LIVRE DIX-HUITIÉME
souverains, qui portèrent leurs conquêtes dans les provinces voisines de Sutherland et de Ross, et même jusque dans celle de Fife i*). Il fut j-en versé en 1 195 par Guillaume, roi d'Ecosse (^J ; mais son souvenir existe encore dans la tradition du pays , ainsi que celui des Normans, ses fondateurs, à qui on attribue tous les monuments dont on découvre les ruines dans ces sauvages montagnes (').
» Les Normans avaient conquis^ en 893, les llesHasbudes des anciens, situées le long delà côte occidentale d'Ecosse , et qui portèrent le nom ûeSuder-Eyar, ilesméridionales, par rapport aux Orcadeset au pays de Caithness. Elles firent peut-être partie du royaume de Man ; mais elles furent , avec la presqu'île de Cantire, jusqu'en 1266, une dépendance de la Norvège (*).
0 L'audace ou le hasard conduisit, vers l'an 861, un bâtiment Scandinave aux îles Fœroe; cet archipel lointain .semblait annonce^ d'autres terres; le vol des corbeaux confirmait cet indice (*). Entre 860 et 872 , trois navigateurs visitèrent YJslande,i]e célèbre par les manuscrits qui y ont été conservés , par les services que ses habitants ont rendus à l'hisloire du Nord, et par le nombre de descriptions géographiques qui en ont été faites. Les premiers navigateurs Scandinaves indiquèrent la vraie circonférence de l'Islande d'une manière conforme aux observations modernes des astronomes firançais ; on pouvait, disaient-ils, fah*e le tour du pays en sept jours , et la circonférence était de 168 vikur ou lieues de 15 au degré P).
» Le Groenland, grande lie ou presqu'île âéparée de l'Amérique septentrionale par le détroit de Davis, fut découvert , suivant la plupart des chroniques, en 982, et peuplé en 986 ; suivant d'autres, il le fut dès 932. L'Islandais Eric Rauda, ou Le Rouge , à qui l'on en attribue la découverte , fut le premier qui s'y fixa. On a soutenu que ce pays, ainsi que l'Islande, était connu avant cette époque. II en
(') Orkneyinga Saga , p. 8MI. — (») DalrympU , Annals ofScotland. t. I,p. 138.— (s) Cordiners, AntlqoiUes and scenerles of tbe norlb of ScoUand, p. 40, 68 , 80. Alexander Pope^ en Caithness, Strathna\er, and Sutherland. Pennant , Tour through Scotland , p. 318. — i}) Langebeky Script, rer. Dan. Ill^ p. 216. Pennant, Tour to Ihe Hébrides, p. 267. — (*) Torf. Norvcg. Hlsloria , II, 1. II , c. 2. — («) Annales du Gfpep)fl9ifl , I^SS. Arn. Magn.no 75$, ]^, 4^,
est fait mention dans un privilège accordé à l'église de Hambourg par Louis le Débonnaire, en 834 {>). Mois il est à craindre que ces do* cuments n'aient subi quelque interiwlation,' car, même en supposant l'Islande et le Groenland découverts à cette époque , il serait absurde de croire que des missionnaires y eussent déjà répandu la religion dirétienne. L'église de Hambourg aura voulu se donner des droits sur ce pays, et une pieuse fraude aura corrigé le document en question. Jusqu'en 141S, les colons norvégiens établis dans ce pays avaient leurs évêques , et payaient au saintsiège 2600 livres pesant de dents de morses , pour dlme et denier de Saint-Pierre. On y avait bâti deux villes. Garda et HrattaUd. Cependant les établissements des Islandais n'y étaient guère plus solides que ne l'ont été depuis ceux des Danois sur la côte occidentale , ou ceux des Anglais à la baie d'Hudson. On n'allait pas au Groenland aussi fréquemment ni d'une mar nière aussi suivie qu'aux autres colonies du Nord. Les voyages pour aller et revenir duraient quelquefois cinq ans. En 1383, un bâtiment arrivant en Norvège , y apporta la pre» mière nouvelle de la mort de l' évoque de Groenland, décédé depuis six ans. On peut dire qu'il n'y avait guère que des aventuriers très hardis qui entreprissent ces voyages. Par la môme raison, le Groenland était le pays des prodiges ; on en débitait les fables les plus incroyables. Par exemi^e, suivant Torfœus, un certain HoUur-Geit, suivi d'une chèvre, alla de Norvège au Groenland sur la glace. Il y a vaitde grandes forêts dont les arbres produisaient des glands gros comme des pommes , et où Ton faisait la chasse aux ours de mer P;. On voyait dans la mer d'alentour des géants marins de chaque sexe, et des rochers de glace aussi merveilleux que ceux que les Ai^onautes avaient rencontrés à l'entrée de la mer Noire. Le livre islandais intitulé Miroir des rois, en donne une idée plus juste ('). L'ancien Groenland ne différait presque en rien du Groenland moderne; la côte , même en été , était entourée de montagnes énormes de glaces , telles que les Norvégiens n'eu avaient jamais vu dans leur patrie. Les colons établis sur cette presqu'île ne
(') Lambec , Origin. Hambourg , pag. 36. T<v/«i GroenlendiaanUqua, p.71. » (>) 7br/(?i Groenlaodia antiqua, 26, 44, 105. —p) Spéculum regnle, s.EoogS' 8kagg-s p. 184, 188» 191, 200.
HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE
connaissaient pas le pain, et n'exerçaient point ragricultore. Ils échangeaient des dents de morses et des peaux de veaux marins contre le bds â(mt ils avaient besoin pour se cbauiïer et pour construire leurs habitations. Ils avaient, il est vrai, du gros bétail et des brebis, tandis que les colons actuels, moins industrieux, n*ont que de ces dernières. Là côte n'était habitée que dans les endroits où la pèche était abondante ; riûiérieur du pays, rempli de montagnes et de vallées couvertes de neige et de glace, n'offrait pas UD accès plus facile qu'aujourd'hui. Le nombre des colons était peu considérable et ne fitisait que le tiers de celui d'ime grande paroisse de Norvège. On ne leur avait donné un évéque qu'à cause de leur grand éloignement de la mère-patrie. La colonie Scandinave en Groenland était divisée en deux cantons: Tun occidental, où il n'y avait que quatre églises ; Tautre oriental, où se trouvaient les deux villes ou plutôthameaux. Cette division a fait naître une grave erreur en géographie ; on a cru que le canton oriental de l'ancien Groenland occupait la côte opposée à l'Islande (») ; et appliquant à ces régions encore inconnues les descriptions de VAusiurùygd ou du Groenland oriental , on y a tracé des golfes et des promontoires hypothétiques , et qui peut-être n'y existent point du tout. Cette géographie systématique de Torfœus et d'autres Islandais a été renversée par un critique moderne (^.
n En examinant les relations des premiers navigateurs, on voit qu'en partant de l'Islande pour aller au Groenland ils se dirigeaient au sud-ouest, évitaient une côte entourée de glaces et vue par le nommé Gunbiom, doublaient la pointe de Hvarf, et faisaient ensuite voile au nord-ouest pour arriver à la colonie (*). En partant de Bei^en en Norvège pour aller à cette pointe de Hmrf^ ils naviguaient droit à rouest, reconnaissaient les lies Shetland et FcerOe, et voyaient des oiseaux arriver de l'Islande (*). Si l'on suit ces deux routes sur une carte, on reste persuadé que la pointe de Hvarf est l'extrémité méridionale du Groen-
(') Amgrim Jonœ spécimen Island. II, 140. Toi^ fmus, etc. — («) Eggers, sor la vraie situation de Tanden Groenland oriental, dans les Mémoires delà Société éewmnique de Crtpenhague, FV, 239-320. — (•») Gripla, ^«S'«(. islandais dans les Annales du Groenland, p. 30. Ltmdnamabok, p. 101 sqq. etc. Carte MSS. de Gudk^amd Torlakson , conservée A la bibliothèque royale de Copenhague. — («) Landnamabok, p. 4.
land. Par conséquent, l'ancien Groenland oriental n'aurait été que la portion la plus orientale et la plus méridionale de la côte d'ouest. En effet, c'est là seulement que, pendant le mois de juin, une brillante verdure, quelques bosquets de bouleaux et le parftim des fleurs justifient le nom de Terr$^ Verte^ signification du mot Groenland, par lequel les Islandais désignèrent les premiers cette contrée. Plus haut, les glaces accumulées par le double effet du courant Polacie et du courant dit du Golfe, ont de tout temps dû repousser même les pirates les plus hardis. Enfin, les ruines des anciens hameaux et des églises bâties par des Normans mettent le dernier sceau à cette explication. On en a trouvé beaucoup sur la côte sud-ouest; on a découvert jusqu'à sept églises. Après un espace absolument dépourvu de ruines, on en a encore trouvé au nord du cap de Désolation, mais en très petit nombre. Ces deux séries de ruines Indiquent, sans contredit, les emplacements de deux colonies Scandinaves (^).
» La grande peste qui , vers le milieu du quatorzième siècle , ravagea TEurope et dépeupla surtout le nord, étendit ses ravages jusqu'au Groenland. Le commerce avec cette colonie devint ensuite un droit régalien des rei« nés de la Norvège. A ces causes de décadence se joignit enfin, en 1418, une invasion ennemie ; une flotte vint, on ne sait pas d'où, attaquer la colonie déjà alïaiblie : tout fut détruit par le fer et le feu p). Cette flotte appartenait probablement au prince Zichmni de Frislande, dont nous parlerons en exposant les voyages des frères Zeni.
n Ces recherches sur la vraie position des colonies Scandinaves en Groenland nous conduisent à une question bien plus intéressante : les Normans ont-ils découvert l'Amérique avant Christophe Colomb? Nous ne pensons pas qu'on puisse hésiter à y répondre affirmativement après avoir lu les détails qui vont suivre.
^ En Tan 1001, l'Islandais Biom, cherchant son père au Groenland , est poussé par une tempête fort loin au sud-ouest; il aperçoit un pays plat tout couvert de bois, et revient par le nord-est au lieu de sa destination. Son ré-
(') TiborAo/^en, rapport sar les raines da Groe» land(endan.),p. 36, 100, etc.— (*) Bal|e de Nicolas y, ap. E^e , relation du Groenland , p. 87t
UVBE DIX-HUITIÈME.
dt enflamma l*ambitioii de Leif, fils de cet Eric Rauda qui avait fondé les établissements du Groenland. Un vaisseau est équipé; Leif et Blom partent ensemble; Ils arrivent sur la c6te que ce dernier avait vue. Une lie couverte de rocbers se présente; elle est nommée Hel- Uland. Une terre basse, sablonneuse, couverte de bois, reçoit le nom de MarUand. Deux Jours après, ils rencontrent une nouvelle côte, au nord de laquelle s^étendait une lie; ils remontent une rivière dont les bords étaient couverts de buissons qui portaient des firuits très agréables; la température de Tair paraissait douce à nos Groenlandais; le sol semblait fertile, et la rivière abondait en poissons, surtout en beaux saumons. Etant parvenus à un lac d*où la rivière sortait, nos voyageurs résolurent d*y passer Thiver. Dans le Jour le plus court, ils virent le soleil rester huit heures sur Thorizon; ce qui suppose que cette contrée devrait être à peu près par les quarante-neuf degrés de latitude. Un Allemand, qui était du voyage, y trouva des raisins sauvages ; il en expliqua Tusage aux navigateurs Scandinaves, qui en prirent occasion de nommer le pays Yinland, c'est-à-dire pays du vin. Les parents de Leif firent plusieurs voyages au Vinlaod. Le troisième été, les Normans virent arriver dans des bateaux de cuir quelques indigènes d*une petite taille, qu'ils nommèrent Skrœlingues^ c'est-à-dire nains; ils les massacrèrent, et se virent attaqués par toute la tribu qu'ils avaient si gratuitement offensée. Quelques années plus tard, la colonie Scandinave faisait un commerce d'échange avec les naturels du pays, qui leur fournissaient en abondance les plus belles fourrures. Un d'eux ayant trouvé moyeu de s'emparer d'une hache d'armes, en fit immédiatement l'essai sur un de ses compatriotes, qu'il étendit mort sur la place ; un autre sauvage se saisit de cette arme funeste et la Jeta dans les flots. Les richesses que ce commerce avait procurées à quelques hommes entreprenants engagèrent beaucoup d'autres à suivre leurs traces. Aucun témoignage positif n'indique que ces navigateurs y aient fondé des établissements stables; seulement, on sait qu'en 1121 im évêque, Eric, se rendit du Groenland au Vinland dans l'intention de convertir au christianisme ses compatriotes encore païens (>}.
(') Snonct Hist. reg. sept. cap. 103-110. Hauks-
» Révoquer en doute la véracité de rapports aussi simples et aussi vraisemblables, ce serait outrer le scepticisme ; mais , si on les admet, il est impossible de chercher Yinlaod autre part que sur les côtes de VAmiriqui êeptmtrionale. Cette partie du monde avait donc été découverte par des Européens cinq siècles avant Christophe Colomb ; et cette dé* couverte, la première qui soit historiquement prouvée, ne fut peut-être pas entièronent inconnue à l'habile et courageux Génois qui, le premier, sut ouvrir entre les deux hémisphères une communication suivie (').
» Sans parler ici d'un voyage douteux, attribué à If (u/o^^|}-Ou?en vers l'an 1170, nous possédons les documents authentiques des navigatious exécutées dans le quatorzième siècle par les deux Zeni, nobles vénitiens, qui, entrés en 1380 au service d'un prince des iles Fœrte et Shetland, visitèrent de nouveau les contrées Bok, ou Annales d'Islande par Hauk, desceodaDl d'un des premiers navigateurs ao Vinland: il écrtrit vers Tan 1300 MSS- cités dans les ouvrages suivants: Torfœi Hisloria Vinlandis antiqu»» Hafnic, 170S. Jonat Amgrim, Histor. Island. c. 9, 18, etc. SuAm. sur les navigations des Norvégiens du temps du piganisme, dans les Mim. de la Soe. de Capenhague, VIII, 80-84. Corop. CeUius, dissert, de ilin. in Americam; Upsal, 1725; Kaim de itin. prise. Scandio. in Americam; Abo, 1757.
(') Il a été rendu compte dans le Nil^s BeçUter, de novembre 1828 , des recherches de M. Bafta de Copenhague sur les voyages entrepris au nord de l'Amérique par des habitants du nord de l'Earope avant l'époque de Colomb.. Ce fut en 985 que la c6te du nouveau continent fkit découverte pour la première fois par Biarke /ierjuUton; mais 11 n'y aborda pas. Quinze i vingt ans plus Urd eut lieu l'expédition de Leif; Thorfinn Karbefeue succéda A ce dernier: de son fils Snorre, qoi naquit eo Amérique, descendaient, à la 2* et à la 3* génératioD, les célèbres évéques d'Islande Thoriak , Biœm et Brand ; et , A la 8« génération , le juge Hank, auteur de plusieurs sagas, et qui vivait dans le douzième siècle et au commencement du treizième. M. Rab prouve dans son travail que la principale sUtion dei navigateurs Scandinaves éUit À l'embouchure de la rivière de Saint-Laurent; que la baie de Gaspe était leur rendez-vous le plus connu ; mais qu'ils coonaiisaient la côte beaucoup plus loin au sud et même Jusqu'aui Carolines. Au surplus, la réalité des découvertes faites par les anciens Scandinaves en Amérique estconfirmée parun monument dont M. Rahia signalé l'existence. C'est une pierre ninique troiTée en 1824 sur la côte occidentale du GroeDUnd,.par 7do de latit. N. et porUnt une inscription dont Toid la traduction: « Erling Sigvalson et Biome Hordesoa et Endride Addon, le samedi avant Gagoday 25 avril) , ont élevé cet amas de pierres et netloTé cette place en l'année 1135. » J. U.
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1^2L^ *"" J^^^^ ^ f ^^^ I I>aie de S. Magne, Bristund, Rressa^nnd, m nnnieillii^nt une descnpbon qui, à travers I Scalogui, Scallowag et quelques autres, dé^
l)eaocoup d'obscurités , confirme les relations - - '
islandaises, et qui a dû être connue de Colomb.
» Cette assertion a besoin d'être prouvée; mais les preuves ne sauraient être tirées que de la ctarte des navigations des deux Zeni et
de la rdation de ces voyages, publiées pour la première fois à Venise en 1558 par un descendantde Nieolo Zeno (*), copiées depuis dans une foule d'ouvrages f*) et commentéesde plus d'une manière p). Voici des détails que nous croyons suffisants pour éclairer l'opinion de nos lecteurs.
» La carte des deux Zeni, copiée d'après une vieille gravure sur bois, offre, sous une graduar tkm grossière» les pays suivants. Au midi, et du côté d'est, on voit Scoeia, l'Ecosse. Au sudest se présente Dania, le Danemark; la forme en est i^snuurquablement exacte pour ce siècle: on reconnaît tous les détails delà côte occidentale du Jutland, les lies d'Amere ou Amro, ' SaU ou Sylt, et ainsi de suite jusqu'à la pointe de Rovenbei^en, dont le nom est écrit Bomienhergen. A l'est on voit Goda, la Gotbie, et Suecia; les côtes, quoique sans détails particuli^^, offrent des contours assez exacts. Toutes les positions sont cependant trop au nord; la Norvège, Norvegia, ne commence qu'à soixante-quatre degrés. Le cap Lindesnes ou Ber-Neus est nommé Gérants. On reconnaît Bergen dans Pergen, Trondhiem dans Trondo et nie de Tromsôe dans Irons; le cap Stat est marqué par son nom, on retrouve jusqu'à des vfllages tels que Gasemdel ou Giesdal. A l'ouest de la Norvège on aperçoit un archipel nommé Estland, composé d'une grande et de plusieurs petites lies. La position, ainsi que les mots 5timhtrcouit (*) ou cap de Sumbui^, S. Magnas,
(') Voy. le Catalogue anglais des livres de Pinelli , Vfi 1392. Marcolini n'en fot queVéditeur. DalrympUt note commun, i M. Eggers, loc. cil. p. 310. — (a) La relation : Ramusio, navigazioni, II, fol. mst. Hackluyt, lUTigaU vol. II, pari. 2. 121 . Hieron. Megiser, septentr. norantiq. etc. Copies réduites de la carte: Huscelli, trad. de Ptolémée, 1661 et 1674. Europe, lab. XVI, Eggers, \, c. p. 310. Fac timile de la carte: DissertatiOB de M. Zurla^ Venise, 1808, et Annales des P^oya- 1 ges, toro. X. -7 {^) Sprengel, HIst. des Découvertes, j S 22. Forster, Découvertes faites au Nord, liv. II, cJi. 3. sect. 13. Buache, Hist. de l'Académie des Scienc«i, 1784. Zurla, Dissert. etc. — (*) Covil, pour J^ov/i, te le, cap, en Scandinave.
montrent que ce groupe de la carte de Zeno représente les îles Shetland, appelées par les Norv^ens letland, Hialteland et Hitland.
La carte donne même à un îlot de cet archipel le nom dUtland. La position de l'Islande n'est pas moins évidente; on reconnaît, dans Sealodin et Olmsis, les village de Scalholtet d'Hola ; le dernier nom n'est évidemment qu'une abréviation de ces mots : Oltnsis episcopi sedes. La partie orientale de l'Islande, découpée par plusieurs golfes profonds , est représentée comme un assemblage d'Iles.
» Jusqu'ici tout s'explique sans e^orts; les difficultés vont se présenter. Au midi de l'Islande, au nord-est de l'Ecosse, entre les 6l« et 66» degrés de latitude, on aperçoit une grande lie entourée de plusieurs petites. Cette terre, appelée Frisland, appartenait au roi de Norvège, mais elle lui fut enlevée par un prince du nom de Zichmni (*) ou Zicno (^) qui, à l'instar des anciens héros normans, fondait sa puissance et sa gloire sur des expéditions maritimes pour ne pas dire des courses de piraterie. Cette île de Frislande est nommée, dans la Vie de Christophe Colomb (*), de manière à laisser douter si cet illustre navigateur l'a visitée en 1477 ou si c'est vers l'Islande qu'il avait dingé sa course; elle a été copiée, d'après la carte de Zeno, par beaucoup d'auteurs du seizième siècle (|). Le navigateur anglais Forbisher, en se dirigeant d'après la carte de Zeno (^), crut même l'avoir retrouvée à vingtsix degrés à l'ouest des Orcades, mais il parait démontré que c'est la pointe méridionale du Groenland qu'il prit pour la Frislande, tandis qu'il appliqua le nom de Groenland aux lies situées au nord de la terre de Labrador (•).
» Lorsque les voyages réitérés des modernes eurent démontré qu'il n'existait aucune terre dans la position indiquée par Zeno , les géographes se partagèrent d'opinion sur la Frislande. Ortelius avait d^à soutenu que c'était une partie de l'Amérique septentrionale , et
(») ZenOf ap. Zurla, p. 6. — (') Marco Barbaro, Discendenze patrizie , tora. Vil. MSS\ cité par Zurla, pag. 29.— (3) Fernando Colon. Vie de Christoph.Col. c. 4. — {*) Cluver, Introd. in unIv. Gcog. Boléro , Relaz. del mondo. RiccioU , û^Aviiy , etc.— (5) Uack* luyt , t. II , part. II , p. 62. — (e) Lcevenœm , Nouv. Mém. de la Société royale des Sciences de Copenha* gue, III, 220-234.