‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 55 sur 229 · LIVRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEIZIÈME

Snite de THistoire de la Géographie. — Décadence de cette science eo Europe. — Voyages , décoaT«rtet et ouvrages géographiques des Arabes, k, 700-1400.

« Noos avons esquissé rapidement les changements géographiques dont la grande migration des peuples fut la source. Comment fixer les détails à une époque où la science géographique avait presque disparu sous les ruines du monde? La Géographie de Ptolémée et le Voyage en Grèce par Pausanias, qui ilorissait sous les Antonins, sont les derniers ouvrages dans lesquels brillent encore les lumières de la docte antiquité. Les Itinéraires dont nous avons déjà parlé (*), la Table Peutingérienne que nous avons également fait connaître, le dessin géogrsq^hique du monde entier qui, encore dans le quatrième siècle, ornait les murs de Técole d'Autun (^), et quelques autres monuments semblables, prouvent sans doute le zèle avec lequel la géographie avait été cultivée, et le besoin qu'on en avait toujours; mais dans ces ouvrages et d'autres de la même époque, on n'aperçoit que peu de science. Nous devons quelque reconnaissance à des faiseurs d*abrégés, comme AgcUhémère et Marcien ^Hérorelée, parce qu'ils nous ont conservé des fragments des ouvrages perdus du premier et du deuxième siècles. Ftstm Avienus, froid imitateur des beaux vers de Denys le Périégète, a rendu, sans y penser, un service émînent à l'histoire critique de la géographie en nous conservant, dans son Oramaritima, quoique d'une manière très confuse, les traditions des Carthaginois sur les voyages que leurs navigateurs avaient faits le long des côtes de l'Espagne, des Gaules et d'Albion. La géographie d'Ethicus, conservée par Orosius, les diverses notices des provinces et d'autres ouvrages de nomenclature, malgré leur séchevesse et l'ignorance assez générale de leurs auteurs, nous fournissent des renseignements utiles. Les dictionnaires géographiques de Vibius Sequester pour le monde romain, et à^Etuèhe pour les lieux nommés dans la sainte Ecriture , ressemblent à nos dictionnaires modernes; ils ne sont ni exacts ni complets; celui d'£ltennc de Byzance, beaufoup mieux fait, ne nous est parvenu que par

(•) Liv. Xrv,p. 340-342. — rt Eumen. Paueg. 20.

extrait; mais si toute notre civilisation voialt à s'éteindre par une nouvelle irruption des barbares, on conçoit que même un Vosgien, sauvé du naufirage de nos bibliothèques, intéresserait la dernière postérité.

n Cosmos, moine égyptien, à qid ses voyages dans l'Ethiopie, appelée souvent Inde, avaient fait donner le surnom à^Indopleustes, nous a laissé le seul ouvrage original de toute cette époque. Sa Topographie du Monde chriHtm offre beaucoup de détails que les naturalistes ont cherché à expliquer, et dont on trouvera quelques exemples dans la suite de cet ouvrage* Nous avons déjà cité ses notices sur le Tzim^ tan (>] , et cette fameuse inscription qu'il avait copiée à Adulis en Ethiopie(^). Le système oosmosgraphique de cet auteur du sixième siècle mérite peut-être autant d'attention que celui de Ptolémée ; il considère la terre comme une vaste surface plane, entourée d'une muraille; le firmament comme une voûte appuyée sur cette muraille, et la succession des jours et des nuits comme l'effet d'une grande montagne placée au nord de la terre, et derrière laquelle le soleil se cache tous les soirs C). Cosmas démontre très bien que ces opinions étalent celles des plus anciens philosophes grecs ; scm système ne diffère de cdui d'Homère que par la figure carrée qu'il assigne à la terre ; ainsi, cette cosmographie, adoptée par beaucoup d'écrivains chrétiens , est un monument de la grande influence que la géographie poétique d'Homère eut sur les idées même des générations les plus éloignées [^).

(•) Ci-dessus, Liv. XV. — (>) Id. Liv. IX. ^bf . nota 2, p. suiv. — (5) Cosmos t ap. Montfaucon,

(^) Cosmas cominença par être marchand à Alexandrie; ses voyages dans Tlnde lui firent donner le surnom d*indicopleustes. Dans sa lopogt^phie, le seul ouvrage qui reste de lui, il s'élève contre il sphéricité de la terre , qu'il regarde comme une hérésie; U cherchée prouver que le soleil égale tout au phis en grosseur la huitième partie de notre planète; 11 donne une description détaillée de l'iie de Taprobane ; 11 nous transmet diiTérents passages d'anciens auteurs que nous avons perdus; il nous, donne un aperçu des connaissances géographiques

HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE

» A c^ de la géograpbie ancienne qui expirait, nous voyons la géographie du moyen âge naître dans les ouvrages des écrivains sortis du sein des nations barbares. Moise de Chorène, Arménien, composa, dans le cinquième siècle, un ouvrage géographique où l'on trouve plasieurs traits curieux sur les parties orientales de VAde(*). Un écrivain du sixième siècle, Jonumdes, que plusieurs critiques prétendent nonimer Jardanis , nous a transmis^ dans le style le plus barbare , quelques renseignements précieux sur les migratiœi» des Goths et des Jfons, ainsi que sur la géographie du nord et de l'est de 1* Europe à cette époque; Sans lui, ooas nous serions trouvés dans les ténèbres ; mais les lumières qu'il nous fournit peuvent ^iiirer ceux qui , sans avoir une connaissance des langues gothiques, prétendraient lire un auteur goth de naissance. A peu près dans le même temps , vivait Paul Wamefrid ou Paul Diacre, auteur d'une histoire des Lombards, où le géographe ne découvre que peu de renseignements. Un Goth, dont on a toujours ignoré le nom, et qu'on appelle communément le géographe dLe iiavenne, nous a laissé une description générale du monde connu dans le huitième siècle, description que nous avons déjà plusieurs fbis citée. On est étonné du grand nombre de géographies perdues pour nous, et dont Tanonynie de Ravenne invoque le témoignage : ce

des Brachmanes indiens ; enfin c'e$t le dernier écri- Ttln grec de Vantiquité qui ait conservé quelques notions de longitude et de latitade , connaissances toat-à-falt inconnues aux géographes qui le suivlrenL

Quant à la célèbre inscription d'Adulis , que nous deroos à Cosmas, et sur laquelle il a été donné quelques détails (Liv. IX, pag. 182), nous devons rappeler ici une observation Tort Importante du savant Saint-Martin , que nous avons omise à la page précitée. C'est que la première, partie seule concerne la domination de Ptolémée Évcrgétes sur la côte de rÈlhiopie: c'est à un autre prince postérieur de cinq siècles que se rapporte la liste des peuples vaincus dans une expédition vers Tintérieur de rAfriquc, menUonnée sur cette inscription. Ainsi Cosmas aura par errear réuni deux monuments qui n*ont aucun npport ensemble. J. H.

(') Mos. Chor, Hisloria Arraena, accctl. cjusd. Epist. geograph. edid. H^hUtonii, Lond. I73G. Saint- Martin, Mém. hisl. elgéogr- sur l'Arménie, t. H, p. 501 cl suiv. I! n'est pas certain , au reste , que cet OQYragc soit de Moïse deCboréne ; il a du moins subi des interpolations. Pour tout ce qui concerne la géographie de l'Arménie , on fera bien de consulter ics Mémoires de M. Saint-Martin. J. H.

sont Castorius et Loilien , Romains; Hylas et Sardonius, èrecs; Aphrodision et Arsacius, Persans, mais qui avaient écrit en grec un tableau de runivers(*); Ciacori et Blantan, Egyptiens, qui avaient voyagé au midi de leur patrie ('^); Probus et Méimen, Africains; il»thanarid, Marcomir et Eldelwald, Goths p). C'est à tort qu'un savant illustre a prétendu voir, dans ces auteurs, des êtres imaginaires (<); les détails que dcmne le géographe de Ravenne prouvent assez sa véracité; mais son texte, très corrompu, aurait besoin d'une révision [^j. D'ailleurs, nous n'en avons qu'un extrait, fait dLV9c peu de soin par un Italien du quatorzième siècle, Galateus, qui probablement a puisé dans le grand ouvrage de l'anonyme une partie de la description qu'il a publiée de la Galabre.

» Les pèlerinages des chrétiens commencèrent déjà, dans le septième siècle, à ressusciter l'esprit observateur.

)) Adaman{^) , abbé de Jona, composa ime description de Jérusalem et des lieux saints d'après ce que lui raconta saint Arculfe. Wlllibald, premier évêque d'Aiclistedt, a laissé une relation détaillée de son pèlerinage à la Terre-Srfînte en 730; il s'y rendit par Tltalie et l'ile de Chypre (^). Il existe aussi ime autre relation d'un moine français nommé Bernard, inconnu d'ailleurs, faite en 870, et celle d'un voyagedeBâle àConstantinople (^), par Haiton. On cite même des cartes géographiques de ces siècles de barbarie : saint Gall, fondateur de la célèbre abbaye qui porte son nom , et qui vivait dans le septième siècle, en possédait une, qu'un historien de cette abbaye appelle mappam subtili opère, « carte d'un dessin élégant (^). « On connaît les trois tables d'argent de Ciiarlemagne, sur lesquelles étaient représentées la terre entière t*% les villes de Rome et de Constantinople. Dans la guerre que son petit-fils Lothaire eut à soutenir contre ses frères, en 842, il mit en pièces la première de

(0 Geogr. Rav. If, 12. — (») Id. III , 2. — 0) Id. IV, 17. (^) H^essding, Diatribe de Judsor. arcbont.

— (^) Anonymi Ravenns de Geographia Hbri V, ex manas. Cod. reg. editi cum liotis per Placidum Por^ cheron, in8<>. Paris, 1688. Réimpression sans notes dans la deuxième édition de Pomponius Mêla , par Gronovius. Leyde, 1721. Frisch, explicaUo verbor. obscur. Geog. Ravcnn. in JUiscelian. Barolin, tom. XIX, 191. — («) Idabillon, acta S. ordin. Bcned. , II, 502.~(:) Id. ibid. 372-380. — (») Id. ib. 455-473.

— (9) Radbert. de Casibus monasl. S. Galli. c. 10. ^ {^^o)Eginhard, édlt. Colon. 1521, In 4o,-pag. 41.

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