LIVRE DOUZIÈME
a^jellrâ*hui, sous le nom de la Merve qu de la Meuse , sépare la Hollande de la Zélande. La deuxième embouchure était celle du bras qui passait devaijtUtrecht et Leyde, bras aujourd'hui presque desséché; la troisième, ou le Flevum Ostium , est notre Vlie, et servait déjà de débouché à d'immenses lacs qui , s'étant agrandis et réunis , ont formé le Zuyder* zée ('). Ptolémée dirige les trois embouchures du Rhin vers les rivages méridionaux du lac Zuyderzée; circonstance qui pourrait faire diminuer l'idée qu'on s'est formée des changements qu'ont subis cçs contrées (^, et que nous discuterons ailleurs (3). Les Frisops, vainqueurs des armées de Tibère, avaient été soumis par Corbulon sous le règne de Claude ; mMs l'Imbécile monarque ordonna au général victorieux d'abandonner cette conquête (*) , ce qui fait perdre de vue les Frisons pendant deux siècles.
» Derrière les Frisons habitaient les BaHtci, ou Bataves, entre les bras du Rhin. Ce peuple était une colonie des Catti; les Romains les traitaient en alliés; aucun fermier-général ne ravageait leur pays ; aucun percepteur ne levait sur eux un tribut humiliant; on les réservait avec soin, comme les glaives et les lances, pour le jour. du combat (5).
» Les Bructeri, les Chamavi, les Siâambri, les Marsi, les Cherusci, les Catti, et plusieurs autres peuples de moins d'importance , occupaient l'espace depuis le mont Hartz , vers le Rhin, et depuis le milieu de l'ancien cercle de Westphalie jusqu'aux bords de la Saale, en Franconle. Ces nations formaient vraisemblablement la race particulière nommée Istcevo^ neê , et que l'on voit souvent en guerre avec les nations plus septentrionales, composant la race des Ingœvones. Quand on observe encore aujourd'hui une différence physique et morale entre les peuples qui habitent les régions des Ingaevons et des Istœvons ; quand oa remarque le caractère encore subsistant des dialectes francique et saxon ; quand on voit , dans le troisième siècle, la confédération des Francs et celle des Saxons occuper à peu près la même position que les, Istœvons et les Ingaevons, on reste persuadé que ces deux grandes
(■) Pomp, Mêla , III, 2. Tac. German. 34. Comp. Mento Alting, Descript. agri Batavl , etc. — (») Mannert , Germanlen, p. 54 1 . — (3) Europe, art. Hollande. - W Tac. Ann. IV, 73; XI, 19.— (») Id, GcriD. t9.
branches des enfants de Thuiscon n'ont fait que changer deux noms collectifs pour deux autres. Cette hypothèse serait au rang des vérités historiques , si les Romains, à la confusion inévitable dan^une première relation sur des nations sauvages , n'avaient jdnt une or« gneilleuse négligence qui nous a privés des matériaux nécessaires d*une géographie an-* cienne de la Germanie.
» Il faut avouer que les peuples Istsvons, semblables déjà en tout aux anciens Francs, offraient aux Romains le spectacle confus de révolutions intérieures perpétuelles, dont il est presque impossible de suivre la marche. Le nom ùeSicatnbres ou Sygambres ne brille-t-il pas dans l'histoire, et même dans les poèmes, à côté des Parthes et d'autres grandes nations? Ce peuple , plus vaillant que nombreux , qui occupait les pays actuels de Clèves et de Berg (*), et qui peut-être tirait son nom du fleuve Siegp), fut en grande partie transplanté dans les Gaules sous Tibère ('). Les Chérus^ ques , ces destructeurs des légions ronudnes, ne tombèrent-ils pas après la mort de leur Hermann, l'Armhiius des Romains , dans un état de langueur et de mollesse (^], qui permit aux Longobardes d'envahir les pays sur le haut Weser, et d'arriver jusqu'au Rhin? Comment pourrait-on donc indiquer avec certitude la demeure des Angrivari , dont le nom revit un peu plus tard dans celui de ïAngrie ou duché d'Engem; ou celle des Fosi, que l'on a dierchés tantôt sur Tiie de Helgoland, nommée Fosetisîand (^) , et tantôt, avec plus de probabilité, sur les bords de là Fuse, près de Brunsvt^ick (e) ; ou enfin celle des Usipii, des Teuctères et de 'tant d'autres tribus, tour à tour alliées des Sygambres et des Chérusques, esclavjes des Romains ou proie fies Longobardes? Qui nous dira si les Marsi, inconnus à César et placés par Tacite dans l'ancien pays des Sygambres, étaient une ancienne tribu ou un démembrement des Chérusques, comme le semble indiquer l'aigle romaine (') trouvée chez eux? Combien de faux bruits n'ont pas dû amuser l'orgueil des Romains et se glisser
(') Cœs. Bell. GaU. IV, 19; VI, 35. Dio. Cast. LIV, 33. — (') Sieg-Ambres , hommes du Sicg» —
(3) Tac. Ann. IV, 47. Slrab. VII, 290, 292, cass. —
(4) Tac. Germ. 30. Comp. Ann. XI, 17.— (*) S%km HIsl. cril. n,578,2lo. — (
(7) Toc. Ann. I, 51; II, 25.
• (6) Mann. Gcrm. J53, —
HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE
même dans les meilleurs ouvrages ? Ne voyons* nous pas Tacite (') foire éclater une Joie inhumaine à la nouvelle de la destruction entière des Bructeri? et cependant cette tribu, qui habitait le pays actuel de Munster et d'Osnabruck, exista sous Trsgan (^., se retrouva parmi les peuples confédérés sous le nom de Francs ('), et ne s'éteignit que dans le huitième siècle {*).
» Dans une contrée étrangère aux arts , la victoire elle-même dierche en vain h^ propres traces. Où sont-ils les trophées que Drusus éleva sur les bords de l'Elbe ? Qui déterminera l'emplacem^t prédsde cette forêt de Teutoburg, où les légions de Varus succombèrent sous le glaive vengeur d' Arminius ?
» Les Catti restèrent plus tranquilles que les autres Istœvons. Us occupaient la Hesse et les pays de Fuld et d*Hanau avec une partie de la Franoonie. La forêt de Bacenis , qui les bornait aa nord-est , est une partie de celle dite aijyourd'hui de Thuringe , et qui encore dans le moyen âge s'appelait Buchoma (^). Les Cattes se montrent rarement après le premier siècle de' Tère vulgaire; ils paraissent pour la dernière fois, en 392, comme alliés des Francs (^. Mais les HcuH du septième siècle et les Hes^es modernes sont le même peuple; leur nom avait seulement été défiguré par les anciens (^ . Sur les bords de la Saale de Franoonie, Hautes des Cattes au sud-est, demeurait, incoiuiue à tous les géographes antérieurs, une tribu remarquable : les Marvingi, probablemeat les mêmes qui, sous le nom de Saiims, et sous la conduite des princes Mérovingiens , devinrent les chefs de là confédération des Francis, et les fondateurs de cette puis-r santé monarchie qui, depuis tant de siècles, exerce une si grande influence sur les destinées de l'univers. Ces Mérovingiens, ou Marvinges, sont-ils encore venus de plus loin? La Mauringa, ou Maurungania (»), contre maritime, voisine dé l'Elbe, estelle leur patrie? sont-ils un reste des Cimbres? c*est ce que nous n'osons point décider.
(') Tac. Germ. 33. — (•) PUn. juiu Epist. Il , 7. — (») Eum. Paneg. 12. 1 8. JVazar. Pancg. 1 8. •— (*) Beda, HUt. eccles. IV, il. Othlon, I; cap. 37. ^renk, H\si. de la Hesse, c. 22, en allemand. — (5) Gatierer, HUt. UdIv., p. 102. ff^enk, Hist. de la Hesse, II, p. 28. (S) Greg. Turon, II, 9. — (') Wenk, Histoire de la Hesse, II, 22. — (t) Geog. Havennaïf h 2. OWM»* Pmkl Diac. etc. Suhmj II, 223 sqq.
» Vars le confluent du Rhin et du Mein , une foule de Gaulois avait occupé des terrains vagues qui reçurent le nom d'ii^rt Dectmor^ tes , parce qu'ils ne payaient que la dlme de leurs fruits. Ces terrains, voisins du pays des Cattes, selon Tacite (»), et mal à propos placés par d*Anville sur les bords du Danube , étaient entourés d'un rempart dont les ruines existent encore sous le nom de Pohlgraben; ce rempart paraît avoir embrassé les environs de Wisbaden , de Francfort et d'Aschaffenbourg p). Les eaux thermales du premier de ces jendroits étaient connues des Romains sous le nom ô^Aquœ Mattiacœ (') , nom qui rappelle celui des Mattiaques, petite nation vassale de ces conquérants. Sans doute les Romains ont occupé un terrain plus vaste en Germanie. Le rempart qu'on trouve près d'OehrIngen, dans la ci-devant principauté d'Hohenlohe, et la muraille dite du Diable, qui "S'étend de Dinkelspuhl vers Ingolstadt(^}, prouvent que toute la Souabe a été envahie par ces conquérants. Des monnaies et d'autres antiquités romames se trouvent fréquemment sur les bords du Neckar (*) ; la ville de Baden offre même des pierres milliaires romaines {«). Mais cette occupation n'a pu avoir lieu avant le règne de. l'empereur Sévère; car Tacite ne parle des AgfH Deeumates que eomme d'un petit coin avancé (^), et les travaux de Tr^an et d'Adrien paraissent bornés aux environs de Mayence. Après la mort d'Aurélien , les Germains franchirent ces limites de l'Empire, et l'empereur Probus ne les rétablit que pour peu de temps (»).
n Cette p^e de l' Allemagne, occupée par diverses petites tribus , dont Ptolémée indique quellques noms, devint sous le règne de Caracalla le principal siège de la confédération des Alamanm ou Alemanni[9)^ dont une partie, plus adonnés à une vie vagabonde , reprirent Tancienne dénomination de Suives, c'est-àdire nomades. Un vaste désert occupait alors la partie méridionale de la Souabe; Ptolémée
(•) 7ac. Germ. 29.— (») Manneri, Germ. p. 28l — (3) PUn. XXXI, 2. u4mm. Marc. XXIX, 4.— (4)i/anselman , Preuves de retendue de l'empire romain en Germanie, II part.. 1768 et 1773. Wenk, HUt. delà Hesse , II, 30. — (s) Freher, Orig. Pal. lai. c. 4. ^S'aliter, Histoire de Wirtembcrg, pag. 174. — («) SchcBppin, Alsat. illostr., p. 668. — (7) Sima imperii. — {») P'opitc. Tac. 4. Prob. 18, 14. — (OVoy. ci-après, \ h. XV.
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