LIVRE TBEIZIÈMB
que le druide cherchait l'augure des succès de la guerre. Le .seul trait intéressant qui nous soit parvenu de la religion druidique, c'est Topinion qui , en admettant rimmortalité des âmes, leur assignait pour demeure, non pas le sombre royaume de Pluton, mais Timmensité des airs et les nuages errants (i).
» Les Celtes firent redouter leurs armes même aux Romains. Nus jusqu'à la ceinture, un immense glaive de cuivre à la main , ils se précipitaient au combat avec une fureur extrême, mais sans art, sans ordre ; le moindre désastre changeait leur audace en lâcheté. Au commencement des batsiilles ils étaient plus que des hommes ; à la fin ils étaient souvent moins que des femmes P). Ils montraient , de l'aveu de leur vainqueur même , une singulière aptitude pour apprendre l'art de la guerre (>) , et leurs forteresses n'étaient pas à dédaigner.
n Leur vêtement ordinaire était un manteau court, nommé sagum, une Jaquette, ou paUa^ et des pantalons appelés braceœ. Les couleurs éclatantes et bigarrées flattaient leur vanité. Une chaîne d'or ou de métal doré leur pendait au cou; I'cnt brillait encore sur leur armure et sur les harnais de leurs chevaux. Dans la partie de la Gaule libre avant l'invasion de César , on portait les cheveux flottants sur les épaules; d'où les Romains prirent occasion d'appeler cette partie GalUa comata, Gaule chevelue , tandis que leur conquête ou la province Narbonnaise était appelée GaUia brac" eata. Gaule en pantalons; et le nord de l'Italie, occupé en partie par des peuples celtiques devenus presque Romains, était surnommé GaUiatogatay Gaule en toges.
» Nous n'entrerons point dans la discussion encore peu avancée de ces deux questions : la lai^e latine remplaça-t-elle dans toute la Gaule la langue celtique? et à quelle époque? Il nous parait que les Gaulois, admis de bonne heure aux droits de la cité romaine, et d^à dans le premier siècle livrés à l'étude de la langue latine [*), durent oublier leur ancien idiome; ce ne fîit qu'à ce prix qu'ils purent
(I) « Vobis aaetoribas ambre non UciUs Erebi «edes Ditisqae profandi palHdt régna petunt. » Luc. — (3) «GaUonim primt pneUaplui qaam virorom, IMstrema mious qukm femlDarum. » Tti. Liv. — (>) Co». VI,23.— (0 Ga//ta<iauiidio(Mldocuitracttm<a Britannoi. Jmun.
acheter la gloire de passer pour très éloquents en latin ('). L'emploi des caractères grecs, qu'on a voulu attribuer aux anciens Celtes , ne suppose point l'usage habituel delà langue grecque, qu'un auteur judicieux leur refuse positivement (*) ; mais il est probable que les runeicelHques^ si les druides en avaient, ressemblaient, comme toutes les runes, à l'an» den alphabet grec.
>» Les Celtes, comme les autres peuples du Nord , aimaient la course à cheval , la chasse et la natation; ils mangeaient assis. Après le dîner, ils se livraient des combats simula qui souvent prenaient un caractère sérieux* Les funérailles avaient de la pompe ; on jetait sur le bûcher tout ce qui avait été dier au dé« fimt; quelquefois les amis et les époux s'y précipitaient pour suivre dans l'autre monde ceux dont ils pleuraient la perte 0. U est impossible de distinguer dans les relations des anciens ce qui appartient à la Gaule encore indépendante d'avec ce qui doit s'appliquer à la Gaule devenue romaine. Il est encore difficUe de concilier entre eux les divers portraits qu'on a tracés du caractère des Gaulois, Les historiens grecs et romains reprochent aux anciens Gaulois leur férocité , leur mauvaise foi , leur avidité de pillage, leur ivrognerie et beaucoup d'autres vices crapuleux (^]. Mais ce portrait appartient au siècle où les crânes des ennemis tués leur servaient de vases pour boire. Plus tard, il parait qu'on les accusait principalement d'une inconstance qui paralysait même leur bravoure, et d'une jactance qui s'exhalait par un torrent de vaines paroles P). Un auteur prétend même renfermer leur caractère en trois mots qui Signifient littéralement frivole , faible et arrogant («) ; mais le sage Julien, qui avait gouverné les Gaulois, rend justice à leur conduite loyale , modérée et pleine d'une noble fierté.
»> Les géographes romains connurent encore l'Espagne bien mieux que ne Tavaient connue les Grecs; suite nécessaire des progrès de la
(1) S. Hieron, promc. epist. II ad Galatas. Ep. a<L Paull. coBtr. Vigilant, etc. Spnmmck. VIII, epIst 68, IX, cp. 88. — («) Dio. Qus. XI, 9. Comp. Cœt. l , J9; VI, 13, H, copié par Strab. IV, «78. — p) Diod, V, S9, 80. Meia, III. Obs, Strab. Aîkin. etc. — (4) Diodor. V, J8. Polyh. II, 19. Cœt. Uv. pastim. — (^) « VaBiloqoiiin Celt» genusetmaUbile mentis. » SU. Ital. VIII , Qk4. Flor. etc. —(•)!•«» «ev^y , W
HISTOIRE DE LÀ GÉOGRAPHIE
dviUsation dans ce pays. L'ancienne splendeur de Tarr4U!0 et de Carthago Nova s'était accrue j ces deux villes servaient de résidence ordinaire au préteur qui gouvernait l'Espagne citérieure, ou \à province Tarraconaise^ dans laquelle Pline comptait 179 villes du premier rang (*). Sur la même c6te^ Sœtabù , aujourd'hui Xativa, brillait par ses manufactures de toiles fines p), tandis que les Laletani^ aux environs de Barcino , ou Barcelone , recueillaient des vins estimés à Rome(^). Sur les beaux rivages de Viberus , ou de VÈbre, Cœsar-Auguiia^ aujourd'hui Saragçsse, fondée par Auguste, éclipsait toutes les autres villes de l'intérieur (*). L'ancienne Celtîbérie, sans grandes villes, mais riche de ses vergers , de ses forêts de chênes et de ses mines de fer, offhdt des asiles riants à l'ami de la nature ($). La ville celtibérienne de Bilbilis était renommée par l'excellent acier qu'on y febriquait (*). Les fameuses mines d'argent de l'Espagne se trouvaient à peu de distance de Cartbago- Nova; 40,000 ouvriers y étaient employés, et le bénéfice était de 26,000 drachmes par jour(^). Toletum^ chef-lieu des Carpetani^ devint célèbre par ses ouvrages en acier (»). Pline vante la magnificence d'I^mnca, principale ville des Astwres. On distinguait, dans le pay^ des GaUœei , Braeara Augusta , aujourd'hui Braga. Les peuples du nord de l'Espagne avaient opposé aux Romains une résistance opiniâtre. Numance n'était pas la seule ville qui avait préféré la destruction à l'esclavage. Oiez les Cantabres, on avait vu une mère tuer son enfant plutôt que de le laisser tomber entre les mains de l'ennemi ; et un enfant, par ordre de son père, saisir une épée et donnera ses parents enchainés, avec la mort, la liberté. Même en expirant sur la croix, les prisonniers
(•) Plik. IH,6. — (*) Id XIX, 3. Comp. Liv. XXÏI, 46. Polyb. ISicoL Damasc, — (^) Plin. XIV, G. — (4) Mêla, II , 6. Isid. Elymolog. XV , 1. — (s) Mort. Epigr. I, 60; IV, 56; XII, 18, 31. — («) PUn. XXXIV, 14. Mart. I. c. - (:) PUn, XXXIII. - W Grat. Fa- Use.
espagnols entonnaient des chants guerriers et bravaient leurs bourreaux (i). Les associations de vie et de mort embrassaient souvent des milliers d'hommes ; jamais on ne vit un de ces firères d'armes survivre aux autres p). Mais les colonies romaines répandues dans les provinces accoutumèrent ces sauvages au joug que portait le reste de l'Europe. La Lusitanie voyait aussi ses habitants , jadis adonnés au brigandage, se livrer à l'agriculture ; Oiysipo , la souche de Lisbonne; Conimbriea^ ou Goimbra ; Salmantica^ de nos jours Salamanque; Emerita^ aujourd'hui Merida, renommée par ses olives douces (») , et Pax Julia^ ou Beja, étaient \m principales villes de cette province, où , comme en Gallécie, on trouvait de l'étaîn (*) et d'autres métaux. La fertilité de la Bétique, ses mines d'or, ses coteaux chargés d'oliviers , ses troupeaux couverts d'une toison naturellement dorée, étaient déjà connus de Strabon. On peut en dire autant des magnifiques villes de cette province, telles que Corduha , patrie des Sén^e et de Lucain ; Hispalis , à qui le commerce donna bientôt le premier rang, et la voluptueuse Gade^^ qui fournissait à la mollesse des Romains les danseuses les plus lubricjues (*).
• Gomme no^re but est de tracer une histoire des connaissances géographiques , et non pas un système complet de géographie ancienne , nous ne devons pas nous arrêter sur les changements de détails ; et la licence qu'à cet égard nous avons prise pour la Gaule , accusée par l'intérêt particulier que cette contrée inspire, ne doit point tirer à conséquence pour les autres pays connus des Romains. D'ailleurs, l'Italie et la Grèce , les seuls pays qui nous resteraient à parcourir, offrent cela de particulier, que la topographie ancienne n'y peut ni ne doit être séparée de la géographie moderne. »
(1) Appian, Iber. 33, 7S, etc. Strab. III passim. TU. lAv. 2Î. XXXIV, 17. SU. liai. — (») Plut, in Scrlor. rai. Max, VII, 6.— (3) PUn. XV, 3.— (^) h\ XXXI V, 16. — (5) Jttven. Mari, clc, etc.