‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 45 sur 229 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

diiite 4e l'HiitoIre 4e U Géographie. — GommeDceDienti de It Géogrtpbie mttbémaiiqiie. ^ Marin deTn* — Ptolémée; analjie de la Géographie. — Recherehei sar la poiitioD de BhlDs et de la Sériqae.

« NoQB Tenom da suivre toe Bomains dans leurs découvertes géographiques en Afrique , en Asie et en Eurq^ ; Fouvrage de Pline a servi de base à ee tableau^ mais nous y avons Joint quelques notions dues aux expéditions de Trajan dans TOrient, et de Sévère dans le Nord, ainsi qu'aux voyages conunerciaux du onzième siècle \ de sorte pie nos quatre Livres précédents offïrent l'ensemble de la géognq»hie historique antérieurement à la décadence de l'empire romain. Avant de retracer la grande révolution occasionnée par les migrations des peuples, il faut Jeter un coup d'œll sur les derniers travaux des géographes grecs i>t romains.

» Les Strabon et les Pline, dédaignant leB «ssais imparfidts d*Hipparque, n'avaient pas seulement essayé de donner à leur géographie une base mathématique en fixant les positions terrestres par l'observation des corps célestes ; les mesures itinéraires et quelques observations 4e latitude étaient leurs seuls guides. On ne Ireave aucune trace de géographie mathématique dans les monuments que les Romains nous ont laissés. Je veux parler des Itinérair€ê, ou relevés des cbemins et routes de toutes les provinces de l'empire romain. Uy en avait de deux sortes, que Yégèce distingue par les noms d*ijamotaia et de picta (<) , c'est-à-dire d'écrits et de dessinés. Les premiers ne contenaient que les noms des lieux et des stations, avec la distance de l'un à l'autre , sans entrer dans aueun détail , à peu près comme nos livres de poste. Les auteurs des seconds né se contentaient pas d'y insérer les grands chemins et autres principales routes ; ils y ajoutaient le nom et l'étendue des diverses provinces, le nombre de leurs habitants, les montagnes, le cours des rivières et les mers voisines.

» Parmi les premiers , nous possédons l'ouvrage connu sous le nom d'Itinéraire de Ven^ pereur Antomn (>); mais it est difficile de

(») f^eget, de re millt. I. — (■) Votera Bomanorum tUneraria tive Antoiiini AoguMi itinerarlom curante P. Wesfieilog. Aoûl !7a5. In-4«.

croire que cet ouvrage, tel que nous l'avoi» , soit du temps du prince dont il pcurté le nom; car on y trouve plusieurs adroits qui ae furent connus que sous ses successeurs. D'ailleurs les différents manuscrits nommait copuDe auteur ou protecteur de l'entreprise, lésons Jules César, les autres Garacalla, d'autres enfin Xhéodose (\) ; l'examen de cet Itméram iUt voir qu'il est tiré d'anciens et de nouveaux tableaux de route, et qu'on en a suceessiTement publié de nouvelles éditions. Qadqueg savants ont pensé que Yltin^ire, tel que nous l'avons, a été compilé par JEthicut, parce que la cosmographie de l'empire romain de cet auteur est souvent placée & la tète de cet itinéraire dans les manuscrits; ils citent encore le témoignage de deux savants de Franconie, du dixième et du onzième siècle, qui attribuent cet ouvrage à iËthicus (^j. Mais les opinions des critiques sur l'ouvrage d'^thicus varient singulièrement ; les uns le regardent comme un simple copiste de Juliut Orator, et comme peu digne d'attention (>) ; les autres cherchent à ]^uver que son travail a été dans l'origine plus détaillé, et que nous n'en possédons qu'un mauvais abrégé (^j. On ne sait pas non plus de quelle époque est YJHnerarim ffieroêolynUtanum, fragment qui indique dans le plus grand détail la route de Bordeaux à Jérusalem. Mannert pense que c'est une feuille routière donnée à quelque fonctionnaire qui voyageait avec une mission impériale (>).

» A la seconde espèce d'itinéraire appartient ce qu'on appelle la Table de Peutinger, que Scheyb fit graver en 1753 , d'après un exmplaire manuscrit de la bibliothèque impénale devienne, qui avait appartenu à Conrad Peutinger, praticien d' Augsbourg , et à laquelle il ajouta un savant commentaiire {% Scheyb attri-

(*] SchœpfUn. Alsatia ilIostraU^ t. I, p. 61$. - (») Sprengel, Hist. des Décoav. géog. &I7.— (î) Éaâr* f^aUsiu», I4ot. Gall. prsf. i. Scheidt, prcT. in Ee» card, Orig. Germ. p. 45, 46. —(4) Baper, Act. Boron. I, p. 887, 894. Gomp. Targioni, Relat.di alconi vlaggl. — (») Mannert, Geog. 1/ J03. — («^ Pmitii»geriana tabula Uineraria, edidlt F. G. de Sekeffbt Vindob. 175

mSTOIBK DE LA GÉOGRAmiE.

kœ eette table à l'emperear Théodoee I"", et croit qu'elle ftat composée dans rintervalle de 368 à 396. Les preuves dont il étaye cette opinion n'ont pas oonvainca Mannert, qui , dans un mémoire très savant, a presque démontré que Torigine de cette carte remonte au temps de Tempereor Sévère, ou à Tan 230 de J.-G. ; mais que la copie actuellement existante est due au loisir d'un moine du treizième siècle (<). n est prolMible que cette carte a eu plusieurs éditions; et, dans cette supposition , il serait presque impossible d'en déterminer l'époque. Il parait seulement qu'on n'a pas dû en publier postérieurement à la chute de l'empire romain d'ocddent. Le commencement de cette carte est perdu. Il y manque le Portugal, l'Espagne et la partie occidentale de l'Afrique. On n'y trouve que la côte sud-est d'Angleterre. En revanche , on y voit l'extrémité la plus reculée de l'Asie vers l'est , aussi loin que les connaissances des Romains s'étendaient de ce c6té-]à ; le pays des Sères, l'embouchure du Gange , rUe de Ceylan , allongée de l'est à l'ouest, sui- Tant ropinion d'alors ; des routes sont tracées dans le coeur de l'Inde. Mais les pays marqués sur cette carte n'y sont point placés suivant leur position géographique , leurs limites respectives et leur grandeur réelle. On les a rangés arbitrairement les uns à la suite des autres, de l'ouest à l'est , sans avoir égard à leur âgore , ni à leur longitude et latitude déterminées par d'autres géographes. On se fera une idée plus claire de cette carte par la forme de la table, qui, suivant Scheyb, a vingt-un pieds un quart de long (mesure de Vienne) , et seulement un pied de large. Outre la détermination des routes, qui était le but principal de Tauteur de la carte, il a indiqué les grandes montagnes , le cours des principaux fleuves , les lacs , les contours des c6tes maritimes , les noms des grandes provinces , et ceux des nations les plus considérables (*] •

(') Annal, des Voyages, etc., III, 485 sqq.

H Voyei, dans notre Atlas, la carte de l'empire romain, au basde laqoelle nous donnons une réduction de la Table dite de PeuHnger, tracée d'après an deain de la main même do savant Polonais. J. Letowel, géograpbe-hlstorien, eonnu par d'importanU travaux, et entre autres par ses Reckerehee tur la géographie des anciens (Wilna 1818) , accompagnées d'an atlas dressé et gravé par l'auteur. Nous sommes hMreox de pouvoir donner Ici on témoignage de leconnalssance a M. Lelewel, et à BL L. Ghodsko

» Pendant que les maîtres du monde bornaient tous leurs efforts en géographie à faire composer ces itinéraires qui servaient à diriger la marche des armées, et dont la possession était pour un particulier un crime de lèse-majesté (') , deux astronomes grecs pensèrent aux moyens de donner à la géographie des bases scientifiques ; le premier fut Marin^ natif de Tyr, qui vivait vers l'an 100 ; l'autre est l'immortel Ptolémée^ qui, d'après l'opinion la plusprobable (') , fleurit sous les deux Ântonins , depuis l'an 140 Jusqu'en 170. L'ouvrage de Marin n'est connu que par les extraits que Ptolémée en donne. La géographie de ce dernier, telle qu'elle nous est parvenue, n'est qu'un tableau élémentaire , mathématique , où la figure et la grandeur de la terre et la position des lieux sont déterminées ; la division des pays n'est qu'indiquée , et l'auteurigoute rarement une note historique. On a pensé , avee quelque fondement , que Ptolémée avait composé un texte historique plus détaillé qui se sera perdu ; mais c'est à tort que plusieurs sa- ' vants ont prétendu faire regarder l'ouvrage existant comme une compilation faite dans des temps postérieurs avec des pièces de rapport , et n'ayant aucune ressemblance avec l'original 0 ; l'ordre qui y règne rend une semblable supposition inadmissible (*). Cependant le texte de Ptolémée n'est pas exempt non plus de quel-

qui nous a traduit plusieurs passages de l'ouvrage de son compatriote. J. H.

(') Tac. Ann. hist. passim. — (*) Comp. Fabrie» Blblloth.grœc.IV, U.— P) Ciwi. Prolus. de Geograpbicorum , qus sub Ptolemsi nomine circumferuntur, fide et auctoritate, in ejusd. Opusc. p. iSl. Schlaiter, Histoire du Nord, p. 148 et 176 ; dans l'Histoire univers, en aU. t. XXXI.

(4) M. Lelewel {Recherches, etc., III, 139) regarde comme des compilations la Géographie de Ptolémée et celle de Marin. GosseUin a observé que les c6tei occidentales de TAfrique sont sur les cartes de Ptolémée répétées Jusqu'à trois fois. De pareUles répétitions sont trop fréquentes, selon le savant Polonais, qui en donne quelques exemples dans la Libye , dans l'Asie et dans presque toutes les contrées un peu éloignées des limites de l'empire. Ces répétitions sont beaucoup plus fréquentes dans la Géographie de Marin : on voit que sa compUation a été faite sans critique et sans discernement, et qu'elle est remplie de fautes et d'erreurs , fondées sur la diversité des milles et des stades , et sur la confhsion des déterminations, faites k différentes époques, des longitudes et des latitudes. En général , dit M. Lelewel , la compilation de Marin de Tyr est un nœud gordien qu'il est quelquefois impossible de délier. J. H.

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