‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 36 sur 229 · LIVRE ONZItMB · texte numérisé non relu

LIVRE ONZItMB

Btlttaiioe des ycnti périoâiqiies régalien , ils ]i*osaieDt confier à It haute mer leurs firmes navires. Bien ne prouve que , sous les Ptolémées, les Grecs d'Egypte aient feit directement le commerce de l'Inde; et s'ils le fiedsaient, c'était certainement au moyen d'un cabotage semblable à celui des Arabes (>).

» Les projets d'Eudoxe et de Jambulus pour aller droit dans l'Inde ne nous sont connus que par les rapports des écrivains qui les tournent en ridicule ou les surchai^ent de circonstances fabuleuses (^. Hippalus,pius intelligent ou plus heureux , procura aux Grecs d'Egypte la connaissance parfaite de ces vents réguliers qui fixent invariablement la navigation de l'Inde, et que nous nommons mous-sons {*). Celui du sud-ouest, qui conduit vers l'Inde les bâtiments sortis du golfe arabique, reçut le nom à*Hippalus. Alors toute la navigation changea de face ; le marin, plus hardi, traversa rapidement les mers de T Arabie, aborda dans la péninsule indienne et revint à l'aide dii mousson contraire. Ce fut sous Auguste que la navigation vers l'Inde éprouva ce grand changement. Alors JEMus Gallus, gouverneur d'Egypte, fit partir du port de la Souris , en grec Myos hormos^ situé sur la côte ^ptiemie du golfe Arabique, une flotte marchande composée de cent vingt navires. Les Romains, flattés du profit immense qu'ils tiraient de ce négoce , le cultivèrent avec avidité, n était très considérable du temps de Pline , qui décrit exactement la route tenue par les vaisseaux pour aller dans l'Inde, ainsi que le temps de leur navigation (*).

>» D'abord on s'embarquait sur le Nil à /mliopoliSf bourg qui n*était éloigné d'Alexandrie que de 2,000 pas. De là, on se rendait à Copias par une navigation de 300 milles, et qui s'achevait en douze Jours. A Coptos on prenait des chameaux pour aller par terre à 250 milles de là, au port de Bérénice, sur le golfe Arabique. On s'arrêtait, pendant le cours de ce voyage, à diflférents gîtes dont la rencontre des eaux avait déterminé le choix. Gomme la plus grande partie du chemhi se faisait la nuit,

(*)Gomp. FUicenif Periplus of Ihe Erythrean sea. Heeren, de Grscoruin, de India nolilla, in Comm, Sœiet. GotL — (•) Strab. Diodor. Comp. Eichhom , Histoire du commerce de Tlnde, p. 37. — (J) PeripL rnar, Eryth, p. 3î. in Geogr. Min. — (♦) Plin, VI, 23. Eickhorn^ I.c.p*44«

àcause des dialenri, on n'arrivait de C<q^ . à Bérénice que le douzième Jour. Quand on y était parvenu, on se mettait en mer au milieu de l'été avant le lever de la canicule ou immédiatement après, et dans une trentaine de jours on anivait au port d'Oce/û ou à celui de Cane, l'un et l'autre dans T Arabie-Heureuse. De là on se rendait en quarante Jours de navigation à Mutins y premier entrepôt de l'Inde , dans la contrée Imyriea, aujourd'hui le Goncan, en profitant du vent hippale ou de sudHiuest d'occident. Les vaisseaux repartaient de l'Inde en hiver, en sorte qu'on pouvait se trouver de retour dans le cours de la même année. En revenant, la navigation se faisait sur l'océan Indien par le vent vultume ou de sud-est, et dans le golfe Arabique par le vent d'Afrique ou de midi.

»Une autre branche de commerce de l'Inde remonte probablement aune époque extrêmement ancienne.'Pafa^a^ vers l'embouchure de rindus, recevait par caravanes et par bateaux les toiles fines, dont la fabrication est très an*cienne dans l'Inde. Les Gerrhéens venaient .chercher ces marchandises, ainsi que l'encens et la myrrhe de l'Arabie méridionale ('] ; ils transportaient ces objets, soit à Babylone , et plus tard à Batné p) surTEuphrate; soltàtra^ vers le grand désert, à Palmyre en Syrie, et plus anciennement à Tyr, où toute la contrée de Gerrha était connue sous le nom deDa^enC).

» Une troisième route vers l'Inde nous est hidiquée par des relations contradictoires et obscures. Selon Pline, on avait dit à Pompée que les marchandises de l'Inde pouvaient être embarquées sur ïlcharus, rivière qui se jetait dans YOœtis, aujourd'hui le Djihoun ou l'Amou-Déria , que les anciens regardaient comme tributaire de la mer Gaspienne. Les marchandises pouvaient ensuite être transportées à l'embouchure du Cyrus, et de là sur les bords du Phasis, dans la Colchide (*). Strabon assure d'après Patrocle que les marchandises de rinde étaient transportées par l'Oxua dans l'Hyrcanie, et ensuite parler /Zet{ve< jusqu'aux bords du Font-Euxin (^). Le mênie auteur afiOrme (^) que les Aorsi, peuple habi-

(') JYearchi, Peripl. 37. Agath. 65. Stddai \n voce çaxTt).— (») Ammian. MarceU, XFV, 3.— {}) E%écbiei. XXVII . 15. — (♦) Plin. VI, 17. Comp. Procop. Pcrs.

I il, 25. — (^) Sirab. II, 50jXI,351. Casaub. — (6) Id.

I XI, 506,509.Almel.

HISTOIRE DE LA GÉOGHAPHIE

tant au Bord^-ouest de la mer Caspienne, transportaient snr les rivages du Pont, et à Taide de leurs chameaux , les marchandises indiennes q[u'ils recevaient des Arméniens et des Mèdes.

» On a expliqué de plusieurs manières ces passages obscurs (<). D^abord ceux qui croient à une ancienne embouchure de TOxus dans la mer Caspienne , passent qu'on doit entendre à la lettre les oui-dire de Pline ; mais TOxus a probablement toujours eu son embouchure au même oidroit où elle se trouve de nos Jours ; c'est ce qu'on peut conclure indirectement du passage où Strabon dit que Vlaœartes , notre Syr-Deria , s'écoule aussi dans la mer Caspienne l^. Qu'on regarde une carte, et on se convaincra que l'Iaxartes n'a jamais pu s'écouler directement dans notre mer Caspienne. n parait donc que les anciens avaient pris le lac d'Aral , dont ils ne connaissaient que le côté méridional , pour un golfe de la mer Caspienne (^. Ainsi les marchandises de l'Inde ont dû

(•] Seeren,fnxT le Commerce de l'Inde, dans les Comment. Soc. Goaing. XJ, etc. Monnert^ Géogr. des Grecs et des Romains. Sprengel, Histoire de la Géographie. — (») Slrab, I. c.

(3) La question que Malte-Brun agite ici est de la plus haute importance: elle intéresse à la fois la géographie historique et la géographie physique. Tout en respectant son opinion, nous devons rappeler quelques observations assez récentes qui expliquent et confirment ce que les anciens ont dit de remboucfaure de lt)xus et de l'Iaxartes dans la mer Caspienne. ,

Strabon, Ératosthéne et quelques autres, en parlant de cette mer, semblent comprendre dans son étendue celle du lac d'Aral. Pallas , à l'inspection des lieux , prétendit même qu'à une époque très recalée elle dut être réunie à ce lac et à la mer d'Azof. Rien ne répugne à croire que les fleuves qui s'y jetaient n'y portant pas une quantité d'eau égale à celle qui s'évaporait de sa surface, celle-ci dut graduellement diminuer. La diminution du lac d'Aral continue même encore d'une manière bien sensible, d'après les observations les plus récentes; plusieurs autres lacs éprouvent aussi des changements analogues: il en est de même de quelques rivières. M. Mouraviev ( Voyage en Turcoraanle et à Khi va, en 1819 et 18M) a reconnu les anciens bords de la mer Caspienne entre les côtes de cette mer et la pointe méridionale du lac d'Aral. Il a même suivi l'ancien lit de TAmou- Deria ou de l'Oxus jusqu'à la mer Caspienne: à quelque distance de celle-ci, il te partageait en deux bras , l'un au nord et l'autre au sud du petit mont fialcan. Ce Ht, entièrement desséché aujourd'hui, a «fôO pieds de largeur et 97 de profondeur. Les Kbiviens, ajoute M. Mouraviev, ont conservé des traditions d'après lesquelles un yiolent tremblerait de terre

être transportées par terre des bords de rOxua à leur destination ultérieure. Il se présentait naturellement deux routes, Tune par VOchus ou le Tecyen , la mer Caspienne , le Cyrus et le Phasis; c*est problablement celle que Strabon désigne lorsqu'il parle des fleuves par où ce commerce se dirigeait. L'autre route naturelle , c'était de tourner la mer Caspienne par le nord. Nous osons presque affirmer que c'était celle que suivaient les Aorsi montés sur leurs diameaux, quoique Strabon prétende leur faire traverser les précipices du Caucase, où les chameaux ne sauraient être employés avec succès. C'était la route habituelle des négodants du moyen âge; c'était encore celle qu'ont dû suivre les anciens voyageurs grecs qui firent connaître à Hérodote la vraie nature de la mer Caspienne. Une fausse hypothèse sur la mer Caspienne parait avoir induit en erreur et Patrocle et Pompée, et ceux qui parlaient d'iqirès eux ; le détroit imaginaire qui , selon la plupart des anciens , unissait cette mer à l'Océan septentrional , les forçait à tracer au sud la route commerciale qui rédlement a dû exister au nord.

» D'après cet exposé des routes que suivaient les voyageurs commerçants, il résuite que l'Arabie, la côte de Malabar, et les pays sur rOxus, doivent surtout attirer les regards de l'historien qui suit les prc^près de la géographie.

» La route vers la Sériquè était d^'à connue avant l'époque de Pline; mais comme c'est dans des ouvrages postérieurs qu'il faut puiser les notions relatives à ce pays, isolé de la

aurait, 11 y a cinq cents ans, ébranlé la surface du pays et obligé l'Amon-Deria de prendre son cours au nord, où il se serait creusé un nouveau lit, par lequel il se Jette maintenant dans le lac d'Aral. îjct Kbiviens assurent de plus que lorsque le fleuve occupait son ancien lit, leurs habitations s'élevaient sur ses bords; ce qui est prouvé par des restes de canaux et par des ruines de divers édifices.

Ces traditipns, répandues chez les Kbiviens, sont d'autant plus importantes qu'elles s'accordent parfaitement avec les preuves physiques de l'ancien cours de rOxus dans la mer Caspienne. Mais ces peuples , à peine civilisés, ont-ils des moyens sûrs de conserver le souvenir exact d'une date? 11 est permis d'en douter. Ce qui prouve d'ailleurs qu'il y a plus de cinq cents ans queTAmou-Deria ne se jette plus dans la mer Caspienne, c'est que le géographe arabe Eàn Haoukal, qui écrivait vers le milieu du x« siècle, place l'embouchure de ce fleuve dans le lac dt Kharism . le même que celui d'Aral. J. II.

LIYBE ONZIÈME.

diaine des découvertes, nous n'en parlerons pas encore.

» Si l*on se rappelle la description que nous avons tracée de T Arabie*, d'après Strabon , on doit savoir que les anciens , à Tépoque de ce géographe, ue connaissaient que d*une manière imparfaite cette grande péninsule. A présent, suivons, avec le savant Mannert, le Périple de la mer Erythr<^enne, en y joignant quelques traits d*une nomenclature confuse donnée par Pline (') ; nous remarquerons des progrès sensibles dans la géographie. Le Périple nous apprend que Tendroit nommé Leuce-Kome ou le bourg blanc, placé vis-à-vis de Bérénice Troglodytiea ^^) , et par conséquent rapporté convenablement à Haoura par Bochart, suivi par d'Anville (>) , servait de station à un détachement de soldats et de douimiers romains. Depuis Leuce-Kome jusqu'aux extrémités de r Yémen des modernes , les écueils , les pirates et le manque d'un bon port éloignaient les navigateurs des cAtes de l'Arabie. Muza, dans la Sabée, était la première ville où le commerce buvait un asile. Le port à'Ocelis recevait les flott s qui d'Egypte se rendaient dans l'Inde. En passant le détroit, une ville antique et florissante attire nos regards : c'est V£den des Hébreux \*'j , TAden des Arabes , et VAthana ou plutôt Adana, dont Pline avait entendu le nom, mais dont il ignorait la position (^). Nous sommes d'sposés à croire qu'Aden répond au port nommé Arabia F dix dans le Périple , et ArabÙB Emporiwn par Ptolémée , quoique ce dernier géographe l'ait placé plus à l'est. Depuis des s'ècles , Aden était le centre du commerce de l'Inde ; et quoique probablement ruinée par la flotte de guerre d*i£lius Gallus , comme on peut conclure du Périple (^) , elle s'était déjà relevée du temps de Pline , et conserva jusqu'au dix-huitième siècle des restes de splendeur. Plus à l'est, Cané^ dont la position est incertaine, quoique d'Anville, s'appuyant d'une ressemblance de nom , l'ait rapportée à Cava- Carain('), servait de dernière station aux vaisseaux qui se rendaient dans l'Inde. C'était le port de la ville de Sabbatha^ le Mareb des

(•) Plin, VI , 28. — (») nopowi^ftivov. Pcrlpl. p. Il . in gcogr. minor. — 0 Bochart, Canaan, I, 44. D'An" vUie, Descript. du golfe Arab. 243. (Nonobstant les fortes objections «le Gossellin , Recherches , II, 254.)

— (4) Exéch. XXVII, 23. — (*) Plin. 1. c Philostorg. HUt. ecclcs. MI, 4.-.(«) Comp. Mannert, VI, 70.

— C») lyAnviUe, Géog. II, 224.

modernes , et ta capitale des Chatramotita ^ c'est-à-dire des habitants de l'Hadramaout, dont la domination s'étendait à l'est sur la province de Sacbar ou le pays des Saealites chez les anciens, patrie de ces précieux arbustes dont les gommes et résines odoriférantes, devenues si célèbres sous les noms à' encens et de myrrhe, parfumèrent les temples des divinités grecques, et, prodiguées sur la tombe d*une Poppée, signalèrent le luxe insensé des Romains (1). Des collines d'argile baignées de sources nitreuses , couvertes de vapeurs malsaines ; voilà comme les anciens décrivent la région de Fencens et celle de la myrrhe, qui paraissent s'être étendues au loin dans l'intérieur de l'Arabie ;2). Pline dit qu'il n'avait pu concilier entre elles les descriptions contradictoires qu'on donnait des arbres chargés de ces parfums, et dont les Arabes employaient les branches en guise de fagots y'). Un prince de THadramaout étendait sa domination sur l'Ile de Socotora, nommée tle de Dioêcorides. Gomme il tirait un certain revenu de cette terre aride , il est à présumer que l'aloès vendu à Cane en venait en partie , d'autant plus que l'aloès de Socotora passe aujourd'hui pour être le meilleur. Les Catabani ou Gebanites s'étaient rendus maîtres de l'intérieur du pays ; les caravanes qui apportaient les aromates en Syrie payaient an tribut en passant par Tamna ou Thomna, la capitale de ce peuple. Nagia^ la plus belle de leurs villes, était ornée de soixante-cinq temples (^.

» Le golfe Saealites , dont nous venons de parler, présente de grandes difflcultés. e II est, selon le Périple, terminé par le moût Syagros^ le plus grand promontoire du monde , et qui regarde le soleil levant. » Ce promontoire doit en(M)re se trouver vis-à-vis de celui d'Aromata en Afrique, et le golfe Saealites lui-même doit avoir en face l'Ile de Dioscorides (^). En rapprochant de ces indications la distance donnée pai* Pline de ce promontoire à l'Ile, et que nous évaluons à 2,240 stades de 700 au degré (^ , il parait que le cap Fariach , situé à l'ouest du golfe de Sachar ou Seger, répond au Syagroa des premiers voyageurs grecs et romains. Aussi les endroits que le Périple nomme après le pro-

('] Plin. XII, 14, 18. Peripl. Mar. Erytb. 15. Straà, XVI, 1139. — (») Ptotém. VI, 7. Geng. Nab, clîm. II, <î. — (5) Plin. 1 c. — W Idem, XII , 14 ; VI , 28. — (5) PeripL M. E. 17. — (6) Plin, VI, 28.

HISTOIRK DE LA GÉOGRAPHIE

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