LIVRE SEIZIÈME
TAfirique par ËdrîBi {»). Cest encore une suite des idées des Grecs sur Taprobane.
» Les Arabes connurent la plupart des pays et des peuples de TAsie. Leurs fervents missionnaires répandirent la doctrine de Mahomet jusqu'au centre même de cette partie du monde. Les Arabes conservèrent et augmenterait même les notions que Ton avait sur la Syrie et la Perse. L'Arabie, leur patrie, ne tarda pas à sortir de l'obscurité; et, grâce à leurs écrivains, on connut chaque province et cliaque ville de cette presqu'île, dont, auparavant, on distinguait seulement quelques villes le long de la côte. Parmi les autres contrées de l'Asie, celles au nord de l'Inde et de la Perse, l'ancienne Bactriane et la Transoxiane, ayant passé de la domination des Perses sous la leur, ils en acquirent une connaissance très détaillée. Ils avaient aussi appris beaucoup de particularités sur les contrées au nord et à l'est du fleuve Djihoun;mais comme ces pays n'ont été que fort peu visités depuis cette époque , comme les villes et les royaumes y disparaissent, ainsi que les. collines de sables se dissipent devant le souffle des vents impétueux, ce que les géographes arabes, et môme Ibn-Fozkn, en ont écrit, reste pour nous enveloppé de quelque obscurité. La presqu'île au-delà du Gange, et les îles de l'Inde découvertes par les Portugais au-delà de Sumatra et de Java, n'ont été que vaguement indiquées par les Arabes.
» Leurs connaissances exactes et détalUéer de l'Asie à l'est de 1» mer Noire, et des contrées limitrophes de l'Europe , habitées par les •peuples slavons ou sclaves, finissaient aux goi^s du Caucase, du côté de BalheUAbuabf à cette espèce d'immense mur de séparation, découvert dans le dix-huitième siècle par les Russes, près de Derbent p), de cette ville appelée par les Arabes la ville de la Porte des fortes. Le défilé de Derbent a donné lieu à quelques erreurs géographiques, parce qu'on l'a souvent confondu avec un autre qu'on aurait dû chercher dmis la Boukharie, au-delà du Djihoiun. Celui-ci s'appelait, comme le premier, la Porte de fer, et se trouvait près de la ville de Temied, sur le Djihoun, dans la province de Balk ; mais il est clair qu'Aboul-Feda
{')Edrisi, Africa Hartmann, p. 115. — (») Geopr. nub. 240. Bakoui, 636. Baier^ de n|aro Capcasço, in cju^op. Hais, 1770, p. 94,
et Edrisi le confondent souvent avec la Poilc de fer, près de Derbent (*). Cependant ce dernier auteur, dans un endroit de son ouvrage, assigne à celle-ci sa véritable place (^j. Le passage de Termed est fameux, parce queTame^ lan le traversa avec son armée; et Cherefeddin, son historien, donne le nom de Kolugga à l'endroit près duquel il se trouvait. D' Anville y a indiqué une porte de fer dans sa carte d'Asie (»). Clavijo, qui , en 1403 , fut envoyé en ambassade à Tamerlan par le roi de Castille, est celui kjui a le mieux décrit ce patsage principal de l'Inde à Samarcand [*]. L'Allemand Schlldberger le traversa aussi dans le même temps, à la suite de Scharock,au ser>ice duquel il était.
» Aboul-Feda a placé , dans le voisinage de la Porte de fer, près de Derbent^ les Lesg^ et autres peuples qui parlaient des langages différents. Guldenstaedt les a trouvés dans le Caucase (*). Au-delà de cette chaîne de montagnes était situé Seclab, ou le pays des Ësdavons. Les habitants avaient les cheveux rouges. Parmi leurs villes, Masehput, probablement Moscou , était fort célèbre , ainsi que les salines de Susith (*]. I^ contrée limitrophe de celle-ci , ainsi que du Volga, était Belad-at- Rus, la Russie actuelle, habitée par un peuple fort salef). Quelques géographes arabes donnent les noms de beaucoup de villes russes (') ; mais ce n*est qu'avec beaucoup de difficulté que l'on vient à bout de reconnaître celui de Kief, l'ancienne capitale, dans Kénan, Kujah ou Kujavah. Sur le bord du Volga, ou /rt7,ils placent les Chozares,o\i plutôt les Khazarts, peuple tatar, parmi lequel vivaient des juift, des chrétiens, des païens et des mahométans(»).
» Aux Khazares confinaient les Bulgares,
(') Magasin géogr. de Busching, V, 308. Geogr. nub.pag.î67. — («) Idem, p. U\,^{y)Cherefeddin, HUt. de Timur beg. I, pag. 3-33. — W Qavijo, Hislor. del gran Tamerlan y cnarracion del viagc , etc., p. 140, 141. éd. de Madrid, 1782. — (a) Magas. géog. de Busching, IV, 179. — («) Bakoui, 642.— Pi Wp. 533. —(8) Geog. nub. p. 262.
(9) Bakoui, pag. 632. Suivant Schems-Eddio de Damas, on comptait, au x« siècle, chez les Khazares quatre villes- : Khamlidje, Balandjar, Semender cl i(î7, la capitale, dans laquelle le palais du roi, le seul édifice construit en briques, s'élevait au milieo de cabanes éparses.Ebn-Haoucal et Ebn-Fozian nous apprennent que la langue des Khazares diffère localement du turc et du persan, qu'elle ne ressemble
l'resque tous les gé(^raphe8 font mention de Bolgar ou Bolar, leur capitale, située sur le VoJga. Ses ruines, qu'on voit encore à quatrevingts verstes au-dessus de Sinbirsk, prouvent son ancienne importance (*). Quelques Orientaux la regardaient comme la ville la plus septentrionale du monde ; on trouvait dans ses environs les os de mammout, ou l'ivoire de Sibérie '^). Les Arabes connaissaient à peu près la figure et l'étendue, du nord au sud [^) de la raer Caspienne, dite de CAo^ar,dc Tabaristan ou de Gorgan, et les principaux fleuves qui s'y jettent Ils donnaient aux vastes plaines situées au nord de cette mer, et où erraient plusieurs bordes turques et tatares, les noms de Kiptchaek ou Desckt-Kaptschack, déserts de Kaptschack (*), qu'ils portent chez les Orientaux (s). Entre autres hordes, on rencontrait celle qui s*a^[>elait la dorée , ou les peuples du trône d'or («), dont le khan demeurait dans la ville de Saray, près de l'embouchure du Volga. Avant sa destruction par Tamerlan, en 1396, Saray était un marché d'esclaves très fameux. Les caravanes des chréhens qui se rendaient i la Chine avaient coutume d'y passer. A l'orient de la raer Caspienne, les armçs des Arabes ne pénétrèrent pas beaucoup plus lohi que celles d'Alexandre et de ses successeurs. La Transoxiane, ou le Mavarelnahar^ fut l'état arabe le pins reculé vers le nord. Il confinait avec le Turkestan, nommé Belad-Tatar et Belad- Kargis, habité par ces mêmes hordes tatares et kii^hizcs qui y errent encore aujourd'hui-
» Les descriptions faites par les Arabes des pays soumis à leur domination dans ces régions sont encore aujourd'hui presque les seules que nous possédions; et, en les analysant avec trop de détails , nous anticiperions
néme à aucun antre idiome, et que leurs traits ne •ont poinçon plus ceux des Turcs. Ces deux auteurs ajoutent qu'il y a deux races de Khazares, les blancs et les noirs , mais ils prennent i tort & la lettre une dénomination employée fréquemment par les Turcs, et qui dans l'origine signifiait probablement des tribus indépendantes et des tribus esclaTCs 00 sédentaires. Voyez l'ouvrage de M. C d'Ohsson , intitulé : Des peuples du Caucase et des pays au nord de la mer Noire et de la mer Caspienne , dans le dixième siècle ; ouVoyage d'Âbou-al-Cassim. Paris, 1838, 1 Tol. ln-8^ J. H.
(') Voyages de Pallas. de Falk, etc. — (") Bakoui, p. S41. — (3) Geog. nub. p. 243. Aboul-Feda, p. 152. — («) Âboul-Fedu, pag. 150-364.— (*) Khoje Abdul ifTurr^em» Mémoires, p. 64-77. — (s) Ouardi, p. 47. Cto%, nab. p. 344.
sur notre géographie descriptive moderne. La contrée au nord-est de la Perse, et qui s'étendait jusqu'à rOxus, s'appelait le Khorassan; quelquefois on y comprenait le Candahar et la province de Balk. Les villes de Herat, Nisabour, Khojend et les deux Mérou, dont Aboul- Feda et Bakoui font mention, subsistent encore. Plus au nord, ou le long de la côte sudest de la mer Caspienne , s'étendait le pays de Khovarezm ou Kharism, traversé par le Djihoun (i) , et entoiuré de plusieurs côtés de déserts sablonneux et stériles. Les principales villes étaient Otrar ou Farah, Ourghendj, Amol, Hazarasp et Cath. Quelques unes existent probablement encore. Abdnl-Kerim, qui accompagnait Nadir-Schah, parle d'Ourghendj et d'Hazarasp comme des villes les plus florissantes de «ette province p). Hanway trouva, en 1739, Amol en bon état, avec des mines et des forges de fer dans les environs (3). Au Khorassan confinaient les provinces de Gour et de Badahhehan, Celle de Gour était un petit Etat particulier dans la partie orientide des montagnes du Khorassan, au midi de la province de Balkh, et avait une capitale de même nom. Le Badahhehan ou la Balaxian de Marc Pol ^ fameuse par ses mines de pierres précieuses (*), était, dans le dix-septième siècle, une provmce de l'empire du Mogol, et conÛJiait, selon Edrisi, avec le royaume indien de Canoge sur le Gange, état jadis très cél^re dans tout l'orient. Le Tibet, situé dans les hautes montagnes entre l'Inde et la Chine, paraît, dans les géographies arabes (5), sous les noms de Tobbat et d'Attoton; il était alors divisé, comme aujourd'hui, en trois parties, le Tibet supérieur, celui du milieu , et l'inférieur (^). Les Arabes savaient qu'on y trouve le borax et l'animal qui donne le musc; ce qu'ils disent de la manière dont on recueille la première substance s'accorde avec le rapport des naturalistes modernes (^). Les autres pays plus au nord, ù l'exception du Jfatarc/noAar, paraissent, d'après leurs écrits, ne leur avoir été connus que d'une manière très confuse ^'j.
(«) Àboul'Feda, in Geog. min. t. III, p. 18. * {*) Memoirs of Khojeh Abdul Kurrecm , pag. {^, (S) Voyage de Hanway. — (*) Bakoui, pag. 475. — (5) Aboul'Feda, in Geog. min. III, p. 33.— (^)Geogr. nub. pag. 142. C eorgi , a\phàb, Tibet, pag. 170.— (?) Geog. nub. pag. 142. — («) Aboul-Feda, in Geog. min. III, p. 30.