LIVRE DIXIEME
pie, qu'il nomme 5em5«rri^«('). Il dit d*abord que la première ville des Egyptiens exilés, située à dix-sept Journées de marche de Méroé, s'appelait Esar: elle était sur la rive occidentale , et avait vis-à-vis d'elle une autre ville nommée Daron Ainsi l'assurait Aristocréon , un des voyageurs grecs dont il nous a donné l'itinéraire Jusqu'à Méroé; puis il lyoute, d'après Bion, autre voyageur, que leur capitale actuelle était Sembobitis, dans une lie du M\ ; enfin, il revient encore sur la relation de Aon, et nous apprend que Sembobitis , Asar, Daron et beaucoup d'autres villes baignées par le Nil, obéissent à la reine des Semberrttei, La ville de Sembobitis était à vingt journées de Méroé. En comparant tous ces passages , il reste évident que les Semberrites sont les mêmes que les Sebrid» de Strabon et les Asmach ou Automoles d'Hérodote; mais, pour concilier entre elles les mesures de Pline et d'Hérodote, (en négligeant )es vagues indications de Strabon suivies par d'Anville), il faut observer que le premier compte par Journées de marche, et l'autre par Journées d'une navigation embiurrassée. Eu partant de. ce principe, El^Aicty dans le Kourdofan, nous parait Eêar ou Aêar (3) ; et peut-être l'usage de la circoncision chez les Falachans, peuples d*Abyssinie qui passent pour Juils, est-il un reste des institutions égyptiennes.
» Les côtes orientales de l'Afrique ne présentent dans la géographie de Pline (^j qu'une suite d'obscurités et d'incertitudes ; des périodes entières y paraissent avoir été transposées par des copistes inexacts (^). Le Périple de la mer Erythréenne nous fait mieux connaître le progrès des découvertes dans ces régions (^). Le golfe i4va/»Ve< renfermait le port de Malao, probablement celui d'/m, chez Pline, par où l'on exportait l'excellente myrrhe d'Afrique («), et le promontoire Mosylon, rendez-vous des vaisseaux qui , de Ceylan ou Taprobane, apportaient le cinnamome 0, considéré faussement par les anciens comme une production
(') Piin. VI, 80.— {») L'aDClenne Asar de Pline nous paraU devoir plulôlcorrespondreau lieu désigné sous le nom de El-Azuxeh dans le Sennâr, ainsi que semble le prouver la position que lui donne M. F. Call- Uaud dans sa carte de TÉgypie et de la Nubie. J. H. (5)/^/iM.V|,2î). — ( )?.tx.iàinc, /futniumware.eic. -(») Peripl. m. Frylh. 5 sqq. in Geogr. Min. — (•) Plin. I. c. Id. XII, 15, 16. Dioscor, àetius. Sera' pion, ap. Bochari, Phale^, If, U, -r p) i^/in. VI,î».
afHcaine. Les terres voisines du golfe Avalltei portaient probablement déjà le nom de Bat' baria, sous lequel des écrivains postérieurs les désignent ('); car Pline, tout en exaltant la myrrhe d'Afrique , l'appelle pourtant lofv dida ac barbara , ce qui ne parait venir que d'une méprise relative au nom propre de la contrée où croissait cette substance aromati^ quep).
» Les trois promontoires, Elephas, Aromata et Phalangii, ou Zingù extrema, correspoDdent aux caps Feilis, Guardafiii et Orfùi de doc cartes. Cette extrémité orientale de l'Afrique, aujourd'hui déserte , était alors couverte d'établissements fondés par les Grecs d'Egypte. Mais au sud du promontoire iVofî-Comti^ une c6te aride, sans eau , sans ports, avait longtemps arrêté les navigateurs. Ce terme de la géographie de Strabon \&mt d'être dépassé. On se rendait au port marchand de Rapta et dans VWede M enuthiat; le premier représente probablement, suivant Gpssellin, Bandel-Velho et nie Magadasho (^). Quoique au-delà de Rapta l'on connût le promontoire Proium, qui parait se retrouver dans le cap de Brava, les navigateurs ne pénétraient point au sud de Rapta. «( Cette partie de l'Océan, dite le Périple, est entièrement inconnue; on croit qu'il continue de se diriger à l'ouest , et qu'après avoir baigné les c6tes méridionales de l'Ethiopie, il se Joint à l'Océan occidental (*). » Void encore un de ces passages décisifs qui sembleraient prouver combien les navigations des anciens étaient loin de les avoir conduits au sud de l'équateur , et encore moins autour de l'Afrique.
n II est vrai que Ptolémée, dont la géogn-
(«) PtoL Mareian. — («) Boehart, I. c P) Gosiellin, Recherches, I, 188. Cette ronjeclun est peu rondée : Il y a probablement erreur. Nous m voyons pas d'Ile Magadasho sur la côte orientale de l'Afrique aux environs du cap Brava , mais bien on royaume et une ville de Magadacbo, que l'oo appelle aussi Magadoxo. Vossius croyait que l'Ile Menuthias de Ptolémée était celle de Zanzibar : d'Anville est de celte opinion. D'autres ont pensé sur quelques vagues renseignemenu que c'éUlt Madagascar : une Ile aussi imporUnte aurait été clairement indiquée par les anciens s'ils l'avaient connue. Au surplus, rappelons sur ces parages les idées qu'adopte d'Anville : le Magnum liitns ou la grande plage est wloa lui, la côte de Magadacho; cl Hapta, sur un fleuve, semblerait être Pnta , é l'embouchure de la Grandie Jiivière, fleuve du Zanguebar. J. H.
CO Peripf. pag, II,
HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE
phiese termine aussi au promontoire Prasum, assigne à ce point une latitude qui le porterait au sud de i*équateur ; mais une ré>ision rigoureuse des itinéraires employés par ce géographe prouve que les mesures qu'on y trouve indiquées n'auraient dû le conduire qu'au terme déjà marqué (>). Toutefois, comme les petits princes, ou ckeykhs arabes de T Azanie, dépendaient d'un prince de l'Arabie Heureuse (^, et
que, selon Pline , le commerce du dnnamome ou de la cannelle était le monopole d'un roi d'Arabie (>) , nous n'osons pas nier que dam ces régions les Arabes n'aient pu étendre beaucoup plus loin leurs établissements et leun voyages ; mais la politique commerciale a dà les engager à en faire un secret , du moins les Grecs et les Romains n en eurent-ils aucune connaissance positive»