LIVRE DIXIÈME
merveilles sont-dles nées dans la tête exaltée d'un Arabe ou d'un Grec d'Alexandrie? La PanchflBa est-elle une contrée Imaginaire, une Atlantide ressuscitée? G*est Topinion de Strabon (1) , de Plutarque fj et de presque tous les modernes. Mais de quelle contradiction manifeste la relaticm d*Evhémère est-elle donc enta- (diée? Les traits physiques, un peu embellis , rappellent la région de Tenébis et de la myrrhe sur la côte orientale de T Afrique ; les lois contre le despotisme ressemblent à celles qui régissent rYémen(3). Ainsi les Panchéens sembleraient être une colonie arabe établie en Afrique. Or, c'est justement vers l'extrémité orientale de l'Afrique, semée de colonies surabes, que Pomponius Mêla semble placer ses P(mchœt{*]. Pourquoi ne pas chercher ici les régions visitées par Evhémère et qu'avait embellies son imagination trop ardente? Le groupe de trois lies dont il parie ne représenterait-il pas le cap Guardafui avec les Iles de Socotora et d'Abdal- Guria? Là se retrouveraient deux circonstances historiques du récit d'Evhémêre ; la colonie des Grecs, envoyée par Alexandre (s), et l'existence simultanée de quatre races d'habitants très distinctes (0). Evhémère aurait pris l'extrémité orientale de l'Afrique pour une lie, er* reur très excusable. Telle était notre hypothèse surPanchsea lorsque nousapprimes que le savant GosselUn, persuadé comme nous de
l'existence de cette terre, avait donné des raisons très ingénieuses pour la considérer comme identique avec l'Ile de Maceira sur la côte d'Arabie (1). Beaucoup de circonstances s'expliquent confusément dans l'hypothèse de M. Gossellin; mais les hiéroglyphes égyptiens, les éléphants et les lions indiquent trop clairement une contrée africaine , pour ne pas nous ramener à notre première idée.
>» Nous termin(ms ici le résumé de la géographie de Strabon , dans la ferme persuasion qu'un lecteur instruit, en suivant notre marche sur la carte, se convaincra par lui-même du peu d'étendue qu'avaient les connaissances géographiques généralement reçues parmi les Grecs au commencement de l'ère vulgaire. Le vaste continent que nous habitons leur parut se terminer au nord vers l'embouchure de l'Elbe , et au sud, dans les régions qu'arrose le Nig^, tandis qu'une ligne, tirée du cap Saint-Vincent aux bouches du Gange , en marquait la plus grande étendue du couchant au levant. Voilà cet univers que le héros macédonien entreprit de subjuguer et dont les Romains se crurent presque les maîtres. Les bornes étroites de leur géographie expliquent comment ils ont pu croire leur étemd empire au-dessus de toute attaque hostile: ilsignoraientcombiende vastes contrées et de peuples belliqueux avaient édiappé à leur joug.