UVRE QUINZIEME
de Viorne et les autres au centre de la Hongrie. Un demi-siècle après, ils conquirent la Pannonie sur les Gépides; en 568, ils entrent en Italie, et en soumettent successivement la partie supérieure avec la Toscane et les réglons centrales Jusqu'à Bénévent ; la ville de Rome, l'exarchat de Ravenne et les extrémités méridionales restèrent dans les mains des Grecs. Lltalie lombarde fut divisée en trentecinq duchéi, dont les titres se sont long-temps perpétués. Pavie était la capitale. Le duché de fiénévent, qui subsista jusqu'en 891, formait un État presque indépendant ('). On donnait nu duché de Frioul le nom di"Au$trxa, ou contrée orientale ; celui de Turin était nommé Neuitria ^^ . Le royaume de Lombardie fut conquis par Charlemagne en 774 , mais il fut long-temps considéré comme un État à part (3) ; aussi le nom de la Lombardie a maintenu jusqu'à nos jours son ancienne célébrité.
»» Nous ne pouvons pas nous arrêter pour discuter si le nom des Longobardes , Lungohardi, ou Langobardi, signifie des gens armés d'une longue barde ou lance (*] ; s'il a rapport au canton nommé la longue Borde, ou plaine voisine de TElbe (s) ; ou si , d'après l'opinion commune, ils doivent cette dénomination à la longueur de leurs barbes («]. Nous n'entreprendrons pas de défendre leurs mœurs contre leurs ennemis les papes, qui les accusaient de sentir mauvais et d'avoir la lèpre ;') ; mais nous devons observer que leurs lois, leurs longs vêtements de lin, le soin qu'ils prenaient de leurs cheveux, leur manière de combattre et les mots qui restent de leur idiome, en prouvant une grande ressemblance entre eux et les Anglo-Saxons ^») , réfutent le rêve moderne qui leur donne la Finlande pour patrie.
» La destruction du royaume des Lombards nous conduit à parler des Francs, de ce peuple qui a changé le nom de la riche et fertile Gaule. Plusieurs hypothèses ont été formées
,'•) Attematmi, script. iUl. I. 26, Î8, 20, etc. Kr-cUemperi, etc. — (*) i^uraion. an t. iUl. in«d. evl. I, 72. — (3) Lupi, cod. diplom. Bergom , 563, 689. — (4) Prff/. orb. Golh. III, pag. 44. T^ccen. antlq. etc.Comp.5ftowo,Hciinskringla, 1, 1G6.— (»)*$cA«r»- /ZeiW/, op. Hist. polit. 341. iScAmid/, p. 3. clc. — (c) Indor, Orlg. IX, ?. Paul. Diac. I, 2. J^acheter , Schiller, etc. — {f) Suphan, Papa ap. Murât, Script, ital. Iir , part. 2 . col. 179. — (9) SchiUer , Elymol. voce lureigle. Splemati, Glofsar. 362. fFilkins, Leg. Ajiglosax.
sur Torigine de ce peuple; on a voulu voir des Celtes, desCimbres, et jusqu^àdesTroyens venus d*Asie sous la conduite d'un fils d*He^ tor, inconnu à Homère. La seule opinion aujourd'hui admise par les historiens critiqnei les regarde comme une confédération desna> tions connues au premier siècle sous le nom dUstcevones ('). Une tribu de Cattes, les Marvingi, ou Mérovingiens, demeurantsur la Saale, en Franconie, et qui en tiraient l'épithète de Salu, se trouva bientôt à la tête de cette ligue, dont la dénomination généraleannonoele noble projet de vi^TC ou mourir libres. Parleur valeur, les Francs firent entrer successivonent dans leur fédération tous les peuples depuis le Weser jusqu'au Rhin: voilà pourquoi l'on ne saurait fixer d'une manière positive les limites de la Francia primitive (2) , nommée teuUnwp» ou orientale ; elle avoisinait, au sud, les Altmanni; à l'est, les Tkuringii, et, au nord, les Saxones, ainsi que les Frisii. Unis aux Alcmanni et aux luthungi, les Francs firent déjà, en Tan 260, une invasion dans la Gaule. A l'exemple des Saxons, et d'accord avec ceuxci, ils ravagèrent les côtes de l'Arraorique; l'audace leur tint lieu de l'expérience des peuples navigateurs. On vit des Francs, amenés comme prisonniers sur les bords du Poot- Euxin, s'emparer de quelques bâtiments, parcourir la Méditerranée , eu dévaster toutes les côtes, passer le détroit de Gibraltar, et, à travers l'Océan, retourner sur les côtes de la Batavie , dont une lisière appartenait à leur nation (*). Les Francs s'établirent dans la Gaule belgique vers l'an A^7\ leurs possessions s'étendaient jusqu'aux bords de la Somme; on ignore si la capitale de cette première Franct gauloiêe fut Cambrai ou Arras, ou Tournai (^ . Nous pensons qu'outre l'Etat gouverné par Clodion et par les princes de la dynastie mérovingienne, ou plutôt marvingienne f'), il exista beaucoup d'autres petits royaumes. Les nations germaniques, confédérées sous le nom de Francs, durent long-temps conserver leur gouvernement primitif, dans lequel chaque chef
(*) Gatterer^ Htst. synchron. 867. Comp. Greg, Tuton. Fredegar, etc. — (*) Tabul. Peuting. Hieron, Op. 1 , 246. Canis, , CoUcctlo, II, 116 ; llï, part. I, 175. — (3)Z:«men. Panegyr. 19. — (^) Foncemagne, Mém. sur retendue du royaume de France sous la première race , dans les Mdm, dt CAcad, des luscr. XII. 212, édit. ln-12. — (s) Voyez ci-deasus, p. W7. sur les Marvingi , etc.
HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE
de trflHi était plus ou moins souverain en proportion de sa puissance. Les conquêtes des Francs-Marvinges ou Saiiens s'étendirent déjà, sous Qiilderic , jusqu'à Orléans et Angers (i) ; peut-être môme kiUesdes Saxons ^ prises par ée roi, sont-elles les lies de la cête méridiotiale de Bretagne.
» Lal)arbare politique de Clovis ou Chludwig créa la moDarchie Franco-Gauloise. Par ses ordres, le fer assassin éteint les autres dynasties qai régnaient à Colc^e, à Cambrai, au Mans, snr des États particuliers. La Gaule encore romaine, ou les pays entre la Seine et la Loire , depuis Rennes et Nantes jusque vers Autun , passe sous les lois de Clovis; les Bretons mêmes deviennent ses vassaux {^). Il soumet les Aiemanni, et impose aux ducs des Boioarienê ou Bavarois un joug que ceux*ci secouaient dans toutes les occasions fieivorables P). Aidé par le fanatisme religieux de ses peuples , cet infatigable conquérant se rend maître des États gaulois des Visigotbs , qui s'étendaient depuis la Ldre jusqu'aux Pyrénées : il ne leur laisse qu'une partie du Languedoc ou de la Septimanîe, avec la Provence (*). Le royaume de Bourgogne, qui, en 517, s'étendait depuis Autun jusqu'au centre de THelvétie, et depuis le pied des Vosges jusqu'à Avignon, devint tributaire soas Clovis , et fut conquis, en 534 , par ses trois fils (^). En 536, les Ostrogoths, pressés par Bélisaire , cèdent aux Francs la partie du royaume de Bourgogne située entre le Rhône et les Alpes, et qu'ils tenaient en dépôt, ainsi que la Provence. « Les rois germains, dit Procope, voient aij^ourd'hui les jeux de la Grèce et de Rome dans le cirque d'Arles. » Les VaS" coneêovL Gascons, maîtres pour quelque temps de la Novempopulanie , qui prit leur nom , furent soumis en 630 ; et environ un siècle plus tard , Charles-Martel enlève la Septimanie aux Sarrasins qui venaient de subjuguer les Yisigoths. Du côté de la Germanie , la conquête de la Thuringe (^ avait été le fruit d'une seule bataille, gagnée en 530 ou 531 ; les intrépides Frisons mêmes succombèrent vers la lin du septième siècle ; la Saxe seule, tour à tour sou-
0) Greg, TWon.II.IS. — (*)iffa)'tf.CoUect.concil. V, 30, 21. — (3) Zierngibl, Mém. sur les ducs hava- Tois avant Chaiieroagne , dans les Mém, hist. de Pacod, de Munich , 1. 1. — {*) Foncemagne, I. c. 225, — (AJ Mariu*, ap. Ducheme, 1 , 218. — (•) Bunaitf • Histoire de l'Empire, II, 8SK
mise ou libre, échappait encore au joug des Francs.
• Le peuple qui bouleversait l'Europe éprouvait dans sm Intérieur tous les maux qu'il répandait au-dehOTS. Les Francs unirent de bonne beureàlaférocité des nations barbares la corrup» tion la plus profonde. Du moins, c'est sous ces couleurs que l'histoire nous présente la cour des Mérovingiens. Tous les vices s'assirent tour à tour sur le trône que Clovis leur avait i^é ; l'assassinat, le panricide, l'adultère et la guerre civile commencent ou terminent tous les règnes. Les partages de cette dynastie tirèrent de ces vices des princes un caractère particulier : la méfiance leur imposa la loi de mélanger tellement les lots, qu'aucun des copartageants ne possédât un vaste territoire contigu ; d'ailleurs, les usurpations continuelles faisaient varier d'un jour à l'autre les limites confuses de ces États morcelés. Il en résulte une impossibilité presque absolue de déterminer l'étendue des divers royaumes formés par les descendants de Clovis (i). Deux grandes divisions méritent notre attention. Les pays entre la Meuse et la Loire portèrent le nom de Neusirie^ nom formé par corruptiou de celui de Westria, ou partie occidentale. Dans les divers partages , les villes de Soissons, de Paris et d'Orléans en furent ordinairement les caj^tales. Metz fut le plus souvent la résidence des rois de VAu^ itrasie ou France orientale. Le sens de ces deux dénominations, changeant selon les temps, se restreignit de plus en plus ; la Neustrie finit par ne comprendre que la Normandie ; et le nom d'Austrasie, appliqué quelquefois à toute la France ^eu^ont^ue ancienne et nouvelle, fut borné à une partie de la Lorraine. Charlemagne, devenu roi de toute la France , en étend les frontières de l'Elbe à Bénévent, et de l'Ebre aux bords du Raab en Hongrie p). Ce nouvel empire d'Occident était partagé en gouvernements, décorés du titre de duchés, de comtés, et de maregraviats. Mais les diangemeuts géographiques postérieurs à Chariema* gne seront exposés ailleurs,
» La ligue des nations comprises sous le nom de Saxons , se ti*ouvant au sud de celle des Cimt>res, la Saxe primitive doit être cher« chée dans le Holstein ; le canton des Anglo^
(') Foncemagne, loc. cil. 238-241. — (») Had, Vùlei. NoUt. Gall. 372. Menda , CkMmographia, 11, liT. S,p.482.