liVRE ONZIÈME
Gange ; mais dès l*iiMtant où les Européens abordèrent sur ces c6tes, ces fortuins sont cités comme un fléau pour le commerce. Vers le milieu du douzième siècle, Marc-Paill trouva les pirates si nombreux sur la c6te de Mélibar (Malabar), qu'ils étaient en état d'équiper cent bâtiments pour la course (>). Dans le seizième siècle, les Mongols furent obligés d'avoir ccmtinuellement une escadre dans ces parages afin d'y protéger le commerce. Ces pirates n'inquiétèrent pas moins les Portugais, malgré leurs forts' nombreux, lorsque le voyageur français Pyrar4 était dans l'Inde, au commencement du . dix-septième siècle; ils croisaient quelquefois avec cent galiotes bien armées , et ne relâdiaient les prisonniers que moyennantune très forte rançon (>)• De nos jours les Marattesont continué à foire la course. Cependant il y a aussi sur cette côte des pirates indépendants que Rennel appelle'ifaZtoafw. Ces forbans se sont rendus redoutables dans le dix-huitième siècle, même aux nations européennes qui font le commerce de l'Inde. Des flottes considérables n'ont pu parvenir à détruire leurs repaires. Le plus fameux pirate, Tullagi-Angria, fut à la fin pris dans Gheriah-, sa principale forteresse, par l'amiral Watson , en 1766 (*). Cependant la puissance des Anglais même n'a pas entièrement fait cesser les pirateries.
» Si de Barygazà on navigue pendant 7,000 stades à llll au degré au sud, on trouve la belle et célèbre baie de Goa, dans un canton nommé Sunda. C'est là que d'Anville aurait dû chercher Tyndis , place de commerce qu'il a cru retrouver à Sanda-Rajapour, près de Bombay (*) ; c^ c'était la première ville de la ItmyfMya, pays qui, selon le Périple, était précisément à cette distance de Barygazà (s) , et <[ui répond au Canara moderne et à une partie du Calicut. Cette contrée maritime, resserrée entre les montagnes et la mer, était le siège du commerce du poivre, dont la meilleure espèce croissait dans un canton nominé Co^ionara; on y achetait encore les diamants, les perles, l'ivoire et les autres productions précieuses de l'Inde méridionale («). L'Europe,
(•) Mord Pauli FeneU derebus orient. 1. III, p. 152. f^. adit. Huiler. — (») Pyrard de Laval, Voyage aax Indes orientales, p. 241. ^ (3) Histoire des Marattes, paf Sprengel (en ail.), p. 145. — (4) lyAnvilU, Anllq. géog. de l'Inde. 103. — («) Péripl. 30.— («) Id. p. 31, 32.
avide de ces objets de luxe, y apportait quelques étoffes de laine, des verres, du cuivre, du plomb, mais surtout de l'or. Outre Tyndis, qui, comme Goa de nos jours, avait l'air d'un vaste bourg plutôt que d'une ville, la Limyrique renfermait encore le port de Jftatm, qui parait être le Mirzouh des cartes modernes , entre Onor et Barcelore(*). On croit retrouver Baraee dans Barkour (*), et Nelcynda dans Nelliseram ; mais tous ces détails n'offrent ni certitude ni intérêt.
» Les Ait habitaient la portion la plus méridionale de la côte occidentale ; leur pays répond à une partie du Malabar moderne, nommé déjà dans le sixième siècle de l'ère vulgaire le royaume de Malé i^). Pline connaissait probablement une partie de la chaîne des Gates, sous le nom de Jffaleus f*). Ces rapprochements nous font croire que les peuples de cette contrée portaient déjà du temps de Pline le nom de Mal-Ayes^ ou gens de montagnes, nom sous lequel on désigne encott aujourd'hui leurs faibles restes , qui habitent les monts Gates (^) ; ce nom indigène aura été mal à propos tronqué par les voy^igeurs grecs et romains (•).
» En doublant le capComorin ou Comaria^ on trouvait les Coliaci^ autrement nommés Colchi^ demeurant sur la côte célèl^re où l'audacieux plongeur cherche au fond de la fner ces perles qui ornent ^ la chevelure des belles Européennes.
» Vis-à-vis de cette côte s'étendait Japrobdne^ d'où une ambassade étai|; venue à Borne raidre hommage à l'empereur Claude C). Au milieu des choses exagérées , absurdes ou peut-être mal comprises que Pline met dans la boudie de ces envoyés , on distingue quelques traits vraisemblables sur la richesse de leur pays ainsi que sur les mœurs simples et paisibles des habitants. Il est très remarquable que les ancfens ayant connu les beaux éléphants et les pierres précieuses de cette lie, n'ont point* nommé parmi ses productions la cannelle pu le cinnamormim. On ne peut donc pas être étonné de voir l'étendue de cette
(<) Jtemul, Introdoction, p. 38. — (>) fTakl^ Indostan, II, 658. — (3) Cttsmas IndopUustet, XI, 339.
— (y P/in.VI, 19. — (5) ff^ahl, Indostan, II. 639.
— (c) Suivant Gossellin , les Ait étaient des peuples nomades qui ont laissé leur nom A la forteresse d*A1- GotU. J. H.
{7)P/in, VI,21 •
HISTOiaE DE lA GÉOGRAPHIE.
terre singulièrement exagérée et son nom défiguré de plusieurs manières. Chez Pline et dans le Périple, on la trouve nommée JPato- Simundi (>). Mais la première moitié de ce nom l^) est uir adverbe grec qui signifie anciennement; le reste semble être une oomipti(m de SUundiVj une des formes du nom indien de rile. Un siècle pins tarçl , Ptolémée la connut sous le nom de Saiiee, et dans le sixième siècle Cosmas en apprit le nom indien Selan^ divj mais le changea en Sieledivà (^ ; tant les anciens étaient siijets à méconnaître les noms qui ne flattaient pas leurs oreilles dédaigneuses !
ji En suivant les anciens au-delà de Taprobane, les ténèbres s'épaississent, les mesuras ne s'accordent plus, les fables rempUssent les vides de la carte. Cependant les navigateurs ii^dlquent assez bien les fleuves Chabe-fil, notre Cavery, et Mesohts^ notre Krichna; on croit aussi reconnaître dans le Godavery VAdamas^ ou rivière aux diamants ; mais ce nom a pu être commun à plusieurs fleuves. Alors, comme aujourd'hui, les royaumes changeaient de limites; TEtat des princes nommés Mandions , avec la capitale Modura ou Jlfodiua^ notre Madura, semble avoir eu bien moins d'étendue du tjemps de Ptolémée qu'à l'époque où fut écrit le Périple de la mer Erythréenne (4). Les noms des peuples bravent mieux le cours des siècles. Les Sorœ ou 5ortfi^î, ou Soretanes^ une des principales nations de cette côte, rappellent le nom indien Tchora- Mandalam^ royaume de Tchores, d'où nous avons fait Coromandel (*). La contrée de Jlfe- Molia et la nation des CcUingœ se rapportent à Masulipatam et à Calingapatam.
» Dans l'intérieur et le nord de l'Indoustan, Pline nous donne une foule de noms de peuples, sans autre indication géographique. A quoi nous servent ces notices sur le nombre d'éléphants, de fantassins, decavallers que pouvaient mettre sur pied les Asangœ^les MegcUlœ^ situés entre le Jomanes et l'ihdus; les Thahtetm et les AndarWj placés à l'est de ce dernier fleuve? Nous ne retrouvons plus ces peuples dans Ptolémée, qui seul aurait pu nous fournir leur position géographique. Cependant, si au lieu du Jomanes , que d'Anville pense avec raison être le Djemnah d'aujourd'hui, on
(') Péripl., 35, P/ifi. l. c. — (») Sieph. de Urb. in ▼OCC. — (3) Cosrnas, XI, 336. — W Péripl. 39. — (f) ff^ahl , Indoslan , II , e^i.Mqueîil , Pauiin^ clc.
Usait Oûfone^, /et au Ueu d'Indus Imam^ let passages de Pline (') pourraient recevoir une explication plausible. Car l'Oldanes ou Dyardanes, l'extrême fleuve connu, de l'Inde (^, doit être ou le Burrampouter ou bien le fleuve de Pégou , l'Iraouaddy , le Daonas de Ptolémée. Cette correction admise, nous retrouvenms les Asang'œ dans le royaume d'Assam , les MegaUœ dans le Meckley , dont les habitants sont nommés MugaJUœ^ et \e& Thahtetm sur les bords du Thalouan, dans l' Ava orientai»
N Les noms même de Ptolémée n'indiquent souvent qu'un état de chose momentané; les révolutions politiques élevaient et renversaient en un clin d'œll des empires dont il est impossible de flxet les limites éphémères. C'est sans doute une semblable révolution qui flt démembrer le puissant royamtfe des Prasii^ représenté chez IHolémée comme très resserré^ tandis que les Caepirœi , dans lesquels il est difficile de ne pas reconnaître les peuples du Cachemyr, étendaient leur domination jusqu'à Gagasmiray qu'on retrouve dans l'A^jemyr moderne i^). La même obscurité règne dans ce que Ptolémée dit sur les pays au-delà du Gange, où il n'offre pas un seul nom qui s*accorde avec ceux dç Pline. Les Korankali correspondent, tant pour la position que pour le nom , au pays de Gorkha , situé entre les branches du Mont Imaiii.
» Les Brackmani^ que d'Anville reporte jusque dans le Tibet, doivent, dans notre système, descendre plus au midi ; alors ils se retrouvent presque dans la position des Birmans modernes, dont le véritable nom est Brakhman.
» Des contrées plus lointaines, la région de Vor^ celle à'argenty et la grande ville de TAtiUF, n'étaient connues de Pline et de l'auteur du Périple que par des ouï-dire. Ils auraient dû être mieux informés à l'égard de la Sèrique , avec laqueUe les n^oclants grecs, du temps des royaumes macédoniens en Asie, avaient ouvert un commerce par caravanes ; mais tout ce que Pline nous apprend sur la position de la Sérique se réduit à ceci (*) : V Océan sérique baigne l'Asie au nord-est ; sur cet océan, entre les Scythes et l'Inde, demeuraient les Seres, peuples sauvages, qui ven-
(•) Plin. VI, 20. « Inler cum el Oidanem, etc. Hos includil Imaus , etc. » — (•) Voyex ci-dessus , llv. VIII. p. 160. —(3) jy^nvilte, Géogr. anc II. — (4) Plin. VI, 13, 17.