‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 57 sur 229 · LIVRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEIZIÈME

Grand voyageur et écrivain élégant, Ibn- Haukal a tracé des tableaux aussi instructife qu'intéressants de tous les pays soumis à Yisîam ou la religion mahométane : le reste n'est traité que superficiellement, et la raison qu'en donne l'auteur n'est pas flatteuse pour les Européens de son siècle. « Quant aux pays des » Nasaréens (ou Chrétiens) et des Ethiopiens , * je n'en ferai , dit-il , qu'ime mention légère, » attendu que mon amour inné pour la sagesse , » la justice , la religion et les gouvernements » réguliers , ne me laisse rien à louer ni à citer » chez ces nations. »

Vers Tan 1153, le scMnt Al-Edrisi , appelé communément le géographe de Nubie, composa , à la cour de Roger l^', roi de Sicile, ses Récréations géographiques pour donner Texplication d'un glc^e terrestre en argent que ce prince avait fait faire, et qui pesalthuit cents marcs.

» Un abrégé de l'ouvrage du schérif Al- Edrisi fut imprimé à Rome, en arabe, en 1692. Le président de Thou engagea deux maronites, Gabriel Sionita et Jean Hesronita , à le traduire en latin : ce qu'ils firent sous le titre de Geographia nubiensis ('). Grew avait l'ouvrage entier en Angleterre avec plusieurs cartes bien dessinées. Pooocke en avait aussi deux exemplaires complets, qu'il avait apportés d'Egypte [^ ; il en a publié le chapitre qid traite de la Mecque p). Casiri a aussi fait réimprimer ce fragment {*); c'est à l'immortelle université de Gœttingue que l'on doit la publication de l'ouvrage le plus savant qui ait paru sur ce géographe (S). Edrisi traitait dans son ouvrage des plantes de chaque pays : son abréviatciu- a omis ces détails.

le litre suivant: Iracœ persicœ description cuiprœ* missa est disseriatio de lim-Haucali codice, Leyde , 1822, 1 yol. 10-4°. J. H.(iVbf« communiquée par M. Reiuatid, )

On attend maintenant que M. Haroakcr, professeur de langues oricnlalcs à l'université de Lcydc, acquillc la promesse qu'il a faite de donner une traduction latine du traité entier. ( IVote communiquée par Jkf, Iteinaud,)

(•) Paris, 1C19, in-40, — (a) Spécimen hisioriœ Arabum, 12Î-128. — (3) Hudmi , géogr. minor. T. Il, pag. 80. Commentar. de falis linguar. orient. pag. 99. — (4) Casiri, Bibliolheca escorial. arab. hispan. II , 10.

(S) Hartmann f AfrlcaEdris. Gœlt. 1791. Id. Hispan. Rdrisi, Marburg, 1803. En ce moment, M. Araédéc Jaubert prépare une traduction française faite

» Edrisi était né à Ceuta , et , avant de cohh poser sa géogi*aphie, il avait étudié à Cordoue; il descendait d'une famille qui avait rég;né en Nubie ou en Egypte ; de sorte que , quoi qu'en dise Casiri , ce n'est pas sans raison qu'on lui a donné le nom de géographe de Nubie ('). »

Schahah-ed din Ahou Abd-allah Yakout composa un dictionnaire géographique iotitulé : Kitdb Moadjem el-Boldan, c'est-à-dire, r/«dicateur des pays par ordre alphabétique, et fit un extrait du même ou^Tage sous le titre suivant : Des lieux divers qui ont des noms semblables. Auteur de plusieurs écrits estimés sur l'histoire, Yakout commença par être l'esclave d'un commerçant et devint commerçant lui-même. L'instruction qu'il acquit dans ses voyages et dans une vie qu'il consacra jeune encore à l'étude, en se li\Tant au commerce des livres , explique comment il put laisser un assez grand nombre d'ouvrages, quoiqu'il soit moct en 1229, à peine âgé de cinquante ans.

Vers la même époque , le cheykh Zacaria terminait sa géographie divisée en sept climats, et intitulée: Description des pays et traditions des peuples,

» /&ii-a/-Otiar(fî composa à Al^ , vers le milieu du quatorzième siècle de notre ère, un ouvrage de géographie physique , intitulé ZaPcr/c des merveilles. Il y a semé beaucoup de détails d'histoire des trois règnes de la nature. 11 entre dans de grands détails sur l'Afrique , l'Arabie et la Syrie; mais il est très succinct sur l'Europe, 1 Inde et le nord de l'Asie. La bibliothèque de Paris possède neuf manuscrits de son ouvrage, auquel il avait joint une carte générale de la terre , que de Guignes n'a pas fiiît insérer dans ses extraits de cet auteur ^ ; elle est conforme en bien des points à celle de Saaudo , qu'on voit dans Bongars p) ; ce qui prouve que les premiers géographes et dessinateurs de cartes, chez les chrétiens, copièrent les Aral>es.

>» De Guignes a publié des extraits d'Ibn-al- Ouardi, tirés des manuscrits de la bibliothèque de Paris. Antérieurement, Aurivîllius, professer l'exemplaire de la Bibliothèque royale de ParU: une traduction anglaise faite par M. Rcnooard doit également ôtrc publiée par le comité de traductions lie Londres. [Note communiquée par M, Jieinaud.)

(•) ravin, 1, cH. 13. flarunanu , kMca, — (•) Noliccs et extraits, II, 19; cl Biographie unIv., art. Ibn-al'Ouardi. — (3) A la fin dc la wconde partie des Gc^ia Dci pcr Francos.

HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE

seorà Upsal , y avait &lt impripacr un essai de l'ouvrage de ce géographe (*); depuis, un savant de Luud en Scanic s*est occupé de le publier en entier [*).

I Le géograplie persan Hamdoullah, dont l'ouvrage est estimé par tous les orientalistes p) , vivait àpeu près du temps d'Jbn-al-Ouardi.

» AhotU-Feda, prince de Hamali en Syrie , guerrier intrépide surnommé h Roi victorieux tt la Colonne de la religiofi, est un écrivain célèbre chez les Arabes [*). Il mourut en 1331 à l'âge de soixante ans. Nous avons de lui le Taboum al boldan, c'est-à-dire la Vraie situation des pays : c'est une description très détaillée de la terre par tables rangées suivant les difflats, avec les degrés de longitude et de latitude de chaque lieu; il ne fait cependant pas coDune les autres géographes arabes, qui parimt des divers pays , de ciiaque climat , en allant de l'occident à l'orient; il décrit chaque contrée principale dans un diapitre séparé ; et dans Tintroduction il s'étend sur la géc^raphie mathématique, les mers, les rivières et les montagnes les plus considérables du monde. Greaves avait eu l'iotention de publier cet ouvrage, d'une importance majeure pour la géographie ; il en fit un essai en insérant dans la quatrième partie du Recueil des petits géographes d*Hudson, la description du Khovaresm, du Mavarelnahar et de FArabie. Mais ayant prêté de Taigent au roi d'Angleterre, dans le temps des troubles , il fut mis en prison par ordre du long parlement ; sa maison fut pillée , ^ sa traduction, qui était achevée, fut perdue, ainsi que l'original (&). Reiske a traduit Touvrage entier en latin, à l'exception de ce qjià avait été déjà publié par Greaves et d'autres fj. Kœhler avait fait jparattre la Syrie en 1766 (») ; et Michaelis , r:4ypte, en 1776 (») ,

('} Particala ex op. cosmogr. Ibri'al'Ouardi , etc. UpstI, 1742. MichaelU^ Dissertât, ad phllol. orient. GoUing. 1790. — (>) Hylander^ speclm. oper. cosmogr. Ibn-al-Oaardl. Lond. 1784-1800. Part. I-XX. — (^) Sylvestre de Sacy, Mém. sur diverses antiquit. de la Perse. M. Ouseley le oominc an admirable ufork, M. Langlès en a cité quelques fragments dans son édition des Voyages de Chardin. — (^) Jourdain, Notice biographique sur Aboul-Feda , dans les An^ naUt des Voyages et la Biographie univers, Reinaud, Extraits des historiens arabes, relatifs aux guerres des croisades ; Paris, 1829. — {^) Jienaudot, Ane. relat. pref. 13.— (^) Magasin géogr. de Busching, IV , p. 121-298; et V, p. 301-366. — (:) Abulfcdœ Taî)ola Syriaî. Leipzig, 1766, in-8;2«édit. 1786.— ;-) Abulfcdœ iEgyptus. Gotting. 1770, in-8^

avec une version latine et un commentaire (<]. La Syrie étant la patrie d'Aboul-Feda , est le pays qu^il a le mieux décrit. Il donne aussi des renseignements précieux sur les contrées voisines , comme TArabie , la Perse , l'Egypte et le Magrab, c'est-à-dire toute la côte septentrionale de l'Afrique. Ses notions sur le Turkestan ou la Tatarie, et sur la Chine, n'offrent pas les détails auxquels on pourrait s'attendre d'après les fréquentes commum'cations des Arabes avec ces pays. L'Europe chrétienne et les contrées de l'Afrique habitées par les nègres lui ont paru peu dignes d'attention {^]. Aboul-Feda compile plus qu'il n'analyse ; son esprit froid et rassis repoussait les fables. Son Histoire universelle, ou plutôt ses Annales des peuples mahométans, précédées d'une introduction générale (*), fournissent peu de lumière aux géographes.

• El'Bakoui, qui a publié les Merveilles de la toute-puissance sur la terre, vivait à la fin du quatorzième siècle ; une confusion dans le manuscrit parisien a fait changer son çom en El'Yakout [\ ce qui pourrait le faire confondre avec le véritable Yakout, dont nous avons parlé plus haut. £i-Bakoui flit ainsi appelé parfie qu'il était né à Bakou , sur la mer Caspienne; son véritable nom était Abd-Ourraschid. De Guignes a donné un ample extrait d'El-Bakoui i*]. «

Le quatorzième siècle , déjà si fécond en géographes arabes, produisit encore un voyageur digne d'être comparé aux Massoudi et aux Edrisi; c'est Ibn-Batouta, resté inconnu à l'Europe savante Jusqu'à ces dernières années. Ibn-Batouta, né à Tanger, sur les bords de l'océan Atlantique, quitta sa patrie vers l'an 132Ô, et pendant vingt ans parcourut YÈgyi^te, l'Arabie , la Syrie, les provinces de l'empire grec , la Tatarie, la Perse, l'Inde et la Chine. De retour en Afrique, il visita l'Espagne ; puis , repassant la mer, il traversa l'Atlas et pénétra à Tembouctou , à Melli et jusqu'au fond du Soudan. Ibn-Batouta n'était pas de ces esprits superficiels qu'une vaine cu-

(•) M. neinand a commencé une édition complète du texte arabe accompagné d'une traduction. J. H.

(*) Michaelis t Bibliothèque orientale (en all.)I,

p. 7. — (1) Aboul-Feda, Annales mo^lemici , arab. et

lat.,curâ Adler, SMm^iïtins P. F.Sufm. Copenhague,

1790. — (4) Peiit de la Croix, Henaudoi, elc —

, (5) Notices et cxlraiU , M| ^86-546.

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