (^j; mais il ne connaît ni la table du soleil, ni toutes les autr^ merveilles dont Hérodote enrichissait le pays des Ethiopiens Macrobiens (*); il ne parait pas non plus qu'il ait connu ou regardé comme authentiques les conquêtes attribuées àPtoléméeEvergètepar le monument d'Adulis.

» Le silence de Strabon et d'Eratosthène 3ur les sources du grand Nil et les contrées qui les avoisinent, prouve assez que les anciens ne se

(') Hetren , Idées , etc. , 1 , 263-289. Jotlphe ( Aniiq. Jad. II, 5), dit que Méroé se nommait origioairemeot Saba, où régnait cette princesse qui fit le voyage de Jérusalem pour écouter les préceptes de Salomon. Quelques auteurs prétendent que Cambyse substitua le nom de Méroé, qui était celui de sa mère • ou de sa femme , i celui de Saba. J. H.

(*) C'est celui dont s'empara Plolémée Philadelphe, et dont 11 égorgea tous les prêtres en instituant un nouveau culte. J. H.

(>) Ces cercueils n'étaient pas, comme on pourrait le croire, des boites é châssis de verre ; car, ainsi.que le. fait remarquer M. Letronne, le texte de Strabon porte ir(p(;(f avTcç voOlevy c'estrA-dire littéralement ayant eouU du verre tout twlour. Il est difficile de, deviner quelle était la substance que l'on coulait ainsi : ce n'était certainement pas du verre, encore moins nne espèce de sel fossile ou de pierre spéculaire. comme se le demande M. Letronne dans sa note (Strab, XVII, p. 442, éd. del'Imp. Roy.); mais ne serait-ce pas une matière résineuse et transparente? non pas l'ambre Jaune, mais la résine copal qui lui ressemble beaucoup, et que l'on obtient par incision du ganùrus copaUifera de Gœrtner, plante qui croit dans l'Inde? Ce prétendu verre fondune seraitalors qu'une sorte d'enduit ou de vernis transparent. J. H.

(^) Il est probable qu'Hérodote n'a point exagéré la splendeur des cités* éthiopiennes. Les ruines d'El- M.aroaketde Danqueyleh, qui, avec celles d'Assour, occupent l'emplacement de Méroé ; celles d*El-Mecaourât, de Naga, de Sôbah, dans l'ile de Méroé; plusieurs autres sur différents points de l'Ethiopie , semblent attester la véracité da père de l'histoire. Des temples ornés de tableaux et de sculptures, comparables aux plus beaux édifices de l'antique Egypte; des avenues de sphinx, de lions et de béliers; plus de quatre-vingts pyramides; des voûtes qui atinoncent une architecture avancée ; des objets dTarts qui attestent l'avancement du luxe et conséquemment de la civilisation, et dont nous parlerons en décrivant la Nubie, assignent aux Éthiopiens une place distinguée parmi les peuples anciens. J* H.

croyaient pas aussi bien informés à cet égard que le prétendent quelques uns de leurs eommentateurs modernes. 11 est vrai que Diodore de Sicile, auteur contemporain deStraboo, cite Anaxagoras comme ayant affirmé que les crues du Nil étaient dues à la fonte des ndges sur les hautes montagnes de rEthiopie (') ; mais en {youtant quTuripide , disciple d'Anaxago* ras, plaçait dans V Egypte même ces montagnes couvertes de neiges, Diodore rend très supecte l'assertion du philosophe de Gazomène, qae d'ailleurs U réfute sur-le-champ par la Juste observation que les fleuves gvmflés par des neiges fondues, exhalent toujours des vapeurs épaisses , ce qui n'arrive jamais au Nil. Enfin , avant d'entrer dans cette discussion , Dioâ<M« assure qu'aucun Grec n*avait rien appris de certahi à l'égard des sources du NilO.U reste toujours à expliquer im passage obscur d' Aristote (3), où il dit que le Nil prend sa source dans les montagnes d'argent, qui semblent, à la vérité , être celles dites de la lime , et d*où il fait couler vers la mer extérieure un autre grand fleuve, le Chrémètes; mais ces exprès-, sions se rapportent sans doute à quelques renseignements particuliers obtenus par' Alexandre, et qui évidemment n'ont pas influé sur les opinions géographiques généralement admises.

» Les écrits d'ilrf^mi(^red'Ephèse ont cependant fourni à Strabon des notions très détaillées sur les côtes de l'Afrique qui bordent le golfe Arabique, ainsi que sur celles qui s'étendent jusqu'au cap Guardafùi et même nn peu au-delà (^). Un autre voyageur, Agatharchide de Gnide, avait décrit d'une manière très intéressante les côtes du golfe Arabique jusqu'aux parages de l'Ile d'Orme ou ])ahlac(^). Il ne nous reste que des fragments de ces deux voyageurs, et pourtant on chercherait ea vain chez4es modernes une relation plus instructhe sur ces contrées.

» La Troglodytiçpu commençait à la ville de Bérénice^ qui en tire son surnom ; elle ren-* fermait encore, parmi d'autres établissements des Gréco-Egyptiens, une Ptolémats, surnommée EpirTkeras , c'es^à•dire aux éléphants. Dans une des nombreuses lies du golfe, on ex-

(•) /?iod. I, 36. •»-(•) Id. ib. 35.— p)^m/o£. Meteor. T, 13.— (<) Arumid. ap. Sirab, XVI, 769-773 cl 77C-779. — (5) Agaihareh, de mari Rubro , in Geog. Min. I. Phot, Bibl. Cod. 250. Diod. Sic, III, passim.

HlSTOmE I>E LA GÉOGRAPHIE.

ploitait une mine de topazes (>). Le nom gâiériqne de Troglodytes on habitants des cavernes comprenait une foule de tribus dont les unes, placées dans Tintérieur, poursuivaient Tautrucheetréléptiant, tandis que les autres, vivant aux bords de la mer, se nourrissaient de poissons et de racines ; les Grecs leur donnaient en conséquence les noms de t&outhophages , d*éléphantophag€$j dUchthyophageSy de rhizo" phages et autres non moins vagues. Beaucoup de tribus de la Troglodytique possédaient des troupeaux de bœufs et de chèvres ; ces simples ti*ésors excitaient des guerres, ou plutôt des querelles perpétuelles, auxquelles les prières des femmes quelquefois mettaient fln : quelques uns enterraient leurs morts avec des cérémonies remarquables ; ils liaient la tête du mort à ses pieds ; le corps , ainsi ramassé , était porté sur une colline où diacun, joyeux et riant, lui Jetait des pierres Jusqu*À ce qu'on ne l'aperçût plus. Croirait-on que des tombeaux antiques de la Scandinavie présentent des squelettes placés dans la position qu'on vient d'indiquer, et sous de3 tas de pierres à la vérité rangée avec quelque art? Ainsi , dans leurs écarts , les diverses superstitions s^ rencontrent sans s'être Copiées Tune l'autre.

» Sur le détroit, un peu en dedans et en dehors, les auteurs que nous analysons placent la contrée de Sabée avec la ville de Sabœ ou Assab. Etait-ce peut-être parmi cesSabéens qu'on trouvait les palais ornés d'ivoire, éclatants d'or, parfumés d'ambre (^ que nous dépeint Agatharchide? Etait-ce une colonie des Aral)es du même nom , ou ces noms sont-ils de ces appellations génériques dont le sens vague arrête toute discussion géographique? Nous l'ignorons. Il est certain que, du temps de Pline (3) , on connut dans le même emplacemoit la nation des Adulites^qm s'y ccmserva Jusque dans le vi* siècle (^, et dont probablem&ïX le royaume d!Adel de nos Jours est encore un reste. Le nom à*Adulis a été donné à une ville sur le golfe de Matzua et à une autre voisine de Zeila.

(*) Artémidore dit que cette lie avait reça le nom ^Ophiodet à caase de la quantité de serpeoU dont elle était remplie , et que Ptolémée Philadelphe fit détruire parce qu'ils répandaient l'alarme parmi ceux qui y abordaient pour chercher des topazes. J.H.

(*) JMod. ISO, edit. Wechel. j4g(Uh, in Geog. Min. I. 66.— <3) Plin. VI, 3. — W Procop. Perf.1, A. CQtmtuIndopl.UfHiL

» Après avoir passé les lies couvertes de palmiers et d'oliviers qui resserrent le détroit de Dirœ^ aujourd'hui de Bab-el-Mandeb, on découvrait le canton qui produisait la myrrhe, et .un peu plus loin celui où croissait la cannelle. On trouvait de l'encens près le cap Pytholauê et de la fausse cannelle aux environs du port de Pithangelus. Le cinnamome ou la cannelle croissait vers le cap Elephas y le mont Fcllis de nos cartes. Ces aromates de l'AfHque ne se retrouvent qu'en partie , mais qui peut assurer que leur disparition ne soit la suite des guerres dévastatrices qui auront interrompu les communications avec l'intérieur? D'ailleurs la côte est aujourd'hui peu connue.

» La côtedécrite par Artémidore se termme à un promontoire peu éloigné du cap Guardafui et que les anciens navigateurs avaient nommé Come^urMidù Comme ce même nom se retrouvait dans le périple d*Hannon,*oà il désigne une rivière, une entrée, un bras de mer, les géographes qui réunissaient les côtes découvertes à l'est et à l'ouest de l'Afrique en les plaçant dans une direction imaginaire et conforme à leurs idées systématiques sur les limites de la terre , furent conduits à prendre le cap Come-du-Midi chez Artémidore, et le fleuve du midi chez Hannon , pour la même chose, quoique dans la réalité un immense espace les sépare. A cette première erreur il s'en Joignit bientôt une autre ; la fameuse lie de Cerne, que tous les auteurs de poids placent sur la côte occidentale de l'Afîrique ('), se trouva , par cet arrangement , rapprochée de l'Ethiopie orientalcT et y fût bientôt comprise par des écrivains peu Jaloux de l'exactitude géograj^que: Ephore parait l'avoir placée vis-à-vis du golfe persique; une zone de feu la rendait inaccessible P). Lyoophron, toujours empressé de montrer son érudition, transporte dans Cerne le lit d'Aurore et de Tithon(^. Un grand érudit, qui s'amuse à tout nier (^), a conclu de ces passages que Cerne, Ilot de quelques stades de circonférence, était Madagascar. Un autre grand érudit qui aime l'affirmative (^, ayant trouvé dans un sooliaste inédit que Cerne était un lae (erreur due à la

(■) 'Périple â^ Hannon, ci-dessus, p. 75. Polyb, ap. Plin. YI, 31. Diùn. Perieg, 219, uérrian, Desc. 328. PtoUm. rv, 6. Scyllax, Peripl. etc., etc.— (») Eph. ap. PUn. 1. c. — (') Lycophron, Alei. 16-18.— (SUP.&fdptitii-(')M. Dwre(md$hMfdUmi.

LIVBB NEUVIÈME.'

transpogltioii d'une lettre dans le grec (<) , »*est empres^ de conq^arer ce lac imaginaire avec une grande lagune indiquée par Artémidote 0ur la o6te d'Add et d'appliquer ces notions doublement conflues au grand lac Maravd dans rintérieur de l'Afrique australe. Yoflà comment les éruditSi en ne se tenant qu*à un nom, parviennent à ét^idre au-delà de toutes les bornes de la vraisemblance les découvertes des anciens.

»La description de l'Afrique occidentale, chez Strabon, prouve bien que les ccmnaissauces de son temps atteignaient à peine les bords du Niger: il dit, il affirme, il répète que r Afrique se termine par des déserts, soit qu'on suive les côtes sur l'Océan, soit qu'on pénètre vers l'intérieur, et que les Bomains en possèdent à peu près toutes les parties qui ne sont pas ou désertes ou inhabitables (^j. Il nous pa* lait d(mc certain que les connaissances des Grecs se terminaient au grand désert de Sa* bara. Voyons d'ailleurs quelles sont les régions que Str^n sait décrire. U retrace vaguement la JUauriUmie, nommée par les Grecs Math ru$ie, avec la ville de lixui, \A dernière de Tempire romain au sud-ouest : il connaît un peu mieux la région fertile des Maumêili^ des Moiêyli, que les historiens ont conq^rise sous l'appellation de Numides, c'est-àrdire Nomades ('), et dont Jol, surnommée Cœsaria, et l'opulente Cirta étalent les capitales ^ mais il ne nous apprend rien de particulier sur la nation mauro-numidique qui, selon Salluste, étaitjoriginaire de la Perse ou de la Médie [^), et qui, en effet, dans les noms des individus et des lieux, présentait quelques traits de ressemblance avec les langues de l'Asie occidentale. Strabon, qui aime tant & disserter sur l'origine despeiqiles, mmitreune grande incurie à regard des nations africaines; U décrit avec un peu plus de soin les riches plaines de Y Afrique proprem^ dite, un des greniers de Bomie, où, parmi des duunps de blé inépuisables, des vergers et des vignobles, Carthage, rétablie en qualité de colonie romaine, était redevenne la reine des cités africaines.

V Ouest étonné de voir Strabon négliger une

(*) UMBTH, lac. UMHlff , port. — (•) Strab. XYII , venus finem. — (^ Ziv. XXVIII , 17 ; XXIV, 48. JPo^^.ni, u, Dion.Peri$g. ISS. ZHon. Ûim. XVl. Comp. yo9t, U UA. h 7. '- (4) SoU. JagorUia, in princ

occasion aussi naturelle de donner à ses lecteurs une idée de l'ancien en^ire de Garthage. Nous suppléerons & son silence par 1^ témoignages d'autares écrivains. Les fertiles cimtréea qui s'étendent dq^uis le cap Blanc (^) Jusque vers le lac Triton (>) , au sud de la Petite- Syrte, formaient le noyau des Etats carthagi» nois; c'est là que de belles et vastes terres, cultivées avec InteUig^ce (>) , Ibumissaient aux grandes fiimilles de la république un re>* venu plus sAr que le gahi commercial (^) ; c'est là que les colons de Phénide, mêlés avec les indigènes, formaient ki naticm des Liby-Phé^ mciem, fidèles soutiens de l'Etat. Deux pro* vinces y sont distinguées; au nord, la Zeugitane avee Garftage et ses villes alliées, Utica et HijH^Zaritos; au sud, le Bisacium, l'an* cien pays des Byzantes d'Hérodote, dont les c6tes portaient le nom à*Efnporia, c'est^^dire' les ports marohands (*).

«Parmi les nmnbreuses villes dont ces cod^ trées étaient parsemées, les unes, colonies antiques des Phéniciens ('], se ralliaient à Car* thage comme à une so^ir plus hiNireuse qui leur tenait lieu de mère; les autres, colonies carthaginoises, vivaient tranquilles sous un régime sévère mais juste et bienfaisant (7). Hors de ce territoire central, dont l'tle de Melitê ou Malte, riche atelier de toiles fines(>)^ était le poste d'avant-garde, Cartilage, peuplée de 700,000 âmes, ne possédait en Afrique qu'une lisière le long de la m^, car la régùm Syrtiquê avec Leptie n*était habitée dans rintérieur que par des nomades; les villes surnommées Métagoniteê étalait des j^aces de commuée semées sur les côtes de la Numidie(9), dont l'intérieur ne fut jamais soumis & Caribage; enfin, au-delà du détroit des Colonnes, une série de villes maritimes fondées parHannQa,et dont le nombre, par quelques auteurs, est porté à trois cents, s'é* tendaient au sud jusqu'aux limites du monde connu ; mais les Pharueii et les Nigriim les avaiait détruites (><^j. Telle était la base d'une puissance qui domina sur la Sicile, la Sar*

(0 Traité avec I^ Romains, ehex PolYbe. — (•) Strab. XVII, 1189. — (î) Plin. XVIII, 3,6.— («) Diod. SU, XX, p. 751, ediU Wechel. Polyb, l, 177, edit. Schweigb. — (6) Polyb. passim. — (<) Stepk, in TOC. Utiea, IqttU. Sali, Jug, 19, — ^-^rirt. Polit. \l, s; ^[•YDiod. 6 , p. «94. -^ (») Plin. V, î. Comp, Lucoê UoUtt. ad Ortel. 121. — ( o)Sirab, XVII.

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daigne, TEspagiM et qui Mlit sauver Tunivers du Joug des Romains.

» La Cyrénalque occupe dans la description de Strabon presque autant d'espace que tous les Etats carthaginois. Verdoyante et tout à la fois triste et fertUe, cette lisière de Taride * IMnfe renfermait cinq villes- grecques qui lui firent donner le nom de Libye PmtapoU, et parmi lesquelles on distinguait Béréme$, antériairement H$tper%s, aujourd'hui Bernik, située dans l'antiquité non loin d'un bosquet rJant appelé le Jardin des Hespérides (>] ; Barce, avec son port nommé Ptolémals, qui conserve encore le nom de Tolanieta, et Cyrène, patrie d'Eratosthène, de GaÛhnaque et de beaucoup d'autres savants. A l'est de la Cyrénalque s'étendaient les côtes arides de ia Marmarique; dont le nome lÀbyque, province égyptienne, avec le port Parœtonitim, était un démembrement. Ce port a changé son ancien nom en celui d'Àl-Baretoun. Les triples moissons qu'offrait la libye, selon le niveau différent du terrain (^} , les troupes de gazelles, d'antilopes, de moutons à cornes, de vaches de Barbarie, de chacals, de porcs-épics, de l)elettes, de gerboises communes qui peuplaient ses monts et ses plaines ('] , enfin le silpkium, qui croissait sur les côtes de la Syrte, mais qui du temps de Néron avait presque disparu (*); toutes ces richesses naturelles, remarquées déjà par Hérodote, prouvent que cette contrée était mieux connue des Grecs qu'elle ne l'est de nous. Les nombreuses peuplades de la par-

(0 Scyll. Pcr. In fin. — i*)Hér. IV, i99. — (') Ib. 29, 17Î, 186, elc, etc.

(4) PUn. XIX, 3. Salm. ad sol. 269. Cette plante, doDtDioscoride vante les qualités bienfaisantes, était sudorifique et excitante. Sa douce odeur de myrrlie la faisait rechercher pour donner une haleine agréable et pour aromatiser les mets les plus exquis. Du temps de Strabon, elle était devenue fort rare dans la Cyrénalque : ce qu'il attribue aux dévastations de cette contrée par les* tribus nomades; tandis que Pline en assigne la cause à l'avarice des publicains qui la détruisaient pour la rendre plus chère. Elle se vendait an poids de l'argent. Le naturaliste romain nous apprend que César, an commencement de la guerre civile, tira du trésor pubUc un morceau de cette plante, qu'il appelle laseiipitium , du poids de in U\Te8, que l'on conservait avec les métaux les plus précieux .M. VivianI, dansl'onvragequ'il a publié en 1 824, souf le titre de Florœ lAbycœ $pêcimen, a dé* crit sous le nom de thapsia tilpAium une espèce nou* vclle pour les modernes , mais qnll croit être le «/pkium dont les aneiens, ont parlé. Elle croît encore dans la Cyrônaïquc, ou il l'a recueillie. J. H.

tie intérieure, que nous avcms nommées ci^ dessus en analysant Hérodote («j, avaient probablement disparu avant le temps où écrivit Strabon; du moins il ne nomme que la célèbre oasis d* Ammonium et la nation des Nasa^ fmmaf . Plus à l'occident, derrière la région dés Garthaginds et des Numides, il connaît les Gétuliem, et après eux, dans l'intérieur des terres, les Oaramdhtee, dans une contrée qui n'a que 1 ,000 stades de long et qui parait être le Fezzan; mais Pline nous apprend que les Romains avaient recueilli des notions plus . étendues et un peu plus positives sur ce peuple qui, aux yeux du savant Virgile, demeurait u au-delà de la route du Soleil , vers les extrémités du monde. »

>» Une autre découverte en AIHque, rejetée formellement par Strabon, présente tant d'obscurité qu'elle restera probablement toujours im sujet de doute pour les savants. Je veux parier de la Panehœa d'Evhémère. Selon IModore , qui nous a conservé tant de traditions demi-fîd)uleuses, Evhémère, chargé d'une expédition par Gassandre , souverain de Macédoine, découvrit un groupe de trois Iles situées au sud de l'Arabie; l'une d'elles avait 200 stades de long, mais la PanchaBa proprement dite était bien plus grande. Quatre nations différentes l'habitaient; diez l'une d'elles le gouvernement était entre les mains de trois rois électifs qui ne' pouvaient infliger la peine de mort qu'avec le consentement du collège des prêtres. Un temple magnifique contenait des inscriptions en Wéroglyphes ^ptiens. Trois villes, Hiraciaf DaUs et Oceanis, ornaient une contrée où abondaient toutes sortes d'arbres, de plantes et d'animaux ; ici, des palmiers d'une hauteur prodigieuse, des vignes, des myrtes et des cyprès ombrageaient le paisible habitant; là, c'étaient des forêts où séjournaient le lion et l'éléphant. L'Ile, de 200 stades de long, produisait assez d'encens pour en fournir les autels de tous les dieux du monde [^j. L'arbre résineux qui fournit eette substance croissait ici, selon Virgile, au milieu des sables (>). C'était en Pandisea, disaient des auteurs cités par Pline, que le Phémw déjptmit sur l'autel du Soleil son nid, qui était en même temps sa tombe et son berceau{*). Toutes ces

(•) Voyeï'd-dessiis, Uv. III. p. 69 et suivantet. — — {•) DUyior. Y, 4^.-« f^irgU. ^Tg. U , 118.— (4) riin. X.2.

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