LIVRE QUATORZIÈME
ques additimis étrangères. C*est, entre autres, ce que Gossellin a fait remarquer, en comparant ensemble les manuscrits grecs et iatins , à Farticle de la Méditerranée , pour laquelle , dans les anciens temps, Ptolémée était le guide universel des marins. Ceux-ci avaient Thabitude de corriger dans leurs exemplaires les erreurs qu'ils y apercevaient ; or, chacun faisant des observations et des corrections différentes, il en est résulté cette quantité de variantes qu'on voit aujourd'hui dans les manuscrits. Elles sont très nombreuses dans les manuscrits grecs pour les côtes orientales de la mer Méditerranée, et pour les côtes occidentales dans les manuscrits latins. En outre, ces derniers contiennent la position d'une infinité de lieux que Ptolémée ne pouvait connaître, et qui manquent dans les manuscrits grecs. En comparant les nombreux changements qu'a éprouvés cet ouvrage, on peut supposer que différentes parties , par exemple une portion de l'Italie , la* Morée , les côtes de •l'Asie-Mineure et de la mer Noire, sont entièrement refondues (*).
» Le texte de Ptolémée a encore éprouvé d'autres changements par la négligence des éditeurs. Après diverses éditions latines , qui ont pour base la traduction latine d! Angélus , et parmi lesquelles celle de Nicolaas'Doms p) se distingua après qu'un manuscrit grec , envoyé par Pic de la Mirandole, eut fourni quelques noms grecs pour l'édition que donna le docteur Aesler P), on vit enfin le célèbre Eraâme publier le texte grec complet, d'après un manuscrit appartenant au médecin Fettichius ; mais cette édition (^) , source de toutes les autres , ofl^e une extrême confusion dans les chiffres , le correcteur ou l'imprimeur ayant souvent remplacé le signe grec (^) qui dà»)te un demi , par celui («) qui marque un sixième^ et ayant d'autres fois substitué à deux lettres qui valent deux tiers i^ , une qui n'a que la valeur d'tin tiers (^). Ces erreurs , trop fidèlement répétées ou augmentées de nouvelles fautes , même dans les plus pompeuses impressions > doivent faire considérer Ptolémée comme un auteur qui n*est pas encore bien connu et qu'on ne saurait entièrement appré-
(') Gosselliriy Géog. des Grecs, analys. — («) Ulm, 1482. RoiD. même année. — (^) Strasbourg, 1513 et 1520. — (4) Bâic, chez Froben, ]&3a — (') Le F
— (c) Le ç. — (7) yo — («) Ley seul.
der, tant que les meilleurs manuscrits de i ouvrage , ensevelis dans les dépôts littéraires^ n'auront pas été compulsés (i).
» U y a toutefois dans la géographie de Ptolémée des erreurs fondamentales , des erreurs énormes , et qui bien certainement lui aj^partiennent. Il éloigne en général trop à l'est, au sud et au nord , les teri^ qui lui étaient connues. D'abord , en nous tenant à la direction vers l'orient , nous voyons la Méditerranée prendre , selon lui, une longueur de 20 degrés de plus qu'elle ne doit avoir, et cela dans un temps où elle était le mieux connue des Grecs et des Bomains , qui la parcouraient sans relâche. Les bouches du Gange y sont reculées vers l'orient de plus de 46 degrés au-delà de leurs véritables positioQs; lesquels, réduits en mesures modernes , font une erreur de près de douze cents lieues^ ou de la huitième partie de la circonférence du globe {^.
0 Ces erreurs , dans un ouvragequi d'ailleurs renferme les connaissances les plus étendues qu'aucun Grec ait eues sur la géographie , ne peuvent avoir leur origine que dans 1^ mesu-res employées par Ptolémée'. Mais ici se présentent deux opinions également appuyées de beaucoup d'érudition , et entre lesquell^ nous n'osons pas choisir.
» Gossellin , qui regarde toutes les caries des Grecs comme des copies qu'on aurait fidtes d'une carte à projection plate, sans Tentendre, sans connaître les règles d'après lesquelles la carte était projetée , applique cette hypothèse à Ptolémée , comme il Ta appliquée à Strabon et à Eratosthène. Il cherche à démontrer {*) que c'est pour avoir méconnu l'étendue qu'il devait donner au degré de longftude , que Ptolémée a commis toutes ces erreurs. « Séduit » par l'autorité de Posidonius , ce géographe a » rejeté l'ancienne évaluation conservée par n Eratosthène , et qui convenait uniquement à » la carte qu'il consultait ; il en a enlevé la » graduation qui embrassait 700 stades par » degré , pour* y substituer celle qui lui don- »» nait seulement 500 stades. Il a donc cor- » rompu par là toutes ses longitudes de deux » septièmes; puisque les degrés, occupant un M moindre espace sur le terrain , ont dâ se » multiplier en proportion sur sa carte , les lon-
(») Mannm, 1, 184, 192. — f») GomlUn, Géog. des Grecs, analys. Tab;Vn. — p) Géogr. des Grecs, analys. 118-lSl.
HISTOIKE DE LA GÉOGRAPfflE.
•gitodes apparentes ont dû toutes pécher en » excès , et devenir de plus en plus excessives, » à mesure qu'elles s'avançaient vers Torient.»
» Pour faire disparaître cette seconde méprise de la carte de Ptolémée , et y établir la graduation qui lui était propre avant qu'il Teût altérée, il ne faut donc, selon Gossellin, que diviser les mesures obtenues par la méthode précédente , comme nous avons divisé celles d'Eratosthène et de Strabon, c'est-àdire par 700 stades, qui est la valeur hypothétique du degré de longitude d'après laquelle ces mêmes mesures avaient été conclues ; et l'on obtiendra pour résultat une graduation qui approchera beaucoup de celle que nous connaissons à présent.
n Un exemple éclalrcira mieux cette hypo-
» Ptolémée met 146 degrés d'intervalle entre le cap Sacré de l'Ibérie et l'embouchure orientale du Gange : il s'est par conséquent trompé, d'après nos observateurs modernes , de 46 degrés 36 minutes 15 secondes ; mais ces 146 degrés, convertis en stades à raison de 500 pour chacun, donnent 73,000 stades ; et ce nombre de stades, réduit en degrés à raison de 700 stades chacun , répondent à 104 degrés 17 minutes 8 secondes; et l'erreur de la carte que Ptolémée copiait , ne sera plus que de 4 degrés 53 minutes 23 secondes.
» Manncrt^ qui regarde la géographie d'Ératosthène comme fondée sur des observations véritables > mais imparfaites , et qui ne voudrait admettre, chez ce géographe comme chez Strabon, d'autre stade que l'Olympique à 600 degrés, prétend que Ptolémée , ne comptant au degré que 500 stades, a supposé d'après Posidonius la circonférence réelle du globe moindre que ne l'avaient crue ses prédécesseurs (') ; de là résulterait une différence d'un sixième. Ensuite, en admettant que Ptolémée a fait usage de quelques observations astronomiques très grossières pour déterminer la longitude des lieux ou leur position d'occident en orient ('), il regarde comme certahi que ce géographe a déterminé presque toutes ses positions d'après des mesures itinéraires prises géométriquement, et qui par conséquent étaient pour l'ordinaire trop grandes. Ptolémée, ditMannert , nous indique lui-même la méthode qu'il suivait. Marin de Tyr avait
(•) Mannni, 1, 137. {»j Ptol. I, 4.
compté 100 degrés pour l'espace compris en-** tre le cap Cory et Thinœ ; Ptolémée crut qu'ils devaient être réduits à 54 degrés 4 minutes. La raison fut que Marin avait compté en ligne droite les distances que les itinéraires marquaient, quoique les .navigateurs eussent fait connaître les dérivations de leurs routes et les différentes aires de vents qu'ils suivaient pour arriver depuis le cap Cory jusqu'à Catigara , le dernier des ports connus au pays des Sines* C'est d'après les mêmes itinéraires que Ptolémée resserra la carte tracée par Marin. Lorsque la navigation était indiquée comme suivant à peu près un même parallèle, Ptolémée retranchait de la distance totale un tiers pour les sinuosités qu'il supposait dans la route ; et lorsqu'il était dit que la navigation s'inclinait d'un quart sur l'équateur, il ôtait encore le sixième de la somme qui lui restait pour réduire la distance à un parallèle et avoir l'intervalle des méridiens (*).
» Cette méthode était nécessairement sujette à des erreurs très fréquentes, très variables, et qu'on ne saurait point apprécier d'après une règle imiforme.
» Quand on réfléchit sur ces deux opinions; quand on se rappelle. que Gossellin, grâce à l'emploi de son hypothèse, a presque rétabli la carte de toutes les côtes maritimes connues des anciens, tandis que Mannert, en expliquant Ptolémée à sa manière, a grandement amélioré la géographie ancienne de l'intérieur des terres , on est tenté de chercher à concilier ces deux savants. On peut croire que Ptolémée a> réellement eu sous les yeux une carte hydrographique, qu'il en a pris le dessin des côtes en le dénaturant , comme Gossellin l'indique , mais qu'il a rempli l'intérieur de la manière présumée par Mannert.
» Les latitudes de Ptolémée , ou lès distances dans la direction nord et sud^ n'offrent pas moins de matière à contestation. Très rapprochées de l'exactitude moderne dans les pays voisins de la Méditerranée , elles deviennent trop grandes à mesure qu'elles s'en éloignent ; de sorte que , par exemple , l'extrémité de la Grande-Bretagne se trouve à 62 degrés au lieu de l'être à 59. Mannert regarde ces erreurs comme les résultats de l'évaluation approximative des mesures itinéraires et nautiques (').
(0 Ptolém. l, c. 12-14. — (>) Mannert, G(iogr, I H4-150.
UVBE QUATORaÈME.
GosselUn pense {*) « que lorsque Ptolémée » vint à tracer ses parallèles sur la carte qu'il » voulait copier , il s'aperçut qu'il ne pouvait » plus foire usage des intervalles de 500 stades » pour un degré , parce que toutes ses latitu- » des seraient devenues beaucoup trop hautes ; » et, comme elles étaient toutes fixées par des » d>servations ou des approximations astrono- » miques qu'il ne pouvait pas refuser d'ad- « mettre, il a diangé de méthode et a tracé ses » degrés à 700 stades de distance. Il a senti » vraisemblablement que , s'il continuait de » leur donner la même proportion que pour » ses longitudes , Alexandrie , qui ne devait » pas s'éloigner du 31« degré de latitude, se » serait trouvée à plus de 43 d^rés; et que » Marseille , qu'il fixait, comme Eratostiiène, » à 43 degrés et quelques minutes , aurait été » portée au-dessus du 60* degré. » Ce procédé, ainsi que Gossellin en convient lui-même, supposait diez Ptolémée une telle ignorance ou un tel dédain des premières règles de la géographie , que nous avouons , avec tout le respect dû à Gossellin, notre incrédulité à l'égard de cette partie de son hypothèse. »
Aux opinions de Mannert et de Gossellin, nous {jouterons celle de M. Lelewel (») , géographe non moins recommandable. Après avoir apprécié les faits qui démontraient les progrès de la géographie , le savant Polonais tourne son attention sur les causes qui en amenèrent la décadence. Les quatre principales sont : la mesure de la terre , inventée et proposée par l'astronome Posidonius; le mélange et la confusion de stades et de milles différents; l'habitude de compiler sans distinction et sans critique ; enfin les observations astronomiques inexactes relativement à la position des lieux. Posidonius, qui avait faussement déterminé à Rhodes la place qu'occupe l'étoile de Canope , en tira des conséquences erronées sur la latitude de l'Ile (^j. n appliqua à sa graduation la longueur de la terre habitable, évaluée par Ératosthène et par presque tous les géographes à 72,000 stades. Cette longueur occupait
(») GoMe/iin, Géogr. analys. — (•) LelewfiU Recherches , etc. , Il ; 56 et sulv. ; III, 92, tlO. 1Î4 et suiv.
(3) Posidonius plaçait Rhodes sous le 38* degré 38 minutes de latitude, septentrionale , i 7<> 30 d'Alexandrie ; et comme , suivant M. Lelewel , les voyageurs comptaient 3,750 stades d'Alexandrie & Rhodes, il devenait évident que le degré devait être évalué à 500 sUdes. J. U.
justement la moitié du parallèle de Rhodes, et produisit 180 degrés pour la longitude de la terre habitable. Cet énorme changement devait paraître bien extraordinaire aux géographes ; cependant Strabon n'en témoigne pas d'étonnement. La célébrité dont jouissait Posidonius donnait un tel poids à ses calculs, qu'ils commencèrent à s'accréditer par des observations grossières d'éclipsés de lune et de soleil. Les astronomes et les géographes qui cherchaient à établir la géc^raphie sur des bases mathématiques et scientifiques, se laissèrent séduire par les conjectures de Posidonius, qui donnait à la terre 180,000 stades de circuit. Son opini<m fut adoptée par les géographes; mais tandis que les uns donnaient comme lui 500 sta4es au degré, les autres, supposant que le degré de 700 stades était difîërent, changèrent leurs calculs dans la proportion de 7 à 5. De là l'origine d'un stade qui n'existait réellement pas, c'est-à-dire de 7 plus grand que le stade olympique. D'autres, enfin, voyant que les 600 stades au degré sont plus grands que ceux qu'employaient ordinairement les géographes, crurent que c'étaient les grands stades égyptiens . philetéréeos, évalués à 7 7 pour un mille militaire.
tt Quelque explication qu'on adopte^ les erreurs de Ptolémée n'en sont pas moins énormes. En dépouillant sa géographie de ces erreurs mathématiques, elle nous présentera l'ensemble des connaissances géogjraphiques du deuxième siècle.
» Dans l'est de l'Europe , Ptolémée nous étonne par une description assez exacte du cours du grand fleuve du Volga , qu'il appelle Rha; il connaît même la Kama, venant des monts Ouraliens, et qu'il nomme Bha oriental. En effet, cette rivière dispute au Volga le rang de fleuve principal. La connaissance de ce grand fleuve , nonuné aussi Bhoi (*), ne se perdit plus ; il est probable que , dès le quatrième siècle , des caravanes de cottunerce y allaient chercher la rhubarbe et d'autres productions de l'Asie centrale p). Le cours du Tor naïs, que Strabon dirigeait du nord au sud, offre chez Ptolémée une courbure semblable à celle qu'il présente sur les cartes modernes.
0) AgaOïem. II, 10. — (») Ammian. XXII. «• a Tanai Rha vicinug est anmis , lu cujus superciUi^ qusdam vegetabllis ejusdem nominis gignltor Itfliï» prôficaus ad usas moltipUeei medtlaruin. »
mSTOIRE DE LA Gfi06IUUPHIE.
De même que notre géographe, PUûe(') trouve vers la source de ce fleuve les &buleux monts Riphéens, qu'on cherchait toujours à oolloquer dans les régicms peu connues ; de même Ptolémée, semble placer, presque au hasard, vers le miliea de la Russie, les Hypwrboréen$, les BanUei, et quelques autres peuples d<Mit les noms lui paraissaient tn^ célèbres pour les eflacer entiàr^ment. Il bannit cependant de sa carte d'Europe le nom de la Seythie; il âend la Sormalîtf européenne d^^s le Tanais jusqu'à la Yistttle et aux m<mts Garpathes; mais il ne &ut pas ea conclure qu'il regardait comme Sarmates tons les peuples qui occupaient ce vaste espace. Au contraire, Ptolémée donne exprès aux Alawni, qu'il place entre le Borys^ tbène et le Tanaîs, le surnom de Scythes; ces peuples, qui conservèrent le même emplaœment dq^ le premier jusqu'au quatrième iiède (3), n'étaient sans doute pas les seuls restes de l'ancienne race scythique. Les Ckwd, placés par Ptolémée vers le milieu du cours du Borysthène, sont probablement cette tribu des Huns qui combattit, àla solde desGotbs, contre let Huns d'Asie (^). La plupart des nations sannatiques, dans le sentie plus strict, étaient eonfimdues sous le nom diHamaœolm, ou peuples vivant sur des chariots (^). Les lazygeê , les i^us fameux d'entre ces nomades , se montrent d'abenrd au nord-est des Palus-Méotidss (<); ils envahissent les r^ons entre le Borystbtoe et le Danube (^j, se répandent le long des monts Garpathes, descendent dans les plaines de la Hongrie orientale, sous le nom àla$ygeê MeUmoêiœ f ), et pénètrent au nord jusque dans la Podlaquie, où ils existaient eneore au doudème Biècle sous le nom de Jacswinges (•]• La grande migration des Sarmates parait s'être portée vers la Dthuanie et la Prusse, où Ptol^ée nous fait connaître les éro* Imdœ. connus dans le quatorzième siècle sous le même nom (^) ; leurs vdsins les Stic^em, les Sodawi des modernes; les J?ortMct , les Prus-
(•) Plin. IV, 24. — (») Dion, Perieg. v. 805. 308. jimrn. Mare, XXXI, 2. Julet Capit, in Anton. Pio. S, in Anrel. 22. — (3) Arnm, XXXI, 3. — (4) De Af^a chariot, et Blo^, vie. — (s) Sirqb.\ll, 306. Alm. — (6) Tac. Hlst. I, 29. Dio. Out, LIV , 20; L.V, 30. — p) Meianasiœy c'est-à-dire qui ont.changé de demeure. — (8) Prœior. Orbis-gotb, I, lll. — (f ) Pierre Duisburg , III , 3 , cité i^r LdeweU Essai sur les peuples lithuaniens ( Jtxtii oka na dawnoêc /t- MHwftû;* fmodom. Wllna, etc. 1808).
riens du dixième siècle, mais aneieniunnent plusenfcmcés dans la Lithuanie (>); les Car* eotœ, les Carbones et Careoiœ; les Gourlandais, nommés Karis , Chori et Kors^ chez les auteurs du moyen âge (2) ; les Ham, qui, très probablement, sont les habitants d'Oesel; et au nord des Agathyrêi, les Sali, dont on retrouve le nom dans celuide la rivière de Salis en Li« vonie.
» Ptolémée distingue de ces peuples, en partie sarmatiques et en partie sey thiques, ks FsnedŒy ou Vendes, auxquels il asrigne les cêtes depuis le Rubany ou le Memel, Jusqu'à la Vis» tule, et qui probablement s'étendaient jusqu'à rOdcr. Les autres nations slavonnes que nous avons retrouvées d'après Strabon et Tacite (3), sont obscurément indiquées par Ptolémée; pourtant il nous en £Gdt connaître de nouvelles, entre autres les Saboci , ou peuples sur le Bug (^], les Biessi , dont le nom est resté aux monts Blesciad, près de Lemberg, et Içs Carfi, ou habitants des monts Garpathes. Ptolémée, qui semble avoir eu sous les yeux un itinéraire des bords du Danube vers l'embouchure de la Yistule, conduit ce dernier fleuve en ligne droite du sud au nord* Il est probable que les voyageurs ou les marchands d'ambre Jaune suivaient d'abord la Wartha et ensuite la basse Vistule, en prenant ces deux rivières pour une seule, comme il est arrivé à nos voyageurs dans l'Amérique. Ptolémée décrit en revanche la Docte, alors province romainie, avec plus de détails que ses prédécesseurs. Les noms de villes et de tribus de cet ancien pays des Gètes sont tout autant de témoignages de l'origine slavonnede ce peuple (^].
)» Les navigateurs grecs et romains paraissent avoir visité les côtes de la Baltique Jusqu'aux environs de la Yistule, puisqu'un abr^ viateur de Ptolémée déclare ne pouvoir indiquer les distances en stades que Jusqu'à cette rivière (^. Mais les voyages des march^cndtf d'ambre Jaune et de pelleteries allaient par terre Jusqu'en Livonie, où se termine la chaîne des peuplades umumées par Ptolémée. La côte connue de ce géographe s'étend Jusqu'au fleuve
(') LeUwel, ibid. art. 15, 16, etc. — (») Jomand. de Reb. Cet. 7. Adam. Brem. de situ Dan. 220. Nestor^ édit. deSchlœzer, introduct. S, c. —(3) Voyez cidessus, liv. VIII, etc. — W Za Bogi . au-delà du Bog ou Bug. — C*) CUpidawa, Sucidava, etc. — (•) Mare. HenuU. IL SS.
ib%
LIVKE QUATORZIEME.
Chesinuij qQi,.sel(md*Anvil1e, serait la rivière de Pema (>). Gossellin pense que le Chesînus doit répondre à la Duna, puisque Ptolémée ne compte que trois fleuves principaux entre celui-ci et la Vistule, et qu*on les retrouve tous, savoir : le Chronus , répondant au Pr^el qui passe à Koenigsberg ; le Ruboriy qui répond au Niémen , et dont le nom marquait probablement qu'il formait la limite entre les Wendes et les Sarmates (^ ; enfin, le Turuntus^ qui ne peut être que la rivière de Windau (^). Observons ici que Ptolémée donnant 58 degrés 30ini- Dutes de longitude à Tembouchure du Chesinus , si on réduit ces degrés suivant la méthode indiquée par Gossellin , on reconnattra que la carte hydrographique que Ptolémée copiait ne donnait à Tembouchure du Ghesinus que 41 degrés 47 minutes de longitude , et que c'est, à 15 minutes près, celle de la Duna, prise au-dessous de Riga, à l'endroit même où elle se jette dans la mer.
»» On a vu ci-dessus que les Romains avaient eu des relations vagues sur la Norvège ou Nérigon et le pays des Suiones ou Suédois. Ptofémée dédaigna ces notions, parce qu'elles manquaient de cette précision mathématique apparente qu'avaient ses autres données. Son Europe se termine ici par la Chersonèse cimbri-que^ qu'il étend de 2 degrés trop au nord , en la courbant beiaucoup plus à Test qu'elle ne l'est. A l'orient de la Ghersonèse cimbrique ou du Jutland, il a placé quatre lies sous le nom de Seandiœ instUœj parmi lesquelles les trois plus petites répondent à celles de (aland , de Fionle et de S'eeland, qui fout partie du Danemark. La quatrième , à laquelle il donne en particulier le nom de Scandia^ représentait la Suède méridionale. La grande étendue de la mer Baltique n'ayant pas encore permis aux Romains de la parcourir tout entière , ils purent facilement prendre la Scanie avec la Blekingie pour une lie qui se terminait, dans leur idée, au promontoire de Kullen, au nord du Suud. Les détails que donne Ptolémée sur les peuples de la Scandinavie , parmi lesquels on reconnaît les Goths et les Danois , ont déjà été rapportés à l'endroit où nous avons retracé
(') UAnviUe , Géog. anc. I, 323. — (») Rubewu^ imite, en langue /iTAtumiqtie.
p) Selon d'An ville, le Chronus est le Pregel , le Jlubo k Russ ou Memel , le Oiesinus la Perna, et le Turunius 1» Puna ou Dvina, J. H.
les notions de Pline et de Tacite sur le nord de l'Europe (*). Celles de Ptolémée, beaucoup plus resserrées , pourraient faire croire que œ géographe grec travaillait dans cette partie d'après des -matériaux d'ime date andenoe , et peut-être antérieurs de plus d'un siède à l'époque de la publication /le son ouvrage.
» Le nom de Thule reparaît chez Ptolémée (^) ; il l'applique à une terre située au nord-est de la Grande-Bretagne , et que Ton trouve être la Nojrv^e , si l'on réduit à leur juste valeur ses degrés de longitude, quoique le rapport entre cette terre et la Grande-Bretagne pourrait y faire voir l'Ile de Shetland. Nous avons démontré que la Thule découverte pas Pythéas était un canton du Jutland , mais que les diverses évaluations des stades employées par ce voyageur ( ou dans les mémoires qu'il copiait) , ont fait chercher le mot de cette énigme géographique dans le Teilemark ou Thilemark de Norvège dans l'Islande et jusque sous le pôle (s).
» L'Hibemle ou l'Ieme, que Strabon avait placée au nord de la Bretagne, quoique sous sa vraie latitude , est remise, dans Ptolémée, à l'occident de cette lie, mais à cinq degrés plus au nord qu'elle ne doit l'être. L'Ecosse, avec toutes les lies qui en dépendent, est tournée de l'ouest à l'est , au lieu de l'être du sud au nord ; erreur corrigée , pour la première fois , dans les cartes de l'édition de Ptolémée, publiée à Strasboui^ en 1513 , mais répétée sur un globe de 1520, et plus tard encore (<). On explique parfaitement l'erreur de Ptolémée dans l'hypothèse de M. Mannert; les mesures nautiques et itinéraires, toujours trop fortes, avaient conduit Ptolémée' à porter trop au nord toute la Gaule , et par conséquent le midi de la Grande-Bretagne; les mêmes erreurs, répétées dans la Grande-Bretagne, firent qu'àpeiae arrivé dans le midi de l'Ecosse , le géographe d'Alexandrie se trouva sous le soixante-unième degré de latitude : il ne pouvait pluscontiouer l'Ecosse directement au nord , sans dépasser de beaucoup la hauteur où ses calculs plaçaient Thule, limite de la terre commune ; il Ait donc obligé de suivre l'idée de ses prédécesseurs, qui considéraient la Grande-Bretagne comme s'étendant, par son plus long côté, dans le sens
(•) Voy. ci-dessus, p. îgs, 291.— (■) Ptolém. H» 8. — (3) Voy. ci-dessus, I. Vil. — (*) MantUrt^ U$ part. 2, p. n.
HISTOIRE DE LA GEOGBAPHIE
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lies rivages de la Germanie ; il soumit à cette fausse hypothèse les détails plus vrais qu*il avait recueillis (^). Abstraction £Gdte de cette erreur systématique, T Angleterre, les côtes occidentales de la Gaule et le nord de TEspagne , présentent un accroissement de connaissances de détail étonnant pour le temps écoidé depuis Strabon, qui avait .à peine des notions sur la configuration de ces contrées. La géographie semblerait avoir beaucoup plus gagné dans ces pays lointains que dans la Méditerra* née. La forme barbare que Ptolémée assigne encore à Tltalie est uu exemple frappant de ees circonstances qui , hâtant les progrès des scienoes dans certaines parties , les laissent stationnaires dans d*autres.
» Cependant la Méditerranée n'offre plus un asservissement rigoureux aux bases qu-Ératosthède ^ Strabon avaient suivies ; on re^ marque, dans les longitudes et dans les latitudes , un tâtonnement qui annonc.e des combinaisons nouvelles, et des efforts pour arriver à une plus grande perfection. Le détroit de Sicile n*est plus , dans Ptolémée, sous le parallèle de celui des Golcmnes : il y prend, à 8 minutes près, la hauteur qu'il doit occuper. La Sicile même est déjà mieux orientée ; et quoique Ton y r^nnarque encore de grands défauts, IMntervalle compris entre le Ciqp Pelcnrum et celui de Pachynusn*y est plus tracé directement de Test à Touest , conune onTavait fait jusqu'alors.
» La position de Carthage y est encore assujettie à Ja latitude beaucoup trop méridionale 4u promontoire Uly bée en Sicile p); ce qui force Ptolémée à refouler la c6te septentrionale de r Afrique vers le sud et à en altérer les contours dans toute son étendue jusqu'au détroit de Gades. Le grand enfoncement deis Syrtes disparaît, et le Péloponèse, étant placé trop au midi, comprime d'un autre o6té la Gyrénaîque et donne à la côte une direction presque est et ouest jusqu'à Alexandrie (').
t Cette ville est située, dans Ptolémée, plus à l'orient que Rhodes et presque sous le méridien du cap Sacré de Lyde comme la natm*e l'exige. Il a paru à Gosse]lin(^) qu'Artémidore
(») Marmeru II, part. 2, p. 24.
(*) Ptolémée place Carthage à 1000 stades et au S.-5.-E. de ce promontoire. J. H.
(3) Gossellin, Géogr. anal. p. 129. — (*) Id. IWd. p. 90.
avait déjà proposé cette correction dans les cartes d'Eratosthène, et que Strabon lavait mal comprise. La différence entre le méridien de Rhodes et celui d'Hellespont se fait sentir dans les tables de Ptolémée. On y voit un commoicement d'inclhiaison dans la Propon-tide ; mais on ne la jugeait pas encore assez forte pour que l'on pensât à corriger la latitude de Byzance, donnée par Pythéas.
a La forme de l'Afrique fût totalement diangée par Ptolémée; nous avons vu que Strabon et Pline regardaient cette partie du monde comme une lie terminée en dedans de la ligne équinoxiale. L'océan Atlantique était censé joindre la mer des Indes sous la zone torride, dont les chaleurs passaient pour avoir seules empêché qu'on ne fit le tour de l'Afrique.
» Ptolémée, qui n'admettait point la commu« nication de l'océan Atlantique avec la mer Erythrée , pensait, au contraire, que la côte occidentale de l'Afrique, après avoir formé un golfe médiocrement enfoncé, et qu'il nomme Hespe^ ricus, s'étendait indéfiniment entre le sud et l'ouest, de même qu'il croyait que celle de FAirique orientale, après le cap Prasum, allait rejoindre la côte- de l'Asie au midi de Catigara('). Cette opinion, qui divisait les mers en de grands bassins isolés les uns des autres, avait été soutenue par Hipparque : il ne doit pas paraître étonnant que l'école d'Alexandrie revint à cette erreur au siècle dé Ptolémée; l'exposé des faits suivants montrera les motifs qui les égarèrent.
» Marin de Tyr, prédécesseur de Ptolémée, prétendit avoir lu l'itméraîre de deux expéditions romaines commandées par Septimius Flaccus et Jtdius Matemus(^); ces chefs étaient partis de la grande Leptis pour Ga-* rama, capitale des Garamantes, qu'ils trouvèrent distante de la première ville de 5,400 stades ; ensuite Septimus marcha pendant trois mois droit au midi, et parvint à une contrée nommée Agyzimba, habitée par des nègres. Après quelques raisonnements. Marin de Tyr fixe la position de cette contrée à 24 degrés au sud de l'équateur.
» On pourrait, en suivant rigoureusement les lois de la critique historique, reléguer parmi les fables cette expédition romaine inconnue aux Romains. Comment admettre qu'un général ait exécuté une marche plus étonnante que (') Ptolm. VII, 3, 4. — '-) Id. I, 8, », 10.
UYliE QUATORZitME.
celle d'Aleiandre, et qa'auemi hlftorien eonlemporain n'eaaitooiiBervé le moindre souvenir? A quelle égoqjaibj sous quel règne prétende on placer cet événement? Gomment, d'ailleurs, une armée aurait-elle pu ftdre en trois mois une marche de plus de 1,100 lieues de France?
» Hais admettons le fiait, nous allons voir que Marin de Tyr s'est contredit lulHoiéme dans l'évaluation des distances. <r Garama est, dit-il, à 5,400 stades de Leptis. n C'est précisément la distance de Leptis ou Lebida à Gberma, d'après les cartes modernes (') ; mais il faut l'évaluer en êtadeê de 833 au degré. Ma-* rin l'a évaluée en stades de 500 au degré; il en résulte qu'il porte Garama à 21 degrés au lieu de 27. Si l'on réduit dans la même proportion le reste de la marche dé Septimius Flaccus, on trouvera 27 degrés au 11^ de 45 pour la distance de Garama à Agyzimba; cette région viendra se placer sous l'équateur et répondra à VAnzigo des modernes. Cette marche, même ainsi réduite, est encore au rang des duMCS presque impossibles.
» Martin de Tyr avait aussi rassemblé les détails de plusieurs navigations fedtes depuis le cap A*Aromaia, aiiyourd'hui de Guardafiil, jusqu'au promontoire Ptoium, et avait pensé que le Proitm devait être sitoé sous le tropique d'hiver (^). Ptolémée, d'après une nouvelle évaluation de ces itinéraires et des notions plus positives sur les distances et l'ordre dans lequel les différents ports de cette c6te devaient être rangés, fixe le Pra3um au quinzième degré de latitude sud(s). Il assigne la môme poiition à la oontrée Agyzimba. Cette nouvelle eztensionde l'Afrique, enrenversant l'ancienne opinion sur les bornes de cette partie du monde et sur l'Océan qu'cm avait supposé sous la z<me torride, semble avdr engagé Ptolémée à ressusciter les idées d'Hiérarque et à Joindre l'Afrique à l'Asie par une terre australe imaginaire.
i GosseUin a prouvé mathématiquement (^) que les navigations le long des côtes orientales de l'Afrique, recueillies par Marin , ne s'étendaient, dans la réalité, que jusqu'au cap de Brava qui représente le cap Prasum. Le dessin de Ptolémée, rétabli d'après \e& prolégomènes de sa géographie, et l'évaluation exacte des me-
(*) Voyez Afrique septentrionale , dani notre aUas. -(«) Pud, 1. 8, S. - (') Id. I; 17 5 IV, 9. - (4) Coe^ eeUin , asc|Mrche« mu U G^gr. I ; IS^IM.
sures, donnée par les itinâraires, ne laissent aucun lieu à un doute tant soit peu raisonnable sur cette partie du travail de Gossdlin. Isaao Vossius et d'Anville avaient d^ démontré l'absurdité des opinions qui reculaient Josqa'à Solàla le terme des navigations des andensf*). » Les limites occidentales de l'Afrique pré* sentent plus d'incertitudes. Les tables de Ptolémée semblent offrir une côte qui, du détroit des Colonnes, court droit an sud Jusqu'à 5 degrés au nord de l'équateur. Le grand nombre de noms qu'elles contiemMUt donne à ees découvertes un air de réalité. Cependant nous avons vu que l'expédition des Carthaginois sous Hannon dut s'arrêter en-deçà du cap Blanc. A quelle époque les Romains auraientils fait le voyage dont ces découvertes auraient pu être le fruit? Pourquoi, d'ailleurs, laeMe est-elle représentée comme allant droit an midi, tandis que, dans la réalité, elle se dirige au sik-ouest? Enfin, pourquoi les mêmes noms y sont-ils répétés Jusqu'à trc^ fois? C'est en combinant et développaut ces arguments qne Gossellhi a chanché àdémontrer (^ que les oMes tracées par Ptolémée, offrant deux fois m douUe emploi des mêmes positions, ne s'éten* daicnt quejusqu'au petit fleuve de Noon. Noos croyons cependant que la position indiquée pour les lies Fortimées <ri)ligera les géegra^ d'étendre plus an midi les cMes connues de Ptolémée. C'est vers le golfe de Saint-Cyprien que la cête, en tournant tout-à-coup vers l'oueet, a pu faire naître l'idée qu'elle se prolongeait IndiMniment dans cette directi<m C).
(>) Fo$$, Obeenr. ad Ponp. Mel. 6S5. ITAimJk, Ném. sur la mer Erythrée, Aead. des Inscr. XXXY, 593. («) Gosselin, Rech. sur la Géog. 1, 61-164.
(3) D'Anville, en étendant beaucoup plus loin qm Goflsellin les eonnaistaneesque Ptolémée parait tvoir eues des e6tes occidentales de TAfriquê» nous semMs se rapprocher beaucoup plus des probabilités. £dt1ron un siècle et demi avant notre ère, pendant que Sdpion ÉmHien était gouverneur de r Afrique, Polybe fût chargé d'aller en reconnattre. les eôleioe* ddenUlés. il s'avança Jusqu'au grand fleuve Darêdus qne les enclins crurent être le Niger , qui est ta contraire le Sénégal, et que Ptolémée fait desceodie d'une montagne appelée Caphas. Il doubla le promontoire ArHnarium, qui, suivant d'Anville, «t évidemment le cap Vert. Au sud de ce promontoire, Ptolémée connaît sous le nom de Stackir It Gamfiie de nos jours ; le Sinus Hespericus , au-delà d'ans chaîne de montagnes appelée Theôn-Ochemat oo char des dieux, et qui parait être celle de Siens- Leone; enfin , D plaçait plus loin encore les Eetperi
HISTOIEE DE LA GÉOGRAPHIE
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• L'intérieur de l'Afrique, chez Ptolémée> présente une grande masse de notions confuses. Il est cependant le premier des anciens qui ait annoncé avec certitude Texistence du fleuve Niger ^ obscurément indiqué par Pline. Sur les bords de ce fleuve, qui^ en se dirigeant de Touest à Test , s*écoule dans les sables ou dans un petit lac (<) , Ptolémée place les villes de Tucabath, de Nigira, la métnqpole de Ta- GaÊ%a(^^dePanagra, dans lesquelles on a cru retrouver Tembouctou, Gachena, Ganahet Wangara sur les rives de notre Niger ou Jp^ lyba. Le mont Mandru$, près des sources du Niger^ rappelle le nom des Mandingos ; les monti^nes de Caphat semblent devoir être diercbées dans le pays de Kafifaba (^). Dans ces montagnes , on revoit avec étcmnement les noms de plusieurs tribus de la Numidie et de la Mauritanie. Les uns {*) y trouvent la preuve que les Carthaginois ont transporté ces peuplades dans des colonies qu'ils avaient formées au sud du Niger; les autres, frappés de voir ces peuplades reparaître exactement sous le même méridien, penseront avec plus de raison que Ptolémée a fait un double emploi des mêmes noms. Mais le point le plus difficile à expliquer dans l'Afrique centrale de Ptolémée, c'est sans contredit de savoir à quel fleuve on doit appliquer le nom de £ryr (^). On y a voulu yoir tantêt le fleuve qui traverse le royaume de Bomou (^), tantêt la rivière nommée Bahrei-Missdad par quelques voyageurs f ). Cependant ni Tune ni l'autre de ces rivières ne saurait, comme Claudien le dit du Gyr, « reproduire rimage du Nil par l'abondance de ses eaux (*)• ». Un auteur du troisième siècle , copiste dePtolémée, regarde Gyr et Nigir comme deux noms du même fleuve (^). Au milieu de tant de contradictions, et dans une ré^on encote aujourd'hui presque inconnue, l'audadeuse ignorance peut tout hasarder et décider de tout ; là science modeste se résigne à douter.
JEikUtpeê oa Élhlopieni ocddenUax, c'est-A-dire It nœ nègre qui s'étend Jusque dans la Gainée. J. H. (*] Agathem. Hypot. Géogr. II, 10. Caries de PwUmie. ' - (*) T^ Tay» avec TarUcle grec du pluriel du neulre, comme xi Xvvva^a. — (S) IXAnviUe , Hem. sur les fleuves de Tintérleur de rAfrique, Acad. des Inscr. XXVI, 64. — (4) MM. Buache et DufeoH de la MaUe. — (») Piol. IV, 6. — («) /y^nmlie, l. c. — (7) Rennel, Géog. d'Hérod.— (•) Claud. Laud. SUUch.3&3. • SlmiUmentltusgurgiteNIlum.» -^ (s) Mfytçoçf (ly • ti Fiip x«2 N(yci^ AgtUkêm* U, 10.
» L'Asie de PtoléméeofAre trois points prln* dpaux : les cêtes de l'Inde en-deçà et au-delà du Gange, la route de la Sârique et la route de la mer Caspienne.
n Nous avons vu, dans un livre précédent, que Ptdémée connaissait en détail beaucoup de provinces, de villes, de rivières et de mootapies de l'Inde en-deçà du Gange; nous avons concilié ses principales notions avec celles que présentent Pline et le Périple de la mer Erythrée. Malgré l'exactitude de ces détails , Ptolémée a donné à l'Inde une configu« ration bizarre (^). Ayant, avec Ératosthène, tracé toutes les côtes d'Asie, et par conséquent les embouchures de rindus, trop au sud (*), il donnait, à l'exemple de ses prédécesseurs, une étendue démesui^ à l'Ile de Taprobane, ou GeyIan , soit qu'il ait faussement évalué les stades dont les premiers navigateurs s'étaient servis ^y, soit qu'on ait long-temps confondu la presqu'île de Malabar et Goromandel avec l'Ile de Ceylan (*). L'Inde, resserrée par ces deux motifs , n'offrait plus rien de péninsulaire. Cependant Ptolémée devait y placer les détails que de fréquentes navigations avaient &it connaître; il ne put trouver l'espace nécessaire qu'en donnant à la côte beaucoup plus de courbures et de sailUes qu'elle n'en présaite réellement.
» A ces erreurs raisonnées et systématiques succède, au-delà du Gange, un vague tâtonnement, semblable à celui qu'on aperçoit dans les premières cartes de l'Amérique. L'œil y cherche en vain des formes reconnaissables, et l'esprit, privé du secours de calculs et de mesures, se livre à diverses coi^ectures. Celle qui flEdt coïncider les relations anciennes et modernes mérite la préférence, et c'est celle que nous allcms exposer d'après Gossellin.
n Deux faits principaux nous serviront de fanaux dans cette recherche. Ptolémée croyait que les extrémités de l'Asie à lui connues se
(•) Yoy. la Cane du sytOme de Ptolémée. — (>) Sirêk. XV, 723. Gosselin, Géog. analys. 99. -^ (») D^AnviUe. Ant. géog. de rinde, p. 148. Édairc. sur U carte de rinde , p. 109.
(4) GoteelUn, Géogr. anaiys. 1S6 sqq. M. Lclewel (Recherches, etc., III, 146) s'est «tucbé à celte opinion du savant Gossellin, et l'a développée avec succès: U prouve que les c6tes de la Taprobane de Ptolémé» sont Justement les côtes de U péninsule de rinde , et c'est la cause de la grandeur démesnrée de l'Ile Geylan MIT la carte de Ftoléaiée. i. IL