DE L'ETUD£ DE LA GEOGRAPHIE
fS
Trente années de travaux ont donné à l'étude de récorce terrestre une précision iBt conséquemment une importance qui furent longtemps imprévues ou contestées ; les systèmes des géologis tes ont passé ; les théories de ]a terre ont été reléguées dans la classe de ces rêves brillants d'une imagination ardente; l'examen des faits les ont anéanties ou réduites à leur juste valeur , et maintenant que quelques vérités se groupent autour de la science géologique, ce sont ces vérités qui, dans un ouvj-age de la nature de celui-ci , doivent remplacer de vaines suppositions.
« Cette introduction historique, cette théorie philosophique de la géographie, rempliront les deux premiers volumes de notre ouvrage. Les autres seront consacrés à la description successive de toutes les parties du monde. C'est ici qu'il nous a fallu de longues méditations avant d'avoir pu trouver et arrêter la méthode qui réunit le plus de solidité et le plus d'agrément. Un ordre purement géographique paraissait devoir anéantir les liaisons politiques et morales des divers tableaux que nous avions à présenter; un ordre purement politique aurait nui à la description des montagnes, des mers, des fleuves, des climats. Comment concilier, en quelque sorte, ces deux méthodes? Il faut tenter plus d'une vole, il faut varier les moyens selon les obstacles qu'on se propose de vaincre. Esquissons, dans des introductions particulières, ces traits généraux qui appartiennent en commun à une partie du monde. Plaçons , par exemple , le tableau des Alpes à la tête de la description de TEurope, et celui des Cordillières au commencement de la section consacrée à l'Amérique méridionale. Plusieurs peuples, séparés dans l'ordre politique, ont-ils une origine, une langue, une histoire communes, réunissons-les sous un seul point de vue ; cherchons à former partout des masses bien arrondies et faciles à embrasser d'un seul coup d'oeil ; rassemblons en groupes naturels les petits États, et distribuons les provinces des grands empires d'après la direction des montagnes et des fleuves ; enfin, que les comparaisons des divisions, au lieu d'embarrasser le discours, soient rejetées dans des tableaux synoptiques et analytiques. ^
« Outre la disposition générale, il a fallu encore trouver la méthode particulière pour la
description de chaque pays. Après avoir examiné toutes les prétendues classiûcatfoof des objets de la géographie spéciale , nouf avons reconnu que c'est précisément l'empjoi trop rigoureux de ces méthodes abstraites qui. donne aux livres de géographie tantde sécheresse. Grâce à ce vain appareil de science, la géographie, cette image vivante de l'univei^s , ne semble en être que la froide et triste anat(H mie; la jeunesse la redoute, les savants la n^ligent, les gens du monde la dédaignent Nous avons donc cru. devoir suivre les principes généraux de l'art d'écrire; et, variant d'après la nature des objets, non seulement le ton, mais même l'ordre de la description^ noua avons cherché à inventer, pour la peinture de chaque pays, un cadre particulier qui convint à la grandeur relative des objets. Un pays offre-t-il le spectacle d'une riante culture , nous en détaillons avec soin les diverses productions. Est-il inculte, nous retraçons plus en grand le caractère que la nature lui a imprimé. Ici, dans un voyage supposé , nous énumérons sans sécheresse les villes de l'inté* rieur; là, navigateurs sans péril, nous voguons déport en port^ d'Ile en Ile. Une nation joue-t-elle un grand rôle dans le monde civilisé, nous indiquons ses forces, ses ressources, ses intérêts. S'agit-il d'une peuplade sauvage, nous nous attachons davantage à peindre ses mœurs et sa manière de vivre.
« Le choix des villes et des lieux remarquables que nous décrirons sera déterminé, tantôt d'après l'importance politique, tantôt d'après la célébrité historique. Nous prendrons souvent la liberté de discuter en passant un point de géographie critique, de résoudre un doute, de relever une erreur ; nous ne nous interdirons pas non plus le plaisir de semer, au milieu d'une description topographique, des traits d'histoire ou des anecdotes relatives aux mœurs, et qui servent à fixer dans la mémoire les noms les plus difficiles à retenir. Pourquoi dédaigner de cueillir une fleur qui se présente à nos regards ? Pourquoi une description du Monde ne ressemblerait-elle pas à notre terre elle-même, où les déserts les plus arides offrent de temps à autre une source limpide et de frais ombrages?
a Quinze ans de lectures et d'études géographiques nous ont démontré que cette marche libre et animée ouvre plus sûrement Taccès