‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 56 sur 229 · LIVRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEIZIÈME

ces tables, qui était la plus grande, et en distriboa les morceaux à ses soldats (^) .

» Dans un commentaire manus^t de l'Apocalypse, composé en 787, et qui est dans la bibliothèque de Turin, on trouve une carte t(%s curieuse qui peut servir à l'explication du géographe de Ravenne (*). Elle représente la terre comme un planisphère circulaire, composé de trois parties inégales. Au midi, l'Afrique est séparée par l'Océan d'une terre appelée la quatrième partie du monde, où est le s^our des Antipodes, et que la chaleur excessive a empêché de visiter Jusqu'à ce moment. Les quatre côtés de la terre sont chacun accompagnés de la figure d'un vent à cheval sur un soufflet d'où il ûdt sortir del'air^ahisiqued'une conque qu'il tient à la bouche. En haut, ou à l'orient, sont Adam et Eve avec l'arbre du fruit défendu et le serpent» A leur droite est l'Asie avec deux montagnes très élevées, et ces mots : Mons Cath eatus, Armmia. H en sort le fleuve Eusis, et la mer dans laquelle il «e Jette forme un bras de l'Océan qui entoure la terre ; ce bras se joint à la Méditerranée et sépare l'Europe de TAsie. Peut-être que l'auteur a voulu par là désigner la prétendue communication de la mar Caspienne avec l'Obéan septentrional et la Méditerranée. Entre les montagnes est la Gappadocé, et au-dessous l'Asle-Mineure, la Galcédonie, la Phrygie, la Pamphilie; plusldn, un désert de sable au nord de ces pays, dont il est séparé par le fleuve Eusis. A peu près au milieu de la carte, on volt le mont Carmel, le mont Sinal, /6ftffi, peuVètre Hébron, AseaUmeê, la Judée, la Babylonie. A la gauche d'Eve est Sidon et le mont Liban, entourés du Jourdain ; puis la Mésopotamie et I*Ântioehle entre les montagnes, avec cette inscription : Monê Arabia. A cêté un fleuve, peut-être TEuphrate, puis les mots Abicuêiag Timuci, fixi campi de Sétaé Les Amazones ont dû avoir habité cette con-« trée. Dans les Indes on remarque l'Ile de CHma et celle d'Al^tire^ la Chry$$ et VArgyre(*) des anciens. Viennent ensuite un fleuve et une montagne sans nom ; plus loin, au-dessous de la mer Rouge, le Nil, avec une inscription dont voici la signification: « 1/ autres auteurs rap^ » portent gtiU vient de montagnes très éloi-* » gnées et qu'U coule toujours sur un sabU

(') Annal. Berlin, in Dueheme icriptor. rer. Oalli* car. t. III, ad annum 843, p. 199. — (>) Sprengel, Hist. des déoouv. gâograpb. $20 «notée— (')iliirea et argenta Regia»

9 (tor; qtf ensuite U se jette dans un très grand » lac par une embouchure étroite^ § L'Ethic^ie est représentée sablonneuse et déserte. Dans le reste de l'Afrique on n'a marqué que peu de fleuves et de montagnes, et au-dessous on lit: « GOramantes, Baggi, GetmU laeus, mantes » Atlanni, duo Alpes cowtra Aresibi, Tingi^ n Abecania, Gens t (peut-être la ville de Gent, placée près de Tingi par le géographe de Ravenne. Bans la mer Atlantique, près de l'Afrique, on voit deux lies inconnues. L'Europe présente les villes et les pays qui suivent: « Tascia (Tuscia), Roma, Salema, Benebenti, » Epirum, AquiUija, Fluoius Eusis (qui soit » d'une montagne], ConstantinopoUs, Thesnh

• Umica, Macedonia, Germania, Ken. FL n Danubii,StoUe,Sttrmati. » Suivent les moU: i Hic caput Europœ, Rettacumcanorieum, » De l'autre côté: « Dardania, Epirum, Apol^ M Un, Spoleti, Niavraria. » Un peu plus bas, les noms suivants: « Suebi, Franda, GaOSë » Belgia, Gallia Lugdunensis, montes GaUia^ » rum, Litania, Tolosa, Gallicia sanctiJa^

• cobi Aposteli, Betica, Fhunus Tamu, As-- 9 turia^ Cœsar Aagusta, Narbona. » Au nord de cette cite: « Tile insulà, Tancuses insula » ( peut-être le Danemark), Britania insula,

• Seotia insula. n Dans la mer d'Europe, outre sept lies inconnues, il y a Coos insula, Samos insula, Sicin insula, Tascis, Corso insula. Au-delà de l'Afrique, au midi, on lit ces mots : « Outre les trqjs parties du monde, il y en a , » au-^elà de l'Océan , une quatrième , que » l'extrême ardeur du soleil nous empêche de » connaître, et sur les confins de laquelle ha- » bitent les Antipodes fabuleux (> j . »

• Abandonnons pour quelques moments l'Europe, devenue le sî^e de Tignorance. D'autres peuples ont hérité du feu sacré de la sdence; d'autres parties du monde offrent un nouveau théâtre à l'esprit de découvertes. La gé(^raphie, qui en Europe paraissait prête à s'éteindre, est remise en honneur et cultivée avec succès par les Arabes. Ce peuple , dont le génie avait été réveillé par Mahomet , recula les bornes du monde connu, surtout en Asie et en Afrique. Dès leurs premières conquêtes, les califes ordonnèrent à leurs généraux de ftiire faire des descriptions géographiques des pays soumis (^. En 833, le calife

(') Pazint, CaUlog. BIblloth. Turin, f, 28 —

I(*) Sprengel , Hist. des déconv. p. ISl • en ail. Cardonne, Hist. de l'Afrique , etc., etc.

HISTOIRE DE LA GÉOGBAPHIE

Màmoun fit mesturer, par les trois frères Ben Schaker, un degré de latitude dans le désert de Sanglar, «itre Racca et Palmyre : cette mesure , répétée près de la ville de Koufa , sei^ vit à déterminer la grandeur de la terre (*). LoDg-tonps avant Christophe Colomb, des aventuriers arabes^ nommés les Almagrurins, firent voile de Lisbonne pour arriver aux terres occidentales au-delà de la mer Ténébreuse ou Atlantique. Nous examinerons plus loin ce voyage. La nation arabe fit des découvertes plas positives dans la mer des Indes et de la Chine. Deux observateurs zélés, Wahad et Àbouzeid p), parcoururent et décrivirent, depuis 851 jusqu'en 877, les pays les plus reculés de l'Asie, qui avaient échappé à la connaissance des anciens. On a long-temps douté de Tauthenticité de ieurs relations ; mais de Guignes Ta parfaitement démontrée (^j. i»

Vers la même époque, SaUam, surnommé Imterprète, explorait par ordrede Vatek, calife de Bagdad , les environs de la mer Caspienne, et s'élevait fort haut dans le nord. Plus tard , en 921 , nn autre calife de Bagdad envoyait Ibn-Fozlan en ambassade auprès du roi des Bulgares, pour instruire le prince et ses sujets des dogmes de la religion musulmane. Ces peuples occupaient alors les bords du Volga, et, à cette occasion, Ibn-Fozian donne des détails fort intéressants sur les premiers temps historiques de la nation russe (*j.

X Malheureusement le laps de temps, Fignorance de la langue , et mille autres circonstances, nous ont fait perdre la plupart des monuments géographiques des Arabes. Nous ne connaissons plusieurs de leurs plus célèbres auteurs en cette partie , que comme Py théas et Eratosthène , c'est-à-dire par des citations

(') Massoudi, NottCes et Extraits, etc. 1 , 49. Abulfeda. Ânnâl. moslemicl, II, 241. — (*) Anciennes relations des Indes et de la Chine, trad. de Tarabe parReoaadot. —(3) Notices et extraits, 1, 156.

(4) La relation d*Ibn-Fozlaii noua a été conservée par Cl-Takout dans son Dictionnaire géographique arabe , et elle a été publiée par M. F faehn , sous le titre de Ibn^FozUui'sund anderer araber berichie ûber die russen altérer zeiti S. PétersbOurg, 1SS3, 1 vol. in-4«. La même relation, ainsi que les détails du même genre qu'on trouve dans les auteurs orienuux, ont été traduits en français par Hi, C. d'Ohsson, et publiés sous ce titre: Des peuples du Caucase et des pays au nord de la mer Noire et de la tmr Cas^ pienne dans le dixième siècle , ou f^oyage â^Âboa-el~ Casiim, Paris, 1828, 1 vol. in-8». J. H.

d'autres écrivains qui mirent leurs ouvrages à profit , ou par des catalogues de manuscrits non imprimés (') , ou par des extraits que plusieurs savants en publient , et parmi lesquels on remarque ceux que les orientalistes français tirent des manuscrits de la Bibliothèque royale de Paris p). Il serait à désirer que quelque écrivain fît au moins imprimer la notice gâiérale des géc^raphes orientaux. En attendant , les géographies arabes imprimées jusqu'à présent donnent une idée provisoire des connaissances étendues que ce peuple avait acquises ; mais ce que nous en possédons ayant été com« posé durant une période d'environ six cents ans, et la manière d'écrire des Arabes et des Orientaux ^ en général , étant contraire à une méthode chronologique exacte , le tableau de leurs connaissance» géographiques ne saurait être traoé avec la précision que nous avons cherché à mettre dans celui de la géographie grecque et romaine. Indiquons d'abord les principaux auteurs arabes et persans , dont les ouvrages ont été extraits ou imprimés en entier et traduits.

n Massoudi, sUrnommé Cothbeddin^ écrivait en 947 , et mourut au Caire en 957. Il existe de lui , sous le titre de Prairies et or et mines de pierres jprécieuses, une histoire générale des royaumes les plus connus des trois parties du monde. Il entre dans de grands détails géographiques , particulièrement à l'égard de l'Afrique , de l'Inde et de l'Asie moyenne (^). C'est lui qui nous a conservé les relations des Indes et de la Chine , pu^^liées en français par l'abbé Renaudot , et déjà citées.

» Le dixième siècle vit fleurir Ibn-Haukal, auteur d'une géographie intitulée Kitâbalmts-- 5(2/e/(, et qu'il ne f^t pas confondre, comme on l'a fait d'abord, avec un court traité persan traduit enanglais, et rempli d'erreurs graves (^).

(•) Koehler, Abulfeds Tabula Syri». LeIpS. 1766, proœra. 50. Casiri, Bibllotheca arabico-hispanica, II, 2 , etc. — (•) Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque du roi. — (3) Notices et extraits, I, 1-67.

0]The oriental geography of //>n-i^aufca/, transla* ted, etc. by TV, Ouseley, Londres, 1800. Comp. ^foA/ , Éphémérides géogr. de Weiœar, 1802, avril, mal et Juin. Sylvestre deSocy^ Mag. encyclopédique, et Journal des Savants, an 1823, p. 18. Langlès, Biographie universelle , au mot HaucaL — L'ouvrage d'Ibn-Haukal est écrit en arabe, et il existe en original à la Bibliothèque de Leyde. Déjà M. Uylenbroek a publié la description de Tlrak-adjerni soui

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